‹ Lecons de therapeutique generale et de pharmacodynamieChapitre 36 sur 46 · SUCRES · texte numérisé non relu

SUCRES

G^YCOSBS

Saccharoses

Amylosbs

(CioH<oo«o)

Glucose.

Saccharose.

Amidon.

Lévulose.

Lactose.

Glycogène.

Galactose.

Melitose.

Dextrine.

Melezitosc.

Tunicine.

Mycose.

InuHnc.

Gomme.

Cellulose.

La lumière polarisée à l'aide de Tappareil de M. Biot permet très-bien .de distinguer ces trois grands groupes de principes hydro-carburés. Le sucre d'inuline, ou de glycose dévie à gauche la lumière polarisée. Cette lumière est au contraire déviée à droite par le sucre de canne et celui de fécule. Il importe seidement de noter que sous l'action d'un principe acide, le sucre de canne voit son pouvoir interverti ; car alors, il exerce à gauche son action rotatoire. Il n'en est pas ainsi pour le sucre d'amidon sur lequel l'addition des acides reste impuissante à changer la déviation primitive de la lumière polarisée à droite.

Les sueres en général appartiennent à la classe des aliments que nous avons dits désassimilateurs. Ils facilitent la production dps principes^ cristallisables solubles ou volatifs, à Taide et aux dépens des principes coagulables qui ont été assimilés (Robin). Ce sont donc essentiellement y dit Gûbler, des aliments respiratoires. Parmi les condiments, aucun n'est plus agréable ; dans un autre ordre d'actions, Tutilité du sucre de canne égale celle du chlorure de sodium. On sait que dans les régions voisines de TÉquateur, beaucoup de nègres en font une nourriture presque ^xclih siye. On a reconnu toutefois qu'il ne peut pas remplacer longtemps, comma* agent de nutrition plastique, les corps azotés. Aussi, s'il est hypersthénisant, n'estil pas directement tonique. Introduit dans la bouche il a surtout pour propriété d'exciter la sécrétion salir vaire; etc'ost ainsi qu'il favorise la préparation du bol alimentaire pour la chimiûcation. Dissous par la salive ou étendu au contraire dBs acides et peptoaes dé Tes^ tomac, il est facilement absorbé et pénètre dans le sang où il devient un agent de combustilibîté. C'est ainsi qu'il coopère à la formation dans les capillaires d'une plus grande quantité d'acide carbonique. On doit adr mettre ainsi qu'il contribue, comme carbure d'hydcogône, à la composition des tissus adipeux»

C'est; donc un bon digestif que le sucre à petite dose» Mais son emploi présente des inconvénients aussitôt qu'il est pris par doses massives et. d'une façon contir nue, surtout dans les pays ou la t^mpératur.e moyenne n'est pas assez élevée pour provoquer une élînûnatioi» constante par la peau, les poumons, les reins. Trop abondant il se transforme, dit Gûbler en acide lactique. Et comme la muqueuse bucco-pharyngienne est sour

vent obstruée par des spores de mucédinées, la bouche devient épaisse, pâteuse, acide. Nous ajouterons qu'en activant le travail de fermentation au contact de ces champignons microscopiques, le sucre à dose massive accroit chez les enfants la génération de ces microzoaires que Ton combat sous le nom de vers intestin naux, (oxyures et ascarides). C'est alors que s'obser^ vent rembarras gastrique , la constipation opiniâtre ; on voit les dents se corroder, les gencives s'ulcérer. Le scorbut et même le muguet peuvent être, chez les enfants de bas âge, la conséquence d'un abus du sucre. On sait que Magendie a nourri exclusivement des chiens avec du sucre; ces chiens sont morts en très-peu de temps, horriblement maigres et amyosthénisés. La cornée portait l'empreinte d'ulcérations gangreneuses. Les réactions chimiques ayant démontré que la chaux est beaucoup plus soluble dans l'eau sucrée que dans l'eau pure, M. Girosselin a ingénieusement utilisé cette donnée pour attaquer à l'aide d'un collyre d'eau sucrée les taies crétacées qui peuvent envahir la cornée. D'un autre côté, M. Piorry, s'appuyant sur la donnée physiologique qui fait du sucre ua agent de combustion intra-organique, a tenté de guérir les diabétiques. par un alimentation forcée de sucre. Mais le diabète sucré est la résultante d'un état pathologique fort complexe, il dépend à la fois d'une double disposition, en vertu de laquelle le même individu ne détruit pas assez de sucre et en prodjuit trop. Et c'est sous l'Influence d'une lésion profonde des centres nerveux , que se produit cette perversion radicale des fonctions de nutrition. On peut même ajouter que la caractéristique de cette lésion des centres nerveux, consiste dans la rupture d'équi-^ libre entre les actions antagonistes du système sym-

palhique et du système pneumogastrique. Le premier est parésié, le second surexcité. De là, relâchement et inertie des capillaires sanguins et déminutions d«s phénomènes d'oxydation des globules. Ce n*est donc pas tant le combustible, que le pouvoir de l'utiliser, qui manque aux diabétiques ; et dès-lors on s'explique le peu de succès de la méttiode thérapeutique préconisée par M. Piorry.

Les sucres n'en restent pas moins des aliments respiratoires^ des agents de combustions intra-organiques, d'excellents désassimilateurs : à ce point de vue, il s'inscrivent au premier rang parmi les médicaments

EUPEPTIQUES.

J'arrive Messieurs, au deuxième genre de cet ordre. Nous le constituons, vous le savez, par les ferments digestifs et les produits protéîques.

Si vous voulez bien, Messieurs, vous rappeler ce que nous avons dit, en traitant de l'action des médicaments, vous vous souviendrez que les aliments et les médicaments passent, avant d'être rendus assimilables, par une série de métamorphoses qui font de notre organisme un véritable laboratoire de chimie vivante : oxydations, réductions doubles, décompositions, combinaisons organiques , fermentations , substitutions , sont autant de phénomènes que l'on a constatés comme nécessaires à certaines assimilations. Les ferments qui se génèrent dans les milieux intérieurs de l'animal vivant, jouent un rôle important dans ces métamorphoses ; et les actions dites catalytiques ou actions de contact, président au plus grand nombre des transformations premières qui donnent naissance aux éléments anatomiques. Ce n'est pas ici le lieu d'étudier la question encore si obscure des ferments et des phé-

nomènes de fermentation. Nous constatons seulement que dans des états pathologiques , déterminés , ou la dyspepsie et le défaut de digestion deviennent manifestes, la thérapeutique tente de suppléer aux catalyses organiques en présentant à 4'estomac des produits fermentescibles apportés du dehors.

CTest ainsi que la diastase^ matière azotée pulvérulente que l'on extrait de l'avoine, de l'orge, de la pomme de terre en travail de germination, possède la propriété de préparer la transformation sucrée en faisant subir aux féculents une fermentation dextrini" que.

he sulftH^anure de potassium que Longet aconstaté le premier comme élément chimique dans la salive et à laquelle il attribue avecraison, pensons-nous, un rôle physiologique important, est à dose toxique, un paralyso-moteur puissant, qui tue par syncope en arrêtant le pouvoir contractile du cœur. Il est d'autant plus à présumer, que la présence de ce sel à dose extrêmement minime, joue un rôle dans la première transformation sucrée du bol alimentaire, que malgré les affirmations de Payen et de Miahle, on ne peu encore isoler chimiquement et formuler exactement la diastase salivaire

Dans le même ordre d'actions, il convient d'attacher une importance plus grande à la pepsine , ferment du suc gastrique dont elle forme un peu plus de la millième partie. On l'extrait ordinairement de la caillette des ruminants, soit d'après le procédé de Schmidt, en neutralisant premièrement le suc gastrique par du carbonate de chaux , soit d'après le procédé de Wasmann et Boudault en traitant par l'eau et l'acétate de plomb, qui précipite les matières albuminoides. Parmi les

bonnes préparations, on doit citer au premier rang rélixir de pepsine de Mialhe ^ médicament complété par l'addition d'un vin blanc alcoolique^ du sucre, et d'une eau-de-vie à 33 degrés , selon la formule suivante :

Pepsine amylacée .*. . 6 grammes.

Vin blanc de Lunel 5 —

Esprit de vin à 33« . . 12 —

Sucre blanc 30 —

Eau distillée 24 —

On voit que dans cette formule, le rôle de la pepsine est singulièrement activé par la présence des-^alcooliques et des hydrures de carbone!

On a été plus loin , et après les travaux de Sandras et Bouchardat sur les fonctions du pancréas, on a proposé l'emploi dû suc pancréatique du pigeon , dans le cas où les fonctions attribuées au pancréas sont suspendues. Cette médication n'a pas d'ailleurs été adoptée. Il semblerait pour le moins aussi indiqué d'administrer les taurocholates et les glycocholates de soude quand les fonctions biliaireâ du foie sont entravées.

La taurine^ produit organique sulfuré, pourrait aussi présenter des indications. Mais hâtons-nous d'ajouter que si des cas se présentent où il y a utilité d'accroître dans l'organisme la somme des éléments fermentesdbles , on ne doit jamais perdre de vue, — ce que les chimistes purs sont trop portés à faire, — que l'estomac, le duodénum , ne sont pas des creusets inertes ; que si les forces que la vie même met en jeu dans la trame des tissus, sous l'influence de l'innervation, de l'hématose , de l'oxémie , forces qui préparent et activent

les absorptions, les assimilations, les éliminations, font défaut, c'est vainement qu'on apporte du dehors à la nutrition des* matériaux qu'elle est impuissante à utiliser.

Il convient enfin d'ajouter V acide lactique , et même, si l'on en croit M. Rabuteau, l'acide cAIorhydriqtiej aux ferments digestifs, le premier, C* H* 0*, décèle sa présence dans le petit lait aigri. D'après les recherches de nos premiers physiologistes, de Q. Bernard notamment , le suc gastrique ne fait que ramollir et gonfler les substances animales. C'est particulièrement l'acide lactique qui désagrège le bol alimentaire et le prépare à absorber une grande quantité d'eau , condition nécessaire pour que la pepsine produise la feij^entation catalytique.

M. Rabuteau nie que l'acidité du suc gastrique soit due à l'acide lactique; il l'attribue k¥ acide chlorhydri" que; il ajoute qu'après son absorption, cet acide donne naissance à dû chlorure de sodium. Aussi ce thérapeutiste physiologiste assigne-t-il un rôle important à l'acide chlorhydrique dans les apepsies et les anémies dyspeptiques. Pour lui, c'est un agent à la fois eupeptique et hématogène. M. Rabuteau appuie ses assertions sur des observations cliniques de Caron et Trousseau. Les gastralgies liées à la chlorose,. les phthisies strumeuses , les diarrhées colliquatives , comporteraient Findication de cette médication: Â ce sujet. Fauteur cite deux préparations. La première, limonade chlorhydrique y est plutôt employée comme stimulant antiseptique que comme eupeptique proprement dit ; la^conde, vy» de colombo composé (avec de la gentiane, du Colombo, de la bistorte, c'est-à-dire des toniques amers et astringents ,) renferme des baies de

genièvre , de l'alcool à 86 degrés et de l'eau ; on comprend qu'au milieu d'agents si divers et si multiples , il est difficile d'assigner la part exacte de l'acide cUorhydrique. Aussi, les assertions de M. Rabuteau sontelles fort discutées , contestées môme à l'École^

Nous pensons, Messieurs, que c'est bien plutôt an sel marin ou chlorure de i^odium, qu'il convient d'assigner un rang parmi les meilleurs eupeptiques. Apéritif de premier ordre , il fournit en môme temps de la sonde au sang ; on le trouve dans les os, les muscles, l'urine, et jusque dans les larmes; en contact avec les muqueu* ses labiale et linguale , à doses modérées , il sollicite une hypersécrétion salivaire qui facilite la formation du bol alimentaire. Si l'on considère que les lactates de soude et môme de potasse se rencontrent dans presque toutes les humeurs de l'homme , on peut bien admettre sans faire de chimiàtrie , qu'au contact de h grande quantité d'eau et de l'acide lactique que le sel marin rencontre dans l'estomac^ il se dédômpose pour former d'une part des sels de soude avec sa base combinée aux acides organiques, et pour donner de l'autre en s'hydratant, de l'acide chlorhydrique. Le fait (jà reste incontesté , c'est que non-seulement comme diment, mais comme principe disséminé dans l'air, ce sel marin est un puissant apéritif. Il suffit de constater avec quelle incroyable promptitude les enfants anémiés, convalescents, les chloro-anémiques que Ton transporte sur le bord de la mer, passent de l'inappétence à une sorte d'appétit boulimique, pour reconnaître les vertus eupeptiques du sel de cuisine.

Dans le môme genre que les ferments , nous rangeons sous le nom de produits protéiques , des substances qui n'exercent pas une action reconstituante

assez durable pour être rangées parmi les toniques , mais qui coopèrent au travail général de nutrition par une assimilation prompte et facile. L'albumine j la caséine j la gélatine animale , la chondrine, la phospliO' léine,\e gluten^ Yosmazome appartiennent à ce groupe.

Sous le nom de sialagogues et apéritifs divers j nous constituons notre troisième et dernier genre de Tordre des eupep tiques : étudions ce genre.

Nous venons de voir, Messieurs, qu'on peut favoriser Fappétit ou activer le travail digestif soit en fournissant des aliments à la combustion inti*a-organique , par les hydrures de carbone, soit en augmentant Faction des ferments et en fournissant des éléments protéiques à la nutrition. On peut encore atteindre le même but en facilitant par des agents presque autant mécaniques que chimiques le premier travail de la digestion stomacale. Les sialagogues et les apéritifs amers ou stimulants relèvent de cette catégorie.

Les sialagogues (de vu^ov, salive; et «ytiv, chasser) excitent surtout la sécrétion salivaire. Ce sont souvent dit Robin, des corps solides qui n'agissent que mécaniquement, au moyen de la mastication dont les mouvements excitent le travail des glandes salivaires. On leur donne alors le nom de masticatoires. D'autrefois, ce sont des substances plus ou moins stimulantes, solides , molles ou liquides. On emploie particulièrement comme sialagogues , les racines de pyrethre , de ptarmique, d'impératoire ou angélique. Le cresson de Para, très-utile pour combattre le scorbut, les altérations atoniques. des muqueuses gencivale et buccale, est le sialagogue par excellence.

Les apéritifs proprement dits sont tous les aliments solides ou liquides qui ont pour effet immédiat de

réveUlerrappétence. Les infusions d*absynthe, decaïnomille^ le bitler, ou liqueur amère des Hollandais, (boisson composée d'une teinture alcoolique d'orange, de gentiane et de rhubarbe), le vermouth (boisson qui renferme : vin blanc alcoolisé , écorce d*orange, badiane, coriandre, quassia^ girofle, muscade^ galanga^ absynthe, petite centaurée, chardon bénit, sureau, tamarin, cannelle, quinquina, acore, année et fott<»> crium), sont des apéritifs dont l'abus est dangereux. Les racines d'ache, de fenouil, d'asperge; surtout les amers stimulants, tels que quassia amara el simarouba, sont des stimulants nutritifs auiquels il convient de joindre le houblon, le pissenlit, le houx, et tous les amers franchement stimulants ; citons enfin , les condiments fortement excitants^ tels que moutarde, piments, etc., etc.

 la colonne de notre classification , qui représente la modalité physiologique, nous résumons comme suit le déterminisme des actions eupeptiques.

Les eupeptiqucs sont des modificateurs trophiquei qui ont pour effet d'exciter Vappétit ou de fcunliter le travail digestif en agissant sur les voies premières; soil comme les sucres et hydrures de carbone en fournissant des aliments aux combustions organiques : àUments désassimilaleursy ils agissent alors comme combustibles par les carbures d'hydrogène ^ et comme comburants, par Voxygène; soit comme les ferments et produits protéiques^ en préparant ou effectuant^ par catalyse ou simplement par dialyse y les premières transr formations du bol cdlimentaire en peptoite et en chime; soit enfiny comme les sialagogùes et apéritif divers^ en sollicitant mécaniquement ou chimiquement Vdppitence.

Ê. OhDRE DES TONIQUES. Les toniques (de tôvoç, tension) sont à proprement parler tous les agents de médication qui ont pour propriété de rendre du ton aux organes en augmentant la résistance de la fibre, en stimulant Tinnervation générale, et en réparant les éléments anatomiques.

Les effets hypèrsthénisants par excellence sont les éffetà TONIQUES. Ce deuxième ordre, le plus important de là classe, reùferme essentiellement les agents de médication qui ont pour propriété d'ajouter de la force à l'organisme hyposthénisé d'une façon continue d durable.

Ce sont tantôt des modificateurs trophiques, tantôt des agents dynamiques ou même mécaniques ; d'autres fois des agents tropho-dynamiques. C'est d'eux seulôhient qu'on peut dire avec quelque exactitude, qu'ils sont réparateurs et niômc reconstituants.

Tous les appareils organiques dont les fonctions sont indispensables au jeu normal de la vie tous les organes essentiels, tous les tissus et élénlents anatomiques qui doivent se régénérer sans cesse par une rénovation moléculaire incessante, reçoivent de la médication tonique un apport profitable. La lymphe lui emprunte de la plasticité ; les globules sanguins s'enrichissent à son contact. Elle fournit des phosphates calcaires on magnésiens au tissu osseux. Les toniques réparent l'élément nerveux lui-même^ Sous leur action, la contractilité musculaire s'accroît en puissance; et non seulement les fibres striées et fasciculées, mais les fibres lisses. Les parois vasculaires des gros vaisseaux et des vaisseaux capillaires acquièrent une élasticité nouvelle ; la tension artérielle en est accrue. Le cœur se contracte avec plus de force et la dilatation des

cellules pulmonaires devient plus ample. Les sécrétions sont plus régulièrètaent et mieux alimentées ; si, sous des causes pathologiques hyposthénisante3, Téquilibre s*est rompu entre l'assii^ilatxDn et la désassimilation, une médication* tonique %L]^propi4ée rétablit Tharmonie.

Les carbures d'hjfdrogène et Hes principes azotés qui fournissent des ïnalériaux aux'torps gras, aux leucocytes, à Turée, affluent sous'î*ac*ti(5A d^aliments réparateurs qui 'rentrent encore pariik les agents toniques ; le foie enfin, cet batelier Cenâ^al t)ù se fabriquent du sucre, de la graisse, la gaduinO) la taurine, et les sels biliaires, en un mot les instrumenta directs de nutrition, le foie accélère son travail sous l'excitation de ces médicaments toniques dits histogéniques.

Ajoutons enfin qu'une application intelligente et appropriée de la médication hydrothérapique, les aflusions froides, le drap mouillé, le bain de piscine froid, la douche en poussière et en pluie, rentrent dans l'ordre des médications toniques.

Il n'est pas jusqu'à l'aération, le séjour sur des sites à haute altitude, l'habitation d'un climat sec, la respiration prolongée d'un air richement oxygéné ou osonifié, les navigations maritimes, qui ne rentrent, comme moyens hygiéniques puissants, dans la médication tonique.

Avant d'aborder le développement spécial des genres de cet ordre, faisons connaître l'appréciation des maîtres les plus compétents sur la médication tonique :

« La médieation tonique, — disent MM. Trousseau et Pidoux, — a pour objet de rendre de la tonicité aux tissus ; elle reconstitue les fonctions assimilatriees et imprime à l'organisme de la résistance vitale. » Tout

en décrivait séparénàent des médicaments reconsUtuants et des médicaments astringents , M. Trousseau tlans ce style afflirmatif et magistral dont il revêt avec tant d'art des idées et des doctrines empruntées plutôt i Stafal, CuUen et Barthès, qu*anx données de Texpélimentalion moderhe, ramène en somme aux toniques tLnàlèptiqateSy toute la médication tonique. Il développe en plusieui^ pages cette idée d'ailleurs juste, que Torga^^ uisme ébranlé ne se rerortifie d'une manière durable ^e psàt^ Ane réparation nutritive, a Entre Taliment et ia matière organisée, dit-il, il y a chez l'homme une série d'instruments ou d'organes appelés visCèi'es (de vescor^ je me nourris) destinés à imprimer à Ces subs^ tances ^a^iles une suite de modification^ tpn les rapprochent de plus en plus des matériûûx qu'ils doivent, former ou entretenir. Une auti^e série d'organes a pour objet, non plus l'élaboration des substances réparatrices mais celles des parties qui > dans les aliments , sont inassimiiables, et Celle des matières qui, usées par le mouvement organique et suranimaliséôs, doivent être

rejetées de l'orgsmisme Or, en dernière

analyse, toutes ces opérations préparatoires de la chimie vivante^ qui ont pour agents les viscères assi* milatetirs et désassimilateurs, ne font pas autre Chose que de préparer la formation des organes de la vie de relation : savoir le système nerveux cérébro-spinal j et le système muscitlaire qui lui est soumis. »

Ainsi, Trousseau, séduit par cette courte et sentencieuse formule d'un de nos grands naturalistes: a l'animal vit par le système nerveux » veut bien que la médication tonique agisse par les fonctions de nuti'ition, mais il assigne pour objectif final à cette médication, une incitation réparatrice du système nerveux cérébro-spinal

et de l'appareil de la myolililé. Il divise d'ailleurs les agents de cette réparation totale en trois ordres : sous le nom de matière animale fixe, c'est le tissu organisé lui-môme qui est désigné comme premier ordre. Le second ordre est représenté par la matière animale liquide, dans laquelle sont tenus en suspension les éléments appelés à entretenir et reconstituer ces tissus organisés ; et le troisième ordre est allèrent au système nerveux sympathique qui a pour rôle d'aninier les viscères chargés de la composition du sang et des éliminations.

De cette distinction physiologique, l'auteur induit thérapeutiqument trois ordres de médications toniques d'où : 1*» les toniques astringents, dont le mode consiste àrendre immédiatement aux solides de notre organisme V orgasme et la densité vitale nécessaires à VaccompliS" sèment des mouvements insensibles qui se passent en eux (sic); 2? un deuxième ordre de médicaments toniques a pour objet de réparer par un apport de matériaux, la matière animale liquide dans laquelle les solides puisent tous les éléments de leur développement, de leur entretien, et de leur réparation ; il s'agit évidemment ici du sang, et ce sont ces réparateurs que MM. Trousseau et Pidoux désignent sous l'appellation de toniques analeptiques ou réparateurs:

Ce sont les toniques névrosthéniques, ceux dont l'action se porte particulièrement sur le système sympathique de la vie organique, qui constituentle troisième ordre de MM. Trousseau et Pidoux : ce système a en effetpour objet <ï d'imprimer immédiatement aux forces vives de l'économie animale de la résistance vitale, et de rétablir les synergies. »

Inutile, Messieurs, d'insister beaucoup pour montrer

jusqu'à quel point ces distinctions scholastiques sont laborieusement déduites. La division par elle-mèaie en toniques reconstituants , toniques analeptiques et toniques névrosthéniques est certes très-acceptable. Mais cette opposition entre les solides, qui seraient seuls des tissus ou organes constitués, et les liquides qni ne sont que des matériaux à utiliser , cette opposition , disons-nous, ne supporte pas un examen sérieux. Estce que dans le sang, cette chair coul^xi te., disait Bordeu, aliment de la vie dontiLcharrie tous les matériaux, le globule, c'est-à-dire, l'instrument de toute réparation organique, n'est pas solide? Et par contre, est-ce que la bile, le liquide céphalo-rachidien, qui sont tout aussi complets dans leur constitution et tout aussi indû^pensables dans leur fonctionnement physiologique que le muscle ou rx>s, ne sont pas des substances liquides?... Il faut remarquer encore qu'après avoir dit que la médication tonique aboutissait au relèvement de l'innervation cérébro-spinale et de la myotiUté, M. Trousseau fait dé la médication névrosthénique une simple subdivision, et encore ne vise-t-il que le système nerveux ganglion naire^

M Bouchardat, qui est beaucoupplus clair, estd*un autre côté, beaucoup moins complet que MM Trousseau et Pidoux dans sa description des caractères propres à la médication tonique. En formulant sa définition^ il semble avoir été uniquemejit préoccupé de repousser la confusion faite par Barbier etreproduite par Trousseau entre les astringents et les toniques proprement dits. Aussi défmit-il ces derniers , « des médicaments qui, ^ar une action locale, ont pour objet de provoquer l'afflux du sang dans les vaisseaux voisins du lieu de leur application, et d'augmenter par là l'énergie des

organes ». Il est évident qu'on chercherait vainemcutp dans cette définition Tinterprétatipa^ physiologique de Faction quinique ou de Faction des huiles de foie d^ morue.

Dans le traité d,e M. Rabuteau, la descriptiQU dps toniques est éparse, conséquence nécessaire de sa di^ vision exclusivement pl^ysiologique ; plusieurs de ces agents figurent parmi les modijiicatpurs de la nutrition, l'activant ou la modérant. D'autres sont^ çl^issés dans les modificateurs de Tinnervation. Nous avgp^ assez dit pourquoi nous n'adpptioix pa$ cette divisioii.

Voici enfin dans quels termes Cb. Robin s'explique sur les agents de tonicité thérapeutique :

« Toniques : se^it des ipédiçaments qui ont la facultp d'activer par des degrés insensibles l^ rénovation moléculaire nutritive des divers systèmes de Téçopoipie lyiimalp, et par suite, d'augmenter leur force d'une manière durable. Les substances végétales amères qui ne sont point associées 4; un principe acre ou narcotique, les préparations ferrugineuses , l'eau froide, ^gïSr sent comme tpniques).u Cette définition serait parfaite, si les réparateurs histogéniques tpls que Tbuile de foie de morue, n'en étaient pas exclus.

En voici assez. Messieurs, pour vous édifier surle sens de la médication tonique. Il s'agit maintenant de subdiviser cet ordre en genres, et de développer l'action des genres. «

Nous recopnaisons cinq genres dai^s la médicatio|i tonique :

1® Les Analeptiques hématogènes; 2* Les Réparateurs histogéniques; 3** Les Névrosthéniques ; 4** Les Amers pars;

S"" L«s Toni-purgatifs.

Analysons maintenant ces genres :

Parlons d'abord des analeptiques histogétiiques. Les aiialeptiques, (de ^^ii&i^, je rétablis], sont tous des médicaments qui apportent à l'organisme des éléments OU' matériaux d'iune assimilation facile. Nous avons déjà vu sous le nom d'analeptiques tempérants, dans l'ordre des iénitifs, tonte une série d'agents qui sont simplement adoucissants ; tels que le lait, les fruits sucrés, les acides dilués, etc. Les toniques analeptiques, composés quaternaires et azotés exercent une action [4ns. réparatrice et pl<^ durable. 11^ contribuent le 'plus souvent'pac-ua^appoi-t direct de matériaux à la coQstituUun.de^ tissus^ élémentaires, notamment des tissus adipeux, et^c^st pour cette raison que nous les dirons histegénifues. D'autres coopèrent à la production de I>arée,^et agissent, comme modérateurs des combuslion^întra-organiques. Les huiles grasses fixes elles cocps gras en général, les bouillons gras, les vins vieux de Médçc et dç Bourgogne, le sang des mamimfères et des oiseaux ; la musculine, les huiles de foie de malacoptérigiens, notamment des morues et squales; le koumys ou lait dç jument fermenté ; les escargots, les huîtres, et d'autre part l'acide arsénieux, les phosphates de chaux et de magnésie, telles sont les sortes principales de ce genre. Les états morbides que l'on combat à l'îàde de cette médication, sont principalement le rachitisme, l'étisie, la strume, la scrofule, le scorbut, la diathèse tuberculeuse, l'atrophie musculaire les tropho-névroses en général, l'albuminurie et le diabète, les apepsies, les dégénérécences graisseuses, les ramollissements des muqueuses , et l'alonie qui accompagne les convalescences.

Il appartient seulement à un cours de thérapeutique spéciale de développei: phy^iologiquement et thérapeutiquement l'histoire pbarmaco.dynamique de chacune de ces substances. Dons ces leçons de thérapeutique générale appliquée et de classification clûiique, nous sommes tenu de nous arrêter aux indications les plus larges. Mais il existe une substance, le plus complet et I^ plus complexe des médicaments alimentaires, dont rhistoire thérapeutique suITit à faire connaître toutes les propriétés du gem*e tonique bistogénique ; nous voulons parler des huiles de foie- de morue et de squalp. En nous arrêtant quelques instants sur ce sujet, nou9 satisferons, croyoï^s-nous, ^ux obligations * dç. notre programme.

L'huile de foie de morue appartient essentiellement à la classe des corps gras azotés ; nous dirons préalablemei?,t quelque^ mots des conditions de digestibilité de ceux-ct

Le9 graisses proprement dites, les huiles fixes, et les beurres, qui sont des éléo-stéaroptènes, appartiennent aux aUments gras utilisés pour la nutrition de Thomme. Les corps gras sont acides ou neutres : la stéarine et l'acide stéarique, la margarine, labutyrineet même roléïne, qui rancissent facilement, sont des corps gras acides.

La glycérine et la myroline sont neutres. La cholestérine est même plutôt alcaline qu'acide.

C'est l'oléine qui est le principe de toutes les huiles grasses fixes, végétales ou animales.

Le travail d'assimilation générale est certainement faciUté par les corps gras. Si Sandras et Bouchardat se sont efforcés d'établir dans de remarquables études que les liquides biliaire et pancréatique n'exercent aucune

action importante sur la digestion des matières aibu*

minoides (produits quaternaires), et des principes

sucrés (produits ternaires) , ils s'accordent à reconnîu-

tre qu'il n'en est pas de même pour les huiles grasses

et surtout les huiles animales. On sait en effet, que

Brodie, GmeUn^ Tiedmann ont lié le canal cholédoque

sur des animaux qui en sont bientôt tombés malades.

A renlèvement de la Ugature, le chyle a toujours été

trouvé transparent, opalin et privé de graisse. Le canal

cholédoque libre en charrie donc des molécules à l'état

normal. Plus important encore est le rôle du fluide

pancréatique^ par rapport aux corps gras. Cl. Bernard

a démontré que ce fluide coopère puissamment à leur

émulsion.

On peut donc déduire de l'expérimentation physiologique, les indications thérapeutiques des huiles animales fixes. Administrées par la bouche ces huiles, dit justement Sandras, traversent l'estomac et arrivent jusqu*à l'intestin sans avoir subi aucun travail de décomposition. Mais à peine l'huile donnée à dose modérée, est-elle parvenue dans le duodénum , qu'elle appelle par sa présence une grande quantité de bile et de suc pancréatique. C'est ainsi que dans plus d'un état pathologique, elle aide au rétablissement des fonctions assimilatrices et désassimilatrices. A dose relativement élevée, les huiles grasses agissent comme un doux purgatif pour faciUter l'exonération intestinale. De 50 à 120 grammes, les huiles d'oUves ou d'amandes douces, de Un, sont un excellent laxatif. On peut ajouter que l'importance des corps gras habilement administrés est telle que l'animal mammifère qui en est longtemps privé, dépérit dans la cachexie. La tuberculose, le rachitisme, les affections constitutionnelles, telles

que la meUiluric diabétique, exigent l*emploi des aliments adipeux. Trousseau observe que les stnimeux peuvent être relevés par une huile grasse autre que celle de foie de morue. L'hmle brune et rance des corroycurs est efficace ; Berthé a démontré d'autre part que ce sont surtout les huiles animales qui s'assimilent. Les huiles végétales s'émulsionnent dans l'intestin, mais sont peu absorbées. Durant plusieurs semaines, au contraire, les huiles animales s'absorbent et s'assimilent dans des conditions réparatrices. L'huile de foie de morue fmiche est assimilée notamment pendant un mois consécutif. Ce n'est que passé ce temps, qu'on peut la retrouver presque en totalité dans les seOes. Rance, elle est plus répugnante, mais grâce à son acidité, elle peut être absorbée d'une façon continoe, six semaines et même deux mois. On sais l'usage que les Écossais font du lard frit pour combattre l'étiâe. On a vu les Armées allemandes en campagne tirer le meilleur profit du même aliment.

Enfin, nous connaissons tous l'usage médicinal da beurre que Trousseau additionnait d'iode. Nous avons nourri des phthisiques à la première période, réfractaires à l'huile de foie de naorue, avec un beurre médicinal composé, dans lequel étaient incorporées de faibles doses de phosphate de chaux et de sel marin, les malades s'en trouvaient bien; ce beurre était étendu sur du pain préalablement grillé.

Ainsi, les corps gras en général sont de bons analeptiques. Mais l'huile de foie de morue surpasse encore en propriétés efficaces les autres huiles , et c'est pour cela que nous en faisons le type des toniques hislogéniques. Elle dépasse par la généralisation de son emploi et l'efficacité de ses efTets, les proportions d'un

médicament ordinaire. Le rachitisme, Tétisie, la scrofole, la phthisie pulmonaire, la glycosurie, les trophonévroses en général, l'atrophie musculaire, les lésions inrétérées et diathésiques du tissu cutané, Faglobulie, sont au nombre des états morbides que remploi de cet aliment supérieur améliore toujours et guérit quelquerois. Cherchons comment et pourquoi.

Disons d'abord que ce n'est pas seulement la morue mais la famille des gadoîdes, ordre des malaco-ptérygiens suhrachiens^ dont le foie renferme une huile réparatrice. Parmi les sélaciens y les squales et les raies se rapprochent beaucoup de la morue, pour les propriétés 'reconstituantes de rhuile que renferme leur foie.

Il existe toutefois des différences assez notables, même entre les diverses espèces d'huile de foie de morue, en raison d'une différence de rapport dans les principes contenus par chacune de ces huiles. Vous allez, Messieurs, pouvoir en juger bientôt par les deux tableaux que nous anne^^ons à cette leçon.

Si toute interprétation saine d'une action thérapeutique découle naturellement d'une connaissance exacte des eâets physiologiques du médicament, il y a aussi une corrélation nécessaire et un rapport étroit, entre la composition chimique et la propriété physiologique de tonte substance. Sur aucun médicament plus que sur l'huile de foie de morue, il n'est facile de contrôler l'exactitude de cette proposition. D'une part, en effet, cette huile est tout autant un aliment qu'un médicament, d*où l'identité des deux actions physiologique et thérapeutique ; d'autre part, la richesse des efletç si variés qu'on obtient à son aide, s'accorde à merveille avec la complexité même de ses éléments constitutifs. « M. de Jongh, dit J. Planchon, a publié les

analyses de trois huiles de Tuie de moniû qu'on débitait ii y a 20 ans, (blanche, brune, et noire). Voici le résultat de son analyse sur 1000 parties :

8UB8TASCE8

Acido olHHiue, (faduine, et deux Butrea jniitiiîres indc-termicées.

Acide in&rg&rique

Glycérine

Acide butyrique

Acide acétique

Acideafelllniqueetcholinique ..

fiihfalvineetftcidel)tlifell inique.

M&tière soluble duns l'alcool à 30 di^ffrÙB

UatiOre insoluble dans l'eau , l'alcool et l'étlier

Chlore avoe un peu do brome . . .

Acide phostphorique

Acide auifurique

Iode

Phosphore

Chaux

Magnésie

Soude

Perte

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