C. Agents antiphlogistiques topiques et mécaniques
Enfin , nous constituons un troisième genre de la médication antiphlogistique , à Taide des moyens tqû* ques et mécaniques [qui ont pour effet de soustraire du calorique , de s'interposer entre l'oxygène de Fair et les surfaces enflammées ; de décongestionner par effet mécanique, les capillaires sanguins ou lymphatiques devenus, sous l'action d'un travail inflammatoire, le siège d'une stase sanguine ou séreuse.
Ici nous devons forcément citer quelques moyens déjà énumérés comme contre-stimulants, car leur action est multiple. Tels , les applications de glace, les irrigations froides , tous les soustracteurs du calorique.
Mais il convient surtout d'ajouter : l'occlusion des parties phlogosées par le collodion , le coUodion riciné, les corps gras (emplâtres, onguents, pommades sédatives.) L'application de la poudre de riz, d'amidon, de
fécule ; les onctions à Taide de la pommâide belladonee camphrée ; Thuile de jusquiame camphrée, chlorofor* mée , laudanisée. 'Geis agents touchent d^ailleurs aux moyens purement lénitifs et aux sédatifs nerveux.
Il n'en est pas de même des onctions avec Vonguent napolitain. En effet, la pommade mercurielle double est un remède héroïque quand il s'agit de combattre les inflammations désignées sous le terme générique de phlegmasies des vaisseaux blancs. L'angio-leucitc, la phlébite adhésive ; les adénites simples, aiguës, les érysipèles , la péritonite généralisée, les phlegmasies des séreuses avec infiltration ; la balanite , Torchite , répididymile, etc., etc., sont autant d'états morbidesqui cèdent à un application de pommade mercurielle largement pratiquée. Le fait est constant, empirique : est-ce à dire qiie l'onguent napolitain possède ici une propriété spécifique Kîontre cet ordre de phlegmaâe? Point. Nous étudierons d'ailleurs dans d'autres classes les mercuriaux comme substitutifs altérants et comme agents spéciaux. Ici, nous estimons que l'action de l'onguent mercuriel est purement mécanique. Et nous appelons, Messieurs, votre attention sur ce point, parce que nulle part ailleurs vous no retrouverez cette interprétation , qui nous est personnelle. A notre avis, l'onguent mercuriel doit ici ses propriétés puissamment antiplogistiques et résolutives à deux causes , l'une et l'autre d'ordre mécanique : 1*> le corps gras, véhicule du mercure, étendu en onction sur la surface entlammée, agit par la méthode d'occlusion ; il s'interpose entre les causes irritantes des milieux extérieurs et le tissu pMogosé, d'où , soustraction du calorique anormal ; 2^ en raison de son énorme poids spécifique, chaque mole, cule de mercure élimine par compression la lymphe
hyper-sécrétée dans la trame la plus superficielle du réseau capillaire lymphatique, d'où action résolutive.
Nous terminons, Messieurs, par ces dernières données, rhistoire thérapeutique de Tordre des antiphlogistiques : notre classification résume comme suit, la modalité physiologique de cet ordre :
Les antiphlogistiques sont des modificateurs trophiques, dyYMmiques et mécaniques. Ils ont pour effet principal de combattre un état particulier du sang ou quelquefois de la lymphe, désigné pathologiquement par les mots d'inflammation, pléthore aiguë, hypérémie, phlogose, congestion inflammatoire, hyperghhulie, hyper^oxémie.
Les genres de cet ordre agissent de trois sortes :
d* Par soustraction directe dé VhémO'globulie,à Vaide des émissions sanguines, locales ou générales. Ce sont des moyens anémiants ;
2® Par spoliation indirecte de Vhém o-globulie, en augmentant le sérum au détriment des globules , (hy- DRÉMiANTs) ; OU en diminuant les matériaux de ï)\é' matose par défaut d'aliments (diététiques).
3* Par applicatiên topique et action mécanique, soit en soustrayant du calorique, soit en sHnterposant entre les milieux ambiants et les tissus phlogosés, à Vaide de Vocclusion ou en vertu d'une pression spéciale.
Nous arrivons. Messieurs, à Télude de la MÉDia- TiON ANTISPASMODIQUE, qui constituc le quatrième ORDRE de notre classe des hyposthénisants.
J'ai déjà eu l'occasion de vous dire pourquoi nous maintenons cet ordre, qu'il est de mode de supprimer aujourd'hui, ou tout au moins de dissimuler parmi les genres secondaires. Martin-Damourette en parle à peine et les confond avec les stimulants généraux
diiïusibles. M. Rabuteau en fait un simple genre des modérateurs réflexes. La plupart des thérapeutistes physiologistes ne voient dans l'action dite antispasmodique qu'une modalité de l'action excitatrice. Vous allez juger, Messieurs, si la réalité et l'étendue des effets antispasmodiques, leur importance thérapeutique , ne mérite pas un meilleur rang.
Mais d'abord, expliquons pourquoi les antispasmodiques sont placés ici dans la classe des hyposthéni§ants. Est-ce que nous méoonnaissons le principe stimulant diiïusible? En aucune sorte. Mais nous ne perdons pasde vue que c'est une classification thérapeutique^ clinique y et non une division physiologique, que nous développons ici. Or, ^pathologiquement , cliniquement, qu'est-co qui caractérise le spas-me ? Manifestement, un^état d'hypersthénisation morbide, d'agitation désordonnée, dont l'éclat, dans l'attaque d'hystérie par exemple, peut décupler- momentanéïnent, la force musculaire du malade. Des congestions passagères, des hypérémies capillaires, des cris, des pleurs, compliquent souvent le tableau. Or les agents médicateurs qui mettent fin à cet état d'exaltation nerveuse , ne peuvent être que des sédatifs , et' les sédatifs relèvent thérapeutiquementtles effets hyposthénisants.
Voilà pour la justification du rangement des antispasmodiques dans notre première classe. Peu importe que cet effet général de sédation s'obtienne par des actions partielles dont l'une au moins tient de la stimulation. C'est Teffet général thérapeutique, nous le répétons, qui doit seul ici décider.
Ce point étant admis, n'est-ce pas exagérer l'importance de cette médication, que de constituer un ordre entier avec ces agents? Nous pensons prouver que
non. Mais pour fournir cette preuve^ il nous faut néces« sairement entrer dans.dçs explications qui sont trop peu recherchées sur le spasme, comme entité morbide^ étudiée en elle-même et comparée à la convulsion. Gela nous entraînera môme à vous, entnetenir subsidiairem^nt d!un état mixte, qui tient à.la fois du spasme et. de la convulsion , et qui portant spécialement sur le système car diorpulmonaire, se traduit par lu dyspnée.
Il suffit de parcourir les traités ex-professo , il nous suffit aussi de contrôler les formules de bien des médecinsy.pour voir confondus ensemble comme agents d'une même médication, le bromure de potassium^ la valériane^ la belladone^ la lobélie^ Veau distilléed: amandes amères, le chl<yral^ le camphre. Or ce sont là des agents très-différents.
Le spasme à^ proprement parler, et défini dans son déterminisme direct, est le résultat d'une contraction» tonique des muscles qui n'obéissent* pas à la volonté. La convulsion- au contraire est un état de contracture le plus souvent clonique, d0S musclés soumis habi-. tueUement.au commandement de la volonté.
Quant à la. dyspnée, elle constitue un type morbide mixte, complexe, qui tient à la fois du spasme et de l'état convulsif tonique, pai'ce que l'innervation qui régit Fappareil respiratoire et circulatoire central^ relève à la fois des deux systèmes, nerveux; et que ^i. l'inner-. vation sympathique est habituellement le siège d^ la lé-, sion fonctionnelle dominante, le point de départ d0 l'état dyspnéique est i^ouvent au^si, sous^ la dépendance d'une hypéresthésie du pneunor gastrique ou du nerf vague.
Le spasme, la convulsion, la dyspénée essentielle sont trois névroses.
C'est une hypersthénie du système sympathique qui
provoque le spasme. C'est iine hypersthénie du système nerveux bulbo-cérébral ou spinal qui provoque l'état convulsif. C'est une rupture d'équilibre nerveux entre le pneumogastrique et les anastomoses du système ganglionnaire dévolu aux actes mécaniques de la respiration, qui cause la dyspnée essentielle.
Le type du spasme est l'état hystéralgique.
Le type de la convulsion est l'état épUeptique.
Le type de la dyspnée est l'état asthmatique.
Les principales modalités du spasme sont l'hystéralgie sous toutes ses formes : Vovaralgie , la métralgie , la gastralgie, la cardialgie, le spasme de la glotte, du larynx, du pharynx^ le pryapisme et la nymphomanie.
Les convulsions épilepttformes, l'édampsie puerpérale et infantile, la chorée aiguë, le tétanos^ la coqueluche convulsive appartiennent au type convulsion.
Les convulsions sont toniques ou doniques, les spasmes sont toniques.
Les accidents qui procèdent de la convulsion doivent toujours être redoutés, parce qu'ils mettent en jeu des forces desquelles dépend le fonctionnement même des centres nerveux qui régissent la respiration et la ch'culation.
Les accidents purement spasmodiques n'autorisent un pronostic redoutable que si le spasme se prolonge sur un organe de manière à mettre obstacle par exemple à la contraction du cœur ou au passage de l'air dans les bronches. (Spasme de la glotte , spasme des vaisseaux cardio-vasculaires).
Quant à la dyspnée, si elle est due à une cause traumatique, à une anoxémie, à une paralysie, elle est alo[*s secondaire, et son pronostic dépend de la gravité de la lésion primitive. Que si au contraire elle
est essentielle^ elle participe dans ses syndromes de sa pathogénie complexe et mixte, sous la double dépendance des troubles sympathiques et des troubles bulbospinaux.
Ainsi, Messieurs, se trouve délimitée, définie, par rapport à deux actions voisines , — la convulsion et la dyspnée proprement dite , — l'affection spasmodique.
Le grand précepte de Sydenham, naturam morbo^ rum ostendunt curationes, devient ici la clef du diagnostic différentiel: Le bromure de potassium qui, décongestionnant le bulbe et L'encéphale, provoque secondairementramyosthénie^et Tacinésie, est le médicament électif de la congestion convulsigène.
Les gommes-résines fétides, les produits nidoriens musqués, la valériane, composés à la fois d'un agent de sédation desmouvements involontaires;, et d'un principe diffusible stimulant de l'innervation volontaire, sont le remède des affections spasmodiques.
Quanta la dyspnée primitive, à l'asthme essentiel» la lobélie enflée, le taèac, le datura. stramonium, la belladone , en général, les stupéfiants mydriatiques, sont des agents puissants., et de premier ordre; il faut y joindre les excitants de la sécrétion bronchique, tels que polygalade Virginie, fumigations de papier nitré, s^rséniqué ; les fondants comme l'iodure de potassium^ et les anodins diffusibles, comme la teinture ammoniacale d'opium camphré. Le remède le plus puissant contre Tasthme est le produit d'une association de ces divers moyens. Là où les causes sont multiples, il con* vient d'opposer des agents également multiples ; c'est dans ces cas rares, que la pol y-pharmacie est bonne.
Tel est le secret du succès réel de la potion de GreeUy de celle de Bos$ut, dont les agents sont :
Décoction de polygala de Virginie ;
Teinture de lobélie enflée ;
loduj^e de potassium ;
Élexir parégorique.
Et maintenant , prenons à partie le spasme proprement dit; étudions -le dans son type, Thystéralgie. L'attaque a éclaté. Que voyons-nous? Contracture des muscles, boule hystérique à l'épigastre, clou hystérique à la tête; suffocation, strangulation apparentes, congestions vultueuses sur la face ; extases, catalepsie, mouvements réflexes violents , simulant la convulsion , sur l'axe cérébro-spinal. Cris, pleurs, chants, rires, perversions sensorielles, aberration de l'intellect, cécité, surdité, mutité passagères : ou au contraire, exagération de toutes ces fonctions, décuplement de la force musculaire normale. Il semble que la mort devrait suivre des troubles si violents. Cependant , la physionomie , qu peut d'ailleurs prendre des expressions lascives, ou; très-douloureuses, ou sardoniques, ou extatiques, n'est jamais ni blême, ni effrayante. La malade n'est pas défigurée. Pas d'écume à la bouche, pas surtout ce mouvement de rotation orbiculaire de l'œil qui rend Tépileptique si effrayant. C'est que les nerfs de la volonté ne sont pas le siège du mal, et que l'expression de la physionomie n'est pas directement atteinte. Sous l'action du traitement approprié le plus simple, par la seule application de la méthode expectante , toute cette exagération du pouvoir réflexe excito-moteur, va tomber. En même temps, la crise se dénouera par des évacuations hypercriniques : larmes, émission d'urines abondantes. La malade se souvient, elle est fatiguée, mais non honteuse et stupide, comme l'épileptique. C'est que nous n'avons assisté ici qu'à une scène
d'efTets rétiexcs que dominait Thy pères thésie. Telle est dans son essence l'affection spasmodique.
Elle résulte de la rupture de Téquilibre entre les deux systèmes nerveux, sympathique et cérébro-spinal. Le premier surexcité, tétanisé^ a provoqué dans les fibres lisses des contractures toniques ; la circulation a été troublée, des hyper émies locales se sont prodiûtes. Cependant le système nerveux de la vie de relation , désemparé et comme affolé, a suscité dans les moscles qui sont sons sa dépendance les mouvements lei plus excentriques et souvent les plus violents. Leur modalité cataleptiforme est caractéristique. Mais ces alternances de parésie et d'hyper-myosthénie ne sont pas une preuve de faiblesse réelle, et finalement elles trahissent plutôt Tataxie , et se résolvent dans un collapsus général.
Tout opposé est le tableau présenté par l'épileptique en proie au génie pathologique de la convulsion. Si face est pâle et terreuse; sa bouche écumante^son regard tantôt d*une mobilité effrayante , tantôt d'une atonie extrême. Une spume souvent sanguinolente obstrue les commissues labiales; la bouche est déviée, la langue saillante et souvent coupée par des morsurei inconscientes. Toute une moitié de corps est en proie à des convulsions cloniques. L'insensibilité est absolue, le malade tombe au feu et se brûle , s'immerge dans l'eau et peut se noyer , se contusionne , se fracture les membres : il ne sent rien , absolument rien. Son intetf* ligence , sa mémoire , sa volonté , ont disparu avec h conscience de toute sensation. Quant après un sommeil stertoreux il revient à résipiscence; il est étonné, confus, stupide. Sa physionomie , enfin , à l'eucontie de celle de Thystôriquc, est contournée, convulsicmnée;
son regard exprime la terreur autant qu'il la communique. C*est qu'ici le foyer du mal a son centre à l'origine même des paires nerveuses dévolues à la vie de relation , à la vie d'expression. Ce sont les nerfs de l'intellect, du sentiment, de la volilion , qui sont le siège de l'ictus nerveux. Ce n'est que secondairement que le système ganglionnaire peut se prendre.
Ainsi, en résumé, dans le spasme généralisé^ la lésion fonctionnelle primitive porte sur les fibres lisses et les muscles dévolus au mouvement involontaire de la vie organique. L'atonie du système antagoniste, placé sous le gouvernement de la volonté, signifie non de l'hypersthénie encéphalique , mais un état de révolte et par suite , d'épuisement , en raison de la résistance spas modique qui entrave le fonctionnement normal des actes de nutrition , de circulation , de respiration. Aussi, le remède sera-t-il dans une médication qui aura pour double effet de détendre le système sympathique , et secondairement de tonifier par stimulation , le système cérébro-spinal. C'est -cette double propriété qui seule caractérise les antispasmodiques. L'assa-fœtida, la valériane, le muse^ la possèdent ainsi que nous le démontrerons bientôt par l'analyse chimiqiie.
Par contre , dans le type élémentaire de la convulsion, il y a premièrement irritation, hypérémie, congestion ou compression du bulbe : de là , hypersthénie violente de l'axe cérébro-spinal; il y a au eontraire parésie des organes de la vie végétative. Aussi , le médicament préventif par excellence serait-il le bromure de potassium, puissant vaso-moteur, qui par atrésie capiUaire provoque l'anémie du centre bulborachidien , retarde ainsi ses congestions périodiques , favorise enfin l'anesthésie et l'amyosthénie générales.
Mais de même que, s*il y a un sang veineux et un sang artériel , un sang rouge oxygéné et un sang noir carbonisé, il n'y a cependant qu'un seul fluide hématique, qui prend une couleur et des propriétés distinctes selon qu'il est examiné dans les artères ou dans les veines , avant ou après les métamorphoses de combustion ou d'oxydation ; de même . s'il y a un système nerveux ganglionnaire sympathique , régissant les capillaires vaso-moteurs et inIle^ vaut les organes splanchniques , et un autre système nerveux dont les filets émergent de l'axe cérébro-spinal, qui préside à la vie de relation, il n'y a cependant qu'un seul élément nerveux. On sait quelles anaslomoses nombreuses, importantes , rallient partout les deux systèmes. Il n'y a donc pas à s'étonner si l'état spasmodique peut se compliquer de phénomènes convulsifs , et réciproquement.
Le type pathologique dyspnée essentielle est, par les lésions qui le déterminent , l'expression la plus frappante de cette solidarité organique et fonctionnelle^
Maintenant , Messieurs que nous savons distinguer le spasme de la convulsion, que nous connaissons son déterminisme physiologique et pathologique, nous comprenons aussi que la médication antispasmodique a sa raison d'être , et que , de même que les contro-stimulants et les anesthésiques , elle doit constituer un ORDRE thérapeutique.
Il s agit donc de diviser cet ordre en genres , et d'étudier ces genres dans leur modalité physiologique, dans leurs espèces médicinales.
Nous divisons les antispasmodiques en trois genres: Produits musqués; produits fétides; éléo^thérolés.
A. Le premier genre est constitué par des produits
sécrétés ou excrétés, que fournit le règne animal. Les plus importants sont contenus et conservés par ranimai vivant, dans des appareils dits nidoriens : tous sont doués d'une grande propriété de fragrance et répandent un principe volatil d'un extrême subtilité^ dont Todeur musquée peut être fournie comme étalon.Ce sont le muac, le castor eum j la civette^ Vhyracéum^ la sécrétion nidorienne de Yondatra ou rat musqué du Canada, laquelle est coUigée dans deux glandes piriformes, situées comme dans le castor, de chaque côté du pénis. Il faut ajouter V ambre gris , sorte de bezoard concrète dans rintestindu phys^ter macrocéphalus (cachalot). Comme succédanés de ses produits animalisés, il convient de nommer dans le règne végétal : la mauve musquée, la centaurée musquée, les senteurs d'abelmoscby le mimulus musqué et l'érodion.
Les produits musqués sont surtout des nervins tonU sédatifs. Ce ne sont pas essentiellement des modificateurs du spasme physiologique ; mais leur emploi convient plutôt pour combattre l'atonie neuro-musculaire des organes de la vie de relation, dans les fièvres ataxoadynamiques, telles que la fièvre typhoïde, le typhus, et la pneumonie du sommet.
Ces médicaments n'en sont pas moins de vrais antispasmodiques, en ce sens que leur composition chimique présente toujours l'association de principes gras ou résineux à un principe volatif très-difrusible, dont la fragrance est extrême.
Ainsi, le musc renferme d'après Geiger et Riesmann :
De la graisse non saponifiée ;
De la cholestérine;
Une résine amère particulière ;
Un extrait alcoolique, de Tacide lactique tibi^e etdes
sels ; De Yammoniaque et de Veau.
Guibourt et Blondeau y ont trouvé en outre on huile volatile.
Nous avons donc là nos deux éléments essentiels de l'action antispasmodique, le principe gras, stéarique et le principe volatil odorant : la graisse et la cholesterine représentant le premier; l'ammoniaque, larésine et rhuile volatile, le second. Parleur association, la vie nutritive est ralentie, Tappétit absolument annulé, tandis que les poumons et le cerveau, sont stimulés. Cette dénomination de produits musqués donnée au genre n'estpas un retour aux classifications zoologiques; nous avons en effet soin de spécifier que ces produits musqués sont des nervins toni-sédatifs.
La composition chimique du castoreum n*est pas moins significative ; celui-ci contient en effet, d'après Brandes:
Une huile volatile ; De la résine de castoreum ; De l'urate et du benzoate de chaux ; De la cholesterine et de la castorine; De l'albumine, delà gélatine, del'osmazome; Du carbonate d* ammoniaque, et de nombreux sels calcaires
B. Je passe maintenant au detixième genre : produits fétides : ses principaux représentants sontdan^ les gommes-résines fétides des ombellifères, {genre peudacœaet ferula.) Assa-fœtida^ gomme ammoniaqiu^ galbanuniy sagapenum^ opoponax ; et^ dans les valérianes officinales. Ce sont là les véritables antagonistes du spasme physiologique et pathologique, les remèdes de
l'hystéi^lgie. Uasa ou assa-^fœtida et la valériane répondent parfaitement par leur composition chimique à la double indication de sédation sympathique et de stimulation cérébro-spinale. Aussi, malgré la contradiction apparente de ces deux qualificatifs réunis, les appelons-nous : Nervins stimulo^sédatifs.
L'analyse chimique de Vasa^fœtiday telle que la fournit Pelletier, prouve que cette ombellifère contient :
Résine ;
Gromme ;
Bassorine ;
Huile volatile ;
Malate acide de chaux et perle.
La résine d'assa, ou mieux, d' osa- fœtida, jouit de propriétés particulières : elle se colore en rouge sous Faction de Tair et du soleil. Elle est dédoublable en deux sortes, Tune soluble, Vautre insoluble dans Téther. Au dire de Gûbler, son huile volatile renferme du soufre et même probablement dû phosphore. Hlasiwetz a constaté dans Tasa-fœtida, un sulfure d'allyle.
On voit que cet antispasmodique par excellence renferme au premier chef les éléments que nous considé- . rons comme déterminants de l'action antispasmodique , à savoir : l'union d'un principe gras à une huile essentielle odoriférante, douée d'une extrême fragrance.
La valériane sauvage {valeriana officinalis) réunit également dans sa racine une composition qui n'est pas de beaucoup moins heureuse. En dîet, Trommsdorff Ta trouvée composée de :
Huile volatile; Acide valérianique ; Amidon et albumine j mucilage; Extractif (valérianine) ;
Extrait jaune ;
Résine molle balsamique;
Valérianaté de potasse ;
Malate de potasse et de chaux, et autres sels.
Avant d'avoir été rectifiée, on trouve dans la compo^ sition de l'huile de Valériane, cinq principes; savoir : Tacide valérianique dont Tisomère existe dans Tacide pliocéniqûe obtenu par Chevreuil de l'huile de baleine^ et dans les fruits du viburnum opulus ; ^ la borneïne, laquelle est isomère avec l'essence de térébenthine; 3<> le valérol; 4° un camplire ou stéaroptène; 5» de la résine.
Ainsi, dans la seule huile de valériane non épurée nous retrouvons encore réunis le principe gras, l'huile volatile et l'odeur fragrante. En effet, l'acide valérique est un acide gras, et le stéaroptène associe précisément l'élément volatil à l'élément stéarique^
Le troisième genre des antispasmodiques , est celui des éléo-éthe'rolés. Il comprend spécialement le camphre, les éthers sulfurique et acétique. On peut y joindre comme succédanés le tilleul et la fleur d'oranger. Ce ne sont plus que de simples sédatifs nervinSy diffusibles; le camphre rallie aux éthers les deux genres précédents. En sa qualité de stéaroptène il associe encore le principe gras au principe volatil, et il possède en outre une odeur très-fragrante, que tout le monde connaît. Quant à l'éther acétique, on sait que l'acide acé^que fait partie des acides gras (Wurtz). Dans l'éther sulfurique, le soufre oxygéné en réaction avec l'alcool, représente des propriétés analogues.
Voici dans quels termes notre classification résume la modalité physiologique des agents antispasmodiques :
Modificateurs dynamiques: agissent tous en rétablis-
sant V équilibre daiis Viwiervation et la myoHlUéy en vertu d'une double action stimulante sur Vaœe cérébrospinal et sédative sur Vinnervation sympathique et la fnyotiUté des fibres lisses. Tous les vrais antispasmodi^ quês réunissent à un principe gras spécial , \me huile volatile essentielle et Un principe très-odoriférant 'doué d'une grande fragrance.
•Les prodmts musqués renferment, avec une huile volatile :et de T ammoniaque, — c'est-à-dire unprincijye stimulant diffusible^ — de V albumine, de la graisse et des benzoates , ime résine amère et de la cholestérine. De celte composition complexe résultent des propriétés à la fois toniques et sédatives , qui combattent avarUa^ geusement Vataade et Vndyna^naie cérébro-spinale , notamment dans certains états typhoïdes et pneumoniques.
Les produits fétides gommo-résineux, sont le type des antagonistes du spasme hystéralgique. Le mécanisme de leur action physiologique s'explique par les doubles effets d'une huile essentielle sulfurée dont là diffusion rapide stimule les centres d'innervation céré^ bro-spinale , et d'un principe gommo-résmeux uni à la bassorinc , lequel j en parésiant faiblement T action vaso-motrice et sympathique, ralentit les actes de nutrition , et amène secor^dairement la détente de lacontracture musculaire.
Les produits éthéro-éléolés , administrés par voie gastrique, ne sont plus que des antispasmodiques ineomplete. Ces carbures d'hydrogène oxygéné manquent du principe gommo-résineux uni à Vosmazôme ou â la bassorine qui parait a^ir plus spécialement sur le système de la vie végétative. Absorbés rapidement et éliminés de même, ils exercent une stimiilation
vive et passagère, suivie d'une sédatîon attribuahle au supplément de combustible qu'ils fournissent aux oxydations; possèdent une grande fragrance.
A la suite des antispasmodiques, nous plaçons comme cinquième ordre de la classe des hyposthénisants, celui des anesthésiques.
On dit en général d'un agent ou d'un procédé thérapeutique, qu'il possède des pt*opriétés anesthésiques par cela seul qu'il a pour effet de diminuer ou d'abolir momentanément la sensibilité. Ainsi l'opium, lechloral, le bromure de potassium, les irrigations ou afiusions d'eau froide possèdent des propriétés anesthésiques. Mais ce sont là des effets seconds de ces substances, et il convient de préciser autrement le sens de ce mot quand on fait des anesthésiques un ordre spécial. Alors les anesthésiques sont des agents thérapeutiques d'ordre chirurgical, qui agissent par voie d'inhalation pulmonairCy par injection intraveineuse ou topiquementy en provoquant l'insensibilité et en supprimant la douleur.
Cet ordre peut être divisé naturellement en quatre genres, selon le mode spécial de leur action physiologique sur l'encéphale et la moelle.
Les agents du premier genre (éther et chloroforme, inhaléspar les bronches), injections intraveineuses d'hydrate de chloral), déterminent l'insensibilité et le sommeil par ivresse soporeuse : ce sont les anesthésiques ébriants.
Les agents du deuxième genre : (Inhalation du gaz protoxyde d'azote, produisent une insensibilité plus radicale, un sommeil plus absolu, une résolution musculaire plus grande : ce sont les anesthésiques anoxémiants.
Le troisième genre est constitué par de véritables asphyxiants : l'oxyde de carbone , Taldéhide (carbure
d*hydrogène oxygéné), Tamylène (carbure dliydrogène) sont les principaux représentants de ce genre.
Enfin, il existe des procédés mécaniques pour produire une sorte de sommeil cataleptique ou somnambidique, Tinsensibilité , et finalement la résolution musculaire, en provoquant à l'aide d'un objet J[>rillant , un strabisme divergeant. Ce quatrième genre est celui des anesthésiques hypnotiques et mécaniques.
4- L'éChéri^àtion eit la chloroformisation sont des procédés chirurgicaux dont le manuel opératoire appartient à >la thérapeutique spéciale. Nous serons donc bref à ce siiyet.
Le professeur GûUer explique ainsi le déterminisme de l'action anesthésique de l'éther :
« Topiquement, la vapeur d'éther produit sur la muqueuse bucco-pharyngienne, ainsi que sur celle des canaoïx aériens, et des vésicules pulmonaires, des phénomènes d'excitation Bientôt ces phénomènes font place à des symptômes d'engourdissement et d'anesthésie véritable dans les mêmes régions ; la tolérance s'établit, les inspirations deviennent plus
faciles et plus profondes Puis, il arrive de deux
choses l'une : ou bien une sorte de bien-être Succède à l'état précédent de malaise ei d'anxiété , la figure prend un air étonné ou béat; ou bien une vive excitation s'empare du sujet, qui délire , profère des paroles incohérentes et se débat violemment pour échapper iBox maÎJQS qui î'étreignent. »
Noi^s ajouterons ici, comme fruit d'une expérience certaine, que lorsque ce dernier état se produit, il y a, 4e la part du chirurgien, au moins imprudence à s'obstiner dans l'opération anesthésiante.
Mais poxursuivons le tableau tracé par Gûbler : « Cependant, la respiration introduisant toujours de nouvelles quantités d'éther, la pensée s*éteint et ses manifestations se taisent; les traits du visage s^affaissent, la physionomie exprime Fhébétude ou Tivresse... Les muscles volontaires sont dans un complet relâchement. A un degré plus avancé, le coliapsus atteint les muscles de Ja vie organique ; la respiration est lente,
profonde et stertoreuse : le pouls se ralentit La
sensibilité tactile s'émousse et finit par se perdre
On peut tirer, piquer^ pincer et couper la peau ainsi que les tissus sous-jacents sans exciter la moindre douleur chez le sujet, qui parait plongé dans un sommeil comateux. »
€ H faut par conséquent distinguer plusieurs
phases : i^ période infiniment courte de stimulation tonique ; 2<> période d'excitation générale consécutive à l'absorption; 3° période de stupéfaction de l'ensemble des propriétés sensitives et motrices appartenant à la vie de relation; 4^ enfin, période de torpeur des fonctions de la vie végétative, avec abaissement de la calorification et de l'hématose, extinction des mouvements respiratoires et paralysie du cœur. En trois mots : ébriétéy stupeur, coliapsus. )>
Serres, Longet, Flourens, ont distingué l'action de l'éther, selon qu'il agit sur les lobes cérébraux, le cervelet, la protubérance ou la moelle. »
L'éther, en tant qu'agent anesthésique inhalé, ne se combine pas chimiquement avec les gaz du sang pour produire l'anoxémie. Amussat, Renault, Ville, Blandin et surtout Bouisson ont bien constaté que la proportion d'acide carbonique exhalé par l'éthérisé, s'accroit notablement ; mais ce résultat parait uniquement dû à ce
que racide carbonique est déplacé par les courants de vapeur d'éther. Aussi, pensons-nous que Téther ainsi que le chloroforme sont des anesthésiques simplement ébriants , non asphyxiants. Le protoxyde d'à* zote, auquel nous conserverons ici l'épilhète ancienne de gaz hilariant, établit une transition entre les ânes-» thésiques simptement. ébriants et* les. anesthésiques asphyxiants.
<i;Le chloroformismey dit encore Gûblér, présente la succession <les mdmes phases que Téthérisme proprement dit , »
La période de stupeur arrive plus vite, et celle d'ébriétéest généralementfugitive. Si Ion ne prenaîtles précautions connues aujourd'huide tousle&ehirurgiens, lii coUapsus pouirait devenir rapidement mortel. Le chloroforme doit èlre pur ; il doit être inhalé par intermittences, c'est-à-dire qu'on doit laisser arriver de temps à autre de Tair pur dans les poumons ; le sujet ne doit présenter aucune maladie organique du cœur, des poumons,. du foie, de l'encéphale, ni l'une de> ces contre-nndications que 1^ tempérament, l'idiosyncrasie du sujet, révéleront au praticien. Moyennant ces Tés%i> ves, Tanesthésie chirurgicale par le chloroforme est préférable à celle pas Uéther , lequel , en réaUté , n'est pas plus inoifensiÊ, en dépit des assertions contraires de rËcole lyonnaise.
Nous nous abstenons, vu les détails dans lesquels nous sommes entré en parlant des injections intraveineuses, de revenir sur l'histoire de l'hydrate de chloral lequel, injecté dans le^ veines^ anestbésie plus fortement que l'éther et le chloroforme inhalés^
O. Ijebrech, Verneuil , et surtout le professeur Oré (de Bordeaux,) ont établi les précieuses propriétés du
chlorsd, pour pcocurec le sommeil complet, Tanesthésie absolue, et la résolu tioa musculaire entière. Que le chloral se transforme ou non dans le sang en formiate de soude, et ce dernier, en bicarbonate de soude, Taction du cMoral n'en reste pas moins distincte de celle du'chlorofornte> et supérieure à cette dernière, à beaucoup d'égards. Nous maintenons toutefois cette réserve que pour obtenir Fanesthésie chirurgicale la nlkéthodè d'inhalation est toujours préférable à celle d'injection veineuse, parce que la première peut se suspendre, et non la seconde , dans l'application.
B^ Nous constituons un deuxième genres genre de transition avec le gaz protoooyde d'azotSy inhalé comme agent d'anesthésie générale.
La découverte des propriétés anes&ésiantes du gaz protoxyde d'azote , remonte déjà à une date .relativement ancienne. Humphry Davy avait pressenti dès le siècle dernier les applications chirurgicales que pour* rait faciliter ce gaz. Le dentiste Horace Wells s'en servit avec succès pourFextraction des dents, vers 1846. M. Sims, en Angleterre, et surtout le docteiur Colton en Amérique, ontmultiplié l'emploi du gaz protoxyded'azote pour provoquer Tanesthésie dentaire. En France, c'est Préterre qui, le premier,, en préconisa l'usage.
Les effets anesthésiques par l'inhalation du gas protoxyde d'azote paraissent dus à une évolution physiologique dont le déterminisme n'est pas absolument identique à celui des vapeurs d'éther et de chloroforme . Notre cher et éminent collègue le Docteur Jeannel, aujourd'hui inspecteur général des pharmacies militaires de France, a publié en 1870 dans le Journal de Médecine de Bordeaux, une note pleine d'intérêt sm' le protoxyde d'azote considéré comme agent ânes-
thésique. Nous ne pouvons mieux faire que de citer des extraits de cette intéressante étude.
« Je ne me suis pas contenté de voir pratiquer les
» inhalations de protoxyde d'axote, dit le docteur Jean-
M nel, j'en ai étudié les effets sur moi-même , afin de
» les comparer à ceux de Téther et du chloroforme que
» j'avais déjà reconnus par de nombreuses expériences
» personnelles
« La première inspiration, et je puis
>3 dire, le premier contact du gaz avec les membranes
M pulmonaires, produit une sensation générale d'en-
JB gourdissement comparable au besoin de sommeil ;
:s> à la seconde impression, la sensation est celle de
3> Tétourdissement; je vois apparaître cette gaze vibrante
3> que la plupart»des observateurs ont signalée comme
^> caractérisant le début de Fanesthésie chloroformique;
3 àla troisième inspiration, l'engourdissement fait dera-
1 pides progrès, mais l'intelligence persiste avec la li-
» berté des mouvements, je me pique àla mainavecune
» épingle dont je m'étais pourvu et je constate que la
n sensibilité est déjà très-émoussée ; à la quatrième
D inspiration, je commence à être séparé du monde
» extérieur, mes idées sont vagues et exaltées; cepen-
» dantje puis encore de ma main droite, enfoncer l'é-
3 pingle dans la peau de la main gauche, et constater
» que je ne ressens pas les piqûres ; l'extinction de la
1 S6nsû)ilité n'est pas complète , je perçois un contact
» comme celui d'un corps obtus, la gaze que j'ai de-
» vaut les yeux est blanche et très-éclatante ; sauf
» la vibration dont elle est animée , elle ressemble à
» un phosphène persistant. »
Après avoir tracé ce tableau des phases successives de Tanesthésie proto-azotique, le Docteur Jeannel cite
des expériences également personnelles, entreprises par le Docteur Combler, aide-major à l'hôpital Saint- Martin^ de Psurifi. Ces expériences sont absoluioent oonfirmatives de ceUes du Docteur Jeannel> De telle sorte qiie notre ss^vant oollèguie propose les
conclusions suivantes :
!• Le gàz purifié de protoxyde d'azote, tel^ qu*onle pisépare aujpurdlbui, ne produit pas le délire décrit par les auteurs^ du commencement de ce siècle ;
2<> L'anesthésie proto-azotique est aussi complète que Tanesttiésie chloroformique. Elle en diffère essentiellement par la rapidité de Tinvasion, par l'absence de stimulation au début et par la facilité du retour à Fétat normsd : elle ea diffère aussi par un caiiaotère plus prononcé dr asphyxie. *
30 Elle est très-facilement applicsJ[)le aux opérations de courte durée ; il est probable qu'on pourra l'utiliser pour les grandes opérations chirurgicales, moyennant lîintermittence convenablement dirigée des inhalations.
4*^11 est permis de présumer qu'elle expose mpins que l'anesthésie chloi^oformique à. des accidents mortels, mais elle y expose certainement; elle devrsdt donc être exclusivement réservée aux opérations dont le danger est accru par la douleur. La pratique en devrait être entourée de garanties. et de précautions scientifiques.
5* Le protoxyde d!azote est d'un usage moins commode que les auesthésiques liquides, en raison. des appareils qu'il nécessite.
Telles sont les conclusions du docteur J eanueL En les adoptant dans leur teneur générale, nous ferons cependant des réserves au sujet dp la quatrième conclusion.
Nous ne pensons pas qu*on puisse préconiser les inhalations du gaz protoxyde d'azote , même pur et dépouillé de toute vapeur nitreuse , de préférence au chloroforme et à Téther. M. Jeannel ne dit^il pas luimême, dans l'examen préalable des questions que soulève l'emploi du protoxyde d'azote comme anesthésique :
c Les dentistes avouent et ils appréhendent des i> convulsions, un délire passager, plus ou moins 9 violent. »
Ajoutons à ces aveux qu'au dire de L. Herman, l'anesth^e pathologique s'accompagne de troubles profonds de l'hématose. Les lèvres et la muqueuse palpébrale jNrennent une teinte violette qui annonce un commencement d'asphyxie. On n'observe pas toutefoi3 la dyspnée de l'asphyxie carbonique. L'acide carbonique provenant des combustions organiques continue d'être exhalé. Philippe Zimmermann et Duchesne ^ainé) qui ont expérimenté, le premier sur des lapins, ^t le second sur l'homme, ont constaté que , sous l'influence de l'anesthésie pathologique , non-seulement l'exp^tion de l'aeide carbonique n'est pas diminuée, mais qu'elle est augmentée.
Nous relatons ces détails, Messieurs, non pas pour empiéter sur le domaine de la thérapeutique spéciale, mais pour vous rendre sensible la portée de notre division des agents anesthésiques.
Supprimer rapidement et absolument, à l'aide d'une action sur les poumons , le bulbe et le cerveau , la propriété primordiale de sentir , c'est toujours s'engager dans la voie des phénomènes dont la conclusion poursuivie est fatalement la mort. En effet , priver un individu qui continue de vivre de la faculté de percevoir
des impressions , c'est interposer une action , et partant, un agent, entre le cerveau percevant, et la moelle conductrice des impressions excitatrices. Si cette actiofi n'est pas produite graduellement, avec intermittences, le patient peut être foudroyé par une suspension absolue et sans retour des fonctions du pneumo-gas* trique; par une apoplexie du bulbe, ou une suppression des propriétés de ce V de substance grise , que Flourens a caractérisé par la dénomination de nœud vital
Règle générale : plus Fanesthésie est rapide et complète, plus le danger de mort immédiate «st menaçant.
Le protoxyde d'azote est plus toxique que Tétheret le chloroforme , précisément parce qu'il n'est pas précédé d'une période d'excitation et d'ébriété. Il agit ■déjà par une intervention presque directe sur l'hé^ matose. Aussi, avons-nous cru devoir faire de ce corps plutôt que du chloral injecté dans les veines, un genre anesthésique distinct, sous le nom d'anesthésiq^tei hilariants ou mieux anoxémiants. Ils établissent donc une transition naturelle entre les ébriants et les aspkf- :viant8. Terminons l'étude de cet ordre par Texamen des agents du dernier genre.
C. Notre troisième genre d'anesthésiques est celui des asphyananis. L'oxyde de carbone, l'amylène l'aldéhyde, Té ther chlorhydrique cldoré, le bichlorure de métylùnc sont les principaux représentants de cette série.
Ce sont tous des poisons du scmgy et leur action sur les centres nerveux parait n'être que secondaire de cette intervention première. Les convulsions, la cyanose et l'asphyxie sont les trois termes de cette évolution nécrobiotique. Si de tels agents ne détournent pas à
leur prollt de roxygèiie du sang, il s'opposent tout au moins au fonctionnement normal de l'hématose. Ils sont asphyxiants : tfestenprivanti'élémentdela vie, la cellule nerveuse de son aliment nécessaire, le sang oxy- ^né, qu'ils suspendent le sentiment d*abord, puis la myotilité. Il n*y a plus d'excitabilité physiologique et la mort peut survenir avec la suppression de la sensibilité. Ce sont donc des agents toxiques au premier chef et d'un emploi éminemment dangereux.
D. Nous devons enfin, pour être complet, admettre un quatrième genre d'anesthésiques, par action mécanique, n s'agit de l'hypnotisme^ sorte de sommeil ma- ^étique obtenu par le procédé suivant :
« On prendy dit Robin (Dictionnaire de Médecine) ^ un objet brillant, par exemple un étui à lancettes, entre le pouce et les doigts indicateur et médian de la main gauche; on le tient à une distance de 25 à 30 centimètres des yeux : Bouchardat dit 15 centimètres seulement. L'<di)jet est tenu au-dessus du front, de manière é provoquer une sorte de strabisme convergent. On fera entendre au patient qu'il doit porter les yeux constamment fixés sur le corps brillant et y maintenir son attention psycologique en même temps que son regard physiologique. L'esi^rit doit être imiquement attaché à l'idée de cet objet. On observe d'abord que les pupilles se contractent, puis bientôt se dilatent : et après s'être ainsi considérablement dilatées et avoir pris un mouvement de fluctuation, si les doigts indicateur et médian de la main droite, étendus et un peu séparés, sont portés vers les yeux, il est très-probable que les paupières se fermeront involontairement avec une sorte de vibration.
» Après un intervalle de douze à quinze secondes, en
soulevant doucement les bras et les jambes, on trouvei-a que le patient a. une tendance à les tenir, s'il a été fortement, affecté, dans la situation où ils ont été mis. S'il n*en est pas ainsi, vous lui demanderez avec une voix douce,, de les garder dans l!ex tension; de la sorte, le pouls, ne tardera pas âuS*accélérer« beaucoup; les membres, au bout, de (][uelque temps, deviendroa^ rigides et complètement ûxes^ On trouvera aussi qu^ a part la vue, tous les sens spéciaux , les sensations c^^ chaud et de froid, celles de TacXivité musculaire et4:a^^ taines facultés mentales, sont d'abordprodigieusem^l^^ exaltés, comme il arrive dans., les effets primaires (f^ vin, de Topium et de TalcooL Toutefois, après un Cety tain [point, a cette exaltation, succède une dépression beaucoup plus grande que la torpeur du sommeiljui. turel. Les sens spéciaux et les muscles peuvent passer instantanément, les uns de la plus profonde torpeur, et les autres, de la rigidité tonique, à la conditioa epposée, extrême mobilité et sensibilité exaltée. Qsuffitde diriger un courant d'air surUorgane ou les organes que nous désirons exciter, ou les muscles que nous d^^ rons rendre souples, et qui se trouvaient dans une sorte de catalepsie. Par le seul repos, les sens rentceseut promptemenl dans leur premier état. Braid emph^e ce procédé pour jeter une personne dans le sommeiVsomr mambuliquo. Le succès presque invariable qu'tt a obtenu parait d\\ surtout à la condition mentale du pa^ tient, qui, d'ordinaire, est prédisposé à i'hypnotiâooe par l'attente qu'il sera produit certainement, et par Vassurance d'un homme à volonté ferme, déclarant qu*il est impossible c"y résister. Toutefois, quand Tétat hypnotique a été ai î' i provoqué un certain nombre de fois, le sujet peut d'ordinaire s'endormir lui-même facile-
ment en regardant son doigt placé assez près des yeux pour causer une convergence sensible de leur axes, ou même simplement en se tenant tranquille et fixant le regard sur un point éloigné. En tout cas, la fixité des yeux est la circonstance qui a le plus d'importance, quoique la soustraction des autres stimulants ait une influence décidée pour favoriser laproduction de l'elTet.
» On le voit, ajoute Robin, l'hypnotisme tient de près au nu^piétisme animal. Dans l'hypnotisme, les sens acquièrent une acuité singulière , surtout la sensaUou d'activité musculaire par laquelle tous nos mouvements volontaires sont réglés; et qui, exaltée, peut remplacer complètement la vue en beaucoup d'opérations. De plus, il y a une facilité extrême à dtiiger les pensées de Vhypnotisé, par le principe de suggestion^ soit à l'aide de paroles, soit surtout ce qui est trèsremarquable, à l'aide d'impressions venant de la sensation d'activité musculaire : ainsi suivant l'attitude que Ton donne à l'hypnotisé, des idées et des sentiments naissent en lui, conformes à ces attitudes. »
Ce tableau suffit pour montrer l'action physiologique de ce qu'on nomme Yhypnotùme, état très-analogue au somnambulisme et au magnétisme animal.
Braid (de Manchester) lui-même a voulu utiliser sa découverte par des applications à la médecine et la chirurgie, et c'est pour cette raison que la méthode ou pour parier plus justement le procédé d'hypnotisafion, a pris rang parmi les moyen anesthésiques.
La prétention de traiter par Vhypnotxsine la majeure partie des maladies des systèmes nerveux et musculaire est tombée d'elle-même, et depuis longtemps. Il n'en a pas été de même pour les applications chirui^cales. Le D"". Azam (de Bordeaux) ayant communiqué
des faits dliypnolisme à M. Broca, celuirci a songé à utiliser la période d'anesthésie de certains hypnotisés pour pratiquer des opérations sans douleur : c'est ainsi que vers 1850^ ce chirurgien, M. Follin et d'autres encore opérèrent avec succès plusieurs amputations.
C'est surtout pour Tart dentaire que l'hypnotisme pourrait être utilisé. Nous lisons dans Bouchardat que M. A. Préterre aurait réussi quatorze fois sur vingt-etun pour extraire des dents sans douleur d l'aide de l'hypnotisme.
Il suffit cependant d'observer que les effets de l'hypnotisme sont souvent incertains^ douteux, tantôt cataleptiformes, tantôt résolutifs et anesthésiques , pour eipljquer la dessuétude qui s'attache aujourd'hui â ce procédé.
Âla colonne des modes, notre tableau de classification résume comme suit la modalité physiologique de l'curdre des anesthésiques :
Modificateurs dynamiques^ hématosiques ou simplement mécaniques; ils ont pour propriété thérapeutiqu de produire^ avec le sommeil artificiel^ VinsensibUiU et la résolution musculaire :
Soit en s'interposant comme les vapeurs inhaléa d'éther ou de chloroforme entre les globules sanguiw et V acide carbonique qu'ils déplacent, et en congeh tionnant secondairement le bulbe et V encéphale (analgésique ébriantsj. Il convient de joindre les injectim intra^veineuses de chloral aux agents (ie ce genre;
Soit commue leprotoocyde d'azote, enrendo^trè^r^ifl^ cile ou même impossible Vooçydation dfis ^jh>bii|e8 dpm^ les capillaires, d'où phénomènes voisins de Va^phyxii xLnoxémie et suppression^ d'où encore, ^ro^b^es dfi ;io|»bilité en même temps que somrn^i hilari^nt QsJgéi^qiies anoxémiants) ;
Sait comme Voxyde de carhonej Vamylène; l'aldè^ hyde$,etc.jen€isphyxianty par suite d'un détournement à leur profit de Voocigène du sang, ou tout au moins en mettant le sang dans Timpuissance de vivifier les éléments anatomiques^ d'où cyanose^ congestions bul-haires cérébrales et asphyxie (analgésiques asphyxiants) ;
Soit enfin en provoquant^ par strabisme convergent et mécaniquement^ le sommeil extatique et l'état phy* tiologique décrit sous le nom d'hypnotisme (anesthésies hypnotique).
On pourrait considérer comme terminé avec l'ordre des anesthésiques, l'exposé des médications générales relevant de la classe des htposthënisants.
Nous y joindrons cependant sous le nom de léni- TIFS, un sixième et dernier ordre où se trouvent rassemblés des agents d'un emploi très-répandu , mais d'une*action physiologique des plus modérées.
Les L&NiTiFS se divisent naturellement en deux genres. L'action commune établit thérapeutiquement une transition facile entre les agents hyposthénisants et les analeptiques dits reconstituants qui relèvent de la classe des hypersthénisants. Plusieurs de ces agents sont si Toisins de la médication antiphlogistique qu'on pourrait dire qu'ils en sont des succédanés. Ils s'en distinguent toutefois en ce qu'ils n'exercent aucune action primitive et directe sur l'hémoglobuUe. D'autres produisent des effets de sédation qui les rapprochent des coidre-stimulants. Mais leurs propriétés ne sont ni spdiatrices et déprimantes , ni assez spécifiées rapport à un système organique de premier ordre , pour que la séparation ne soit pas encore indiquée.
Eisfin , par plusieui^s de leurs effets anodins et calmants , les lé^itifs confînent aux narcotiques et aux
antispasmodiques. Ici encore, toutefois, la séparatioH était indiquée , en raison des effets très-incomplets des médicaments dont noui^ allons parler dans le sens du narcotisme et de l'antispasmodisme.
Les lénitirs se subdîvii^ent naturellemeYit êli 'deux gentet.
A. Les tempétành : mèdicamenlà d'usage inlleriie, modificateurs trophiques qui , mis en contact avec les muqueuses en général, plus i^pécialetfient, la muqueuse gastrique, calment Tirritation, émollient, et préparent une réparation analeptique.
B. Les émollients ;. mèdicÀmenls lopic^ues , agissent sur la peau ou sur les muqueuses de voisinage externe en vertu de Teau tiède qu'ils contiennent , d'un coips gras, d'une huile fixe ou d'un principe anodin de nature onctueuse.
Parmi les tempérante il faut citer : les fruits addes sans astringence , les acides végétaux dilués; l'orge , le chiendent , les infusions dites béchiques. Le petit lait , et même le lait , la caséine , les œufs.
Le miel, les pruneaux, les beurres, le cacao, les olives (à l'intérieur); les gommes, particulièrement la gomme arabique ; les pâtes douces (de guimauve, de jujubes, de lichen, d'escargot); les figues et les fhiits sucrés en général, sans prédominance tannique; la réglisse , les riz , les farines douces à l'intérieur , etc. , etc.
Au nombre des émollients y nommons : Teau tiède, les bains tièdes simples , locaux ou généraux. Les huiles fixes et les corps gras non acides : glycérine, cires, éléorstéaroptènes , beurre de cacao, ponmiade de concombres, coldcream, axonge épurée, blanc de baleine; la farine de lin, de fécule à l'extérieur, la
poudre de liz, la poudre d'amidon, etc., etc. Ce serait empiéter absolument sur la thérapeutique spéciale cpie décrire la matière médicale de ces agents. Nous terminerons donc par ces quelques mots , ce que nous avons à dire sur Tordre des lénfiifs , et nous clorons ainsi la dixième leçon.
À la colonne des modeSy notre tableau spécifie ainsi la modalité physiologique des lénitifs.
Modificateurs trophiques ou dynamiques ^ agissent en diminuant Tirritation à la surface des muqueuses (tempérants); ou eh modérant VexcitàbiKté réflexe et Vhypersthénie cutanée^ (émollients); préparent des effets toniques par une sédation préalable , soit géné^ ralementj soit localement; établissent thérapeutique^ metit une transition naturelle entre la classe des hyposthénisants et celle des hypersthénisayils.