‹ Lecons de therapeutique generale et de pharmacodynamieChapitre 38 sur 46 · HUILES DE FOIE DE MORUE · texte numérisé non relu

HUILES DE FOIE DE MORUE

Vierge

8,660 1,122 0,32nf 0,043 3,201 0,203 0,000 1,344

Ambrée

Blonde

firaoe

Noire

Voici maintenant dans un dernier tableau , Tanalyse comparée des huiles de morue, de raie et de squale. On sait que les deux dernières, surtout celle de squale, ont été fort prônées comme équivalentes de la première.

Olâuae

MORUB

Raie

Squale

Margarine

Chlore , . •

Iode

Bromf). ..«•• *■••

Soufre

Phosphore

Pertes

En étudiant ces ti'ols tableaux , on voit par le premier qu'en dehors des acides gras , et de Vaèide acéti^ que , rhuile de foie de morue renferme les acides de la bile , plus deux principes , dont l'un est insoluble dans V^u l'alcocd et l'étlier , et dont Tautre est inso^ lubie dans Talcool à 30^. Nous pensons avec le profes^ seur Gûbler^ que ce principe, qu'il dit Contenir une substance anedogûe à la matière gly^ogène de Œ. Ber& nard, joue un rôle important dans le pouvoir tro^ pbique de l'huile de foie de morue en général.

Les huiles brune et noire contiennent notaUeittâil plus que rhuile ambrée et Thoile vierge , les prindpes acides , rances et nausésJbrondeS) que représentait m* tout la mai'garine et l'acide butyrique.

D'après les i^echerches comparatives de Delattrey l'huile de squale est plus riche en iode et en phosphore que celle de morue. Cette dernière Contient plus de soufre et de brome.

Et maintenant, Messieurs, si nous faisons la synthèse de ces analyses pour en tirer des conclusions physioi(H giques , nous voyons qu'on peut grouper en six ordres les principes qui la composent :

lo Des principes gras huileux : oléine, margarme, glycérine, acides margarique et butyrique ;

2^ Les principes de la bile : acides cholique ^ choléîque, fellinique^ bilifulvine;

3^ Une substance organique propre : gaduine.

4» Des traces de corps simples, oucomposés binaim inorganiques : chlore , iode , brome , phosphore , chaux, magnésie , soude , fer; des acides phosphorique et sulfurique ;

5* De Vacide acétique;

&> Deux substances particulières : dont l'une ertso-

lubie dans Talcool à 30 degrés, et Tautre insoluble dans Feau^ Talcool et Téther.

L'huile pâle contient plus d'oléine et de glycérine que les deux autres. L'huile blonde , plus de principes minéraux: (iode, phosphore, brome, chlore, l'huile brune , plus d'acides acres et fétides : (margarine et butyrine.)

M. Manière a réduit notablement les ingrédients de rhuile de foie de morue qu'il résume comme suit : résine molle brune, soluble dans l'éther ; résine dure noire , gélatine . acides oléique et margarique, glycérine et matière colorante. Cette analyse est manifestement incomplète.

Si Ton considère que Girardin et Preisser n'ont pu retirer que 15 à 18 centigrammes par 1000, dlodure de potassium de l'huile de foie de morue, on conviendra de Terreur des diniciens et chimistes qui attribuent à l'iode l'action principale de ce médicament.

Le phosphore et l'acide phosphorique réunis peuvent réclamer une part prépondérante et supérieure à celle de l'iode* On a trouvé jusqu'à 2 gr. 50 c. de ces éléments, dans un Utre d'huile de foie de morue.

Lagaduine est un corps encore imparfaitement connu et qui laisse le champ ouvert à plus d'un hypothèse. Nous pensons avec Gûbler qu'elle est constituée en partie par de la matière hépatique glycogène , en partie par des substances grasses qui impreignent cette matière sucrée. En effet, comme la matière glycogène, a gaduine est incolore, insipide , complètement insoluble dans l'eau. On dit bien qu'elle est partiellement soluble dans l'alcool , mais ce que de Jongh a nommé la modification insoluble de la gaduine, parait être absolument du glycogène. En effets une fois des-

séchéc, cette substance est friable et pulvérulehte ; ^^) se dissout dans l'acide sulfurique auquel elle comi^^

nique une belle couleur pourpre (réaction de Pet^^^ kolfer). Elle se dissout également dans les alcdis ^ comportant en tout comme la zoamylîne.

Enfm , par cela même qu'elle contient les prini^ip^^ de la bile, Thuile de foie de morue renferme un ptincipe soufré, de la taurine. Or on sait quelle estrîu]. portance du soufre, comme agent réparateur et stimu. lant de la vitalité.

A ces considérations chimiques, je crois utile d'ajouter la remarque suivante tirée des caractères physiques de l'huile de foie de morue, parce qu'elle donne lieu à une induction d'une sérieuse valeur , pensons-nous.

La pesanteur spécifique de l'huile de foie de morue est en moyenne de 928. On peut élever cette huile jusqu'à la température de iSO degrés sans qu'elles décompose. Par contre y abaissée à 15 degrés au-iemu de zérOy la même huile ne se congèle pas, ne fournit aucun dépôt. N'est-ce pas là une double propriété ausâ singuUère qu'importante? Quelle extrême homogénéité n'existe-l-il pas dans ce fluide , qui résiste à de pareils boulversements de température? Les anciens donnaient le nom de plilogistique à un corps imaginaire dont ils faisaient une propriété inséparable des êtres vivants. Nous voyons ici que le calorique propre, inhérent à cette huile de foie gadoïde, alors que la m ne la réchauffe plus, possède un caractère de fixité qu'aucune autre huile ne présente. N'est-ce pas en raison même de la richesse exceptionnelle de sa composition? En effet, à l'oxygène, à l'hydrogène, à l'azote et au carbone, se trouvent réunis dans l'huile de foie de morue des principes inorganiques ou animalisés

susceptibles (Vopposur aux variations de teiiipéi atun* une résistxince toute particulière. Le soufre, le phosphore, l'iode, la substance glycogène sont de ce nombre.

En vous soumettant , Messieurs , cette observation , nous croyons devoir la recommander à votre attention tout en vous la donnant comme une induction purement personnelle.

n nous reste maintenant à dire un mol de certaines conditions d'application thérapeutique.

La saveur nauséabonde, la ranciditè et Tâcreté de rhuile de foie de morue restent sensibles jusqu'à Tarrière gorge où sa présence excite un chatouillement désagréable : aussi , l'irritation se joignant au dégoût, l'estomac se soulève, et l'intolérance vient souvent compliquer la répugnance. Alors môme que le goût en est agréable aux enfants, en raison de son analogie avec le poisson , il arrive souvent que l'estomac ne garde pas ce médicament réparateur.

Quant à la muqueuse intestinale elle est excitée dans le sens des effets purgatifs. La diarrhée peut survenir : ces effets hypercriniques et exosmotiques sont d'ailleurs généraux ; le flux menstruel est presque toujours activé par l'huile de foie de morue.

Maison pourrait croire à tort qu'il n'y a pas de limite aux doses suivant lesquelles il convient d'administrer cet aliment médicateur. La plupart des personnes en supportent sans fatigue de 2 a 5 cuillerées par jour. n convient d'interrompre tous les mois pendant 15 jours l'usage de l'huile, si l'on ne veut pas s' exposer à fatiguer Torganisme et provoquer l'intolérance.

Bien supportée , l'huile de foie de morue fait engraisser. Bardsley a contaté que 70 sujets sur 100 aut»-

mcnteut de poids par son usugc, 21 sciitemeiii sonl en perle, c'est-à-din: continuent àdépérii' sous l'inQueiice de l'aulopliagisme fébrile des phthisiques; les!) autres n'augmentent ni ne diminuent; et cet état stationnaire est déjà un progrès, puisqu'il indique un temps d'arrêt dans l'évolution nécrobiotique.

L'utilisation thérapeutique de ce tonique liistogénîque et analeptique par excellence n'est pas limitée à la production des corpuscules gras. Le tissu osseux lui emprunte des éléments réparateurs dus sans doute à la présence de l'acide phosphorique, de la magnésie et delà chaux, qui génèrent des phosphates. Schneck a publié sur l'action de l'huile de foie de morue dans le rachitisme les observations les plus concluantes. Les D" Fehr et Heckers rendent le même témoignage. Bretonneau, France, confirme ces assertions.

11 n'est pas un médecin qui ne sache par expérience que les manifestations les plus diverses de la scrofule sont toujours atténuées Isinon enrayées par l'huile de foie de morue.

Thompson et Fr. Simon ont démontré que, « sou action, le sang devient rapidement plus riche globules. Enfin , par suite de cet apport à la craso sai guine, le tissu musculaire lui-même se reconstitue di l'élément fibrillairc; de là les meilleurs résultats ai débuts de l'atroplûe progressive.

Aussi, Messieurs, tous les effets qui caractériseï l'action tonique reconstituante sont-ils atteints par puissant médicament. On ne saurait donc trop s'af^lv quer à en faciliter la tolérance de la pai't des mala»

Vousverrez dans les traités de matière tnédicalt et thérapeutique spéciale appliquée, qu'on a imaginé compositions les plus vaiiécs pour réaliser cet obji

Au risque de franchir un instant les limites du ca4re tracé pour ces leçons, je me ccois tenu de Mre connaître les résidtats consacrés déjà par près de dix années d*application heureuse daAs notre hôpital de St-Ànd^é, el qui ont été reconnus comme d'une bonne pratiquepiar les chefs internes et la plupart des chefs de service médita de ce ;grand établissement. Appelé à traita notamment dans les salles 6 et 7 , comme 45uppléafA de cN^^ nique intime ; puis à la salle 8 comme médecin adjaint, un graûd nombre de ces jeunes iiUes chez lesquelles fat chloro-anémie et Taménorrhée, bientôt compliquées de congestions (Sulmonaires périodiques, sont le prétode de révolution tuberculeuse , j'ai vu la majeure partie de ces jeunes domestiques , descendues pour ht plupart des sommets richement aérés des Basses ou des Hautes Pyrénées, de la Haute*Garonne et des Landes^ montrer une répugnance invincible ou une intolérance réelle , à Tendroit de l'huile de foie de morue^ Vaine-ment ai-je assayé alors d'additionner cette huile d'eau dtetillèd de laurier-cerise, comme le voulait \m cher et vénéré professeur, le docteur Jeannel; vainement encore ai-je tenté les gelées de sucre associées à l'huile^ ou encore l'addition del'iodure de fer : insuccès complet» C'est alors que j'ai pratiqué un simple mélange à pav'lies égaleSj d'huile de foie de morue blonde, et de sirop de quinquina calysaia^ Le succès qui a répondu à cet essai au point de vue de la tolérance obtenue, m^asur* pris tout le premier. Quelle en est la cause? Je ne parle, bien entendu que de la tolérance, non de la répugnance. J'ai cru la trouver dans l'effet de tonicité que communique à la muqueuse gastrique , le contact des principes de kina. L'huile de foie de morue est un modificateur purement trophique , et chez la plu-

part (les sujets auxquels on l'administre, existe une atonie nerveuse qui est la cause principale de l'inloWrance, et dont le quinquina triomphe. J'ajoute que le mélange qui n'est que momentané, à l'instant où le malade prend la mixture après l'avoir agitée , cesse dans l'estomac. Là, chacun des deux iigents se case mécaniquement, en vertu de son poids .spécilique ; et l'huile étant plus légère que le sirop , ce dernier seulement est en rapport de contact avec la tunique interne de l'estomac. 11 convient d'observer enlin que l'huile peutet doit même glisser de l'estomac dans le duodénum plus facilement, en surnageant en quelque sorte sur le quinquina. Vous pèserez, Messieurs, toutes ces explications , que prime le fait brutal et empirique désormais, du succès presque constant que l'on obtient par mon mélange.

J'ai été plus loin, et quelle que soit mon horreur pour tout ce qui ressemble â des spécialités, j'ai fait composer une gelée , sorte à'oléo-saccharuredegnduine au quina, dont l'emploie triomphe à la fois de la répU' gnance et de Vintolérance. En voici la formule ; elle est composée d'après le procédé Mouchon, relaté dans Dorvaut ; on prend :

Gélatine pure 8 grammes

Eau 30 —

Sirop de quinquina calysaïa. . . 90 — Huile de foie de morue blonde. 121 —

Essence de citron 15 gouUes

La gélatine est dissoute dans l'eau houiltante. Os ajoute successivement ; sirop . huile et aromate. On plonge dans l'eau froide le vase contenant ce mélange. La gelée est alors battue pendant 5 minutes, et on la verse encore chaude dans un vase approprié. 12 heures

^sottt nécessaires pour donner à cette gelée la consis-* tance normale; la confiture se prend facilement par cuillerées à café.

Mais revenons , pour en finir avec ce sujet , sur le détermimsme de l'action physiologique du médicament que nous avons choisi comme type des toniques ana* leptiques.

A quel principe, se demande Gûhler, un si puissant agent doit-il ses vertus?

Les uns ne voyant dans Thuile de foie de morue qu^un médicament altérant, ont tout mis sur le compte de riode , du phosphore et^u brome.

Oan&Uhuile de foie de morue, le professeur Bouchardat qui Ta. beaucoup étudiée, voit surtout un aliment respiratoire plus particulièrement utile dans ces états d'asthénie et de langueur qui précèdent si souvent les premières évolutions de la tuberculose.

Willam dit que Thuile de foie de morue étant éminemment combustible, détourne Toxigène des éléments oxydables qu'elle empêche ainsi de tourner en pus. Il admet que Tefficacité de cette huile est d'autant plus grande qu'elle est plus fluide.

L'explication suivante semble au professeur Gûbler plus en rapport avec les données de physiologie moderne.

. Toute formation cellulaire, comme l'a démontré Schwan, a pour point dé départ la matière grasse. M. Donné la considère aussi comme le rudiment des corpuscules sanguins. Il est donc nécessaire que la matière grasse intervienne constamment dans les actes de nutrition. (Test ce que parait faire essentiellement l'huile de foie de monie. C'est de la sorte qu'elle est reconstituante des éléments an^Uomiques. Quelle peut être mainte-

nant la raison iiui fiiît ijiie l'huile de foie de morue est supérieure dans ce rôle, aux autres substances grasses? On la Irouve dans l'origine de celte huile et dans ses propriétés chimiques. Les corps gras déposés dans li foie ue sont pas seulement excréraentitiels ; comme la substance glycogéne de Cl, BemaH, ils sont principalement destinés à fournir des éléments a la imlritioii cl à la respiration.

11 faut donc que l'état moléculaire des corps gnttî suspendus dans l'huile de foie de morue, soit en rapport avec ces deux fondions.

De la sorte, dit Ciûbler, on comprendrait facUeiiicnt la supériorité de l'huile de foie, mais de toute Imîle de foie de mammifère aussi- bien que de poisson , sur les huiles végétales et suc les graisses extraites dos autres parties d'un, animal. Le beurre même ne devrait pas CD être excepté. En effet la matière grasse du lait exige une élaboration préalable tkint celle de foie peut sa passer. La première est trés-assimilabbî , dit toujours Gûbler;maislasecoijdeest déjà assimilée. L'organisme en soulTrance n'a rien à faire pour se l'identifier.

Tou* en reconnaissant ce qu'U y a de profondémenl juste dans cette interprétation physiologique de l'éminent professeur, nous croyons q,ii'il y a ici ime génénilisation exagérée. Les huiles de poisson dllTércnt dansleur composition chimique, des huiles de maininiTèro,, notamment par une présence plus signilicalîve do l'iode, du phosphore, du brome, et surtout du sott fre. Cette observation est notable pour Ips huUes i foie de morue et de foie de squale.

A. notre avis , l'huile de foie des poissons g&doîdes • de certains sélaciens n'est si efficace que parce qu'cUl constitue à la fois uii aliment trùs-fiacilement assimila-

ble y complet , et le plus riche en principes , de tous les médicaments.

Comme toutes les huiles grasses fixes , elle est d'abord un agent mécanique, un excipient des plus favorables à la première digestion ; un véhicule approprié pour conduire par les chylifères jusqu'aux lymphatiques et aux veinules , les aliments réparateurs. Les molécules grasses , (margarine, oléine), sont ellesmêmes un aliment pour les tissus , pour la respiration à laquelle elles fournissent des carbures d'hydrogène , des matériaux d'oxydation nécessaires au renouvellement de l'hématose.

Elle est en outre un médicament essentiellement assimilateur , car elle contient sinon tous les principes de la bile, du moins les acides cholique felÛnique et cholinique ; de la biUfulvine, etc. Si l'acide tauro-cholique n'a pas été encore isolé , et ne se retrouve probablement qu'à l'état de composition dans l'huile de foie de morue, de Junch y reconnaît un principe soufré, analogue à celui de la taurine. Le sucre n'est pas non plus étranger à cette composition complexe, car l'analyse donne de l'acide glycocolique, lequel se dédouble en acide glycocholique et en glycocholle. De là, des propriétés précieuses comme aliment désassimilateur.

J'ajoute que par la chaux et l'acide phosphorique on a l'expUcation des effets reconstituants du tissu osseux dans le rachitisme.

D'un autre côté , sans exagérer comme on l'a fait l'action de l'iode et du brome que contient celte huile, on ne peut nier que leur intervention comme agent substitutif, ne doive être éminemment utile contre les affections strumeuses , dans les diathèses scrofuleusc et syphilitique. Enfin, Messieui-s, je hasarderai, comme

une simple vue de l'esprit , fournie par Tanalogie , le rapprochement suivant : l'huile de foie de morue contient les éléments de la taurine. Or c'est du tissu pulmonaire du veau, notamment, que Cloêtta a retiré la taurine, H n'y a donc rien que de rationnel à induire que le^ sang du phthisique qui s'alimente quotidiennement d'huile de foie de morue, peut déposer jusque dans son tissu pulmoaaire mpme, ce principe soufré d'autant plus apte à reconstituer le parenchyme pulmonaire , que le poumon môme des mammifères , le renfiBrjne.

L'huile de squale vient au premier rang , parmi les synergiques de l'huile de morue. Celle de raie vient en second rang. On a vu, par le tableau de composition chimique , la raison de ces différences.

L'huile de poisson de commerce non extraite du foiCj est un succédané très-incomplet. Les foies d'oiseaux de certains mammifères , les pâtés de Strasbourg, dp Ruffec, de Nérac, ne sont, point, autant que paraît le croire le professeur Gûbler, des analogues de l'huile de foie de morue. Ils manquent d'huile et d'iode; mais ils sont de puissants aliments. Les escargots de vigne>, les huîtres, les pectens, toutes les coquilles d'animaux dont on absorbe le foie en même temps que le mucilage ^ sout d'excellents toniques analeptiques. Le vin vieux de Médoc, Tosmazome, le bouillon, la musculine, le sang cuit d'oiseau, sont des aliments réparatem's du même ordre.

Quand on observe jusqu'à quel point est rare la phthisie pulmonaire parmi les marins pauvres qui habitent les rives de l'Océan et de la Méditerranée , se nourrissant presque exclusivement de poissons et de coquilles marines , on comprend bientôt combien

l'iode , le- brome , le soidre , le phosphore , viennent en aide à Toléme et à la gaduine dans les résultats obtenus par la médication des gadoldes.

Quant à l'huile iodée de J. Personne , son insuccès aujourdTiui établi prouve qu'on avait exagéré à tort le rôle exclusif de l'iode dans Taction anti-tuberculeuse. « On débite, dit Gûbler, sous la dénomination fallacieuse d'oléo-morrhuine , une poudre composée de sucre de lait et de substances minérales. L'hélicine préparée avec le suc extrait de Y hélix pomatia (mollusque gastéropode) a été présentée encore comme un succédané de l'huile de foie de morue.

On comprend maintenant comment le rachitisme, la scrofule , la phthisie pulmonaire , l'atrophie musculaire, toutes les affections morbides diathésiques ou constitutionnelles dont l'étisie est le caractère dominant se trouvent bien d'un traitement qui prend pour base l'huile de foie de morue.

Vous saisirez mieux, Messieurs, par ces détails pratiques et spéciaux que par de longues théories dogmatiques , le vrai rôle des toniques histogéniques ou analeptiques j comme agents thérapeutiques de reconstitution.

Si Ton juge par certaines propriétés thérapeutiques importantes et aujourd'hui très-incontestées, Y acide arsénieu^ administré à doses réduites , on doit reconnaître que plusieurs des actions de ce médicament, d'un maniement délicat et parfois dangereux , confinent à celles des toniques analeptiques. On sait en effet aujourd'hui que les fonctions digestives sont singuUërement activées par l'acide arsénieux ; qu'il en-r graisse , qu'il diminue la chaleur animale rayonnée : que sous son influence, l'hématose prend une activité

nouvelle. Mais tous ces etTéts couservateurs sont en quelque sorte secondaires. L'arsenic est un métal, et^ ses oxydations sont toujours toxiques pour Torganism^ vivant. C'est un altérant^ c'est-à-dire un étranger , (aller) j pour nos tissus. Ce n'est pas un reconstituai^ direct. Aussi , sa place est-elle mieux indiquée da^v^ la classe des substitutifs.

Dans un autre genre, je dirai de même que la ca/!!fî^ possède des propriétés toniques, en vertu de son principe richement azoté et de son pouvoir antidépeN diteur. Mais la caféine est l'alcaloïde d'un corps, le café , dont l'action première et tolale appartient à Tordre des stimulants. Il convient donc de réserver pour ces ordres , l'histoire de cet agent thérapeutique.

Il est encore un médicament dont l'emploi en France est de repiise assez récente, qui n'a pas encore assez subi dans les hôpitaux ce contrôle d'expérimentation clinique sans lequel la valeur réelle d'un agent thérapeutique reste mal assise , mais qui parait cependant appelé à prendre un rang estimable parmi les toniques analeptiques : nous voulons parler du koumyu, ou lait de jument fermenté.

En Pologne , en Russie , et notamment dans les hôpitaux de Sl-Petersbourg , le koumyss donne contre la phlhisie pulmonaire des résultats remarquables. Une parait pas jusqu'à ce jour que les expériences tentées en France autorisent à espérer chez nous des effets si merveilleux. Ce n'est pas du reste chose aussi nouvelle qu'on parait le croire aujourd'hui , notamment à Bordeaux, que l'emploi du koumyss contre la phthisie pulmonaire. Le professeur Fonssagrives en parle dans son élude sur la thérapeulique de ta tuberculose dès 1866. Slhalberg fait également dès 1867 une commu-

nication de même nature à l'Académie de médecine de Paris. Voici comment s'exprime Guibourt à sujet : 4H Nous avons vu , dit-il, que le sucre de lait pouvait subir la fermentation alcoolique ; certains peuples utilisent <:ette circonstance pour préparer avec le lait une boisson spiritueuse. Tel est le koumyss , que les Kirghis , les Tàrtares^ les Kalmoucks , et autres peuplades des proirinces méridionales et orientales de la Russie , font avec le lait de leurs juments. Ce lait est fortement sucré , *comme le lait de femme. On le verse dans des outres en cuir de cheval séchées , enfumées , et enduites de beurre à l'intérieur. De la levure de bière ou du koumyss desséché provoque la fermentation , qu'on laisse durer trois jours environ par une température de 22 à 25 degrés. Le koumyss est alors à l'état d'un liquide blanc bleuâtre , d'un goût aigre. Mis en bouteille , il mousse assez fortement pour faire sauter le bouchon après quelques heures. C'est ime boisson, en même temps qu'un médicament employé fréquemment par les médecins russes. On fait des cures de koumyss, principalement dans le traitement de la phthisie. La distillation de koumyss donne ime sorte d*eau-de-Aie connue sous le nom de Rack ».

On voit que nos pharmaciens et vétérinaires , qui débitent actuellement au prix exorbitant de 2 et 4 francs le litre ce médicament d'une préparation facile, pourraient, en employant des procédés plus simples et malgré la difficulté relative de se procurer du lait de jument, arriver à un abaissement de prix d'autant plus nécessaire, que la phthisie pulmonaire sévit surtout dans les classes pauvres.

Recherchons maintenant quelle peut cire la valeur thérapeutique de cet agent.

On sait que le lait en général est un aliment merveilleusement complet. 11 renferme premièrement des éléments de calorification : (beurre, lactine et matières extractives, lactine pure).

Secondement des aliments plastiques : (caséine et albumine).

Troisièmement des éléments inorganiques : (sel de phosphate de chaux notamment; eau).

La densité du lait de jument est de 1 ,0346 ; celle du lait de vache est seulement de 1,0314, celle du lait de femme est de 1 ,0203 ; celle du lait de chèvre est de( 1,0341. Le lait d'ànesse pèse 1,0355. Enfin, le lait de brebis^ qui est le plus lourd, pèse 1,0409. Uânesse et la jument viennent immédiatement après. Les laits de femme, de jument et d*ânesse renferment notamment plus de sucre de lait que les autres. Ceux d*âncsse et de jument sont pauvres en beurre.

En résumé, les laits de femme, de jument et d'à^ nesse sont surtout propres à la fermentation alcoolique.

Pour en revenir au koumyss , il constitue un médicament hybride , intcrmédijdi^e entre les alcooliques et les analeptiques reconstituants. Comme les alcooliques^ il est un aliment respiratoire, désassimilateur, m agent de combustion facile , et partant, \xa antidéperditeur, par substitution compensatrice.

Comme les toniques analeptiques qui. renfenneixt des. phosphates calcaires, de la caséine et du4bearre,.ili devient un élément de plasmini3ation. Sa puissance physiologique , de beaucoup inférieure Icelle de Yhvik' de foie de morue, est donc cependant notable.

Je terminerai ce chapitre des toniques analeptiques en disant que Ton a composé un médicament destiné à réparer les cléments de fibrinaUon , avec des mus*

clés de mammifères. Telle esl l'origine de la mt^culine Guichon. Mais c'est là une préparation inférieure, môme associée à dusucre. La viande crue de bœuf et de mouton roulée en bols mais fraîche ^ est préférable à ces sortes de conserves. On y retrouve du moins le sang.

Aussi bien , il a été démontré qu'il n'est pas bien d'isoler la musculine des éléments gras et gélatineux , et de l'osmazone qui l'accompagnentnaturellement. Le houlli^ qu'on avait cru longtemps de beaucoup inférieur au rôti, est peut-être au contraire, un aliment plus complet si l'on n'en a pas épuisé le suc par une extraction trop grande de bouillon.

En effet, la présence des corpuscules gras parait très-utile^ sinon nécessaire , pour la parfaite assimilation des tissus fibrinés.

Nous venons de voir , en étudiant dans l'ordre des TONIQUES , un premier genre , celui des analeptiques histogéniques , comment sous l'action de certains médicaments, l'organisme peut s'enrichir de matériaux yéritablement reconstituants. En effet, la formation de corpuscules gras azotés constitue un élément puissant de plasminisation et sous cette influence peuvent se former les premiers rudiments des éléments anatomiques.

Un second genre de toniques , qui ne le cède pas de beaucoup au précédent, est celui des hématogènes corroborants.

Vous comprenez , Messieurs , le sens de ces deux mots : il s'agit d'agents directs de reconstitution du sang. Le fer, ses oxydatinos , et ses sels facilement solubles seulement; le manganèse, l'oxygène inhalé, l'ozone et l'oxygène ozonifié ; certains vins rouges généreux , les eaux minérales ferrugineuses , tels sont les instruments principaux de cette médication.

— 4(jG —

Nous en étudierons rapidement le type dans le fey

et Toxygène. *

La présence du fer datis les globules sanguins eslun fait notoire et reconnu depuis l'analyse exacte de la composition du sang. Mais comment y arrive t-il? Le fer est présent presque partout dans ta nature. La première poignée de terre que l'on ramasse à Taveature, renferme du fer qui lui donne principalement isa coloration plus ou moins brune. Le vin , la plupart des eaux , l'œuf de tous les animaux , le lait , les cheveux, contiennent du fer.

Il n'est presque pas un aliment , végétal ou animal, dans lequel le fer ne soit représenté sous respëce d*un oxyde ou d'un sel. Aussi, parmi les thérapeutistes, plusieurs se basant sur ce que nos aliments normaux possèdent toujours autant et plus de fer que notre sang n'en réclame pour sa composition , ne voient-ils dans les effets physiologiques du fer administré comme médicament, qu'une action purement dynamique et mécanique. Trousseau et Pidoux se rangent à cette opinioii. Le professeur Gûbler ne nie pas l'assimilation dW petite quantité du fer donné en remède ; mais il croit aussi beaucoup à la puissance dynamique de cet agent « J'ai fourni, dit-il, un appui à cette manière de voir, en faisant remarquer que des plantes languissantes et étiolées, c'est-à-dire privées de leur chromuleàh constitution de laquelle le fer n'est pas indispensable, verdissent et prennent de la vigueur comme feraient des anémiques dans des circonstances analogues, quand on les arrose avec une solution de sulfate de fer. On pourrait donc admettre que les préparations martiales exercent seulement une action puissante de stimulation sur les grandes fonctions. Il y a cepen

liant une opinion niixlo à lairo valoir , et ion peut iliiv, en invoquant le fait général de Tinfluence positive des masses sur les actions chimiques y qu*à certains organismes il faut présenter trop de fer , si Ton veut qu'ils en prennent assez ».

n est très-certain que le fer, à l'état de métal pur est sans action chimique appréciable sur un tissu. Ce ii*est que par réduction ou oxydation qu'il devient absorbable et assimilable ; autrement il est rejeté avec les fcBcés j après avoir stimulé , excité et même irrité les tissus qu'il rétracte par simple contact prolongé. Quoi qu'il en soit, les expériences de Tiedmann et Gmelin, celle de Yoheler et Brueck, établissent que Télément ferrugineux est véritablement absorbé. Les préparations ferrugineuses activent la circulation, augmentent la tension artérielle, rendent le pouls dur, fort, et relativement fréquent. Elles peuvent déterminer de la fièvi-e. Le D*" Ponroveki ( de Saint-Pétersbourg) a mesuré Télévation considérable et rapide de température qui se produit sous l'action médicatrice des martiaux. Quévenne, qui a pubUé un volumineux mémoire sur l'action des ferrugineux , notamment sur o^e du fer réduit par rhydrogène^ a dressé plusieurs taUeaux qui permettent d'étudier l'action physiologi- ^e de cette substance métallique. Par le premier tableau, il nous fait connaître les quantités comparatives de fer introduit dans le suc gastrique par les préparations martiales usitées il y a vingt ans environ. Le fer réduit tient la tête.

Ainsi , pour 0 y 50 centigr. de produit expérimenté , et pour 100 grammes du suc gastrique , on trouve :

1« Fer réduit 0,051 2

20 LimaUle de fer 0,035 9

3"» Oxyde noir(élhiops martial). . . . 0,032 G

4<» Pi-otosulfate de fer 0,028 4

5" Porsulfate de fer 0,033 4

& Protocarbonate de fer 0,025 0

7° Fer imparfaitement rédcdt 0,022 0

Sp Lactate de fer 0,020 8

9*» Proto-chlorure de fer cristalisé. . 0,018 6 10» Tartatre de potasse et de fer . . . 0,011 0

11« Safran de mars 0, 08 2

Ainsi, si Ton en croit les résultats de ce tableau, Ig préparation de fer réduit l'emporterait de beaucoup sur les autres. Je m'empresse d'ajouter que TobseN vation clinique ne confirme pas précisément ces données analytiques.

Réduit ou non par l'hydrogène, le fer donné i l'état de métal simple agit surtout comme excitant, presque comme irritant. Il augmente la tension arté* rielle , accélère les battements du pouls , fatigue l'estomac , provoque rapidement la constipation , et n'bjw persthénise qu'en stimulant. Les phthisiques, les fébiicitants, les gastralgiques , les aménorrhéiques, se trouvent plus incommodés que soulagés par son em- (iloi. L'action du fer parait être alors bien plus dyuh mique que trophique, et l'assimilation en est laborieuse. J'en dirai autant des oxydations de fer ea général. L'expérience démontre en effet chaque jour qu'il convient de préférer à ces préparations, les sels bien solublcs, tels que lactate , pyrophosphate ammo* niacal, iodure et protochlorure de fer.

J'ai constate pour ma part depuis bien des années, et dans des services cliniques, 'que le proto-iodure de fer dissous dans un simple sirop est facilement toléré et produit les meilleurs effets , chez les jeunes filles

-écoulai réglées et présentant des symptômes déjà manifestes de tuberculose pulmonaire. La ûôwe n'en est ]ias accrue, et la tolérance gastrique est c\-idente.

Voici comment Binz cherclie à expliquer les bons «ilets du prolo-iodure de fer. « Il y a lieu de croire , dit-iJ , qu'il s'agit moins ici de l'action si vantée de Viodc sur le système ganglionnaire le plus souvent un peu hyperplasié , que de la douce iiTÎtation produite sur la muqueuse intestinale par les métamorphoses de la préparation ferrugineuse. Le proto-iodure de fer se décompose , sous l'influence de l'air atlimospbériquc, en sesquioxyde et en hypciModure de fer. L'oxygène oxyde une partie du fer, ce qui permet à l'iode devenu libre : de se porter sur une partie du proto-iodure et de former de l'hyper-iodure. On no peut douter que cette réaction ou une toul-à-faît semblable , ne s'effectue aussi dans l'estomac et le canal intestinal. Or l'iode constitue , sous une forme doucement irritante, un ag'int éprouvé contre les transfoi-mations de mauvaise nature des ingesta, et fréquemment aussi, un excellent moyen curatif, {lour les ulcérations torpides de longue durée. »

Telle est l'interprétation peut-être trop cliimiatriquc du professeur Kari Binz. Quoi qu'on en doive penser, l'excellence de la préparation ferrugineuse de prii(oiodurc est incontestable.

M. Babuteau, qui a beaucoup étudié les fernigtneux, et d'un autre côté, s'est doutant plus occupé des chlorures qu'il attribue à l'acide chlorhydiique étendu te rôle le plus décisif dans les phénomènes de chimificalion, élève très-haut la préparation de protochlonire de fei'. Nous devons. Messieurs, vous exposer à ce sujet , sa manière de voir.

M. Rabuteau rappelle d'abord que le sang de Thonime renferme en moyenne 2 gr. 267 m. de fer, sur toute sa masse. Ce fer fait partie intégrante de rhémo-globu- Une. L'homme ne puise pas seulement le fer dans ses aliments , végétaux et animaux : il en emprunte aussi aux ustensiles de fer qui contiennent souvent ses aliments. ^

« Sous l'influence de l'acide chlorhydrique du suc gastrique , le fer passerait à l'état de proto-chlorure dans l'estomac des animaux. M. Rabuteau appuie cette donnée sur des expériences personnelles. Il suffit, ditil , de laisser séjourner de l'eau pendant quelques heures dans un vase de fer ou de fonte, puis de l'aciduler avec de l'acide chlorhydrique dans un vase de verre , et d'y verser quelques gouttes d'une solution de sulfo^ cyanure de potassium ; on obtient alors une coloration rouge de sang intense , ce qui indique nettement la présence du perchlorure de fer. D'après ces données il se forme dans l'estomac , après l'ingestion de l'eau ferrée une certaine quantité de perchlorure : ce composé passe aussitôt à l'état de proto-chlorure ; de sorte qu'en définitive, après l'ingestion des oxydes de fer contenus dans l'eau, le bicarbonate de fer des eaux minérales ferrugineuses se transformerait également en proto-chlorure au contact de l'acide chlorhydrique et du suc gastrique. »

On comprend maintenant la prédilection de M. Rabuteau en faveur du proto-chlorure de fer. En l'administrant sous forme de sirop, il va au-devant da travail naturel réservé au suc gastrique. Nous ne nions point l'efficacité du sel en question : nous l'avons éprouvée. Mais il est permis de discuter les inductions par trop chimiatriques de l'auteur, lequel fait trop

bon marché de la présence de Tacide lactique notamment, dans le suc gastrique. Or, Cl. Bernard et Pelouze y notamment , ont établi d*une manière irréfragable , et la présence et l'importance de cet acide dans le suc gastrique.

Cela dit , la valeur physiologique du fer absorba , comme tonique hématogène est indéniable.

Et d'abord, il est absorbé réellement, bien qu'en quantité minime. Quévenne, Melsens, et Bistrow (de Saint-Pétersbourg) Tont démontré expérimentalement.

Son action sur le tube digestif est variable surtout selon les doses. Les compositions insolubles pèsent au tube digestif ; elles engendrent en outre des renvois nidoreux désagréables. Les composés solubles bien dilués et donnés en quantité minime, ne coagulent • pomt Talbumine. Une irritation colliquative chez les enfants, une constipation opiniâtre chez les adultes , : «ont à prévoir à dose élevée, ou dans tel état constitutionnel contrindiquant remploi des styptiques.

L'action sur l'hématose et les oxydations est importante au premier chef. Non pas que le fer aille luimême et en quelque sorte naturellement se fixer sur les globules. S'il en était ainsi on ne trouverait pas à rhémoglobuline une composition toujoui^ égale à elle même. Or, c'est ce qui existe. Mais le fer, introduit à propos comme médicament devient chez les anémiques et les chloro-anémiques , un précieux agent pour la formation de nouveaux globules. La composition des hématies ne change pas , mais leur nombre s'accroit. Et tel malade qui ne digère pas dos aliments végétaux ou animaux contenant du fer, s assimilera bien un selsoluble de ce métal. Ce phénomène n'a pas lieu du

reslo sans métamorphoses organo-cliimiques. CL Bernard a prouvé que le sulfate ferrique se transforme en sulfate ferreux. Rabuteau démontre de même que le perchlorure de fer se change en proto-chlorure.

On comprend enfin que les oxydations intra-capillaires doivent nécessairement augmenter proportionnellement avec le nombre des hématies.

L'action réparatrice des eaux ferrugineuses, acidulés et gazeuses , se déduit naturellement de ces indications.

En résumé , le fer et son succédané le manganèse, se séparent de la plupart des autres métaux dits altérants ^ en ce qu'ils font partie constituante du sang lui-même. Ce sont des toniques corroborants , modificateurs trophiques de l'hémo-globulie. Le fer est aussi un agent dynamique et mécanique ; mais sous ce rapport il agit comme excitateur et comme astringent.

S'il faut du fer au sang, à bien plus forte raison a-t-il besoin d'oxygène et d'ozone. On a prouvé (notamment Hoppe-Seiler) que l'hémoglobuline du sang d'un chien renferme outre du carbone, de Thydrogène, de l'azote, du fer et du souffre, plus 21 pour 100, d'oxygène. Or, les globules rouges du sang de l'homme renferment 87 pour 100 d'hémoglobuline. Ils contiennent en outre 12 de matière albuminoïde , etl de cholestcrine.

On sait que sans oxygène la carbonisation du sang le rend rapidement impropre à la vie, en s'opposantà sa transmutation de sang dit veineux ou noir , en sanj; dit artériel ou rutilant. D'autre part, il est établi depuis les expériences de Lavoisier que l'oxygène devient un agent actif de combustion dans les milieux intra-organiques. Kalmann et Eckart ont prouvé expérimentalement la diminution de l'urée et même de Tacide urique, après des inhalations de gaz oxygène.

L'action viviiiaiile, je dii*ai presque résurrectionnelU\ <le I*oxygène sur la myotilité et rinner\'ation , n*a pas ^témoins établie. Les expériences de Brown-Séquard à ce sujet se trouvent dans presque tous les traités de physiologie contemporaine. Elles sont assez saisissantes pour que vous me permettiez , Messieurs , d'en dire un seul mot. Ces expériences ont été pratiquées sur des cadavres de suppliciés , par Tinjection dans leurs artères d'un sang défibriné et chargé par le battage au. contact de Tair, d'une certaine quantité d'oxygène. Brown-Séquard hijecta notamment dans l'artère radiale d'un homme supplicié depuis près de 14 heures, rapporte Rabuteau, de son propre sang. La rigidité disparut, et pendant i heures, la main du suppUcié récupéra son irrit<'d)ilité musculaire. Chez un auti*e supplicié , dont presque tous les muscles du bras étaient rigides, 9 heures après la mort , il injecta par Tarière radiale du sang de chien défibriné et oxygéné. La rigidité disparut, la peau reprit sa couleur naturelle , et Idchair de poule se produisit.

Ces quelques mots suffisent pour faire comprendre quelsefletsla thérapeutique peut retirer des inhalations d'oxygène , dans l'asphyxie, la syncope , la dyspnée et tous les états où le sang désoxygéné perd ses propriétés vitales.

finfin, Tozone ou oxygène électrisé, parait jouer un rôle également considérable sur les fonctions physio^ logiques du sang. On sait que lorsqu'on électrisé l'oxygène ordinaire, celui-ci prend une odeur sai gènem qui a été nommée ozone] on sait d'un autre côté qu& les globules rouges s'oxydent constamment au contact de l'oxygène introduit dans le miUeu organique.

Or, si l'on en croit les belles recherches de Schonbein,

Toxygène normal n'agirait sur le sang qu'après avoir subi une modification allotropique qui est la source même de la formation de Fozone. Et cet ozone présenterait deux modalités très-distinctes, dont Tune serait Tozone proprement dit, et l'autre Tanlozone. L'oxygène étant représenté par le signe 0 , l'ozone est figuré par — 0 , et l'antozone par 4- 0.

Les explications suivantes sont indipensables pour rendre intelligible cette ingénieuse théorie.

L'ozone est essentiellement analogue au gaz qui se dégage au pôle positif d'une pile dont l'électrode est en platine. Il se dégage dans une foule de circonstances; notamment , quand on met l'oxygène en contact avec du phosphore humide. Tout corps facilement oxydable et volatile à la température ordinaire ou à celle de Tcbullition de l'eau, fournit de l'ozone. Alors, il se fonne toujours de l'eau oxygénée. Tandis que l'ozone proprement dit se combine avec les substances facilement oxydables , telles que le phosphore , l'acide pyrogallyque, rhcmatoxylline,.rantozone est indifférent à ces substances, mais se combine facilement avec l'eau; il forme alors de l'eau oxygénée (H* 0 ), plus de runlozone. Ainsi, sous Tinfluence de substances facilement oxydables, Toxygène se polarise.

Schonbcin admet que dans fintérieur de l'organisme, au contact du sang artériel vivant^ l'oxygène se polarise de la sorte. Pour que cette opinion fût scieulifiquenicnt inattaquable , il faudrait prouver la présfînce dans le sang, d'une part, de l'ozone , d'autre part, de l'eau oxygénée. Cette preuve n'a pas encore été faite. IVun autre côté, l'eau oxygénée doit se «ItHruire dans le sang aussitôt sa formation , en raison 'les oonibuïilions incessantes qui s*y produisent.

En eflet, observe Rabuteau, lorsqu'on ti^ite par l'acide pyro-gallique une solution de potasse en contact avec de l'oxygène ordinaire , il se forme de l'eau oxygénée ; mais on ne peut recueillir l'ozone qui se produit, parce qu'il est employé aussitôt pour oxyder cet acide lequel se colore en noir. D'un autre côté , lorsqu'on traite l'eau oxygénée par le noir de platine , elle se décompose en donnant de l'eau ordinaire , et l'antozone se convertit en ozone. Les globules sanguins peuvent éti*e comparés au noir de platine. Les choses se passeraient donc de la manière suivante : l'oxygène introduit dans les voies respiratoires, se polariserait; il en résulterait de l'ozone et de l'eau oxygénée. Celle-ci serait détruite par les globules rouges du sang qui la dédoubleraient en eau. Cette transformation sous rinfluence des globules a été prouvée par Schonbein, qui a démontré que, quand on opère un mélange d'eau oxygénée et de teinture de gaïac , les globules rouges dédoublent l'eau oxygénée, en eau simple et en ozone.

Cette théorie permet d'expliquer bon nombre de réductions qui s'opèrent physiologiquement dans l'intérieur de l'organisme. Telles sont les réductions du sulfate ferrique en sel ferreux, et du peroxyde en protoxyde , faits expérimentés par CI. Bernard et M. Rabuteau.

Ces détails snffisent pour permettre d'expliquer les résultats avantageux qu'on a tirés de l'emploi de l'oxygène, contre l'asphyxie, la syncope, l'asthme, la phthisic pulmonaire, l'albuminurie et le diabète. Il faut au sang artériel , de l'oxygène, et de l'eau oxygénée. Dans certaines parésies nerveuses du sympathique j les oxydations intra-capillaires ne se faisant pas ^

le bioxyde d'hydrogène qui, à l'état normal doit être détruit aussitôt qu'il est formé , peut persister dans le sang et y produire les désordres les plus graves. Les sécrétions qui se font aux dépens de ce sang , notamment celle de la bile , et de la salive peuvent devenir acides ou tout au moins neutres, alors que leiu* état normal est d'être alcalin. On comprend les conséquences qui peuvent découler de ce simple fait de la non-destruction immédiate et entière du bioxyde d'hydrogène dans le sang, par suite du défaut de polarisation de Toxygène au contact des globules rouges.

Dans une étude sur une glycogénie diabétique, que nous avons publiée il- y a déjà trois années, (voir les bulletins de la Société de Médecine de Bordeaux 1872, 1 fascicule) nous utilisons cette théorie de Schonbein. Nous signalons précisément comme caractère dominant de la lésion des centres nerveux dans la melliturie diabétique, Timpuissance où se* trouvent réduits les globules rouges du sang, par suite d'une parésie vasomotrice, à réagir sur l'oxygène et à brûler lej byoxidc d'hydrogène. Il s'ensuit notamment deux conséquences importantes : la première, que les diabétiques en sont réduits à ne pouvoir plus détruire suflisamment du sucre dans l'organisme ; la seconde, que la bile des glycosuriques est, comme le prouvent des expériences multipliées, non plus alcaline, mais neutre et même légèrement acide. De telle sorte que le principe «oufré de l'acide tauro-cholique devient un principe %uU fiirc\ et qu'au contiict de cet acide dilué, au moment de son dédoublement catalytique dans le duodénum , les féculents de la chimilication sont convertis en sucre. Ainsi , impuissance à détruire suffisamment de glycosc , obligation fatale d'en recomposer sans cesse,

telle serait la double conséquence du défaut d'ozoniiication de l'oxygène du sang dans les capillaires. Comme confirmation des hyposthèses scientifiques sur lesquelles nous appuyons cette théorie dynamico-chimique, nous citons des expériences qui nous ont permis de constater sur des chiens préalablement rendus glycosuriques , et sur deux sujets (un homme et une fenune) , morts diabétiques : 1** que leur bile recueillie neuf heures après la mort pour les chiens , et trente heures pour l'homme , donnait au papier réactif non plus une réaction alcaline, mais légèrement acide d'abord , puis neutre ; 2p que le sang veineux des diabétiques , diflluent et poisseux , présente toujours une teinte notablement moins foncée qu'à l'état normal , ce qui prouverait qu'il est moins chargé d'acide carbonique , et partant qu'il a été moins briXlé dans les milieux des tissus vivants.

Si nous nous permettons , Messieurs , de vous parler ici incidemment d'une théorie dont plus d'un point reste encore hypothétique et qui nous est personnelle, c'est seulement pour appeler votre esprit sur le rôle physiologique capital et manifeste que V oxygène ^ et Yoxygène électrisé ou ozone, jouent dans notre organisme. Leur présence est nécessaire aux hématies pour leur fonctionnement physiologique, et il était impossible de les passer sous silence, en étudiant sous le nom de Toniques hématogènes , les reconstituants de l'hématose.

De même que nous avons fait choix de V huile de foie de morue comme type des médicaments toniques hislogéniques ou reconstituants , et que les ferrugi^ neax nous ont servi d'étalon pour Tétude des hématorgènes corroborants, ainsi les quinquinas vont nous

servir cV objectif, pour Télude des toniques néoro-stlié" niques.

C'est encore une dénomination peut-être vieillie que celle de 7iévrO''8lhéniqu&{ ; nous la conservons cependant, Messieurs, parce qu'elle est claire et répond à un genre d'effets thérapeutiques nettement dessiné.

Il est en effet toute une catégorie de médicaments et de moyens thérapiques dont Faction dominante consiste à ajouter de la force à l'organisme hyposthénisé , en portant spécialement ses effets sur l'appareil nerveux.

Tous les produits du genre cinçhona de la famille des rubiacées , sont de cet ordre : Quinquinas de la Bolivie, du Pérou, de l'Equateur, de la Nouvelle- Grenade; jaunes, gris, rouges; plats ou roulés, avec ou sans épiderme , dominent dans celte catégorie. La quinine, la quinoidine, la cinchonine, la cinchonidiQe, et jusqu'à un certain point, l'aricine, sont des alcaloïdes qui rentrent dans cette voie de moyens toniques. Les sels de ces bases organiques , principalement les sulfates, chlorhydrates, lactates, taimates, A-alérianatcs, azotates, urates, doivent eti'c cités.

Le carbo-azotalc d'ammoniaque est leur succédané puissant. On peut y joindre la salicine, Tapiol, la gentiane , la petite centaurée et le petit chêne , qui figurent aussi avec raison parmi les amers purs.

C'est à tort qu'on a tenté de réunir au groupe des névro-sthéniques Tacide arsénicux qui n'est quuu stimulant de la nutrition et un modérateur des combustions : la digitaline qui n'est qu'un contro-stimulant cai*diaque sans principe azoté, et nullement tonique, Tergotine, dont les efiets anti-périodiques ne honl dus (|u'â une action spéciale sur les faisceaux

moleurs de la moelle, et Texcitabilité motrice eu général; enfin, le bromm*e de potassium , lequel est bien un puissant modérateur , mais avec élection déterminée sur le bulbe.

Quant à Thydrothérapie y agent physique et purement dynamique , elle possède des moyens qui rentrent essentiellement dans le ressort des actions toniques, névro-sthéniques et anti-périodiques. Elle mérite donc au premier chef d'être rapprochée des quiniques. J'en dirai autant de l'inspiration de l'air salin de la mer et des forêts de pins maritimes; de Tusage interne de certains vins rouges vieux et fins, tels que le Médoc et la Bourgogne en récèlent. Enfin, Yeucalyi)tu8 globu- /tis , de la famille des myrtacées , étudié spécialement dans les hôpitaux militaires d'Afrique par le docteur Papillon, parait mériter d'être joint aux meilleurs synergiques du quinquina.

Comme l'opium , l'extrait de quinquina est une substance très-complexe, et dont la riche composition chimique explique les nombreuses propriétés thérapeutiques. En effet. Pelletier et Caventou, notamment, ont démontré que les cinchonas du Pérou et de la Bolivie renferment : tannin et acide tannique , quinine , cinchonine, aricine, quinidine, cinchonidine ^ acide kinovique et kivotannique , rouge cinchoniquc, matière colorante jaune ; une matière grasse verte ; de la gomme , du ligneux. Puttfarken a constaté en outre la présence d'un manganate de potasse , et d*un kinate de chaux. Ajoutons enfin que TrommsdorlT et Fabroni ont isolé une huile volatile essentielle , à saveur acre.

Cette énumération suffit pour faire comprendre que l'action physiologique du quinquina en Jialure, n'est pas absolument celle de la quinine , laquelle est plus spé-

cialisée y et comme telle plus active , mais moins générale, moins voisine des agents de stimulation. L'écorce du Pérou constitue un eupeptique, en même temps qu'un digestif stomachique. Les mouvements péristalliques de l'intestin y sont également accrus , Tassimilation est activée ; les grandes fonctions sont stimulées, et les forces , relevées. Sous l'influence de cette action réparatrice, le sang augmente de plasticité; la tension artérielle est surélevée, la contractibité musculaire , accrue. Nous parlons ici de doses modérées.

Mais reflet 'dominant du quinquina sur rorganisnic fébricité , est en contradiction apparente avec cette augmentation de la plasticité sanguine et de la tonicité

musculaire; enelTet, dit Gûbler^ les actes calorifiqueset sécrétoiros sont diminués, et corrélativement , le système nerveux est rendu plus apte à se charger de force. Cet cfTot dominant est dû à la cinchonine et, su^ tout, à la quinine; c'est donc dans la quinine qu'il nous faut étudier l'action névro-sthéniquc des quinquinas.

Dans une classification pharmaco-dynamique véritablement clinique , il est indispensable de faire figurer la quinine dans des genres , des ordres , ou même des classes trùs-diflerentes. Déjà, nous avons dû la nommer parmi les hyposthénisants , dans l'ordre des contro-stimulants , genre des sédatifs cardio-vasculaires, après la digitale.

Elle figure ici comme névro-sthénique; à la classe des spéciaux , nous en reparlerons comme anti-périodique par excellence et même comme anli-septique. Mais nous estimons qu'en dépit de propriétés qui semblent contraires , au premier examen , la quinine est véritablement un tonique névro-sthénique.

La quinine n*esl [)as un simple carbure d'hydrogène

>xygénô , ainsi que la digitaline , c'est un corps riche-

Yitient azoté (C** H** AZ, O4); et comme tel, c'est

ijin modificateur de la nutrition en mémo temps qu'un

:3modiricateur de Tinnen^ation. Eiïorçons-nous de le

jprouver.

Les travaux deRanke, Binz, Eulemburg, à l'étranger, ^:eux de Briquet et de Colin (du Val-de-Gràce) chez nous, j>ermettent aujourd'hui d'élucider avec quelque netteté le côté physiologique de la médication quinique.

Si Ton considère que la quinine ralentit et abaisse le pouls, diminue- le pouvoir thermogùne, accroît la sécrétion de Vacide urique sans paraître augmenter la production de l'urée, on se demajidera d'après quelle autorité nous plaçons la quinine au nombre des toniques , c'est-à-dire des reconfortants , et en somme , des agents d'hypers thénisation.

Or, nous répondrons ici encore, que dans ces leçons y nous faisons de la sériation clinique et non purement physiologique. C'est donc l'effet thérapeutique total et final du médicament administré à dose inédicinale et sur un sujet malade , qui nous décide id, plutôt que la modalité et le déterminisme physiologique.

Est-ce donc que le fait de ralentir le pouls, de diminuer la thermogénèse fébrile soit un acte d'hypersthénisation ? Il nous faut bien convenir du contraire. Mais, ce qui n'est pas moins incontestable, c*est que des sujets anémiés , septicémies , intoxiqués essentiellement débilités, hyposlhénisés , rccou\Tcnt la force , reprennent du ton avec de la couleur , sous l'influence d'une administration intelligente du bisulfate et du chlorhydrate de quinine. Or c'est là un effet tonique , un effet d'hypersthénisatiou.

II importe, nonobslaiit, do se rappeler que noi avons dus le début de cet article, distingué entre 7 quinquina qui , par la réunion de tous ses princif^^ constituants, est toujours et essentiellement un toni(|^^ franc, et la quinine, son alcaloïde principal, laqutâl/'^ n'arrive à des elTols généraux de tonicité et de névro. sthénie , qtfaprés avoir exercé sur des appareils spé. ciaux , d'incontestables eiïets de contro-stimulisme.

Ceci dit, Utcbons de démêler le fd d'Ariane, dans le dédale dos interprétations contradictoires auxquelles donne lieu , de nos jours encore , cette question dilfi. cile. J(^ commence par reproduire ropinion du professeur Karl I3iuz, lequel a étudié expérimentalement l'action pbysiologique de la quinine. On va voir que Binzfaitdela quinine un byposthénisant, et surtout un antiseptique en nirme temps qu'un modérateur des combustions intra-organiques : j'extrais les passages principaux du travail de lUnz : « Si Ton administre sur un adulte 1 gramme à 1 gramme 50 centigr. de sulfate de quinine, on voit apparaître assez généralement des vertiges , des tintements , des bourdonnements d'oreilles, de l'assoupissement et des courbatures générales ; en même temps surviennent aussi des troubles de la vue et de Toule qui peuvent persister toute une semaine Chez les animaux à sang

chaud , occupant un rang élevé dans l'échelle zoologique , on constate l'abaissement considérable de b température et la paralysie des muscles du cœur sous l'action d'une dose toxique très-élevée... ; sur le grand sympathique et le pneumo-gastrique , la quinine est sans intluence connue. La section de ces deux nerSs ne donne lieu à aucune modification essentielle des phénomènes toxiques. Chez les grenouilles, la quinine

administrée à haute dose , par la méthode sous-cu lanée, diminue Tirritabilité réflexe... La sécrétion do Tacide urique est ralentie , à la suite de l'administration de la quinine ; d'après les dernières recherches , il en est de même de l'urée. Cette diminution dépend de l'amoindrissement de l'activité des échanges nutritifs.

Ainsi, comme modificateur dynamique et trophodynamique , la quinine , d'après Binz , serait essentiellement un médicament hyposthénisant , et nous serions malvenu à la ranger ici , à la suite du quinquina, parmi les toniques névro-sthéniques. Je me bornerai à réfuter ces conclusions absolues, en faisant observer que Binz ne résume ici que d'après l'expérimcntation physiologique pratiquée avec des doses énormes , de 8 à 10 grammes de quinine , sur des animaux en santé , et distincts de Thomme. J'ajouterai qu'il serait puéril de contester les effets contro-stimulants apyrétiques et amyosthéniques de la quinine étudiée dans la manifestation de ses premiers syndromes. Mais nous verrons bientôt que, sur Thomme atteint de pyrexie aiguë , la résultante des effets quiniques à dose médicinale, est finalement reconstituante et tonique.

Binz examine ensuite le même agent médicamenteux comme antiseptique et s'exprime ainsi :

« La quinine, en quantité relativement très-faible, empêche la décomposition putride des substances protéîques et s'oppose de même à beaucoup de processus de fermentation. Cette double influence est consécutive à la décomposition du proto-plasma, lequel constitue la source d'où naissent ces processus. Pour le même motif elle diminue le nombre absolu des corpuscules incolores

qui se ti^oiivent dans le torrent circulatoire. La tuméfaction aiguë de la rate, qui dépend de Thyperplasie des follicules lymphatiques, est par suite, prévenue ou éloignée. L'extravasation des corpuscules blancs du sang et les inflammations plastiques qui en résultent peuvent être, chez les animaux, ou bien tout-à-fait interrompues, ou au moins modérées, au moyen de la quinine. La cause prochaine de cette influence git tout entière dans l'action chimique de l'alcaloïde sur les globules blancs du sang ; cette influence est, au moins dans ce qu'elle a d'essentiel, indépendante de la tension ai*térielle. Elle s'exprime de la manière la plus prononcée par l'application directe du médicament sur les surfaces suppurantes. L'empoisonnement des animaux à sang chaud par des liquides putrides, est neutralisé complètement ou en partie, par l'administration simultanée de la quinine. Ces mêmes liquides, absorbés en même temps qu'un sel de quinine non acide, ne provoquent pas une fièvre aussi intense. Des sucs végétaux frais qui, par leur mélange avec la teinture de gaïac, présentent la réaction de Tozone, perdent cette propriété, lorsque des solutions relativement faibles de quinine neutre ont agi sur eux. Cela dépend d'une modification chimique du proto-plasma des cellules végétales, c'est ce proto-plasma librement suspendu dans le liquide, qui donne lieu, par une oxydation lente, à la réaction d'ozone observée. La quinine diminue aussi la réaction d'ozone que présente le pus, et ralentit le transport qui se fait par rhémoglobulic, de Toxygruo ozonifié de Thuile de térébenthine l*ar le gaïac. Du sang frais exposé à l'air, absorbe moins d'oxygène et dégage moins d acide carbonique s'il est nielé à une petite quantité de quinine. Des motifs

nombreux autorisoiit à atlmellro des processiis sfiiihlables dans le sang vivant ou dans la lymplie.

« Les rapports directs que la qnininc peut préseiitt-r avec les différentes parties du système nerveux, ne sont pas encore connns. L'action antipyrétique de la quinine s'exerce sans le concours du cerveau, car oUo se manireste encore dans les cas où le cerveau a été sépai-é de la moelle épinière. Le mode d'action de la quinine n'est nullement sp(!*cifiquc, car d'autres subs- . tances, telles que l'alcool et les huiles éthéréfïs, les acides, quelques narcotiques et l'arsenic, monlrcnl dans les points essenliols, des pi-opriolés semblables; mais la quinine a sur ces dernières substances l'avantage de pouvoir séjourner sur l'orj^anisme luimain sans y être rapidement décomposée, et sans y exercer une action toxique spéciale. » (CAni. lîisz. Abrégé de matière niMicale et de thérapeutique).

Nous avons tenu à reproduire presque intégralement cet article, non pas , tant sjeii faut , qtic nous le considérions comme rexpi'tssion de l'action thérapeutique Traie de la quinine ; mais surtout pour mettre en évidence l'erreur des physiologistes qui ne voient dans cet alcaloïde qu'un modificateur dynamique du ^3-»tèmc nerveux. L'action de la quinine sur la nutrition générale et sur l'hématose résulte manifestement des expériences citées dans cette étude. Mais ces modifications retentissent en dernier ordre sur l'innervation spinale, et la quinine reste, en somme, comme un agent tropho-dynamique. Quant aux conclusions qu'en tire M. Binz, elles nous semblent forcées, et nullement cliniques. Il y a d'abord là, manifestement de la chimiàtrie de mauvais aloi. E^ étudiant le rapport de la composition diimique des alcaloïdes avec leurs pro-

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priétés pharmaco-thérapiques , nous avons eu soin do nous expliquer sur ce point. Déterminer d'une part la composition réelle d'un corps médicamenteux, et comparer d'autre part les données certaines de l'analyse chimique avec les propriétés observées de ce corps appliqué comme médicament, c'est là faire de la bonne chimiàtrie. Mais induire ces propriétés thérapeutiques de phénomènes chimiques qui se passent dans les milieux intérieurs de l'organisme, sans qu'on puisse en déterminer expérimentalement le mécanisme et les réactions , c'est présenter des hypothèses pour des réalités. C'est ce que font trop Binz et l'école allemande.

Le professeur de l'université de Bonn ne voit dans la quinine qu'un agent d'hyposthénisation nerveuse, de contro-stimulisme cardio-vasculaire , de modération trophique et d'anoxémie hématique. Il lui conteste absolument toute propriété spécifique, môme comme antipériodique et anti-septique. Or l'observation clinique s'inscrit en faux contre ces affirmations absolues.

Dans la pneumonie adynamique et dans la fièvi^e typhoïde, affection essentiellement hyposthénisan te, dans la cachexie paludéenne la quinine n'agit pas seulement comme anti-septique ; elle rend de la force à l'élément nerveux et secondairement à la contractilité musculaire. Le mécanisme par lequel s'opère l'action anti-zymotique est lui-même un acte de conservation tonique , car il résulte , d'après l'explication chimique donnée, de la propriété que posséderait Talcaloide quinique de diminuer la réaction de l'ozone sur le pus et les miasmes fermentescibles , eu ralentissant les transports d'oxygène qui se font par rhémoglobuline.

M. Binz refuse à la quinine toute action spécifique.

Elle n'agit pas aulremeftl, dit-il , que l'alcool et l'arsenic; setilement, elle s'élimine moins promptement que le premier, et ne produit pas comme le second des désordres toxiques.

Ce seulement restrictif est précieux : car il permet précisément de différencier l'action de la quinine de celle de l'alcool et de l'arsenic , en la spécifiant. Et en effet, si l'on en excepte les virus inoculables, il n'est pas de substance dont les propriétés électives soient mieux démontrées que celles de la quinine.

Ces courtes obsen-ations suflisent pour montrer combien sont peu pratiques et discutables les conclusions de M. Binz, quand il s'efforce de faire du plus héroïque des médicaments, un hyposthénisant vulgaire et un simple modérateur de la nutrition.

On trouve dans le Bulletin général de thérapeutique de 1874 (n^* des 15 et 30 Juillet), une étude trùs-soignée sur l'action physiologique et médicale des sels de quinine, parle D'' Léon Colin , professeur au Val-de-Gràco. Ellle mérite que nous l'analysions , parce qu'elle établit encore d'une façon incontestable l'action de la quinine comme modificateur trophique , sans méconnaître ses effets comme agent nemn puissant.

M. Colin, qui s'est peut-être trop inspiré des leclui-es allemandes, étudie premièrement l'action de la quinine sur les centres nerveux et circulatoires ; secondement, sur les éléments du sang et des tissus organiques.

Le professeur reconnaît d'abord, après Cl. Bernard, Scblockow, Eulemburg et Simon, le pouvoir essentiellement modérateur de la quinine sur les mouvements réllexes provenant de la moelle épinière. II admet avec Binz que rintlucnce modératrice de la qui-

niiie est complètement indépendante de tout rapport avecle centre céphalo-rachidien. Peut-être que la surdité, les bourdonnements d'oreilles, les troubles de la vision, ne s'accordent pas parfaitement ici avec les données de la vivisection physiologique.

L'action hypothermique de la quinine serait moins encore justiciable de ce que M. Colin appelle avec trop de sans-façon les prétendus centres nerveux: ynodéraleurs de la chaleur. Cette action hypothermique beaucoup plus directe, consisterait dans une diminution delà production même de la chaleur au sein des tissus. Mais n'est ce pas là , en somme , un effet puissamment tonique, que de ralentir et diminuer les combustions inlraorganiques dont la conséquence nécessaire est un antophagismepy ré tique. Déplus, et M.Colin est d'accord en cela avec M. Briquet, si la circulation est i*alentie par la quinine, ce serait, no:i pas en paralysant le centre cérébral de l'appareil nerveux moteur du cœur, mais, ainsi que Lewiski semble l'avoir démontré, par une influence primitive de l'alcaloïde sur le muscle cardiaque et ses nerfs propres. Or l'identité entre Faction de la digitale et celle de la quinine sur le cœur, va-t-elle jusque-là? Nous pensons que la clinique répond négativement.

M. Colin examine secondement Taction de la quinine sur les éléments du sang et les tissus organiques. Ici encore, et plus que dans Tarticle précédent, ses convictions se rapprochent do colK^s de Karl Binz. 11 rappelle d'abord , en s'appuyant sur les recherches expérimentales de Naunyn et l'opinion de Ilirtz, que Torigine principale de la chaleur animale, est duc aux échanges qui ont lieu entre le sang et les tissus anatoniiques ; que cette combustion organique est

suiaclivée dans les fièvres , les septicémies et les pyhémies , ajoutant que la quinine s'oppose plus que tout autre agent, à ces surélévations de température. Puis , sont rappelées les expériences de Schoenboin , démontrant que les globules rouges du sang possèdent à un haut degré la propriété de fixer une cer*» laine quantité d'oxygène électrisé , et par cela même, deviennent des corps très-oxydants. On sait comment Schmidt a consacré cette donnée en constatant la présence de l'ozone dans le sang fraîchement tiré exposé au contact de l'air dont il prend l'oxygène en cédant une certaine quantité d'acide carbonique, et comment Becquerel attribue cette propriété aux phénomènes thermo-électriques qui s'accomplissent dans rintimité des tissus et exercent une action spéciale sur les produits de l'ozone. Harley a remarqué que plusieurs bases végétales, (strychnine, morphine , atropine), ont la propriété d'entraver cette respiration des globules rouges. Mais la quinine l'emporte sur toutes, d'après les expériences d'Adam Schulte ot de Ransoné , de Kerner surtout.

Enlin, Uanke a constaté la diminution notable de l'acide urique, tout en faisant observer avec Uabutoau, que la quantité d'urée reste à peu près la même. C'est là un fait très-important, et nous croyons devoir donner à ce sujet, un tableau résumant les observations luises.

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Dose quotidienne

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