L urine est le miroir des maladie
La seule lecture de ces propositions prouve que dès Ifi fin dvi 18*^iècle, des hommes étrangers à la science avaient en quelque sorte une notion instinctive de la plupart des objections que la physiologie et Fobservatioii clinique devaient soulever plus tard contre Tincroyable abus qui fut fait pendantsi longtemps delà phlébotomie. Mais , ce qu'on ne saiu*ait imaginer , c'est Texcentricité des arguments pçvir;îSoutenir la thèse.
Vous pourrez juger , Messieurs , du chemin en avant qu'ont fait les connaissances médicales depuis un siècle, par le simple aperçu qui va. suivre, et qu*à ce point de vue , je ne crois pas inutile de vous soumettre.
Le premier aphorisme n'est qu'une af&rmation générale, car Hauteur ne lui consacre qu'une douzaine de lignes : cela.ne suffirait pais pour démontrer qu'en tout état, la saignée est préjudiciable. D'autai\t plus que k soulagement immédiat et réel produit par la saignée dans la pléthore aiguè et inflammatoire^ par exemple, n'est pas contestable^
La seconde proposition : le sang se- purifie avcad ({'entrer dans les veines , n'est ni plus ni mieux déve-
loppée par Fauteur , qui semble confondre les artères avec les veines et n'ess.\ye même pas un argument à Tappui de son affirmation.
Voici d'ailleurs l'analyse par trop naïve du sang que donne M. de Malon.
On trouve trois humeurs, dit-il, dans notre corps, qui se mêlent au sang : la ïnlCj la pituite et la mélancolie ou flegme. Chacun de ces trois corps se décompose luimême en trois substances , la grossière , la subtile, et son esprit. Cette seule citation suflira pour donner une idée du niveau général du savoir à cette époque , du moins parmi les gens du monde. Nous avons vu par le simple aperçu ouvert sur le livre de Sylva que plusieurs années avant l'époque où écrivait M. de Malon , il y avait déjà des gens de bons sens et d'un vrai savoir parmi les médecins.
A Tarticle 19, M. de Malon expose ainsi les raisons qui prouvent que la saignée te plus prudemment ordonnée est toujours un mal : « Les esprits se dissipent avec le sang, d^où résulte infailliblement le refroidissement du corps.,..; on paye quelquefois d'une mort subite l'imprudence de s'être fait saigner légèrement parce que le feu de la lampe s'éteint tout à coup faute d'huile pour l'entretenir » Dans ce langage par trop primitif, l'auteur fait évidemment allusion à la syncope mortelle qui peut suivre certaines saignées.
<K La nature est en défaut, dit encore M. de Malon, si l'évacuation du sang est un de ses ouvrages ». Et il s'appuie poiu* soutenir cette affirmation sur ce que le corps humain possède des émonctoires naturels comme la sueur^ les vomissements> les diarrhées, etc., etc. Ici, l'auteur ne sait même pas tirer parti de la thèse qu'il produit. Si, à côté des sueurs il eût cité la salivation, la
galaclorrhée la nûxtion urinaire, en un mot, les sécrétions en général, l'argument eût valu. Mais il parle de vomissements et de diarrhées critiques. Or n'éxiste-il pts des hémorrhagies également critiques? Les épistaxis prodromiques ou simplement physiologiques, les flux hémorrhoidaux, la pneumorrhagie hystérique les menstrues supplémentaires, sont autant de témoignages que dans des cas donnés, la nature prend elle-même l'initiative des déplé tiens sanguines. Donc, en dépit d^unebase généralement bonne , la proposition est trop absolue.
On est toutefois frappé de la justesse de certains aperçus tels que celui-ci : a La salive est un dissol* vaut des aliments ». L'urine est un moyen sûr de con« naître l'humeur dominante d'un malade «. L'urine est le miroir des maladies. M. de Malon possédait mémo paraît-il, sous le nom de sel séparateur y un réactif qu'il employait pour analyser les urines.
£n somme, cet écrivain original conclut en faveur de la diète, des purgatifs et des fondants contre la saignée. Au fond, il ne constitue qu'un satellite obscur dans la constellation plus nombreues que brillante des humoristes et des galénistes.
Nous ne pouvons donc nous dispenser d'examiner it nouveau et d'après des données plus modernes, laque»tion de la saignée générale comme procédé thérapeutique.
La saignée générale, (ouverture des veines du bras banUque, céphalique ou médiane), produit essentiellement des effets généraux, c'est-"à-dire qui réa^usseoi sur l'organisme tout entier. Elle est le résultat d'u& traumatisme, d'une opération chirurgicale qui soustraîk une partie de la masse du sang. Son premier effet est donc un effet d'évacuation. Son résultat immédiat esè
une diminution de la tension du sang dans les artères, les veines et les capillaires. La force de retour {vis d Urgoy qui ptfosse le sang vers les cavités droites du cœur en est diminuée d'autant Le cœur lui-^néme éprouve à un degré moindre l'excitation impressionnelle qui joua le rôle mécanique et physiologique dans les contrac* tions systoliques des oreillettes et des ventricules. De là, un affaiblissement^ un ralentissement dans les mouve* ments du cœur. Cet affaiblissement peut aller jusqu'à la syncope^ et ce ralentissement jusqu'à la suspension au moins apparente des pulsations cardiaques et artérielles.
Le déblaiement produit par cette soustraction du fluide hématosique, entraine bientôt une dérivation en vertu de laquelle se trouvent décongestionnés des orga* nés hypérémiésy au cas où le flux du sang et son écoulement ne sont pas mécaniquement empêchés par un obstacle interposé, comme \m embole ou une thrombose; ou encore, en raison d'une rupture de vaisseau capillaire par suite de laquelle le sang s'extravase dans les milieux ambiants.
Les conséquences prochaines de cette dérivation sont notamment,, la suppression de l'état de pléthore aiguë dans te foyer congestionné.
Enûn,^ dit Silva, dans un langage qu'on croirait d'hier tant il est précis et scientifique : « A mesure que la saignée détourne par dérivation, une nouvelle quantité de sang dans le canal artériel qui répond à la veine piquée, elle doit en même temps détourner des autres artères^ une quantité pareille du sang qui aurait dû y couler. De là, révuUum. Ainsi la révulsion doit être z^ardée comme une suite inévitable de la dérivation. »
Tels sont les effets mécaniques de la saignée. Les
conséquences physiologiques en sont les suivantes : Abaissement de la température , diminution de la contractilité musculaire , anesthésie sensorielle , acinésie cardiaque ; et plus tard , accroissement dans le nombre des leucocytes ou globules blancs, pour préparer la répa* ration des globules rouges soustraits à la masse du sang.
Ces simples données permettent d'apprécier sans passion, la valeur de la phlébotomie ou saignée de la veine comme moyen thérapeutique , et d'en déduire les indications comme les contre-indications.
La saignée générale s'adresse toujours à un symptdme, jamais directement à la cause première d'un étatpathologique. Les effets qu'on doit en attendre sont donc relatifs, et d'une action passagère. Si le symptôme qu'elle combat est tout le mal, elle devient curative; s'il n'est qu'une épiphénomène elle est seulement paliative. Au cas où il ne s'agit que de prodrdmes , la saignée est alors préventive.
On ne doitjamais pratiquer la saignée généraksmm enfant de très-bas âge , les syncopes alors , pouvant être facilement mortelles. Ce n'est que très-exceptionnellement qu'il convient de saigner un vieillard , parce que dans l'âge avancé^ soit par suite d'ossification, soit par suite de dégénérescence athéromateuse , les parois des artères ont perdu en grande partie l'élasticité contractile qui coopère à la poussée de la veine fluide.
Si un sujet est dans l'âge adulte ou viril , si sa constitution est robuste , son tempérament sanguin , de telles conditions physiologiques comportent la saignée , lorsqu'elle est d'ailleurs indiquée par un état pathologique spécial. Dans ce cas, une congestioa pulmonaire double , un rhumatisme articulaire sur-aigu généralisé, une hypérémie ou congestion encéphalique;
la commotion résultant d'une chute , d'un traumatisme violent; certaines dyspnées dans la grossesse; Féclampsie puerpérale, l'encéphalite aiguë, la méningomy élite , la péritonite aiguë franche et simple, constituent autant d'états morbides contre lesquels l'ouverture delà veine est utile et souvent nécessaire. C'est qu'aussi, alors , le syndrome pléthore , hypérémie , congestion , ou phlogose constitue la modalité dominante du mal. Je ne crains pas. Messieurs, d'ajouter ici, et je crois remplir un devoir de conscience en le disant, que plus d'une fois dans les hôpitaux et en ville, des malades dont on aurait pu éviter ou retarder la mort, succombent parce qu'un élève timide ne veut pas, n'ose pas^ ne sait pas saigner; c'est dire que nous estimons qu'on doit considérer comme une erreur et un malheur l'abandon de plus en plus absolu de la saignée générale. Dans une apoplexie pulmonaire double , par exemple, si celle-ci est primitive et se déclare d'emblée, c'est un impérieux devoir de saigner ; car alors , l'asphyxie est imminente, et les effets qu'en toute autre circonstance on est justement autorisé à attendre des moyens d'antiphlogistisme indirect, (contre-stimulants, tartre-stibié, alcalins, désoxygénants du sang) , ces effets n'auraient pas le temps de se produire.
Est-ce donc à dire que nous nous rangeons dans le camp, grâce à Dieu, détruit des Baigneurs à outrance^ partout, toujours, et quand même? A Dieu ne plaise I Nous considérons au contraire comme rares^ les formes morbides qui commandent la phlébotomie ; mais ces formes existent, il ne faut pas les ignorer.
Par contre, on évitera de pratiquer la saignée générale en prenant en considération les données suivantes : S'il s'agit de maladies constitutionnelles, diathésiques ,
héréditaires; d'une affection zymottqne ou septioémqQe propagée par épidémie ou par contagkm ; de Tiras , de parasites, de productions étéromorphes , étép^ topiques , on é-vitera la saignée générale.
Dans rapopiexie cérébrale , dsns Tangine de poitrine f si l'on a des raisons de supposer une enabolîe, une thrombose, on n'ouvrira pas la veine. Encore bien mcHUS dans Tépilepsie ou les pseudo-^oongestioDs hystériques. Dans des cas semblables, la saignée serait inutile , si elle n'était pas funeste* La saignée hfttert, et même j^rovoquera la mort instantanée psur syncope, toutes les fois que l'attaque apoplectiforme aura poor cause première un affaiblissement, un arréft, un empêchement de la systole cardiaque. Il y a telle fonne apoplectique qui n'est due qu'à un obstade mécanique au retour du sang vers le cœur. En pareil cas, h saignée hâte la mort , car il faudrait plutôt infuser du sang au cœur que lui en soustraire , puisqu'ici c'est la force d'impulsion contractile qui fait défaut. De même, dans la fièvre intermittente , pernicieuse ou non ; dans les fièvres continues graves, l'érysipêle, la variole, h scarlatine, la rougeole, l'ouverture de la veine est dangereuse.
En résumé donc, les contre-indications de la saignée générale sont bien plus nombreuses que ses indications. Mais celles-ci subsistent , il importait de l'établir. Disons maintenant quelques mots de la saignit locale. L'£q>plication des sangsues, les scarifications, mouchetures, etc., etc., répondent à cette subdi^ sion. Mais dans les lignes qui suivent, nous avons seulement en vue la saignée opérée par la ssoigsue officinale.
Cette médication rend chaque jour des services
multiples, de premier ordre, que rien ne remplace. Toutes les inflammations localisées, les congestions partielles, et les compressions qui engendrent la névralgie ; les hypérémies circonscrites , périfériques ; les contusions, les phlegmasies splanchniques , viscersdes ou cutanées, tes affections catarrhales aiguës,* les mouvements fluxionnaires rhumatismaux ou autres: en un mot , tous les états pathologiques où la douleur compliqua la congestion sanguine , demandent à être combattus par la saignée locale.
Si Ton ne peut pas espérer à Vaide d'une simple application de sangsues , produire une de ces révolutions immédiates et totales qu'on obtient parfois par la saignée générale , et qui retentii^sent sur le foyer même de la vitalité , on a du moins , avec la saignée locale, l'avantage d'une action certaine, le plus souvent très-utile , et toujours inoffensive : quand je dis c toujours innofTensive, i> je n'ai en vue que les indications vraies de la saignée locale, lesquelles sont toujours claires, tandis que celles de la saignée générale sont souvent douteuses. Que si la constitution hémophilique de certains sujets^ ou telle autre cause que je n'ai pas à produire ici, rendaient incoercible l'hémorragie suite des piqûres de sangsues, ce sont là des accidents étrangers à la valeur intrinsèque de la saignée locale.
Celle-ci se comporte, vis-à-vis d'un organe ou d'un appareil organique, à la manière de la saignée générale vis-à-vis de l'organisme tout entier : c'est-à-dire qu'elle produit des effets évacuants, dérivatifs et révulsifs. Mais, à rencontre de la saignée générale, ici, ce sont les effets évacuants et révulsifs, non la dérivation qui dominent. En un mot, la saignée locale est décongestionnante.
Or, toutes les fois que le phénomène douleur est le résultat de la compression d'un tronc ou d'un filet nerveux par hypérémie, mouvement fluxionnaire ou catarrhal, la saignée locale fait merveille. De même, dans tous les cas où \m organe important, telque la plèvre, le poumon, le péricarde, le cœur, Testomao, le foie, le rein, la vessie, le péritoine, est le siège d'un état aigu, phlegmasique ou congestif, le décongestionnement des capillaires dans le voisinage de l'organe hypérémié, est un moyen thérapeutique des plus efficaces. Enfin, il est un cas où l'application des sangsues, contrairement à ce que nous avons dit d'une manière générale, agit comme un dérivatif puissant ; c'est le cas ou l'application se fait sur un point du corps opposé à l'organe hypérémié. Exemple : sangsues au siège, dans les congestions encéphaliques.
Pour toutes ces raisons nous pensons que si la saignée générale est aujourd'hui trop abondonnée, soa utilité absolue n'est cependant pas comparable aux services que rend chaque jour la saignée locale.
B. Spoliateurs indirects de Vhémoglobulie ou hydremiants. Tel est le titre qui constitue notre second genre dans l'ordre des antiphlogostiques.
Cette médication vise les moyens généraux qui ont pour objet de diminuer la phlogose et de combattre l'hypèrémie inflammatoire, c'est-à-dire pathologique, en changeant les rapports entre les hématies et le sérum du sang, au détriment des globules sanguins. Ces agents sont des hydrémiants.
La médication purement et franchement alcaline répond bien à ce but. Et ici, il importe de distinguer, parce que la séparation est délicate, entre l'effet des antimoniaux que nous avons classés parmi les contro-
stimulants, et celui des alcalins proprement dits. Le tartre-stibié, à dose rasorienne ou contro-stimulante, compte bien parmi ses efiets, celui d-appauvrir le sang et, finalement, de diminuer le nombre des globules rouges. Sous ce rapport, son action est donc secomJU^ir rement antiphlogistique. Par contre, les alcalins purs, ne sont pas seulement des diluants de la crase sanguine : leur action secondaire est vt^siment conlro-stimulante. Pourquoi donc séparer ces agents ? Notre réponse. Messieurs, est puisée dans les raisons mêmes de notre classification, laquelle prétend être thérapeutiqiLe et cliniquej non pas seulement physiologique. Or^ thérapeutiquement, cliniquement,les anliphlogistiques doivent attaquer premièrement et directement l'état pathologique dénommé inflammatoire; tandis que les contro-stimulants agissent premièrement sur le trophisme, rinnervation générale, la myotiiité : c'est ce que font les antimoniaux ; ce que ne font pas les alcalins
purs.
Ces explications étant fournies, nous dirons que nous
rangeons principalement parmi les alcalins proprement dits : le bicarbonate de soude, le sous-carbonate de potasse, le chlorate et Tacétate, le nitrate de la même base, le sulfate et le citrate de magnésie^ à doses réduites.
Tous ces agents, pris d'une manière fractionnée accroissent le sérum du sang, diminuent le nombre proportionnel des globules rouges. Par suite, l'inflammation du sang est attaquée. On pourrfidt à la rigueur réunir à ces moyens, l'eau tiède, intus et extra. Mais comme l'eau tiède en tant que médicament n'est guère administrée seule ; que le sucre, la gomme, les mucilages, l'accompagnent le plus souvent ; que les tempé-
rants el les émoUiehts tjiii comportent sa présence, constituent des médicaments analeptiques, transitoires entre Faction de sédation purement lénitivc et les actions doucement toniques des analeptiques protéiques, nous classerons ces agents dans im ordre à part, sous la dénomination générale de lénitifs.
Il convient de citer encore, parmi les spoliateurs indirects de rhématose, les moyens diététiques. En effet, la diète pure et absolue, par cela seul qu'elle suspend la formation de matériaux nouveaux pour la constibition des éléments anatomiques, la diète est un an^ian/. J'en dirai autant de ce qu'on appelle la diète lactée et le régime réduit : demi^portion^ trois-quarts^ tiers^ quart de portion alimentaire.
Tels sont les principaux agents du 2® genre dans ^o^ dre des antiphlogistiques.