‹ Lecons de therapeutique generale et de pharmacodynamieChapitre 39 sur 46 · OO · texte numérisé non relu

OO

Quantité totale

d'azote

i6,no

On voit par ce tableau que, sons l'influence du chlorhydrate de quinine , l'urée , Qialgré les assertions qui précèdent, diminue assez sensiblement; qu'en ce qui concerne l'acide urique , cette diminution est tellement considérable, qu'elle tombe de 962 à 170 centimètres cubes. Les combustions et les oxydations sont donc manifestement ralenties.

Aussi, M. Colin conclut-il en disant qu'à ciMé de sa vertu spécifique qui lui est exclusive , contre les lièvres palustres, la quinine a la puissance de pro-

duire trois actions physiologiques non moins incontestables : sédation des mouvements du cœur ; diminution de production de la chaleur animale ; diminution plus marquée encore de la combustion des éléments * organiques et de la dénutrition des tissus. Il l'a rapproche de Falcool , en en faisant un agent antidéperditeur. En ce qui concerne les expériences physiologiques et chimiques que nous avons citées , M. Colin oppose , dit-il, une sage réserve , aux conséquences que des esprits ardents viendraient à en à tirer. Nous espérons vous montrer bientôt, Messieurs, que ces restrictions sont encore insuffisantes; que M. Colin accorde une part exagérée aux modifications trophiques exercées par l'emploi de la quinine ; en ce sens , (lu'il perd trop de • vue les incontestables effets de cet alcaloïde sur le système nerveux tout entier.

Toutes ces actions modératrices des combustions intra-organiques et sidératiîces de la contraction systolique du cœur , aboutissent finalement à un relèvement du pouvoir excito-moteur de la moelle; elles réservent de la force à l'innervation générale , et c'est pourquoi , en dépit des vivisecteurs , la quinine reste un tonique névro-sthénique.

Mais continuons cette étude en résumant l'opinion de Briquet, dont le nom fait autorité en quinologie thérapeutique :

Le résumé des idées de Bri(iuet vient ici d'autant mieux à sa place, qu'il a paru eu réponse au travail de M. Colin, et comme protestation contre l'engouement des Panurges français vis-à-vis de fabsorbante Allemagne.

Bien qu'aujourd'hui, grâce à Dieu, les germanophiles diminuent chaque jour dau^ nos laboratoires de

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Paris, on l'on cousUile «luc lien ir<îsl souvoiU muins ^ rijîourcux iiiriin.^ au point de viui de rexacUtude dus ^ faits, f[ue les aflinnations de certains physiologistes^ l'Outre-Rhin, il reste encore dans notre pays d'uuita tion complaisante, assez de j(»unes yens disposés admettre sans examen:

« Qiui (le Prusse aujourd'hui nous vient toute lumière ■

pour que nous reproduisions ici intejjralement les premières lignes de la réponse (pie rénùnent clinicien IVanrais fait par dessus la tct(î do M. Colin ù toute Técolc des ([uinolo<(istes allemands.

u Oepuis quelques années la médecine allemande a fait dans la ])atholot(ie, une invasion qui a comphMement raodilié en France la manière de voir dans un certain nombre de maladies : je crois <pie la vraie pratique médicale n'a |)as beaucoup îï se louer de celle modification qu'elle a néanmoins subie sans que les palhologisles frsmçais se soient beaucoup défendus ; ils ont en quelque sorte capitulé à première sommation.

« Voici niaintt.'nant, qut* rinvitsion tend à se faire dans l«î champ de la thérai>culi«piiî, à focrcasion de Tune des substances médicamenteuses de premier ordre , des (piinipiinas ; irt natunMlcmenlelle se propose de substituer les idées allcmantles sur l'action de cette, substance, aux doctrines généralement reçues en France.

i( Avant lie passer sous le joug, il me semble à propos de voir (pielle est la force des armes avec lesquelles la médecine genuani(|ue a rintention de nous conquérir.

« Cette médecine preml pour base de ses études sur l«î «juincpiina la spécificité universellement reconnue de ce médicament contre les lièvres d'origine palu-

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déeniie. Elle sait bien que le quinquina s emploie avec avantage dans d'autres maladies, mais elle suppose probablement que le mode d*action de l'écorce dij Pérou est diflërente suivant les diverses maladies contre lesquelles on la met en usage.

» Cette manière de voir ne prouve pas une grande étendue de conception : supposer autant de modes d'action dans un remède qu'il y a de maladies contre lesquelles on peut l'utiliser, c'est bien loin d'être supérieur a la largQur de vue de la médecine française.

» L'Allemagne estplusparliculariste que nous: voyons donc sur quoi sont établies ses prétentions ! Habituée aux profondeurs nébuleuses de Kant, de Schilling, de Ilégol, elle n'hésite pas à débuter dans l'étude du quinquina par la recherche du rapport qui peut exister entre la quinine et les émanations marenimatiques. On trouvera peut-être que cela ressemble un peu à Télucidation de Vobscuriim per obscurius\; mais n'importe ! »

Après cette vigoureuse attaque, Briquet prouve, pièces en main , que l'Allemagne, notamment Pringle et Binz , prétendraient à tort avoir découvert les propriétés anti-putrescibles et anti-zymotiques du quinquina. Robin, Berthelot, Briquet lui-même, au triple point de vue de Thistologie , de la chimie des ferments , et de l'observation clinique , ont établi ces faits en France avant qu'ils ne fussent admis en Allemagne.

II en est de même de l'action de la quinine sur la circulation et la composition des globules rouges et des leucocytes. Il montre en outre que les assertions allemandes , notamment en ce qui touche les modifications de l'urée sous l'influence de la (luinhie sont plutôt de l'ordre de rexpérimciitalion physiologique, (pic de celui de l'observation clinique.

Après avoir critiqué point par point les prétentions allemandes , Briquet résume ainsi Taction de la quinine : « Elle provoque , dit-il , au début une excitation soit locale soit générale , pour amener la sédation , la prostration , et fmalement , Tanéantissement des actes fondamentaux de la vie , sans provoquer dans les organes d'autres lésions qu'un faible degré d*injection dans les mailles de la pie-mère et dans la substance cérébrale y> a La quinine , ajoute encore Briquet,

n'est dont pas seulement un contro-stimulant cardiovasculaire ; comme le pensait Giacomini : elle est encore moins U7i tonique y mais bien unstupéfiant, unUyposthénisant de tout l'ensemble du réseau nerveux, elle abolit la puissance nerveuse ; c'est une sorte de chloroforme maniable».

Ainsi , dans l'opinion de Briquet (et de ce côté les faits lui donnent pleine raison). La quinine est un modilicaleur dynamique de l'innervation.

Mais au lieu d'en faire un modificateur néuro-sthéni' que^ Briquet en fait un agent névro^asthénique ; et c'est là que sa doctrine nous parait cliniquement attaquable.

Celte opinion tient évidemment à celle qui domine l'auteur touchant la nature même elle mécanisme physiologique de l'accès de fièvre paludéenne.

Pour Briquet , qui semble oublier le pouvoir anémiant et asthénisant des fièvres à accès, fièvres dont le dernier terme après tout, est la cachexie , et ne voir que le processus même de l'accès en évolution , la fièvre estessentiellementunetatpyrcliqueaigu.il suffit, pour s'en assurer de voir comment il tente, d'en expliquer le mécanisme.

Il prend pour type un accès de fièvre qui aiu*ait été

provoqué par un cathétérisme douloureux. C'est là , pensons nous un faute évidente , car il manquera précisément à cet accès de fièvre la cause éloignée mais dominante, le miasme palustre on une cause quelconque de zymotisme. Quoi qu'il en soit, notre confrère s'exprime ainsi : « Il existe pour point de départ une douleur » plus ou moins vive au pénis. La sensation pénible » qui en résulte se transmet , par une série de con- > ducteurs neiTeux jusqu'au centre des sensations, où » elle vient en quelque sorte , appeler à son secours » toute l'éc^nnomie. Ce centre excité par cette sorte » d'agression se dispose à réagir , et pour le faire effi- 7b cacement, une partie de l'encéphale, la moelle épinière » organe des actions réflexes , les nerfs ganglionnaires » enfin, sont mis en jeu, pour répondre par un acte » synergique , à l'excitation locale , et faire concourir » à cet acte, l'ensemble de l'économie. Alors, deux » grandes divisions du système nerveux , celle qui va » à la périférie du corps et celle qui va à la circulation » et à la respiration, sont influencées. Sous l'inipres- » sion de la première division , se produisent les fris- » sons , les douleurs des membres , la courbature , le » malaise général , la douleur épigastrique et la sup- » pression des sécrétions. Sous l'impulsion de la se- » cortde division, se produisent l'excitation du cœur et » des vaisseaux , l'accélération de la circulation , la fré- )) quence de la respiration , Taugmentation de la cha- » leur. Tous ces actes successifs se produisent sur les » divers points du système nerveux. Il y a donc pour. » la perpétration des premières périodes d'un accès » de fièvre intermittente , quel qu'il soit , un ensemble » d'actions convergentes vers les centres nerveux ; puis n un autre ensemble d'actions divergentes , destinées » à produire la réaction.... »

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Klaiit duiinê ce tlôterniiiibiiic Je lacccî» lëbrile. M. ISriquet se deinaiule quel esl le moduH agendiie& bcls de (luiiiiue , et il y répoiitl de la sorte :

t< La quinine arrive, et par ses propriétés légèrement n excitantes du début , elle met le trouble dans Faction » syner{îi(|ue qui a préparé Taccéspur; par sa propriété » stupéfiante, hyposthénisante, delà fibre nerveuse, » elle mot cell»i!-ci hors d*état de compléter les mouve- » ments du réaction; les nerfs périfériques cessant » alors d*a^'ir, la frisson et le malaise général ne se j » produisent pas , les nerfs de la circulation et de lares- » piraliori n*int1uencent plus ni le cœur ni les poumons, » et la lièvre n'a pas lieu.

« Ainsi, il y a d*abord peilurbation , puis aboIilioTL I» de la puissance nerveuse, sous Tiidluence Je l^- » (luelle se produit un accès de lièvre intermittente, i » quinine empéclu.' ilonc la production des actes d » quels doit résulter l'accès ; cela est si vrai que 5 » ([uiniue arrive tnq) tard pour empêcher ces prép » tifs l'accès a Vum mak^ré la présence tle Talcalo'S » qui n'agit al<irs (|ue sur l'accès futur.» {^Uul de ihér^c^i :{(h,dobre lSl\i).

Nous avons eru. Messieurs, devoir nous étendre si/ cette théoritî, parce ifu'elle énuuie d'un honmie émiiLCii/ dont le nom fait autorité en thérapeutique quinologique; et au.ssi, parce qu'elle met bien en évidence les pro- [uiétés modificatrices de l'innervation, propriétés trop elt'acées par l'école allemande et par M. Colin («JuValde-(lràce). Certes, ne voir rlans la fiuinine qu'un agent l)arasiticide et anti/imotique en même temps qu'un morlilicateur d«î la sécrétion uiique, c'est se faire imc idée in(:onq)lète el mèuie faussi* d<î l'action physiologique, des propriété.^ Ihérapeuliques de la (|uin'uie\

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L'influence des sels quiniqiies sur Tinnervation est dominante. Les faits cliniques le démontrent. La quinine exerce une action sédative sur la circulation, la respiration, la calorification, cela est encore indéniable. Mais s'en-suit-il que M. Briquet ait pénétré le déterminisme jusqu'ici inexpliqué de l'intermittence fébrile? Toute son interprétation aboutit, en fin de compte, a faire de la quinine un spécifique agissant premièrement Sfur les centres nerveux et rien de plus.

Or ici, des explications sont nécessaires.

Vous nous avez vu. Messieurs, placer la quinine à côté du bromure de potassium et de la digitale, quand nous avons développé la classe des hyposthénisants ; en traitant de Vordre des contro-stimulants au genre des sédatifs cardio-vasculaires. Et voilà que maintenant nous nous étendons longuement sur ce môme «igent, la quinine, on traitant des névrosthéniques, de Tordre des toniques et de la classe des hypersthénisants. Je dois ajouter que vous verrez reparaître une troisième fois le même médicament, dans notre 4"® classe, celle des spéciauXy lorsque nous parlerons des agents àntipériodiques. *

La première conclusion à tirer de cette apparente divergence, c'est que la même substance médicamenteuse , tout en conservant des propriétés intrinsèques qui ne changent pas, peut s'appliquer à des indications patliologiques très-différentes, selon qu'on utilise plus spécialement telle ou telle de ses propriétés.

La seconde , que je veux faire ressortir devant vous plus spécialement , c'est la nécessité , quand on développe une classification méthodique , ainsi que nous prétondons le faire ici, de réserver la description principale d'une substance extractive , pour le chapitre

où figiiro la snbslanco mère (|ui la fournit. Je m explique : la morphine cl ropiuni possèdent en pins <run point, des effets pliysiologiques qui ne concordent pas. Cependant on no saurait logiquement détacher la thérapeutique de la morphine de celle des opiacés. La caféine est un modérateur tonique, à beaucoup d*éganis trùs-voisin de la quinine; cependant, le café torréfié est un stimulant diiïusible et Thistoire des caféiquesned(Ht pas être détachée de celle des stimulants, en général Il importe seulement de prévenir des applications trèsdifférentes en thérapeutique, que peut comporter le même médicament.

Pour la même raison alors que les quinquinas sont manifestement <les agents toniques dont le pouvoir névrosthénique n'est contesté par personne, il nous a paru indiqué d'oncadrer dans leur genre toute la médication quinique. Aussi bien nous prétendons éUiblir succinctement r[ue Vattai thérapeutique (je ne dis pas ici physiologique ) de la médication quinique, est un effet de reconstitution et de tonicité.

Assurément la quinine, dans le procossus premier et et immédiat, sh comporte comme un hyposthénisant : elle diminue le calibre des capillaires , anémie l'axe cérébro-spinal, modère le travail respiratoire etaflaibUt la contraction systolique du cœur; mais la digitaline, le bromure de potassium, Tatropine, et à certains égards Tergotino, produisent des effets analogues. Crest la mémo la cause d'erreur des classificateurs plus physiologistes que thérapeulistes, qui ont réuni ces agents dans un même groupe , alors qu'il ne se .rapprochent que par des analogies.

Mais la digitale épuise, et provoque finalement des hechymoses ; le bromure de potassium agit rapidement

comme dcnutrilif ; Talropine, halluciné Tencéphale; Tergotine, enfin, provoque la télanisalion musculaire et ne tarde pas à se comporter en poison dangereux. J'ai ti^itc simultanément dans Tun des services de l'hôpital Saint-André , cinq fébricitants à type intermittent par chacun de ces agents. Par tous, la fièvre a été modifiée grâce à une perturbation de l'innervation cérébro-spinale et sympathique. Mais seuls, les effets de la quinine sont restés confirmatifs et ont pris un caractère franc de spécilicité. Seule elle a ramené le relèvement des forces 9 en économisant la dépense de calorique, en épargnant Texagéi^ation des mouvements réflexes , en réglant enfm les mouvements du cœur. Vous voyez ainsi , Messieurs , comment, en diminuant la dépense des forces, un médicament peut devenir corroborant et par suite , reconstituant. Telle est l'action vraie de la quinine , et si vous voulez bien vous reporter au tableau que nous vous avons présenté dans notre troisième leçon , et qui met en rapport la composition chimique et les propriétés des substance, vous comprendrez comment la quinine, corps fortement azoté, devient dans l'organisme un agent de conservation et d'épargne. Tandis que la digitaUne , sortie de glycoside , partant non azoté, n'est qu'un faux toAique dont faction hyposthénisante ne tarde pas à prédominer.

Au surplus , Messieurs, je vous ai déjà moiiti^é dans la quinine un modificateur trophique autant que dynamique ; mais je dois vous apprendre , au cas où vous rignoreriez , qu'on a découvert dans les tissus vivants , l'analogue même de la quinine^ sous fespèce d'une substance organique dénommée : quinoïdïne animale.

Voici comment s'exprime à ce sujet sire Henri Bence Jones , de la Société royale de Londres :

M Personne n'aurait pu penser que Tlioinnio et tous les animaux possùJont dans toutes le parties de leur corps , le caractère tout particulier de fluorescence de récorce du quinquina du Pérou.

y> .... Un i^rain de suliate de quinine dissons daiiK un million 800 parties d'eau est suffisant pour montrer distinctement la fluorescence bleue. Or, si l'on fait prendre de la quinine à un cochon d'Inde, et qu'on Timmole en même tem[)s qu'un autre qui n'en a pas pris, on observe ce qui suit : On chauffe chaque organe du cobaye qui a pris de la quinine avec de l'acide sulfurique très-dilué, les extraits acides sont mêlés et fdtrés, neutralisés après refroidissement avec de la soude caustique, puis agités fréquemment avec un vohune égal d'éther. On évapore l'éther et le résidu est dissous dans l'acide sulfuricpie dilué , filtré , et éprouvé par la fluorescence.

» Chaque organe du cobaye qui n'a pas pris de quinine est traité de la mémcî manière. Or, non-seulement on trouve une substance fluorescente dans les tissus du cochon qui a pris de la quinine, mais on rencontre une substance prosfiue exactement semblable dans les tissus de celui qui n'en a pas pris. Chacun fournit la substance fluorescente.*On essaie par tous les réactifs imaginables de séparer la fluorescence naturelle de la fluorescence provoquée : « Impossible ! » dit Bence : ce qui nous décide à étudier de plus près la substance naturellement fluorescente des animaux.

(( Voici, ajoute-t-il, quelques lentilles enlevées à des » yeux de bœuf, de cobaye, d'homme. Vous voyez corn- » bien ces substances sont claires , blanches , transpa- *) rentes. Si je prends un œil de bœuf aplati avec soin, ») il <.»st facile de voir qu'il ne contient pas de matière

3 colorante. De môme que pour ia quinine, oti ïi'a»- » perçoit rien jusqu*à ce que les rayons bleus de la » lumière électrique viennent frapper la lentille ; vous » voyez alors la splendeur de la réaction. ..... Texpé-

« rience faite sur Thomme ou un animal vivant est » encore plus remarquable. Permettez-moi de la Caire » sur moi-même , et vous pourrez voir alors mon œil » briller d'une lumière qui nous paraît peu naturelle , j» parce que nous n'y serions pas habitués.

« .La fluorescence de la substance

» naturelle est un peu plus verdâtre que celle de la so- » lution ^e quinine »

L'expérimentateur démontre alors , à Taide de nombreuses solutions chimiques , que les mômes réactifs , (iode , iodure de potassium , acide phosphomdybdique , bichlorurede platine, trichlorure d'or,) agissent de la même manière sur les deux substances fluorescentes.

Le savant angtaislégiiimela dénomination de quinoîdine animale qu'il a donnée à cette substance, par Tiden^ titéde ces réactions. Il établit ensuite quMl est certains corps dont la composition chimique reste constamment identique à elle-même , bien qu'on l'examine dans des corps d'un règne différent. Ainsi le sucre , l'amidon , Talbumine , l'indigo , sont de matières communes au règne végétal et animal.

D'un autre côté , des substances minérales , telles que le sel marin , les phosphates de chaux et de soude ; sont animalisées dans notre organisme. En ce qui regarde ces corps , l'analyse chimique est impuissante à les différencier, d'un règne à l'autre. Cependant, observe Bence Jones, chacun sait combien diflei^ent les actes chimiques qui s'accomplissent dans les trois règnes. Dans les végétaux, l'acide carbonique, l'ammo-

niaque et Teau > se composent pour donner par grada* tiens d'abord des acides et des carbures d*hydrogène y puis des graisses , des alcaloïdes , et enfin , des substances albumineuses. C4hez l'animal , par un mouvemenf inverse , l'albumine donne analytiquement des alcalcHdeSy des graisses , des hydrocarbures neutres , des acides y et enfin de l'eau de l'ammoniaque et de l'acide carbonique.

Ces faits , qui sont du domaine scientifique , peuvent mettre sur la voie du mode d'action véritable de la quinine. Si l'on considère en effet le grand nombre d'atomes de carbure que cet alcaloïde contient , on peut le regarder comme une des premières substances produites par Talbumine. Or , les expériences citées notamment par fience Jones prouvent que la quinine pénètre avec une incroyable rapidité dans tous nos tissus; partout où elle arrive, elle rencontre la substance fluorescente animale son analogue, laquelle à l'état de santé, doit se former et s'oxyder constamment. Une dose de quinine cause un excès temporaire de quinoidine dans les tissus. Elle doit suspendre alors la transformation de l'albumine en quinine. Cette suspension temporaire des métamorphoses organiques , explique comment de fortes doses produisent chez l'homme la surdité, la prostration, la petitesse du pouls. Â petites doses, la quinine, probablement comme l'alcool, provoque un stimulus immédiat. Mais bientôt , la réaction se produisant , les changements chimiques des substances azotées sont retardés, de la même manière que l'alcool enraye révolution des hydro-carbures.

« On est autorisé à penser^ ajoute Bence, que le nom obscur et probablement incorrect d'urémie , désigne un état semblable à celui que peut produire dans les tissus, un excès de quinine ou d'alcool. »

Après avoir développé ces considérations, Bence Jones pose sous forme interrogative les deux propositions suivantes, dont l'immense portée ne saurait échapper :

c 1<> Etant admis qu'à l'état de santé , il existe dans nos tissus une substance analogue à la quinine, là rapide destruction de cette substance, par l'action des miasmes paludéens, peut-elle donner lieu à la fièvre? La quinine guérit-elle la lièvre en fournissant un agent qui retarde les métamorphoses intra-organîques? La propriété bien connue de l'arsenic , de conserver les substances organiques , fournit-elle aussi l'explication de son pouvoir de guérir la fièvre ? »

« 2p $i la circulation chimique peut porter les alcaloïdes jusques dans les tissus non vasculaires , n'est-il pas raisonnable de supposer que les médicaments passent à travers le sang, et agissent sur les tissus? N'est-il pas très-probable qu'il jouent un rôle dans tous les changements chimiques qui se produisent en dehors des vaisseaux sanguins, aussi bien que dans le sang lui-même ? »

Je m'arrête , Messieurs : ces détails pleins d'intérêt suffiront pour vous expliquer comment, malgré des effets momentanément déprimants , la quinine a dose^ médicinale est avant tout un agent tonique névro-sUiénique , et un spécifique. Comme principe albuniinolde ammoniacal et azoté^ la quinine modère les combustions intraorganiques ; elle s'oppose aux décompositions miasmatiques. D'autre part, en se substituant à ime substance animale, la quinoidine, que la fièvre paludéenne parait détruire dans nos tissus , ce médicament héroïque devient un véritable tonique reconstituant. -Il n'est contro-stimulant que dans ses effets premiers, et mé-

caniquement à doses relativement fortes. Nous avons vu Fhuile de foie de morue fournir du soufre , et les éléments de la taurine au sang, et par suite, aux poumons ; le fer et l'oxygène s'ajouter aux globules sanguins; voilà maintenant que la quinine parait réparer , par acte de présence et à* l'aide de substitutions chimiques ou tout au moins , de métamorphoses , la perte d'une substance dont la destruction en nous, laisse s'établir la fièvre miasmatique ou zymotique.

Nous terminerons là, Messieurs, cette longue histoire de la thérapie quinique.

Nous ajouterons enfin que l'hydrothérapie , dont il sera parlé avec détails dans l'exposé de la classe sui* vante , constitue un des moyens les plus puissants de la médication névro-sthénique. A cet égard il conviendrait d'y ajouter l'acide arsénieux.

A la suite ' des toniques névro-sthéniques , se présente le genre des amers purs , agents physiologiques très-voisins du genre précédent.

Les amers en général se définissent naturellement et simplement par la sapidité suigeneris qui leur est propre. Ce genre de médicaments est assez important pour que nous en disions un * mot. Telle est l'étendue de ce groupe pris absolument , que non-seulement lés végétaux , mais plusieurs produits du règne minéral, entreraient rigoureusement dans cette série. Mais les divisions thérapeutiques basées sur les grands caractères de propriétés physiologiques , ont obligé à en restreindre le cadre. C'est ainsi que les sulfates de cuivre , de soude , de magnésie, de potasse, plusieurs azotates doivent être distraits de cette classification. Et non-seulement il convient d'en exclure les produits émanés du règne minéral , mais aussi certaines sortes

végétales, telles que les stryclmos qui sont des couvulsivants^.et leS; colchicacées qui sont des stupéfiants drastiques.

Guillemin , s'inspirant des tentatives de de Candole pour établir un rapport entre les propriétés médicinales des plantes et leurs caractères botaniques , a tenté une sériation en amers francs , amers acres ^ amei^s astringents^ amers aromatiqtieSy et amers cathartiques. Les gentianées, les simaroubées, les urticées et les ménispermées appartiennent à la première catégorie , celle des amers francs. Les loganiacées, (strychnos) fournissent à la seconde. Les rubiacées (quinquinas) et les amentacées (salicine) représent la troisième. On trouve les types de la . quatrième , parmi les labiées (germandrée) ; les synanthérées , (camomille et armoise), les magnoliacées (écorce de Winter). Enfin,

les cueurbitaoées (coloquinte) et les liliacées (aloès et les poly^onées^ (rhubarbe) appartiennent au cinquième groupe.

En.Uiôrapeutique, on doit entendre comme amers médicinaux , seulement les amers purs , les amers astringents, les. amers stimulants et les amei*s drastiques.

L'article qui nous occupe a trait seulement aux amers purs. Les gentianes, les quassias , les simaroubas, le colombe figurent au nombre des substances principales qui sont des amers purs. Le petit chêne , la cliicorée sauvage et la centaurée se rattachent au même genre. J'ajoute que dans certains terrains calcaii'es , la petite centaurée s'élève par ses propriétés au rang des névro-sthéniques anti-périodiques.

Les amers purs sont des modificateurs premièrement trophiques et secondement , dynamiques. Us

sont apéritifs , et de ce côte , se rattachent aux cupcpliques. Mais en outre, ils sollicitent une sécrétion plus abondante du suc gastrique, activent la digestion , rendent du ton aux muqueuses , régularisent les sécrétions intestinales ; à rencontre des quinquinas et des amers richement azotés, les amers purs modirient très-peu la quantité d'urée éliminée; ils diminuent plutôt qu'ils n'augmentent les sécrétions , et, finalement, impriment à la réceptivité nerveuse et à la contractilité musculaire, des caractères de tonicité marquée ; ils diminuent pl.utôt qu'ils n'accroissent la quantité du calorique rayonné.

Leur emploi est précieux dans les dyspepsies aloniques, les anémies, les lientéries, les cachexies paludéennes ; appliqués topiquement sur les muqueuses, les amers purs diminuent la porosité des cryptes muqueux, se comportent en anexosraotiques généraux, et finalement, accroissent la force nerveuse et le pouvoir contractile de la fibre musculaire.

J'estime enfin, Messieurs, qu'il convient de compléter par un dernier genre , celui que nous appellerons des toni'purgatifSy la série des genres médicamenteux relevant de l'ordre des toniques. Ici, nous nous conformons absolument à la règle qui gouverne tout l'esprit de notre classification , c'est-à-^ire que nous plaçons l'effet thérapeutique, avant les caractères physiques et les propriétés physiologiques dominantes , de l'agent médicamenteux. Je m'exphque : la rhubarbe et l'aloès, que nous avons en vue présentement, se rangent plus particulièrement parmi les substances purgatives hydragogucs ou drastiques, pour peu qu'on en force la dose. Mais si Ton en donne au contraire par quantités fractionnées , l'appétit est accru , la sécrétion du suc gas-

trique activée, les llutulences stomacales cessent, les hypercrinies intestinales diminuent, la circulation générale se régularise et les forces reviennent rapidement sous Faction d'une assimilation soudaine. Ce sont bien là des eOets toniques.

En ce qui concerne la rhubarbe, qui devient purgative à 60 ou 75 centigrammes, tandis qu'elle est au contraire anexosmatique par astriction àO,âO centigrammes, on trouve dans la composition chimique de cette substance, la raison de ces deux actions en quelque sorte anta* goniste qui lui appartiennent. C'est l'acide chrysophanique mêlé à une gangue résineuse qui purge. Quand le médicament est administré à faible dose, les agents chimiques qui prédominent alors sont : la rhubarbarine principe purement amer , le tannin qui explique son astringence, et une huile essentielle qui lui imprime des propriétés légèrement stimulantes. Bien entendu que c'est la rhubarbe du Tliibet, de la Tartarie chinoise qu'il convient d'employer pgur les effets toni-purgatifs. La rhubarbe indigène est nauséeuse et plus drastique ; elle fatigue la digestion plutôt qu'elle ne la facilite.

Quant à l'aloès, il joint à la propriété bien nette de provoquer par révulsion dérivative une plétliore vasculaire du côté de la muqueuse rectale, la propriété d'accroitre l'appétit, de stimuler la. nutrition en favorisant l'élaboration digestive. L'aloès socotrin provoque en outre un flux biliaire plus abondant, et facilite par cela même une émulsion plus active des matières grasses. A très-petite dose , 0,10 <:entigrammes , son action drastique et hémorrhoïdale n'est pas sensible. C'est dans ces conditions dosimélriques que, pris au moment du repas, il agit comme apéritif stimulant et tonique. Si l'on veut bien considérer que, en .dehors

le la résine brune isolée par Braconnot et qui consli- :ue le principe purgatif de Taloôs , celui-ci renferme^^ in principe amer qui est ValoésinCf un principe spécû 'acide aloèsiqiie, de Y albumine et une substance guaîenifl/rc azotée, on comprendra comment, pris ei juantité minime , ce purgatif drastique peut devenir^ ï la manière de la rhubarbe, un tonique indirect, ui iréri table toni-purgatif.

Nous terminons ici, Messieurs, le développemei^/ les médications de Tordre tonique. Notre classification résume comme suit la modalité physiologique des [)rincipaux genres de cet ordre.

Modificateurs trophiqueSy dynamiques ou trophoîynamiqueSj /es médicaments toniques ont pourjmoriété générale d'ajouter de la force à V organisme. Le caractère différentiel de V action tonique par rapport i r action stimulante y est d* exercer, un effet durable H qui se traduit toujours, finalement ^ par un appoint le substance^ aux élémenU anatomiques.

Parmi tes toniques, les uns quenous avons nomma recoristiluants histogéniques , font un apport direct de matériaux aux molécules organiques^ notamment mx corpuscules- gras. Un deuxième genre j celui ces héma" logèneSy fournit des matériaux àVhémoglohuUeiih favorisent les oxydMions intra^vasculaires; tels que le& ferrugineux , Voccygène et V ozone. Les névrosthéniques constituent le troisième genre. Leur pouvoir encore plus dynamique que trophique, se traduit par une action régulurisatrice en même temps- que stimur lanie de l'innervation gétUrale : les quinquinas et l'hydrothérapie atteignent ce but. Comme genre trèsvoisin du précédent se présente la médication dite des amers purs; ses effets s'en distinguent toutefois par un

pouvoir debeaucoup mférieursurla double innervation cérébro-spinale et vaso-motrice; les amers purs sont en même temps des eupeptiques. Enfin^ nous avons établi sou^ le nom de toni-purgatifs un cinquième genre d'action tonique^ représenté par Valoès et la rhubarbe de Chine à doses fractionnées. U effet de cette dernière médicatio7i est à la fois apéritif et légèrement laxatif.

C. Après la médication tonique, nous devons étudier la médication ASxmNGENXE.

• L'ordre des astringents se rapproche assez du précédent pour que beaucoup de thérapeutistes estimés n'en fassent qu'un genre de la médication tonique. Ainsi font Trousseau et Pidoux , lesquels après avoir décrit isolément les médicaments astringents, développent thérapeutiquement la médication, sous le nom de médication tonique astringente. Et pour expliquer cette subordination de l'action astrictive à l'action tonique, Trousseau s'exprime ainsi : « Il pourra paraître d'autant I» plus étonnant que lés substances qui forment cette » catégorie soient mises au rang des toniques, qu'appli- » qués localement sur les tissus, elles semblent dimî- » nuer les propriétés vitales : mais si l'on se rappelle }> que contrairement aux autres toniques , ceux-ci pro- » duisent leurs effets thérapeutiques par l'intermédiaire » de phénomènes physiologiques très-sensibles, on ap- » percevra que ces effets sédatifs sont immédiats, pas*- » sagers, et font bientôt* place à dès effets locaux

» toniques qui sont les effets thérapeutiques

« Les toniques astrihgents resserrent , condensent, » tannent les tissus et en dissipent l'humidité. Une » autre classes de médicaments leur est parfaitement » opposée et produit des effets^ diamétralement coor

)» traiivs : co sont les ùmoUicnls ou aloniqucs^ qui » relâchent, ramoUiscnt les tissus, et y font domiDer j» riiumidité. »

Ainsi s'exprime Trousseau, et Ton ne saurait méconnaître ce que présente de spécieux son argumentation tendant à faire des astringents une simple subdivision des toniques.

Mais voili comment un autre maître dans la matière médicale, le vénérable professeur Bouchardat s exprime. On va voir que la divergence d*opinion ne peut pas rire plus absolue : « Les mois aslriagenls et slypli' , n qucs caractérisent si bien les médicaments qui resser- 1^ rent les tissus, que Ton a peine à concevoir comment » dans les ouvrages récents, on les a réunis aux toni- » ques, d'autant plus que Linné les avait parfaitement j> distingués. On peut résumer ainsi les diiïcrences, » qui existent entre les toniques proprement dits etlf^ » asUûngents : les premiers, par une action locale, » appellent le sang dans les vaisseaux, rapprochent » leurs parois sur les fluides, et peuvent ainsi rendre les » organes débiles plus aptes à remplir leurs fonctions, » mais par une action inverse de celles des toniques. D En un mot, ceux-ci déterminent la turgescence des » organes en appelant le sang dans les canaux, et c<sui- » là en resserrant les canaux sur les liquides. La plupart » des médicaments astringents se combinent avec les » tissus ou les liquides animaux, et cette combinaison » devient insoluble à Tinstant où elle s'efiTectue. »

On voit, par ces deux citations, que la divergence rstabsolue, et que de part et d'autre ropinion conti*aire peut invoquer des ai*guments au moins spécieux. Il est facile d'apercevoir, toutefois, ce qu'il y a d'exagéré , d'inexact, d'un côté comme de l'autre. Ainsi, Trousseau

îl manifestement dans Terreur quand il dit que la *emière action des astringents est sédative ; cette ■emière action est toujours irritante, excitante, d'une plication douloureuse sur tous les tissus dénudés. >mment faire accepter en effet que l'alun, le perchlore de fer, le tannin , l'acide citrique , mis en contact ec des muqueuses ou des surfaces dénudées, soient s agents sédatifs, même par premier effet? D'un tre côté, quand Bouchardat définit les toniques par position aux astringents, comme des substances qui terminent la turgescence des organes en appelant fflux du sang, il pèche au moins par exagération, ist là un effet plutôt stimulant que véritablement [lique. Le caractère dominant des agents toniques, ist de renforcer les tissus soit par une action dynaque dont le pouvoir persiste, soit par un apport de >lécules histogéniques aux éléments anatomiques. est là ce que ne font jamais les purs astringents. Mais r contre, il y a des toniques, qui de même que certains tringents, diminuent le calibre des capillaires et sserrent les tissus vasculaires ou cellulaires. Évidemmt ni Trousseau ni Bonchardat ne sont ici dans le li. Leur caractéristique est insuffisante et inexacte. ti. Rabuteau définit avec plus de simplicité etd'exacade les astringents : des agents qui ont la proiété de resserer les tissus contractiles sur lesquels ils tt appliqués directement ou transportés par la cirlotion. Il les range dans la classe spéciale qu'il a consjée sous le nom de topiques.

Pour Charles Robin , on doit entendre par astrigenls : Une classe de médicaments qui ont la propriété de terminer une sorte de crispations dans les parties îc lesquelles on les met en contact, et de diminuer

ou d*aiTôter une évacuation quelconque en resserranl les orifices par lesquels elle s'opère ».

Bornant à ces détails nos emprunts aux traités classiques , nous allons rechercher par nous-même ce qui caractérise les astringents, en quoi ils se distinguent des toniques.

Ils serait certainement inexact de ne pas reconnaître que dans Faction astringente il se produit des effets fort analogues à d'autres effets dévolus aux toniques. Mais ces rapports ne sont pas tels qu'ils entraînent comme le veulent notamment Trousseau et Pidoux , la subordination des astringents aux toniques. Ce ne sont pas en effet deux genres différents d'un même ordre, car ils ne se rallient pas par une action générale coramimei Ce sont au contraire deux ordres qui réunissent à quelques effets communs une modalité physiologique absolument distincte.

C'est ce que nous allons facilement prouver.

Les toniques sont essentiellement des agents géné^ raux qui impressionnent l'organisme dans son ensemble et agissent sur l'unité du système fonctionnel. Les astringents au contraire sont des agents topiques qui* n'impressionnent jamais qu'une région limitée de tissus , ou tout au plus un système anatomique , dans le cas où , (ce qui exige toujours des précautions) , on les introduit dans le torrent circulatoire. Leur action^ est donc avant tout topique : j'ajouterai qu'elle est mécanique et chimique. L'application d'un astringent sur une muqueuse produit immédiatement le resserrement et le dessèchement de tous les pores et cryptes de la surface contaminée. Il suffit de se rappeler pour bien comprendre celle action, l'effet produit parla mastication d'une sorbe non parvenue à maturité. Tout le

liquide sécroLo par les friandes est iniinédialeinent taii, d'une pai't, parce que Taction styptique et astrictive de l'acide tannique ferme les extrémités capillaires des utricules glanduleux ou muqueux; d'autre part, parce qu'il s'empare avec avidité de l'eau qui l'étend eu lui servant de véhicule. Tous les astringents possèdent un acide ou un radical dont l'action est très-analogue à celle de l'acide galliquc. Le tissu cellulaire dénudé , la fibre musculaire , la paroi vasculaire , en un mot tous les tissus contractiles sont susceptibles de se resserrer ou de se rétracter sous l'impression astringente. Le résultat de cet effet , quand il est modéré , est voisin des effets toniques ; mais répétons-le , l'action est toujours limitée à une région organique ou à un tissu. Les astringents , pour tout dire, ne donnent du ton qu'aux tissus qu'ils touchent ; et encore , cette action tonique n'est-elle que secondaire. Les vrais toniques au contraire sont véritablement reconstituants de tout l'être. J'ai dit que le muscle lui-même se rétractait sous l'action topique des astringents. Il ne faut pas confondre cette rétraction , dont les premiers effets sont toujours atoniques , et qui provoque constamment l'anémie locale , avec la véritable contractilité physiologique. Celle-ci est provoquée par exemple par les courants électriques induits, par l'ergot de ^ÎS^ j P^ ^^ strychnine. Elle s'accompagne , de la part da muscle, d'un changement brusque de couleur et d'une émission de calorique supplémentaire qui expriment une transmutation de force accompagnée de phénomènes d'oxydation du sang. Rien de pareil pour les astringents. Donc , autre caractère différentiel des astringents , qui les sépare , non plus des toniques, mais des excitateurs : ils rétractent par action topi-

que et chimique , mais ne contractent pas dans le sens physiologique du mot. Pour bien saisir, Messieurs , cette différence que vous ne trouverez exprimée nulle part ailleurs , qu'il vous suffise d'observé le col utérin sous Faction successive d'une dose de seigle ergoté ou de perchlorure de fer dans une hémorrhagie de l'utérus. Vous verrez, que par l'effet du premier médicament, chacune des fibres de l'organe est animée d'un pouvoir contractile , qui , en augmentant l'étroitesse des capillaires , contracte le corps sur luimême et retient le sang dans les vaisseaux. Le perchlorure de fer qui est astringent , agit tout autrement Par sa tendance à coaguler il épaissit le plasma da sang. C'est là son action générale. Tandis que , topiquement il resserre les parois vasculaires et fibrillaires, en pâlissant les tissus.

Ainsi, Messieurs, vous voyez que si, à première apparence, les astringents semblent des toniques et se rapprochent des excitateurs , ils s'en séparent par des caractères tellement typiques, qu'il est nécessaire dans une classification qui vise à la fois à être physiologique et clinique, d'en constituer un ordre distinct Nous pouvons ajouter, en terminant cette description spécifique, que ce sont les irritanlSj plus que tout autre ordre de médicaments, qui se rapprochent physiologiquement des astrigents.

Les applications thérapeutiques des astringents sembleraient les identifier davantage aux tonicjues. Toute les exsudations anormales ou exagérées, les fluxhémo^ rhagiques , les affections catarrhales , les écoulements leucorrhéïques, tous les états morbides dans lesquels la trame des tissus est relâchée notamment l'entérorrhée, la galacthorrée,rotorrhée, tous les écoulements rauqueui;

tous ces étals comportent la médication astringente ; ajoutons que, topiquement, les ulcérations phagédeniques strumeuses ou gangreneuses se trouvent très-bien de la médication tannique, dont Tune des propriétés dominantes est celle de conserver les tissus anatomiques.

Nous avons divisé les astringents en quatre genres : amers astringents; acides styptiques, tanniqucs j^urs , etstyptiques à base métallique.

Le groupe des amers astringents comprend des substances qui sont très-voisines des propriétés de deux genres dont il a été parlé plus haut : je fais ici allusion, aux apéritifs , de Tordre des eupeptiques, et aux amers purs, de Tordre des toniques. A propos de ces derniers, nous avons déjà eu Toccasion de vous dire quelques mots des amers en général ; nous serons donc, Messieurs, très-bref au sujet des amers astringents : Técorce de saule et la salicine , la phlooridzine , le cnisin , le populéum , la fraxine , le fruit du lilas , le marron dinde , Tesculine et le tulipier, fournissent des médicaments à ce genre. Tous ces corps renferment du tannin uni à une substance amère. Ces agents ont souvent été essayés comme fébrifuges , mais sans succès réel. I^e lilas, le saule, le frêne , le pommier sauvage contiennent il est vrai des bases puissantes , mais ces bases ne sont point azotées ; elles constituent plutôt des glycosides. La seule indication thérapeutique à laquelle ils répondent bien est la cachexie des voies digestives , certaines enterrhorées accompagnées de fièvre , les affections aphteuses et scorbutiques. Ce ne sont point, à proprement parler de vrais antipériodiques. On doit cependant dire qu'une illustration de la médecine française, Gruveilhier, a préconisé les fruits du lilas contre les fièvres réglées. La salicine, tant en pilules qu'en

potion , a été prescrite dans la même base , a la dose d'un gramme environ. Eniin, il existe un sel double^ cyanofeiTure de sodium et de salicine' , qui a été trèsvanté, notamment par Berrutti , comme antipériodique; mais cette prépai*ation présente Tinconvénient sérieux d'enti*ainer une constipation opiniâtre, lorsqu'elle ne provoque pas l'irritation de la muqueuse gastro-intestinale.

Le second genre de l'ordre des astringents , est celui des acides styptiques. Ce sont ou des acides végétaux très-concentrés , ou des acides minéraux dilués. Les acides acétique y citrique , oxalique , malique , tartrique, représentent la première catégorie : nous plaçons dans la seconde les acides sulfurique, chlorhydrique^ azotique , phosphorique très-é tendus d'eau. On en fait de la sorte des limonades apéritives en même temps que légèrement toniques. La saveur acide se définit en se nommant tant elle est commune. Son principal effet est de provoquer la salivation, et en général, la sécrétion des sucs de l'estomac et de l'intestin grêle. A ce premier effet s'ajoute ce qu'on nomme Faction styptique ; elle consiste en une impression de sapidité sui generis. On donne ce nom à des substances qui happent à la langue , sont très-âpres , et légèrement caustiques, les acides styptiques s'emploient soit comme médicament général en boisson réconfortante , soit pour cautériser légèrement des ulcérations phagédéniques , des productions diphthéritiques pseudo-membraneuses, le muguet, les aphthes.

Nous arrivons. Messieurs, aux tanniques proprement dits, qui constituent le 3°* genre de la médication astringente. Nous rencontrons dans ce groupe les tannins les acides, gallique, quercique, qui votannique, cachou-

tannique , les ratanhias , kiaos , cachous , la monésia , la historié, la renouée, le polygala de Virginie, la consoude , Tinula , la salicaire , toutes les tribus de la femille des rosacées : (rosées, amygdalées, pomacées, sanguisorbées , dryadées, etc.) Le santal rouge, (des légumineuses,) appartient aussi à cette catégorie.

Nous ne parlerons ici que du tannin. Cette substance agit par Facide tannique, qui existe dans un nombre considérable de plantes. Les galles de chêne , de quinquinas , d'ormes , les csJés , les thés , le cachou , le kino , la bistorte , Tarbousier , la ronce , le sorbier , renferment diverses sortes de tannin.

Par les précipités que donnent les persels de fer , on a isolé trois sortes de tannin principales. Le type de la première sorte est la noix de galle. Elle donne avec les persels de fer, un précipité d'un noir bleu.

Il existe un second tannin, que renferment notamment les quinquinas , le cachou , le kino , le marronnier d'Inde , la fougère , le bouleau. Celui-ci donne avec les persels de fer, un précipité franchement vert.

Enfin, la ratanhia, la verveine, l'armoise, Tabsynthe, la pâquerette, le souci, contiennent un tannin qui précipite en gris le peroxyde de fer. Le tannin est un composé ternaire hydraté : (C" H» 0» + 3 H 0.)

Sa réaction, dit Gûbler, est légèrement acide. Sa saveur fortement styptique est le type des astringents. Il impressionne fortement les muqueuses ; mélangé en petite quantité à l'albumine de la nutrition , il n'est plus assez énergique pour la coaguler. Il se comporte • vis-à-vis d'elle comme un acide à l'égard d'une base , et peut la suivre ainsi jusque dans le torrent circulatoire. Pénétrant dans le sang, il a la propriété précieuse

de ce rendre dernier imputrescible , ainsi que Beulcy

^ Fa démoùtré expérimentalement sur des chevaux aux- ♦^uéls il a administré en 5 jours 100 grammes de tanma\ n exerce une véritable excitation sur la contractilité des iibres lisses de l'intestin : c'est de la sorte qu'il peut devenir un purgatif des plus précieux , alors que toutes les ailtres substances exonératrices ont échoué. Mais cette ' abtion n'est que fugace ^t primitive. Enfin de compte , le tannin ne manque Jamais d'amener la constipation^ en diminuant les sécrétions des muqueuses ; et c'est ainsi qu'il est, au premier Chef, un agent astrictif. Telles sont ses propriétés physiologiques à dose médicinale. Alors, il est inoffensif. Mais, en solution très-concentrée , le tannin peut amener la mort par coagulation du sang. Cet agent a la propriété de diminuer tous les flux en général. On cite une seule eiception à l'endroit de la sécrétion urinaire ; mais cela seulement chez les sujets atteints de néphrite albumineuse aiguë. On l'emploie contre les flux muqueux catharreux, notamment ceux des organes génito-urinaires et plus spécialement dans la leucorrhée de la femme; c'est un bon anti-hémorrhoïdal. M. Mialhe et M. Garnier (de Paris) , Tilloni (de Venise) , l'ont vanté contre l'albuminurie et l'ascite albuminurique. Charvet (de Venise) le préconise pour combattre les sueurs profuses des phthisiques. Ses propriétés astrictives ont même été utilisées par M. Chansarei (de Bordeaux) , contre les fièvres intermittentes, et M. Leriche ( de Lyon ) confirme ces données.

Ici, Messieurs, j'arrête un seul instant votre attention , parce que ce fait nous porte naturellement à des rapprochements analogiques rentrant essentiellement dans le cadre des principes généraux de thérapeutique et de pharmacodynamie que renferme le pro-

gramme de ces leçons. Au cours de l'étude très-détaillée qui vous a été fo\u*nie touchant les propriétés de la quinine), vous avez vu que toute une école interprète Faction physiologique et les effets thérapeutiques de cet alcaloïde en se basant uniquement sur sa propriété anti- putrescible. Or le tannin aussi est un anti-putrescible par excellence, en même temps qu'un tissu organisé vivant. Il y a , nous l'avons déjà dit , une exagélaticm manifeste à ne voir dans la quinine qu'un antizymotique. Mais , d'autre part on ne saurait nier que les fièvres paludéennes et cachectiques , à type intermittent appartiennent au groupe des maladies zymotiques, c'est-à-dire infectieuses ; c'est à ce point de vue que l'action anti-putrescible des autres agents végétaux en général et plus spécialement des tanniques , s'explique comme im adjuvant utile des sulfates de quinine.

La rabinhia, le cachou , le kino , labistorte , la grande consoude agissent d'une manière analogue. Ce sont des topiques légèrement caustiques en vertu de leur astringence, qui font très-bien contre les phlegmasies catarrhales et même diphthéritiques des muqueuses. En un mot , les astringents tanniques sont des modificateurs puissants des tissus érodés qu'ils stimulent sans aller jusqu'à l'action caustique ; ils s'opposent aux processus de fermentation y et préservent ainsi , quand leur emploi est fait à dose suffisante et à propos y les substances albumineuses de tout travail de putréfaction.

J'arrive , Messieurs , au dernier genre de l'ordre des astringents , à celui des styptiques à base métalliquCr Si les astringents amers sont très- voisins des t(miques » les astringents métalliques se rapprochent beaucoup des

caustiques. Les principaux agents de ce genre soi^< le sulfate et le perchlorure de fer , le sulfate d'alumi^^ et de potasse (alun), le sulfate de zinc, le sous-acét^j de plomb; on peut y joindre le biborate de sovii^g (borax) , et môme le sous-nitrate de bismuth. Le p^^. chlorure de fer doit être considéré comme le type de cette série. La solution aqueuse de ce sel est essend'e/lemcnt astrictive. Elle resserre les tissus , excite le boiuv geonnement des chairs au pourtour des plaies fongueuses et des ulcères , contracte les capillaires , coagule le sang épanché, et constitue secondairement un hémostatique puissant. On doit à M. Rabuteau la démonstration de^ce fait important, à savoir que les sels/erretix notamment le proto-chlorure de fer, ne coagulent nullement le sang ; tandis que les sels ferriques^ tels que le perchlorure de fer et le sulfate de la même base, le coagulent avec une extrême facilité. Il importe seulement de remarquer que si la solution de perchlorure de fer est très-étendue , le perchlorure se transforme en proto-chlorure au contact des matières organisées, au simple contact du bois qu du papier. (Rabuteau).

Ne faisant pas ici Thistoire thérapeutique spéciale dd chaque substance , mais traitant généralement de la taxonomie des médicaments, je borne à ces quelques mots les notions qu'il importe de connaître touchant les propriétés des astringents métalliques.

Notre classification résume comme suit la modalité physiologique de la médication astringente :

Modificateurs dynamiques et secondairement^ trophiquesj agissent en resserrant la trame des tissmA en diminuant les exosmoses : soit comme les amers ostringents en stimulant les fonctions des muqueuses et

en exerçant sur le tube digestif des effets à la fois api-^ rilifSy toniques j'etanexosmotiques : ceuoxi renferment pour base de stinples glycosides , et non des alcaUndes azotés comme les véritahles toniques antirpériodiques :

Soit comme les a^Hdes styptiques , agents dont les effets plus topiques que généraux résultent de V associa-' tion d'un principe acide affaibli qui stimule ^ à un principe légèrement caustique qui tonifie en modérant les exosmoses; soit comme les tanniques purs y modifi" cateurs spéciaux de la contractilité des fibres élastiques j qui resserrent les tissus^ Ceux-là possèdent pour prO' priété chimique de précipiter à haute dose Y albumine y la gélatine etAa fibrine. Es diminuent les hypercrinies ainsi que les hyperémies qui en dépendent. L'acide tannique introduit dans la circulation s'oxyde et se convertit en acides gallique et pyroxalique : les tanniques'y véritable type des astringents^ sont en outre des agents anti-putrescibles.

Soit enfin comme les styptiques à base métallique , dont V action voisine des propriétés corrodantes des caustiques , en diffère en réalité en ce qu'elle enraye plutôt qu'elle ne désorganise les hypergénèses.

D. Il existe un quatrième ordre d'agents hypersthénisants , dont les modalités diverses et les genres très-distincts , se rallient en une action commune traduite usuellement par le terme de stimulation.

Les STiBfULANTs occupcnt dans la pharmacodynamio un rang transitoire mais défini , entre les agents toniques et les excitateurs proprement dits. Ce sont essen* tiellementdes modificateurs tropho-dynamiques. C'està-dire qu'ils n'agissent sur l'excitabilité sensitive et motrice qu'après avoir impressionné spécialement les fonctions d'absorption et de sécrétion. Plusieurs d'en-

tre eux agissent même sur rhématosc. Leur distinct physiologique est d'exciter promptement et d'une manière passagère. Us accroissent instantanément le pouvoir thermogène pour le diminuer au contraire bientôt par des ellets seconds. Les contractions systoliques du cœur , les inspirations pulmonaires, devien* nent pour un temps plus actives ; et, sous Tinfluence de cet apport momentané de calorique, on voit s'accroitre aussi momentanément tous les mouvements réflexes. L'action stimulante se sépare de l'action Umi" que en ce qu'elle n'est ni permanente , ni durable , ni finalement réparatrice comme celle-ci. Elle se distingue de l'action excitatrice parce qu'elle agit premièrement sur l'assimilation et la circulation; tandis que les efTets excitateurs proprement dits, ne portent que sur l'innervation et la myotilité. On comprend par là que malgré la grande analogie de certains eflets électro-dynamiqnes et hydrothérapiques , avec la stimulation telle que nous la définissons , nous devons toutefois réserver pour l'ordre des excitateurs les procédés thérapeutiques par lesquels l'électricité ou l'hydrothérapie solUcitent une suractivité des fonctions d'innervation. Ajoutons enfin que les agents internes de stimulation sont tous diffusibles ; c'est-à-dire qu'ils comportent la présence nécessaire d'un principe volatil qui n'est qu'une huile essentielle.

A ce compte , on devrait exclure de la médication stimulante tous les agents externes. La plupart en effet des moyens thérapeutiques que l'on dit stimulants par voie extérieure, ne .sont que des excitateurs. Il hvX cependant faire une exception en faveur des agents sulfureux. Les bams sulfureux en stimulant les fonctions excrétoires de la peau , sont en réalité de véritables stimulants.

Bouchardat, qui a donne de la médication sliniulante une très-remarquable étude , développe les considérations suivantes que nous nous faisons un devoir de résumer ici : « A petite dose , Faction des stimulants se rapproche beaucoup de ceUe des toniques. I^rs* qu^on les administre , on doit distmguer avec soin quatre effets principaux. Effet local, effet sympathique, absorption, élimination. Mis en contact avec les muqueuses gastrique et intestinale, le médicament stimulant détermine immédiatement une sensation de chaleur plus bu moins vive; il réveille l'activité de Tappareil digestif; Tabsorption est rapide très-généralement. Les contractions du cœur deviennent alors plus fréquentes , la respiration s'accélère , la chaleur animale augmente, la circulation capillaire devient

plus vive , l'économie se débarrasse, par toutes

ses voies d'élimination, de cet agent excitateur ; et suivant que c'est tel ou tel organe qui est chargé de cette fonction , il est excité d'une manière toute particulière , et le produit de la sécrétion se trouve ordinairement augmenté. Cette action secondaire des médicaments stimulants les a fait diviser en deux grandes sections : 1<* stimulants généraux^ diffusibles ou non diffusibles ; ce sont ceux qui agissent sur toute l'économie, et n'augmentent pas d'une manière remarquable les fonctions d'un organe d'éUmination en particulier; 2® les stimulants spéciaux , ceux qui agissent particulièrement sur un organe ou un appareil. Ainsi, ajoute Bouchardat , il y a les stimulants diurétiques , sudorifiques, emménagogues , sialagogues, sternutatoires, etc., etc. »

On ne peut nier que cette division ne réponde parfaitement à l'idée que le vénérable professeur de Paris

se fait des stimulants qu'il dénomme également excitants.

Mais nous ne pouvons le suivre dan3 sa distinction absolue en stimulants généraux et en stimulants spéciaux. En voici la raison, empruntée à des considérations de thérapeutique générale -.l'action de stimulation n'existe pas en dehors d'un, accroi^senient passager de? (onctions de circulation, de respiratipn et d^ thermogéuèse naturelle. Or ces trois syndromes: accélération passagère du pouls,^ fréquence plus grande des inspirations, éléyaJtion de la température normale, sont toujours et nécessairement des phénomènes généraux, nullement des effets locaux. Il faut, réserver le nom d'actions irritantes et topiques aux excitations limitées à un tissu, à un simple appareil. Il ne faut pas, surtout confondre l'incitation produite sur Torgane éliminateur d'un médicament durant le travail sécrétoire, avec le fait même de la stimulation : on s'exposerait alors à être fort, embarrassé à l'endroit de certains stimulants spéciaux, dont l'élimij^ation n'a lieu qu'à la suite d'un dédoublement chimique, et qui sortent do corps par deux voies absolument différentes. Tels, nombre de balsamiques, et en général les médicaments qui réunissent des gommes-résines à une huile essentielle : l'essence se dégage par les poumons, tandis que la résine est extraite du sang par les reins.

Est-ce à dire que nous nions les actions spéciales? Nous les nions si peu que notre quatrième classe tout entière est constituée par des agents spéciaux. La thérapeutique clinique n'est pas possible pour çM n'admet pas de proprié tés électives, etil est très-certain que bon nombre de stimulants modifient tout particulièrement tel appareil, tel organe, tel tissu. Mais cette

modification spéciale ou même quelquefois spécifique doit être soigneusement distinguée de la propriété de stimulation, laquelle, répétons-le encore, n'existe qu'à la condition d'exercer une triple action d'excitation passagère sur la circulation, la respiration et la chaleur animale. Je citerai par exemple la térébenthine : son action tonique sur le catarrhe vésical est incontestable, c'est là l'efTet spécial. Cet effet n'est pas à proprement parler l'effet stimulant de ce médicament : il faut cherdier dans le principe essentiel balsamique qui s'élimine par les voies respiratoires et agit sur tout Torganisme la cause véritable de cette stimulation.

Trousseau, bien plus encore que Bouchardat, absorbe la stimulation dans la médication excitante ou mieux dit-il, pyrogénétique. U admet des stimulants généraux et des stimulants spéciaux , avec la plupart des thérapeutistes d'ailleurs.

Et il prend prétexte de cette étude pour discuter avec une grande sûreté de tact, et une véritable élévation d'idées, le contro-stimulisme de Brown et le stimulisme de Broussais. Mais on voit trop , dans le cours de cette discussion, qu'il confond l'actibn excitatrice avec l'action purement stimulante. Aussi quelle que soit la justesse de ses déductions au point de vue dinique , elles nous écartent de notre sujet et du plaa adopté.

On trouve cependant tous les éléments de Tacte stimulateur dont tes considérations générales qui précèdent sa discussion dogmatique et ses explications cliniques. C'est ainsi que Trousseau défuiU, sous lia dénomination d'agent pyrétogénique, tout médicament capable de susciter une forme de fièvre caractérisée par un surcroit d'énergie dans Vimpulsion du cœur y

la fréquence de ses battements; par V augmentation de la chaleur de la peau^ et par les modifications nont" breuse^ des phénomènes intimes de nutnlion^ qui ao compagnent ordinairement ce que, dans le langage 2)atbologique, on est convenu d^ appeler la fièvre inflammatoire éphémère.

Enfin y le Dictionnaire de Qiarles Robin définit comme suit les stimulants : « Médicaments qui ont la propriété d'exciter plus ou moins promptement et d'une manière manifeste Faction organique des divers systèmes de Téconomie. » Il admet des stimulants difliisibles ou passagers et des stimulants persistants. Si simple et si claire que soit cette définition générale, nous ne pouvons l'adopter, parce qu'elle ne distingue pas suffisamment les effets excitateurs qui expriment une action déterminée sur les propriétés du système nerveux, des ciTets stimulants qui signifient une incitation des phénomènes liés plus intimement à l'hématose et à la nutrition.

C'est pourquoi nous définirons les stimulants : des agents de médication qui exercent sur la circulation, la respiration et là thermogénèsCy une incitation passagère, en fournissant à la désassimilation des aliments de combustio7i qui en font le type des médicaments dits anti'déperditeurs .

Il existe plusieurs genres de stimulants. Nous en reconnaissons cinq principaux : 1° les alcooliques^ véritables anti-déperditeurs, à dose réduite et médidnale : ce sont des carbures d'hydrogène oxygénés dont l'action essentiellement diflusible s'accomplit le plus souvent à l'aide de métamorphoses chimiques ; 2*» les caféïqueSy modérateurs trophiques richement azotés, qui se comportent comme des médicaments d'épargne

el diminuent la production ou retardent Félimination de Furée ; 3^ les balsamiques et les produits pyrogénés , médicaments qui unissent généralement à im principe essentiel et diffusible un principe résineux ; 4"* les myroUqvM et amers aromatiqueSy agents essentiellement difiusibles, dont quelques-ims sont en même temps toniques. Tous sont caractérisés.par la présence d'une huile volatile : on doit joindre à ce genre nombre de crucifères en possession d'une huile sulfurée ; 5^ enfin, des agents de stimulatiou simplement dynami-^ ques at physiques qui relèvent plutôt des moyens hygiéniques que de la pharmacologie proprement dite.

De même que l'huile de foie de morue, le fer et la quinine nous ont servi d'étalon pour l'étude des actions toniques, nous allons nous expliquer avec détails sur l'alcool, type principal des agents de stimulation.

L'alcool rectifié y Vesprit de vin, aurait été découvert d'après Mérat et de Lens , par Âr^ud de Villeneuve natif de Languedoc ou de Catalogne vers 1260. D'autres auteurs, et notamment Bouchardat, attribuent celte découverte à Raymond-LuUe , professeur à Monpellier au XIII'"^ siècle. Toutes les substances qui contiennent du sucre ou des matières sucrées susceptibles de se décomposer spontanément, produisent la fermentation alcoolique^ et par conséquent, renferment de l'alcool. Gay-Lussac avait donc établi avec raison que l'alcool existe tout formé dans le vin d'où on l'extrait par distillation.

Le raisin à l'état vineux, le cidre, la bière, la canne à sucre, la betterave la pomme de terre, la châtaigne , le poiré les gr^nes de céréales, les cerises fermentées avec leur noyau , le riz, etc., etc., donnent de l'alcool.

L'aléool est un liquide dont la fluidité n*est dépassée

que par celle de Téther. Il est incolore, d'une odeur aromatique sensible et assez agréable , d'une saveur énergiquement spécifique. L alcool absolu ou esprit ardent a pour formule C* H*^0' .

On ne remploie jamais à cet état de pureté, auquel état il marque 100 degrés. L'alcool utilisé estralcool rectifié. L'alcool rectifié varie entre 88 et 90 degrés. C'est en le distillant une seconde fois, d'abord sur du carbonate de potasse puis sur de la chaux vive, qu'on le prive du reste de son eau.L&phis souvent l'alcool, môme dit absolu , ne ^marque que 95*» 'centéisitnaux. L'alcool est soluble dans Teau en toutes proportions. De son côté, il a la propriété de dissoudre nombre de corps insolubles dans l'eau , telles sont les huiles , le» résines, le camphre, la plupart des matières colorantes, la potasse, le soufre, le phosphore, l'iode, le brome^ la soude, l'urée, la caséine, les alcalis végétaux.

Certains acides le transforment en éther. Il précipite de leur solution certains sels catcaires : la gomme, l'albumine, le sucre de lait. Il est habituellement mêlé à de l'eau , une matière colorante , un ou plusieurs éthers et une huile volatile. De là son odeur. Labaryt» est le meilleur réactif pour s'assurer de sa pureté; en effet, versez sur un fragment de baryte de l'alcool absolu, la baryte reste intacte, mais si l'alcookest étendu d'eau ou simplemeni rectifié, elle se fragmente et entre en délitescence.

L'alcool à 95<> centésimaux, c'est-à-dire l'alcool absolu, pèse 0, 817; il est alors anhydre ou sec. D bout entre 75 et 79 degrés. L'alcool se combine avec les chlorures et les nitrates , en se substituant à leur eau de cristallisation. II coagule la gélatine et diverses combinaisons de l'albumine : et c'est pour cela qu'il

darcit et blanchit les tissus qui en renferment (Gùbler).

C'est cette propriété de coaguler la gélatine et Fal* bumine qui, jointe à son avidité pour l'eau , permet à l'alcool de s'opposer aux fermentations en général et spécialement à la fermentation putride. Le sucre ne fond pas dans l'alcool ; l'alcool étendu conserve les organes de dissection cadavérique; appliqué sur la peau non dénudée , l'alcool donne une sensation de froid due à son évaporation rapide.

Si la peau est dépouillée de l'épiderme, ou qu'il s'agisse d'une muqueuse , on éprouve immédiatement une chaleur douloureuse et cuisante : en même temps, les tissus pâlissent immédiatement, puis s'injectent,, rougissent, et se congestionnent. Le sang se coagule, et l'on voit se grouper au pourtour de la smface cautérisée de la sérosité albumineuse.

II y a ici action caustique et astiîction , et les vaisseaux sont d'abord resserrés; mais bientôt ils se dilatent. Si le tissu sur lequel l'application a été faite et où le sang s'est coagulé avec l'albumine est trèsfortement irrité, les actes vitaux de nutrition peuvent être arrêtés sur place ; alors une escarrhe se forme , et à sa suite , un ulcère , par inflammation éliminatrice.

Si Ton injecte l'alcool dans les veines , l'albumine du sang est coagulée , et il en résulte des tromboses ou une embolie dans les divisions de l'artère pulmonaire : d'où la mort par asphyxie

Si nous étudions l'action de l'alcool introduit par les premières voies dans l'estomac , nous voyons que 8*il n'est pas concentré, et qu'il n'existe pas de gastrite, la sensation est simplement une sensation de chaleur La liqueur est-elle très-concentrée, ou y a-t-il gastrite?

le sujet éprouve une impression de brûlure douloureuse. Donc, à petite dose très-étendue, il peut stimuler heureusement la sécrétion du suc gastrique, favoriser les mouvements péristaltiques , finalement activer la digestion.

Mais si la dose prise est massive, ou la liqueur concentrée, une irritation violente se produit, eUe s'accompagne de coagulation de mucus , te pepsine et la chymosine sont annulées dans leur action , une gastrite aiguë peut se déclarer immédiatement.

En même temps , la chaleur afflue à la périt érie , ie pouls s'accélère momentanément, des troubles ne^ veux surviennent.

L'alcool s'absorbe par les vénules de l'estomac et par celle de l'intestin. Dans ce cas , moins il est assodé aux matières étrangères (corps gras , sucre, gomme), et plus l'absorption se fait rapidement.

L'action de l'alcool est capitale et la plus discutée peut-être des actions physiologiques de la matière médicale. L'albumine qu'il épaissit le dissimule probablement dans le sang. (Gublèr). Malgré cela il exerce une action des plus irritantes, et stimulante sur les viscères :

i^n active d'abord les fonctions de foie qu'il finit par désorganiser {cyrrhose-alcooliqué) ;

2^ Il exerce une action stimulante et même irritante sur le rein, (d'où polyurèse et plus tard néphrite.) On peut supposer que son action reste entière au contact de tous les tissus non albuminoîdes. Il s'emmagasine jusques dans le cerveau dont il atrophie les cellules en entraînant la démence alcoolique. Une douce chaleur se répandant de l'estomac dans tout le corps , la puissance musculaire, la virilité, toutes les forces vitales se raniment, si l'on en use modérément.

On donne le nom d'alcoolisme à un état chronique de sidêration des fonctions afTectives intellectueDes avec perversion des fonctions de miotilité , lesquelles sont frappées d'un mouvement choréique particulier; mais en dehors de cela, l'alcoolisme aigu génère des affections secondaires.

1" Notons rembarras gastrique et l'ictère vulgaire ; 2° tin flux biliaire, et certains troubles gastro-intestinaux; des hépatites (cirrJwse), des pneunomies, que l'on guérit par l'alcool, le diabète albumineux; 3» enûn la transformation régressive des tissus. A l'autopsie des victimes de l'alcolisme aigu, on trouve : rougeurs et ecchymoses de la muqueuse gastrique, réplétion générale des vùsseaux sanguins, principalement des troncs veineux aboutissant au cœur, hypérémie et coloration rouge intense des poumons, apoplexie pulmonaire et hémorrha^es méningées, caillots dans le cœur et les gros vaisseaux.

Roudanousky ajoute aux lésions produites par l'alcoolisme, le changement moléculaire de la myéline des tubes nerveux, qui se présente sous l'aspect de points brillants. Il est impossible de ne pas constater les rapports qui existent entre les lésions produites par Val* coolimne aigu et celles de l'empoisonnement aspkyocique par les gaz irrespirables. Empoisonnez un coq par l'alcool : sa crête qui était rouge , se cyanose rapidement. (Sandras et Bouchardat]. Ouvrez une veine , et versez de l'alcool dans le sang d'une saignée, vous arrêtez la coagulation du sang : il devient poisseux, noir. La matière colorante dissoute par l'alcool, surnage et se sépare des globules. (Monnerel etFleury, Schults). Même chose se passe lors de l'ivresse soporale , stupide et comateuse que chez un noyé ou un apoplectique.

On est porté à en conclure que l'alcool désoxygène le sang et produit de Vanoxèmie. (Gubler). De plus, Perrin, Dumenl et Demarquay ont constaté rabaissement de la température de 1 à 4 degrés dans |'ivres$e apoplectiforme.

Enfin, si Von en croit les expériences et le témoignage de Lhemann, Proust, Ludwic LaÙemand, Perrin et Buroy, Tacide carbonique elpiré parles ivres-morts est considérablemeni diminué eu égard à la quantité de foxygène absorbé. Il semble donc ainsi établi que Taicool est un agent asphyxiant Mais quel est le mécanisme ou le déterminisme scientifique de cette action asphyxiante? Il y a déjà plusieurs années, sous Finfluence des idées de Liébig , Falcool était exclusivement considéré comme l'aliment respiratoire par excellence. Bouchardat exprima alors l'opinion que Falcool étant éminemment combustible, appelait à lui Foxygène du sang et dësoxygénait ainsi les globules sanguins, d'où Fasphyxie.

Mais Falcool est une substance ternaire composée, qui se sufTit grandement à elle-même. Bien plus avide d'eau que d'oxygène, il en détourne beaucoup moins que ne le supposait Bouchardat. Les poumons, la peau, les reins en éliminent la plus grande partie. Bouchardat lui-même, Sandras, Lallemand, Perrin et Duroy ont retrouvé Falcool dans Fair expiré. Lallemand, Perrin et Duroy , ajoutent que c'est surtout dans le foie que Falcool s'accumule et que la peau en rend une grande partie.

Aussi, prenant la théorie inverse à celle de Bouchardat, Ludwic-Lallemand, Perrin et Duroy ont été jusqu'à conclure que Falcool ne subit aucune oxydation dans les vaisseaux sanguins. Pour arriver à le démon-

— .vu —

trer parfaitement, il faudrait retrouver par l'analyse des principes éliminés y une quantité d'alcool sensiblement égale à celle que a été ingérée. Or , on n'en retrouve pas le quart y de telle sorte que si Bouchardat a trop préjugé en admettant que l'alcool détourne à son profit l'oxygène du sang en masse y Lallemand ^ Perrin et Duroy s jnt au moins aussi imprudents • e$ plus inexacts y quand ils veulent que l'alcool ressorte tout entier du corps comme il y était entré.

Nous lisons dans Gûbler que Eldm. Baudot en France et en Russie, Hugo Schulinus, ont expérimenté que l'alcool éliminé en nature par les sécrétions est trèspeu considérable ; que c'est surtout la combustion respiratoire qui le détruit.

Il convient donc d'admettre avec Mialhe , Gallard , Legros, qu'une certaine quantité de l'alcool s'oxyde dans le sang, par conséquent qu'il s'oxyde. Gûbler dit : « Quant à moi, je pense que la destruction en est » d'autant plus complète qu'on en prend moins, et que » l'alcool ne passe abondamment au dehors sans alté- » ration, qu'autant qu'il en a été ingéré des doses x> immodérées ou toxiques. »

n ne faut pas non plus accorder une importance exagérée à l'abaissement de la température du corps et au ralentissement de la combustion respiratoire dans l'asphyxie alcoolique. Ce sont là, comme le démontre Vierrordt des accidents purement transitoires . Ils ne durent pas plus de deux heures. Mais l'action vraie de l'alcool, est au contraire, de produire plus de caloricité, et d'accroître la synergie musculaire. Gûbler observe de plus, qu'il est une propriété qu'il a signalée en chimie, c'est Vaffinité plus grande du gaz carbo* bniue pour Talcooly lequel est capable de le dissimuler et de le'retenir dans la circulation. 34

De la sorte, on peut s'expliquer Texcitation produite par de faibles doses, et la cyanose dans Talcoolisme aigu intense, forme comateuse. Brown Séquard vient en aide à cette théorie de Gûbler, d* après laquelle cène serait pas précisément Toxygène , mais Tacide carbonique ou l'oxygène combiné avec le carbone , qui diminuerait la combustion respiratoire dans Talcoolisme. En effet, les expériences prouvent que l'accumulation de l'acide carbonique dans le sang excite un sujet. On comprend d'autre part comment , si l'acide carbonique absorbé par l'alcool n'est plus susceptible d'être déplacé par l'oxygène , l'oxygène cesse par cette absence de principe combiné , d'entrer en emploi soit avec les hématies^ soit avec les aliments respiratoires : l'asphyxie peut s'ensuivre.

Par petites doses, on ne peut point redouter cet accident, car l'alcool étant réellement , quoiqu'on faible quantité , combustible dans le sang, il se transforme insensiblement, et à mesure qu'il se transforme, abandonne de l'acide carbonique, lequel permet à l'oxygène de vivifier les éléments premiers de l'hématose.

On dit que l'alcool ( G* H* O ) passe successivement à l'état d'aldéhyde , c'est-à-dire d'alcool déshydrogéné ( G* 0» ), puis d'acide acétique (G* H» 0» -+- HO), puis finalement en acide carbonique ( GO* ). Mais, Gûbler observe avec raison que l'aldéhyde n'a jamais été constaté, et que l'acide acétique peut bien provenir de toute autre voie. Aussi, s'appuyant sur les expériences de Quéverme , qui prouvent que le gaz dit des marais, se génère spontanément dans l'organisme par la décomposition des liquides organiques , M. Gûbler cherche à expliquer ainsi les faits de combustion spontanée observés chez les buveurs de profession. Il croit que

Talcool, subissant d'autres dédoublements, peut donner successivement de l'hydrogène proto-carboné, de Thydrogène et de Toxyde de carbone avant d'arriver à Tacide carbonique. CTest alors que pourraient se faire les combustions spontanées des alcooliques.

L'action de l'alcool n'est point exclusivement limitée au sang. Il est impossible de se rendre un compte exact et complet de cette action, sans lui reconnaître une influence directe sur le système nerveux.

Aussi bien, l'alcool a une affinité chimique considérable pour les éléments nerveux. 11 s'associe aux corps gras contenus dans les cellules et les centres nerveux ; tels sont, dit Gûbler, VaUzariney la matière hémaphéique. Cette pénétration est d'autant plus Tacile que l'absence d*albumine dans le liquide céphalo-rachidien, la favorise.

C'est ainsi que l'alcool peut devenir d'abord un agent d'excitation, puis un agent de sidération sur le système nerveux.

Et maintenant , l'alcool agit-il simplement par présence, ou par une combinaison chimique quelconque en face du système nerveux? Les deux opinions sont soutenables, aucune n'est encore démontrée. Nous croyons qu'il s'oxyde légèrement au contact du liquide céphalo-rachidien. Il est possible aussi, que comme le yeulent Lallemand, Perrin et Duroy, il cautérise et rétrécisse les nerfs, sans combinaison. A notre point de vue, il peut offrir une action chimique.

Les seuls faits certains aujourd'hui sont les suivants :

Une notable quantité d'alcool est éliminée en nature, mais ajoute Gûbler, pendant ce temps, l'acide carbonique s'exhale en moindre quantité, et une certaine partie s'oxyde et se combure dans l'organisme. L'alcool ferme

l'appétit, et cependant les buveurs d'eau-de-vie sont pendant longtemps très-énergiques du côté de la puissance musculaire. L'alcool est véritablement un aliment respiratoire ; il laisse évoluer de la force, dit Gûbler, pendant son élimination pulmonaire ; il ralentit le travail de dénutrition. On serait tenté de croire, que comme fait l'ozone, il se démunit au profit de l'organisme, d'une somme considérable de force qu'il réservait à l'état latent.

Son action est sympathique , en ce sens que le pneumogastrique la transmet aux centres nerveux qui la répercutent au cœur et aux nerfs vaso-moteurs, lesquels excités, resserrent les capillaires, d'où accroissement de la caloricité périférique.

Absorbé, il va stimuler directement les centres nerveux, exalte ou pervertit la sécrétion des glandes.

Vous le voyez , Messieurs c'est une étude compliquée et difficile, que celle de Faction physiologique de l'alcool. M. le D*" Jofiroy vient de présenter au concours de l'agrégation de Paris une thèse très-remarquable sur la question. Nous terminons l'histoire de Talcool par un résumé fidèle de ce travail important.

« En quelques pages très-lucides, M. JotTroy a su démêler cet écheveau assez embrouillé. Il résume dans les propositions suivantes les travaux de Magendie, Lallemand, Perrin et Duroy , Bouchardat, Liebig, Ci. Bernard , Duchek , Schulinus , Dupré et Anstie , Alberroni et Lussana, etc.

» 1** L'alcool est absorbé avec une très-grande facilité et il est introduit en nature dans l'organisme,

» 2<> Tout l'alcool absorbé ne subit pas le même sort. Une partie est brûlée , une autre partie est éliminée sans avoir subi aucune transformation (alcool pur) , ou

n'ayant subi qu'une légère transformation (sddébyde), La ivroportion entre la quantité brûlée et la quantité éliminée en nature est subordonnée à la dose. A doses modérées , la plus grande portion de Talcool est brûlée, et seulement une partie très-faible éliminée en nature. A partir d'une certaine dose , variable suivant les circonstances , l'alcool s'accumule dans l'économie, et la quantité de ce liquide qui est éliminée sous forme d'alcool pur ou d'aldéhyde , augmente rapidement.

» 3^ L'alcool qui est brûlé sert à former de la chaleur, et peut-être aussi à réparer les tissus. — 4* L'alcool qui n'est pas brûlé se répand dans tout l'organisme et agit 'directement sur les éléments anatomiques. — 5« Cette. action directe varie suivant les quantités d'alcool à l'état libre. — &^ Elle s'exerce d'une manière particulière sur les éléments du système nerveux. En faible proportion , l'alcool libre dans l'économie produit une excitation du système nerveux. A doses toxiques , il déprima le système nerveux et conduit comme les anesthésiques , à l'abolition de l'intelligence, de la motilité et de la sensibilité. — 8® L'alcool , à doses alimentaires, modifie à peine la température; à hautes doses , il l'abaisse notablement.

» Dans le chapitre suivant , la médication de l'alcool est étudiée au point de vue général : il y est établi , par l'analyse des travaux de Todd ^ Béliier , Murchison , Lyons, etc., que l'alcool agit- comme stimulant, comme aliment et comme antipyrétique. — L'action thérapeutique de l'alcool est ensuite disculée , dans un chapitre spécial , à propos de chaque grand groupe de maladies.

)> Dans le chapitre affecté aux phlegmasies , une large part est faite , comme il convient , au traitement de la

pneumonie. C'est encore très-complet et très-clair. On peut en juger par le résumé suivant :

) A. La médication par Talcool est indiquée dans la pneumonie des adultes : 1^^ chaque fois qu'il se montre des symptômes graves , de Tataxie ou de Tadynamie ; 2* lorsque l'intensité de la fièvre, mesurée par le chiffre de la température centrale, est considéral)le ; 3» lorsque les sujets sont affaiblis par une maladie antérieure, ou sont alcooliques ; 4<> lorsque les indications précédentes n'existent pas , la médication par l'alcool peut être employée sans danger; mais il n'est pas prouvé que ce soit la meilleure méthode.

» B. La médication par l'alcool est indiquée trèsfréquemment dans la pneumonie des vieillards : l"» par leur état de faiblesse antérieure ; 2® par les symptômes graves de l'ataxie et de l'adynamie ; 3^ par le collapsus (qui peut se présenter en dehors de la vieillesse et particulièrement chez les alcooliques).

0 C. La médication par l'alcool dans la pneumonie des enfants , reçoit les mômes indications que chez l'adulte, et donne les mêmes résultats.

» L'efficacité de l'alcool contre la pleurésie est encore à démontrer. On peut à peine en dire autant à l'endroit des fièvres pyogéniques , de la fièvre puerpérale. Sans doute l'alcool, en pareil cas, diminue la température , comme il le fait aussi dans la fièvre traumatique ; mais il n'est guère plus puissant , en fin de compte , que tous les autres médicaments qu'on a opposés à ces terribles accidents. Toutefois, se fondant sur une observation de Béhier et les expériences de Boursier, le D' Joffroy n'est pas fort éloigné de croire que l'alcool puisse agir comme traitement préventif contre l'infection purulente des femmes en couches.

La même remarque est appliquée au rhumatisme génital consécutif à Faccouchement.

» Il faut lire , dans les pages qui ont trait à la bronchite y à l'angine , etc. y un très-remarquable chapitre de Laennec rapporté ici avec le plus grand à-propos. c LlUustre auteur ne craint pas d'y défendre la méthode populaire de soigner le rhume par le punch chaud. Il la préconise aussi contre le catarrhe muqueux chronique , surtout dans les cas où l'ancienneté de la maladie , l'âge et la débilité du sujet sont très-marqués. Les indications de la méthode de Todd y appliquée au traitement du rhumatisme , sont Tadynamie , l'intensité de la fièvre et l'acuité des douleurs. I^s complications cardiaques ne constituent pas une contre-indication suffisante (Béhier) à moins que leur gravité ne soit excessive (Marvaud).

» Le chapitre de la médication par l'alcool dans les pyrexies et les maladies infectieuses , est plein d'intérêt : il contient y à côté des travaux de Todd , Béhier , Marvaud, l'exposé des indications et contre-indications de la médication alcoolique dans le typhus et la fièvre typhoïde , d'après les remarquables traités de Lyons et Murchison. Je crois que c'est la première fois que les observations cliniques « si imp\)rtantes , des deux auteurs anglais sont analysées en français : il yaura profit pour tous à les connaître.

» La médication est ensuite discutée à propos du relapsia y feveVy de la dyssenterie ^ des fièvres éruptives , de l'érysipèle, de la grippe y de la diphthérie : elle sera favorable là y comme toujours , si les maladies se compliquent d'un état ataxo-adjTiamique. L'utilité de l'alcool contre la fièvre intermittente est connue de longue date ; de nos jours , elle a été remise en lumière par la

métliode de Guyot , et par la méthode plus récente et plus heureuse encore de M. Hérard, qui associe à Talcool le sulfate de quinine. Ce sont d'ailleurs les succès obtenus par Magendie dans Tépidémie de choléra de 1832, qui ont donné à M. Guyot Tidée d'employer reau-de->1e dans le stade de froid et la fièvre intermittente. « En voyant ainsi disparaître , dit-il, le frisson cholérique en quelques minutes sous Tinflence de Talpotable , je songeai naturellement au frisson des fièvres intermittentes. »

» Le chapitre suivant est consacré à Talcool a comme antipyrétique. » Il y est amplement démontré que Talcool est antipyrétique , mais le D^" Joflroy s'empresse d'ajouter : a Faut-il en conclure qu'il conviendra de le donner chaque fois qu'il y lura fièvre? Assurément, non; et la lecture des chapitres précédents montre bien que dans la même maladie y l'alcool peut être ou bien indiqué , ou bien contre-indiqué. La fièvre est un ensemble sjmptômatique qui non-seulen^nt varie d'intensité et de durée suivant les affections ; mais qui x^rie aussi de forme suivant le terrain sur lequel elle se développe. Avec ces variations infinies , on verra changer les indications thérapeutiques , et c'est pour cette raison qu'un médicament antipyrétique n'est pas toujours bon à opposer à la fièvre , par cela seul qu'il est antipyrétique. »

» Après quelques pages sur Femploi de l'alcool contre l'intoxication par l'arsenic et par les venins , l'on trouve une discussion très-saine des divers travaux qui ont été faits sur la médication par l'alcool dans les maladies chroniques (polyurie simple, azoturie, diabète, phthisie pulmonaire , scorbut) et la convalescence.

» L'avant-dernier chapitie a pour titre c« De la médica-

tion par Talcool dans quelques afiections des principaux appareils ou oi^anes de l'éconoime. y) Uy est question des affections ou des accidents qui n'avaient pu être rangés dans les groupes précédents ; par exemple y les hémbrrhagies y la syncope, Fasystolïe, kt brondnte capillaire , Tasthme y la dyspepsie , Pulcère simple de Testomac , les vomissements, ht diarrhée, Fhypochondrie , Fangine de poitrine , le tétanos.

» Le travail se termine par Texposé du mode d'administration et des dangers de la médication par Talcool. Il faut tenir compte, selon les cas des différentes variétés de boissons alcooliques, des doses, du moment où l'alcool doit être administré, de la façon dont il doit l'être. Quelques exemples : Dans le typhus , les médecins anglais ont souvent recours au vin : ils ne le donnent généralement pas avant le septième jour. Ils emploient avec avantage pendant la première et la deuxième semaine les meilleurs vins de France qui réconfortent sans exciter, le Chàteau-Margaux , le Laffite ; s'il devient nécessaire de produire un effet plus considérable, ils ont recours au Volney, au Chambertin, et si le coUapsus est imminent, au Sherry, au Madère, au Porto.

» Aussi bien dans le typhus que dans la fièvre typhoïde l'administration des boissons alcoohques sera faite à petites doses, données souvent et sans interruption. On devra veiller surtout à ce que les malades ne soient pas oubliés pendant la nuit et particulièrement le matin. Car c'est à ce moment que les malades ont le phis de tendance à présenter des signes de dépression. Dans le cas de morsures des serpents venimeux, de syncope, d'hémorrhagie, etc., on s'adressera à l'eau-de-vie, aux vins chauds d'Espagne , à doses suffisantes ; si l'esto-

mac ne peut tolérer les boissons alcooliques , on aura recours aux lavements vineux , préconisés par Axan.

)) Il ne faut jamais perdre de vue la tolérance qui souvent s'établit vite , ni les dangers , tels que le délirium tremens , qui peuvent découler directement de remploi thérapeutique de Talcool. Car la meilleure médication peut avoir des inconvénients, et M. le D^ Joffroy a bien eu soin de les indiquer, chaque fuis qu'il en a eu l'occasion dans le cours de son intéressante étude, » {Progrès médical^ n® 47, 1875. )

L'alcool étant, après l'eau, le principe dominant des vins, et les vins dits de Bordeaux^ constituant une médication thérapeutique des plus sérieuses, il nous parait indispensable d'annexer à l'histoire générale de l'alcool , l'étude suivante de ces vins, étude qui nous est absolument personnelle.

Bien entendu qu'en classant thérapeutiquement les vins d'après leurs principales indications thérapeutiques , nous ne perdons pas de vue un instant que la propriété générale physiologique des vins, dépend toujours d'une action stimulante.

Le vin est un aliment de la classe de ceux que le Professeur Robin appelle aliments désassimilateurs , c'est-à-dire qu'il coopère au travail général de nutrition , surtout en favorisant les métamorphoses organiques , les substitutions et les éliminations. L'alcool , le sucre non transformé , l'acide carbonique, l'œnantliine, l'huile essentielle et le bouquet agissent dans ce sens , et si le vin ne contenait que ces principes, il serait uniquement un stimulant ditîusible.

Mais par l'eau , qui est un élément d'assimilation, par le tannin , par les bases et les acides qu'il renferme, par son principe colorant, le vin , principalement le vin

rouge , coopère aussi à rassimilation : c'est-à-dire qu*à ïÂen prendre , un bon vin est un aliment très près d'être complet, un agent de désassimilation et d'assimilation, un aliment des combustions organiques, en même temps qu'un principe d'épargne , un modérateur.

On sait quelle est la composition générale des vins sur cent parties :

Eau, 80 à 90.

Alcool , de 7 à 16 , selon les espèces.

Sucre non décomposé, de 4 à 6 grammes.

Acide lactique et glycérine, traces.

Matière colorante , avec ou sans principes azotés.

Acides carbonique, succinique, tartrique, malique.

Tannin', (dose et qualité variables selon les sortes).

Sels d<»it les principaux sont :

Bitartrate et sulfate de potasse.

Tartrate de fer et tartrate de chaux.

Chlorure de sodium et phosphate d'alumine.

Ajoutons que, d'après Berthelot, l'azote est contenu dans le rapport de 20 centimètres cubes pour un litre.

Une telle composition chimique indiquait à priori ^ pour les vins en général , des propriétés physiologiques de premier ordre; et, poiur les vins de choix, faisait pressentir des vertus thérapeutiques , qui sont tombées en effet dans le domaine des faits expérimentés.

CTest ainsi que nous voyons figurer la médication œnologique pour trois ordres d'eifets bien tranchés : Effets astringents j effets stimulants^ effets diurétiques. Les lignes qui suivent démontrent que , pour les vins de Bordeaux en particulier , il faut ajouter à ces trois actions, des effets toni-sédatifs et toni-nulritifs.

Les vins qu'on appelle généralement vins médici"

naux, seraient mieux dénommés \ins phamiaceuli' ques; car, sous ce nom , on entend seulement des vins alcooliques ou sucrés, servant de véhicule ou de dissolvant. Il convient de réserver la qualification de vins thérapeutiques à ceux de ces liquides qui répondent à une indication physiologique.

A ce point de vue , les vins de qualité peuvent être utilisés soit comme agents de traitement hygiénique^ soit comme médicament prophylactique, soit quelquefois comme agent curatif direet.

Les applications peuvent être purement accidentelles et occasionnelles (un verre de vin dans une défaillance syncopale) ; d'autrefois , le vin fera partie d*im régime préventif, contre une influence épidémique , (vin de Médoc en temps de choléra. Il sera un agent curatif, contre une affection aiguë (pneumonie, fièvre typhoïde, variole); on l'utilisera enfin, comme moyen palliatif, comme succédané puissant et auxiliaire prophylactique, dans des états contitutionnels ou héréditaires, tels que les cachexies, les pneumophymies,le diabète, le cancer, etc., etc.

Mais avant de catégoriser les indications thérapeutiques et les divisions pathologiques , il faut écarter les genres et sortes qui ne conviennent en aucun cas.

Tels sont les vins surchargés de tannin, de tartre, de sels terreux (chaux , potasse , alumine) ou demeurés acides , faute de fermentation suffisante. Les ms de Cahors , très-tanniques, amers , épais et trop colorés , demandent à être coupés et soigneusement opérés , pour constituer de bons vins de table.

Moins encore valent les vhis acides ou frappés de verdeur: ils distendent Testomac, fatiguent la muqueuse gastro-intestinale , développent la dyspepsie acide et

la gastralgie ffatuleuse , provoquent avec des coliques , une exosmose diarrhéique finalement débilitante.

Les vins à la fois très-sucrés et fortement alcooliques peuvent convenir merveilleusement comme dissolvants de bases médicinales , et c'est pourquoi plusieurs d'entre eux , sont dits médicinaux. Les vins de Porto , d'Alicante , de Xérès , de Malaga , de Frontignan , de Lunel , le vin blanc cuit de Béziers , sont des stimulants trop énergiques. Ils conviennent seulement à doses de liqueur , après un repas confortable.

Ils sont parfaits pour disssoudre certains alcaloïdes , par exemple , ceux du quinquina , de l'opium , mais administrés purs j comme médicament essentiel y ils congestionnent l'encéphale et plus tard le foie , fatiguent l'estomac. Leur usage prolongé , peut conduire à l'alcoolisme chronique , ou délirium tremens , à la diathèse goutteuse. Il existe toutefois certaines indications thérapeutiques pour les vins fortement alcoololques; mais alors , on rentre dans la médication alcoolique proprement dite y et il suffit de se reporter aux pages qui précèdent pour être fixé sur ce point.

Enfin , les vins à la fois mousseux et sucrés , dont le Champagne est le type, amusent le palais plutôt qu'ils ne servent la nutrition. Éliminés en substance ou en métamorphoses par les émunctoires naturels du sucre, du gaz acide carbonique et de l'alcool , s'ils égayent Tesprit et stimulent passagèrement la productivité intellectuelle y c'est toujours au détriment de l'appétit et des forces générales qu'ils dépriment.

Si j'en excepte quelques vins vieux très-rares du Périgord, de l'Ângoumois, du Poitou et de l'Aunis, de la Touraine et du Saumurois; si je mets encore de côté un petit nombre de vins rouges très-fins du Dau-

phiné , vins supérieurs comme liqueurs , mais qui ne peuvent avoir d'emploi thérapeutique que dans uoe médication stimulante nettement définie, nous nous trouvons y en somme y ramenés à deux grandes familles de vins véritablement thérapeutiques , dans le sens clinique du mot. J*ai nommé les vins de Bourgogne et les vins de Bordeaux. Je ne m*étendrai pas sur la vertu des premiers y puisque tel n'est pas l'objet de cette étude sommaire. On sait d'ailleurs que les vins de Bourgogne , qui , en général y ne peuvent pas vieillir et oe s'améliorent pas comme leurs émules de la Gironde par le flottage , n'unissent pas aux propriétés toniques y des propriétés tempérantes. Ce sont d'excellents toni-^Hr mulants, tandis que les vins de Médoc sont des tom" sédatifs, plus encore que des stimulants.

Renfermons-nous donc spécialement dans Texameii des propriétés thérapeutiques des vins de Bordeaux.

Nous n'avons pas ici à revenir sur la composition chimique de ces vins. Qu'il nous suffise de dire que la constitution géologique du sol de la Gironde est véritablement privilégiée , au point de vue de la culture des vignobles. C'est un prolongement du diluvium caiUour ieux pyrénéen , qui s'étendant sur la rive gauche de U Garonne et de la Gironde y nourrit , dit excellement le Docteur Ârthaud , les vins les meilleurs et les plus salutaires du monde. Tandis qu'au pied des Pyrénées, ot trouve abondamment des roches, des grés, des calcaifres , des granits ; dans le Médoc , le terrain ne contient presque plus que de la grave siliceuse et des cailloux de quartz. Le sous-sol , qui n'est pas argileux , absorbe rapidement l'eau, et seconde le sol.

Aussi bien , le climat et la configuration cosmique viennent-ils dans toute la Gironde en aide au terrain,

pour produire des cépages de qualités supérieures ; car les vins de la Gironde sont tous estimables, et le Médoc ne constitue qu'une fraction de ceux-ci.

La Côte , la Grave , les Palus , fournissent à Tenvi des crûs de choix. Les vins blancs rivalisent avec les vins rouges. Si , par le développement de son suave bouquet, le moelleux Médoc demande à être un peu chaufié, on refroidirait au contraire volontiers la liqueur exquise, mais chaude, du Saint-Ëmilion, ce bourgogne de notre région. Quel vin blanc à la fois plus apéritif, plus stomachique, et plus diurétique que le Barsac? et où trouver une association plus heureuse, que dans le Sauternes, de toutes les qualités qu'on peut demander à un vin blanc fin : saveur légèrement sucrée , onction œnanthique, bouquet supérieur?

C'est que, dans des proportions diverses selon les régions, mais toujours merveilleusement combinés par la nature, les vins si justement renommés de la Gironde contiennent tous les éléments d'une bonne vinification L'alcool y existe en proportion modérée, de 9 à 12 pour cent. Le tannin, les acides et les sels que nous avons déjà énumérés s'y combinent dans des rapports qui permettent au vin de s'améliorer, en vieillissant. On y trouve surtout, avec le bouquet, ce produit supérieur parfaitement distinct de l'albumine végétale, que notre savant Bordelais, Fauré, a le premier isolé, analysé et décrit sous le nom d'cmanthine et acide œnanthique. Cest à l'œnanthine que les vins de Bordeaux doivent le velouté, le moelleux, le goût de fruit ; et comme ce principe reste en*solution dans le vin, pendant que le tannin entraine les parties mucilagineuses pour former des combinaisons solubles , ou voit , avec le temps , l'àpreté tomber et l'onctueux s'accroître dans les vins de Bordeaux.

Au point de vue des ordres de trailement^ les vins de la Gironde comportent la division suivante :

Ils sont thérapeutiquement applicables :

!• Comme agents hygiéniques ; c'est-à-dire devant faire partie d*un régime diététique régulier ;

2* Comme agents prophylactiques ; ou moyen puissant de coopérer au relèvement d'une maladie en activant une convalescence !

3"" Comme agents curatifSy dans les cas où remploi du vin médicinal devient la base et le pivot de la médication adoptée.

Exemples : Traitement hygiénique des palpitations cardiaques et de la chlorose, à Fépoque de l'adolescence, en cas de croissance trop rapide.

Traitement prophylactique de l'anémie consécutive à une hémorrhagie traumatique après accouchement laborieux.

Traitement curatifde la mixtion involontaire pendant le sommeil.

Sous le rapport des modalités d'action ou des genre» thérapeutiques y les vins de Bordeaux (nous désignons sous ce nom tous les crûs médicinaux de la Gironde) possèdent les propriétés communes au vin en général : c'est-à-dire, qu'ils sont Stimulants, Astringents, Toniques et Diurétiques.

Mais ils doivent en outre à une heureuse combinaison des principes qni les constituent, des propriétés de sédation : ils sont eupeptiques, en même temps que reconstituants analeptiques. Je parle ici spécialement des vins rouges du Médoc ayant déj^ de 5 à 7 ans de bouteilles. Enfm, les vins blancs de Preignac, de Barsac de SauterneSj ceux de Sainte-Croix-du-Mont, sont à la fois diurétiques et apéritifs.

Par contre, il est juste de reconnaitre que dans le cas où il s'agit d'employer le vin comme astringent topique, (vin aromatique pour activer le travail cicatriciel, vin rouge pour injections), les vins (Mts de Bordeaux conviennent beaucoup moins que les vins gros > toniques et âpres du Quercy. De même, pour dissoudre certains alcaloïdes, les vins sucrés du midi de la France> ceux d'Espagne et de Sicile , leur sont préférés. C'est que les propriétés des vins de Bordeaux sont toutes thérapeutiques, et nullement pharmaceutiques. Tandis que la plupart des autres vins sont ou des véhicules ou des dissolvants , les vins du Médoc sont à eux-mêmes et par eux seuls tout le médicament.

La division thérapeutique des vins de la Gircmde

peut donc être ainsi faite en cinq groupes principaux :

A. Vins tonir$édatifs. (Série des Médocs rouges

déjà un peu vieux de bouteille). Type générique :

PauillaC) Saint-Laiurent, Macau, etc.

Ces vins conviennent, soit comme régime hygiénique soit comme moyen prophylactique , dans la première période de l'évolution tuberculeuse caractérisée jwrin* cipalement par des congestions du sommet des pou*mons, par de l'aglobulie, par une irritation inflammatoire des premières voies , avec de la bronchite et de la toux. Leurs effets manilestement sédatifs , en même temps que fortifiants , les indiquent dans la gastralgie dyspeptique et dans tous les états d'hypérestliésie nerveuse qui demandent Tintervention d'un agent à la fois sédatif et tonique. La myélite au début , Tataxie locomotrice , se trouvent bien de l'emploi du Médoc.

B.. Vins Umi-stimulants. — Types : Saint-Emilion , Côtes de Bourg; conviennent tout spécialement dans la prophylaxie des maladies constitutionnelles, hérédi-

taires ou acquises, que caractérise une dépression générale des forces , Tatonie des centres nerveux , le début des paralysies progressives, ascendantes, réflexes ; Famyosthcnie , Tacinésie , Tanesthésie. C'est ainsi que les pertes séminales et Timpuissance génésique y Tatrophie musculaire , la diarrhée atonique, sont heureusement combattues par un régime toni-stimulant dont les vins plus haut cités constituent le principal ou Tun des principaux agents.

C. VUiS toni-nulritifs hislogéniques y intermédiaires entre les loni-sédatifs et les toni-stimulants. En général, tous les vins rouges de la rive gauche de la Garonne , qui , sans appartenir au Médoc proprement dit, viennent sur un sol où Ton trouve à la fois la grave et le pin, réalisent ce type thérapeutique.

On pourrait citer les crûs de Haut-Brion, Pape-Qément, et en général les crûs supérieurs de Pessac, comme type de cette catégorie. I^ chlorose, la chloroanémie, Taglobulie consécutive aux métrorrhagics^ Thémophilie, toutes les aflections morbides qui dépendent d*une altération ou d'une diminution dans les principes générateurs de Thémo-globulie , depuis le scorbut maritime jusqu'à Tanémie contractée dans les régions tropicales ; les ramolissements de la muqueuse gastro-intestinale ; les aplasies et. les trophonévroses trouvent, soit comme prophylaxie, soit comme palliation, tout au moins comme régime, un adjuvant estimable dans la plupart des vins rouges de la Gironde, pour peu qu'ils soient dépouillés par quelques années de bouteille.

D. Vins toniques astringents. — Ce sont généralement des vins de Palus qui sont cueillis dans des terres fortes, sur la rive droite de la Garonne en amont de

Bordeaux. Les vins dits de Queyries, ceux de Bouiliac Cambes, Latresue, offrent ce type ; ils sont chargés en couleur et notablement tanniques. L'incontinence d'urine, la galactorrhée,laspermatorrhée,rentérorrhée chronique, sont'des états pathologiques qui se trouvent à merveille de l'emploi de ces vins.

E. Vins diurétiques-eupeptiques. — Les Sauternes, les Barsac et la plupart des vins blancs de Graves qui se cueillent dans le canton de Podensac et sur celai de Langon, possèdent des propriétés à la fois eupeptiques (c'est-à-dire, rendant la digestion facile), et ditirétiqiies, ou d'élimination rapide par les reins. Contenant peu de tannin, plus alcoolisés que les vins reuges de Médoc, (12 au lieu de 9), mais possédant une quantité notable de sucre de raisin non transformé, peu ou point acides, grâce à une variétQ considérable de sels basiques, ces vins sont apéritifs et même xm peu capiteux, quoique d'une digestion très-facile^ si on les boit purs. Coupés avec de l'eau, les vins blancs de Podensac, favorisent la diurèse. Aussi, les graveleux , les goutteux , les malades atteints de catarrhe vésical, doivent-ils préférer ces vins blancs aux vins rouges, lesquels renferment, avec la matière colorante, le tannin, beaucoup d'astringence et d'amertume.

Ainsi, par une profusion de richesses qui no se rencontre sans doute sur aucun autre point du sol , le département de la Gironde se trouve fournir des vins qui répondent aux principales indications de la thérapeutique hygiénique et même prophylactique.

Ici, Messieurs, se termine l'étude de la médication alcoolique.

On pourrait clore l'examen de la médication stimulante

avec celle des alcooliques , tant ces derniers représentent les caractères capitaux de Tordre. Nous serons donc très-brefs sur les genres qui suivent.

Le premier qui s'offre après les alcooliques , est celui des caféiques. Ses représentants principaux sont les cafés, les thés, le guarana, le coca, et le cacao. Le guarana n'est pas une seule substance, mais bien le nom donné à la réunion sous une forme appropriée de plusieurs sortes végétales.

La substance dominante de ce composé est le (mit du paullinia sorbilis, dontralcaloide est très-analogue à la caféine du café. Ce médicament renferme en outre beaucoup de tannin. Quant au <acao , il est de ces agents médicateurs 'dont les indications relèvent bien plutôt de lliygiène que de la thérapeutique nosologique. C'est un aliment , tonique en même temps que stimulant. Tandis que le paullinia sorbilis , arbuste qui croit sur les bords de TAmazone, appartient à la famille des sapindacéSj le cacao, grain du cacoyer ((/lesobroma cacao) , est de la famille des hytnériacées. Il renferme un beurre particulier, de Talbumine végétale, substance azotée, de la cellulose, de Tamidon, quelques sels minéraux. C'est bicnlacomposition d'un aliment tonique: mais la présence d'une liuile essentielle aromatique, suffit pour le classer parmi les stimulants ; d'autant plus que son alcaloique , la théobromine est avec la caféine , caractéristique des agents physiologiques coih nus en thérapeutique sous le nom de médicaments ié' pargne. M. Rabuteau affirme que pendant le siège de Paris, ayant pris deux chiens aussi semblables que possible, il donna à l'un, chaque jour, 20 grammes de cacao et 10 grammes de sucre dans une infusion de 10 grammes de café; à l'autre, 20 grammes de pain,

10 grammes de sucre et 10 grammes de beurre. Ces animaux n'eurent aucune autre nourriture. Après un mois, celui qui était nourri au pain y au sucre et au beurre, était épuisé y son poil était sec et hérissé : l'autre au contraire avait seulement maigri , mais en conservant son poil et ses allures habituelles. Il.se portait très-bien , quand le premier mourut d'inanition. On est autorisé à mettre sur le compte de la théobromine, plus encore que sur celui du beurre y du cacao , (les deux animaux ayant pris du beurre) ces résultats dignes d'attention. Il est bien certain que le chocolat dans lequel abonde le cacao , est un aliment d'épargne et un modérateur précieux de la désassimilation. Mais il faut que ce chocolat ait été £ait avec le cacao caraque , dont l'àcretéa été enlevée parle terrage, tandis que les cacaos non terrés de la Martinique, de Moragnan et de Para, sont très-acres et amers.

La famille des £rytroxylées fournit un arbrisseau, l'érythroxylon cocay dont la feuille est connue sous le nom de coca : elle noiis parait se rattacher aussi à la médication stimulante , de même que le pauUinia et le ca cao; tout en méritant par certaines propriétés de figurer au second rang des toniques dits névro-sthéniques Les feuilles de coca qui sont de qualité supérieure , sont presque aussi aromatiques que le thé le plus estimé. Mâchées , elles décèlent la présence d'un principe volatil essentiel par un arôme à la fois suave et légèrement astringent. Enl869, Nieman isola de ces feuilles de coca un alcaloïde qu'il formule ainsi : C* H*' AZO*. Dans toute l'Amérique méridionale , le ou la coca (on dit les deux) , jouit d'une grande faveur. Ceux qui en usent peuvent passer de longues heures sans nourriture et sans sommeil. (Rabuteau). Chiquées en petite quantité

par les courriers , les voya geurs , les ouvriers mineurs , elles permettent de rester deux jours et plus sans prendre d'aliments solides ou| liquides : elles agissent comme le café , d'une part et comme le vin de l'autre. Mêlées au tabac et mâchées , dit Robi n , les feuilles du coca donnent un effet analogue à^elui du haschisch. D'après les recherches faites parle D^'Gazeau sous la direction de M. Rabuteau, le coca augmenterait l'urée de 11 p. 100. En môme temps il ferait perdre rapidement de son poids au corps de l'homme. La température animale serait élevée, et la respiration activée par son emploi. Ces feuilles sont aussi , et surtout peut-être , un sialagoque puissant; elles excitent la sécrétion salivaire , rafermissenbles gencives , et facilitent la digestion. Les observateurs y au nombre desquels il convient de citer Mentegazza , Gazeau , Lippmann et Marenoy-Maiz , assurent que le coca est un puissant tonistimulant de l'innervation générale. Les stomatites, les gingivites , la gastralgie dyspeptique, les vomissements des cachectiques, des tuberculeux ultimes, sont avantageusement traités par le coca. Contre la stomatite , le coca doit être chiqué, La déco ction est une préparation mauvaise; l'infusion est meilleure. Mais il faut préférer la teinture alcoolique ou élixir. On obtient cette teinture en traitant dans un appareil à déplacement 100 grammes de feuilles de coca pulvérisé par 950 gr. d'alcool. Pour faire l'élixir, on diminue d'un tiers la dose d'alcool , ou ajoute ensuite une solution de 300 grammes de sucre. On. prend par jour de 4 à6 cuillerées de Tune ou l'autre de ces préparations.

Les thés sont des représentants plus importants ou du moins plus utilisés de la médication caféïque. Ils appartiennent à la famille des temstrœmiacées.

Les thés, comme chacun sait, sont de plusieurs sortes et se divisent en deux groupes généraux : les thés verts et les tMs noirs. La Chine et la Cochinchine produisent surtout cet arbrisseau précieux. La composition chimique des thés comporte des principes nombreux et divers. Nous citerons particulièrement : une huile essentielle , à laquelle il doit son arôme : Todeur de cette huile est très-forte , et même étourdissante ; puis un alcaloïde, la théine, que dès 1827, Oudry découvrait dans le thé , que Mulder et Jobst reconnurent plus tard être identique avec la caféine. M. Peligot y signale en outre une soKte de caséine. Enfm, il existe encore du tannin, du ligneux, et une huile grasse dans le thé.

On lit dans Guibourt : « Les feuilles de thé de choix , sont roulées une à une dans la mam. » Ce savant est porté à croire que la différence qui existe entre le thé vert et le thé noir, est due à ce que ce dernier a subi une préparation particulière avant sa dessiccation. Et en effet, Grundher et Hertel affirment que le thé noir subit, avant d'être soumis au feu, une sorte de fermentation ; tandis que les feuilles qui doivent donner le thé vert sont directement torréfiées. Parmi les thés verts , on cite le tonkai , thé songlo , thé hasweinskin, thé hy son y thé perlé ou impérial ^ thé poudre d canon y thé chulan. Au nombre des thés noirs, il faut nommer : les thés bouy^ souchong^ congoit, campouiy pekao , et le thé en boules.

On dit Taction physiologique du thé analogue à celle du café. Cette assertion n'est pas rigoureusement exacte. Elle est plutôt mduite de la similitude entre les deux alcaloïdes que d'une observation vraie des faits physiologiques. L'action stimulante du café

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se renforce d'effets toniques qui n appartiennent guère au thé. Il y a notamment ce fait : tandis que le café retarde à ce point le travail de désassimilation que beaucoup de personnes remplaceront ua repas par une infusion de bon café pur, le thé précipite la digestion y provoque des sueurs et la mixtion urinaire , et dispose^ plutôt à l'appétence qu-à la diète.

Dison3 d&'ailleurs que le tempérament ei Thabitude modifient de la manière la. plus sipgulbère les effets théoriques, du thé comme du café. Ainsi.^ tandis que le plus souvent, le thé cause une surexcitation de l'activité cérébrale et l'iusonmie ; chez certains sujets prédisposés, et alors quiil est administré à haute dose,' le' thé agit comme narcotique- (Lettsom). En somme , comme lé dît Gùbler, le thé est bien un agent dynamophore. Mais il faut distinguer deux actions séparées dans son. action généi;ale. Chez les tempements nerveux et peu habitués à son usage ^ c'est le principe aromatique et. essentiel qui domine ; il y a alors simple stimulation : chez les sujets habitués à cette substanoe ou doués d'un tempérament hépatique puissant, c'est l'alcaloïde qui prime comme agent physiologique , et le thé est alors franchement un aliment d'épargne. Sou emploi est indiqué comme digestif, comme diurétique et comme sudorifique.

Je termine l'étude des caféïques, par le représentant principal du genre, le café.

La semence du coffea arabica est fournie par les Rubiacées, tribu des Cofféacées, Payen et Pfoff ontparticulièrement étudié la composition chimique du café. Il renferme : un alcaloïde (la caféïne) , de l'acide cafeîque combiné à la potasse et à la caféïne ; une essence concrète et une huile volatile fluide très-aromatique, un

principe gras fixe^ un tannin spécial, qui ne précipite* pas la gélatine et colore en vert les persels de fer ; de la cellulose et de Talbumine végétale ; divers sels minéraux. Voilà ce que donne le café vert. Mais, torréfié, il subit de remarquables modifications y. ainsi que Ta démontré Schroder : il se Corme deux nouveaux principes, Tun brun et amer, L'autre huileux, brun aussi, et volatil. Ce dernier est la caféine.

A haute dose , dit Binz , la caféine est un poison nerveux. Un chien de moyenne grandeur est mort en présentant des accidents tétaniques, après avoir reçu dans la jugulaire une injection de 0,50 centigrammes de caféine. Si Ton administre à un homme de 1 gr. 50 à 2 gr. de cet alcaloïde, il survient des battements de cœur, des bourdonnements d'oreille, des éblouissemcnts^ des vertiges, de l'inquiétude^ une excitation générale, des vomissements, et des accidents cérébraux. Le citrate de caféine élève la tension artérielle, renforce, puis i*alentit les pulsations cardiaques, excite la sécrétion urinaire, et le sens génésique.

Le café torréfié provoque ordinairement une érection des fonctions cérébrales, qui cauee et maintient l'insomnie. Mais répétons que chez les sujets habitués au caféj la faculté de dormir n.'est plus entravée. Le café n'agit plus alors que comme un tonique modérateur des combustions^

Les trois sortes de café lés plus estimées sont : le café d'Arabie oamoka, le café Bourbon et le café de la Martinique. D'après les recherches les plus récentes , notamment celle de M. Rabuteau, la caféine de tous les cafés, ralentit en somme le travail d'assimilation» Ce résultat serait acquis à la suite d'expériences directes qui auraient démontré une diminution notable de l'ui'ée

sous rinllueiice du café torréfié comme du café vert; il en serait de même du thé. Nous avons vu le contraire en ce qui concerne le coca. En même temps, ajoute M. Rabuteau, le café abaisse la température et ralentit le pouls. J'avais accepté cette seconde affirmation avec d'autant plus de réserve, que personnellement, je ne puis prendre du café le soir, même à faible dose sans être le sujet de phénomènes radicalement contraires-, c'està dire , sans voir s'élever la température du corps et s'accélérer ou tout au moins serenforcer la systole cardiaque. Il pai*aîtrait que cette accélération n'est géralement que passagère, et n'a pas lieu avec le café froid. D'après le même auteur, ni le café ni la caféine ne seraient des diurétiques véritables. Chacun sait cependant que durant l'insomnie des personnes qui ont pris le soir, exceptionnellement du café noir, le besoin d'uriner est presque incessant, comme l'agitation. Mais il ne faudrait voir là qu'une excitation sur les fibres lisses de la vessie, non un accroissement de la sécrétion rénale ; car si l'on compare la quantité d'urine éliminée pendant deux jours par le même individu ayant pris le premier jour du café, et n'en ayant pas pris le second, la mixtion est la même au point de vue quantitatif. H faudrait mettre sur le compte de la caféine les effets excitants du café.

On peut facilement déduire de l'étude physiologique du café ses propriétés hygiéniques et en induire ses indications thérapeutiques. Il permet aux individus insuffisamment nourris et appelés à un exercice musculaire ou cérébral exceptionnel , de conserver de la force. Les communications que Gasparin fit en<8o0 à l'Académie, les recherches publiées en 1860 par le Docteur Jomand, ne laissent pas de doute à cet égard;

laO grammes de café en poudre et 3 litres d'infusion, faite avec divers cafés, ont permis de supporter un jeûne absolu de sept jours, sans rien retrancher des occupations habituelles, et en se livrant à un exercice musculaire des plus actifs. (Jomand).

La céphalée , notamment l'hémicranie ou migraine, les fièvres intermittentes, Tasthme, la fièvre typhoïde, la phthisie , trouvent xm soulagement • marqué dans remploi thérapeutique du café. On a cru longtemps que le café diminuant les oxydations , devrait augmenter par contre la formation de l'acide urique; et comme les cristaux d'urate de soude sont une des causes mécaniques des douleurs atroces de la goutte, on a supposé que le café est absolument contre-indiqué'dans la goutte. Or, il n'en est rien : le café diminue l'acide urique comme l'urée ; et Ton cite des faits de goutteux qui ayant suspendu l'emploi du café sur l'ordre du médecin , en raison de la diathèse goutteuse , ont dû le reprendre, et s'en sont parfaitement trouvés.

Nous ne nous étendrons pas plus , Messieurs , sur le gem*e des caféïques. On voit que ces stimulants sont bien voisins des toniques ; et que, n'était l'action toute spéciale du principe volatil essentiel qu'ils renferment tous , on pourrait les joindre à la quinine à la suite des névrosthéniques. En réaUté, leurs propriétés sont d'ordre multiple, comme les principes chimiques qui les composent. Aucune classe de médicaments n'est plus propre à faire comprendre que c'est là une thérapeutique étroite et systématiquement doctrinaire, que celle qui prétend réduire à un seul élément toute la puissance physiologique et thérapeutique d*un médicament simple en apparence, mais composé en réalité de principes chimiques divers. Le quinqidna n'est

pas la même chose que la quinine, ni le café que la caféine y ni le thé que la théine, ni le coca que son alcaloïde. C4es agents récèlent des forces diverses et parfois nombreuses , toujours en rapport avec leur composition chimique. Et de même que la nature a mis dans une seule maladie Tenjeu de plusieurs appareils fonctionnels et organiques, de même son souverain Auteur a voulu qu*une substance médicinale renfermât des puissances diverses et des moyens de plusieurs ordres.

Passons maintenant au genre des balsamiques.

Vous ne pouvez pas , Messieurs , attendre de nous Thistoire médicinale des très-nombreuses substances que contient ce genre. Ce serait de notre part tomber dans la pharmacologie spéciale , et nous faisons ici de lataxonomie thérapeutique, de la pharmacodynamie, à un point de vue général. Bornons-nous donc à définir les balsamiques dans les propriétés essentielles qui sont communes aux divers groupes du genre. Nous nous conformons ici aux idées du professeur Bouchardat, en donnant la plus grande extension au sens thérapeutique du mot balsamique. C'est-à-dire que nous réunirons aux baumes proprement dits , les térébenthines , les résines , et les gommes-résines qui ne sont pas fétides. M. Rabuteau a fait deux groupes distincts des balsamiques et des térébenthines, dans sa classe des modificateurs broncho-urinaires. Ce n'est pas là une division bien naturelle , et nous croyons préférable d'admettre un seul genre.

Les baumes sont des produits liquides ou demi-liquides , dit Bouchardat, qui renferment Tacide benzolque ou cinnamique, quelquefois les deux, des essences et une résine. Les térébenthines sont composées

— solde même, d'essence et de résine. Les gommes-résines présentent une association de matières gommeuse et résineuse. Disons qu'en général les principes actifs des balsamiques ne se dissolvent que peu ou point dans Veau; tandis qu'au contraire Talcool, Tétlier, le chloroforma , le sulfure de carbone et les corps gras les dissolvent parfaitement. Les balsamiques sont essentiellement des stimulants topiques des muqueuses et même de la peau. Plusieurs ont pour propriété de coaguler l'albumine du sang. Us doivent à leur peu de solubilité dans l'eau, d'agir peu sur l'absorption stomacale. Mais dans les intestins, au contact des corps gras , ils se dissolvent et peuvent être absorbés. Les médicaments balsamiques exercent sur la circulation une action digne d'être notée. Us stimulent le cœm* , élèvent la température et provoquent une sorte d'agitation fébrile. Administres à l'intérieur, ils excitent la sécrétion bronchique, ils modifient l'urée dans l'odeur et même dans sa composition chimique. A petites doses, ils subissent une métamorphose organique dont les conséquences thérapeutiques sont importantes. En effet on s'est assuré expérimentalement que l'acide benzoîque se ti*ansforme alors en acide hippurique. Par le fait, ils rendent les urines très-acides. De la sorte en substituant des hippurates solubles à des urates insolubles, ils deviennent d'excellents lithontriptiques, et permettent de combattre avantageusement la gravelle , la gastralgie, et ce qu'on appelle Turémie. Ils peuvent provoquer accidentellement l'albuminurie. Si les cafélques sont souvent voisins des toniques en vertu de leur alcaloïde azoté , les balsamiques se i^pprochent souvent des irritants topiques , en raison de Taction dévolue à plusieurs résines. Il importe aussi de relater que

par suite de leur propriété de coaguler Valbumine et la fibrine dédoublée , les balsamiques deviennent dans des cas d'hémorrhagie capillsôre, de véritables hémostatiques. Il faut encore ajouter que Facide benzolque tue tous les êtres inférieurs qui pullulent sur les surfaces ulcérées chroniquement : les balsamiques sont donc encore parasiticides.' Ils ont en outre la vertu de préserver les corps gras acides de Tinconvénient de rancir.

Administrés à l'intérieur, ils provoquent l'évacuation des canaux biliaires, facilitent ainsi l'expulsion des calculs de cholestérine. Ils sont en somme, très-utiles dans toutes les affections liées à un vice sécrétoire des muqueuses, spécialement des muqueuses vésicale et bronchique. Aussi les balsamiques sont-ils des médicaments indiqués danslabronchorrhée, la néphrite, la cystite du col , l'uréthrite et les divers flux blenn(»^ rhéiques.

Les principaux représentants de ce genre, qui se divise naturellement en gommes-résines et résines, en térébenthines et en baumes, sont : les résines caragne, élémi , tamacaque, mastic , myrrhe, bdeUum, encens ou oliban d'une part; les résines de gaîac et de sang-dragon, les térébenthines formées par la famille des térébinthacées (térébenthine de la Mecque et de CHiio), plus les térébenthines fournies par la famiUe des conifères ; térébenthine de pin maritime , de sapin, du Canada, de Bordeaux , des Vosges , d'Amérique; la poix de Bourgogne, la térébenthine de mélèze, l'essence de térébenthine, le galipot, la calophane, le goudron, lekoaltar, la naphtaline, le storax. Parmi les baumes, ceux de Tolu, du Pérou, de benjoin : il importe ici de noter que le copaliu est faussement désigné sous le nom de baume, quoiqu'en prétende Bouchardat. Toutefois si

le copahu manque essentiellement de Tarôme qui appartient aux baumes purs de benjoin, du Pérou, de Tolu; il ne se rallie pas moins par sa composition, au genre des balsamiques. En eflet^ il contient : !"> une huile essentielle blanche et transparente isomère avec l'essence de térébenthine ; 2° un acide résineux jaune; 3» une résine visqueuse.

Il convient de joindre aux balsamiques, les produits pyrogénéSj tels que la créosote, la suie, le charbon, le genévrier et Thuile de cade. Celle-ci modifie merveilleusement certaines affections cutanées de nature vésiculeuse ou squammeuse. La suie est utilisée comme agent désinfectant ; le charbon végétal est un précieux absorbant dans les affections gastriques de nature catharrale; enfin, le genévrier est un bon stimulant des muqueuses, in tus et extra.

Un mot maintenant sur les myroliques^ quatrième genre de notre ordre des stimulants.

On doit entendre par myroliques, des substances dont les propriétés physiologiques et thérapeutiques sont dues à un principe volatil essentiel. Des carbures d'hydrogène simples, oxygénés ou sulfurés, sont ordinairement l'agent actif de ces médicaments; ce principe leur communique leur arôme et une partie de leur saveur.

Les huiles volatiles sont le plus souvent dédoublables elles-mêmes en deux principes différents : un éléoptène, vraie substance huileuse et un stéaroptène, qui procède plus des graisses proprement dites . Bouchardat les a d'ailleiu^s parfaitement classées en 3 séries. La première comprend les simples carbures d'hydrogène. lies essences de la seconde série sont en outre oxygénées ou soufrées. L'azote et le soufre se réunissent aux

carbures d'Iiydrogène oxygénés pour consliluer les huiles volatiles du 3« groupe.

Que si maintenant, nous recherchons les propriétés physiologiques des myroliques étudiés dans leurs huiles essentielles y nous constatons les faits suivants , bien établis par Bouchardat : beaucoup d'huiles essentielles exercent une action des plus toxiques sur les plantes, les poissons et certains animaux annelés. Les végétaux dont les racines sont plongées dans un dix-millième d'essence de moutarde périssent après 24 heures ; 25 minutes suflisent pour tuer des sangsues. Une liqueur qui ne contient qu'un deux cent millième d'essence de moutarde a tué des poissons en 6 heures.

L'essence d'amande amère (privée d'acide cianhydrique, celles de fleurs d'oranger de cannelle, de valériane , de cajeput de girofle , empoisonnent également les plantes et les poissons à des quantités en quelque sorte infmitésimales. L'essence d'anis est peut-être la plus meurtrière sur les animaux d'ordre plus élevé et qui ne vivent pas dans l'eau ; l'action des huiles essentielles perd ce caractère d'extrême nocivité. Cela tient essentiellement, dit Bouchardat, au mode d'absorption: en efiet , les animaux qui vivent dans l'eau , quand ils sont placés dans un liquide saturé d'essences, sont dans les mêmes conditions qu'un animal à respiration pulmonaire, auquel on administrerait des essences par voie d'inhalation. Aussi, périssent-ils par asphyxie. Introduites dans l'appareil digestif, les huiles volatiles essentielles ne sont que peu ou point absorbées dans l'estomac. Ce n'est que dans l'intestin , avec une trèsgrande lenteur et très-incomplètement, que se faitcette absorption ; la plus grande partie est éliminée par voie excrémentielle, par les poumons et par la peau.

Toutes les labiées^ notamment les menthes, lavandes, thyms y sauges , Thysope , le serpdet permettent de préparer des alcoolats stimulants dont l'action est à la fois voisine des effets antispasmodiques et toniques.

Les alcoolats de mélisse , de lavande de menthe , de cannelle , sont de parfaits stimulants. Les services qu'ils rendent dans les syncopes, les asthénies du sys*^ tème nerveux, la rigidité cholérique, sont appréciés ^e tous les cliniciens. Sens ie nom d'Eau des CarmeSj on fabrique un alcoolat de mélisse composé, dont Tusage comme nervin stimulant est quotidien et en quelque sorte universel. Peur préparer cette eau des Carmes> on fait macérer pendant quatre jours dans 4 kilogram^ mes d'alcool à 32 degrés :

Mélisse fraîche en fleurs. . . . 75^) grammes.

Zestes de citron récent 121 —

Cannelle )

Girofle, \ a. a 64 —

Muscade ,

Racine d'angelique, \ a. a 52 —

Coriandre ,

On distille au bain-marie en ajoutant quelquefois 10 grammes d'ammoniaque liquide par litre d'alcoolat. L'association des labiées à l'alcool permet de préparer de la sorte : l'eau vulnéraire , le vin et le vinaigre aromatique, le baume d'opodeldoch , etc., etc.

n faut rallier à cette médication les bains dit de sels de Permis : un semblable bain est ainsi composé :

Bromure de potassium 1 gramme.

Carbonate de chaux. . .^ 1 gramme.

Carbonate de soude 300 grammes.

Phosphate dé soude 8 —

Sulfate de soude 5 grammes.

Sulfate d'alumine i gramme.

• — de fer 3 grammes.

On ajoute à ces éléments minéraux :

Huile volatile de lavande 1 gramme.

— de romarin. ... 1 —

— de thym 1 —

On y ajoute enfin 2 centigrammes de delphine, ou mieux , 50 grammes de teinture concentrée de staphisaigre.

La médication myrolique est complétée physiologiquement par plusieurs essences sulfurées de la famille des crucifères: raifort , cresson, chou , colza, etc., etc. Enfin, plusieiu^s amers aromatiques, tels que camomilles, absyntbes, sauges, houblon, cascarilles, angusture vraie , constituent un complément de cette médication. Ces derniers ajoutent aux propriétés de stimulation simple du système nerveux, des elTets anthelraynthiques et apéritifs dont il est fait grand cas , notamment dans la prophylaxie de l'enfance. Il convient enfin d'ajouter la feuille de noyer.

Nous admettons encore , sous la dénomination d'agents physiques et dynamiques des moyens thérapeutiques qui se rattachent à l'ordre des stimulants : plusieurs eaux minérales acidulés et carbonatées, la gymnastique et les exercices physiques qui s'y joignent, certaines applications de la médication hydrothérapique , l'électro-thérapie par courants induits , les inhalations d'oxygène , d'ozone d'ammoniaque , toutes les applications stimulantes du calorique , de la lumière , de l'électricité , du magnétisme , complètent ce genre.

Il sera parlé en détail des moyens hydrothérapiques dans les prochaines leçons, à propos des substitutifs.

Nous l'envoyons à Tordre qui va suivre, celui des excitateurs j le résumé de l'action physiologique de la médication électro-thérapique.

Notre classification résume comme suit la modalité physiologique des divers genres de Tordre des stimulants.

ModificcUeurs à la fois trophiques et dynamiques , névro-vasculaires , agissent par un mécanisme et des effets très-différents, selon la dose et le mode d' administration. Les stimulants se divisent en alcooliques , caféîques y balsamiques , myroUqu^ , et agents physiques. A dose fractionnée y T alcool est un véritable aliment compensateur.* Il ne s'élimine alors qu'après avoir fourni à la combustion par ses dédoublements , et métamorphoses. A dose mc^ssive^ au contraire, il tefhd à s^éliminer en nature , et peut provoquer alors, la cyanose, T asphyxie ^ la syncope, en s'interposant entre l'oxygène et l'élémefit nerveux : d^oû anoxémie. Son séjour prolongé dam le foie et l'encéphale, provoque, par ses propriétés déshydratantes, la déformation et T atrophie des éléments anatomiques : (oirrhose, atrophie des cellules et tubes nerveux, démence alcoolique). UaUool est en outre un agent anliputresdble , et il retarde les exosmoses.

Les caféîques sont essentieUement des médicaments d^épargne. Ils doivent notamment à leur composition richement azotée, de s'uHUser dans l'organisme assez complètement pour diminuer la production de l'urée. Les quantités de tannin et de principe volatil qu'ils peuvent contenir , établissent entré les divers caféîques des différences notables de propriétés. Le café, le plus complet des caféîques , retarde constamment le travail de désassimilation. Il diminue par là les combustions,

ce qui explique pourquoi 41 abaisse la température, tout en restant un tonique stimulant et un puissant anti-narcotique. Les balsamiques sont des modificateurs des sécrétions; ils agissent en vertu des principes de deux ordres bien distincts :qui les composent : d'une part f avec des résines y un agent voûuil essentiel j qui tendant à s'éliminer promptement par la muqueuse bronchique, amène la sédation^ et facilite T expectoration; d'autre part, les deux acides ^ benzol' que et cinnamique quij se transformant dans l'organisme en adde hippurique^ s'éliminent par les reins. D'où deux propriétés thérapeutiques importanU^ : anti-catarrheux et liihontripti^ues.

Les myroliques sont des modificateurs dynamiques et thermogènes ; ils exercent en outre sur la muqueuse gastrique j une ixction stimulante et tonique. Cette série de médicaments doit ses effets principaux à la grande diffusibilité et à 'l'élimination rapide des principes volatils essentiels qu'ils contiennent. Dans quelques-uns , un principe amer se joint à l'huile essentielle (amers aromatiques).

Un cinquième genre j les agents stimulants physiques , renferme tou^ les procédés de stimulation provoquée par l'application ordinairement externe d'àgents dynamiques ou mécaniques. Les papilles nerveuses distribuées à la surface des tissus épidermiques y ou des muqueuses , le développement de la contra^tilité musculaire y sont les instruments ordinaires de cette médication.

E. ËnliQ y Messieurs , nous reconnaissons sous le nom d'EXCiTATEURS , un cinquième ordre à la classe des hypersthénisants. Là encore , nous désignons une action générale , retentissant sur l'organisme physio-

logique tout entier , non pas seulement , une action partielle , locale , topique. Dans notre classification , où Vtm s'appKque à sérier les médications d'après des caractères naturels , aussi bien cliniquement que physiologiquement , sans recherche d'aucune innovation dans les mots ou les systèmes, les Excitateurs répondent à une division bien délimitée, et en complet accord avec le plan développé jusqu'ici. Nous réservons cette dénomination à des agents soit chimiques , soit dynamiques et physiques, qui ont pour eflet de surexciter les propriétés vitales , c'est-à-dire d'hypersthénîser , par un mécanisme tout spécial et naturellement défini; Les excttateurs sont pour nous des modifica^ leurs difnamiques de Vinnervation cérébro-spinale et de la myotilitéj dans le sens d'une sollicitation à un surcroit de fonctionnement physiologique.

Pour bien comprendre , Mes^eurs , la nécessité de cette division générale , pour légitimer celles qui précèdent dans ce cadre des hypersthénisants , il suffit de citer -dans chacun des ordres de cette classe , un médicament type. En efiet-; prenez la pq^sme, le quin^ quina , Taltin, Vulcoelf et la strychnine. Le premier de ces agents-, favorise simplement la sécrétion du suc gastrique ; le second tonifie tout • l'organisme ; le troisième exerce sur .les muqueuses et les tissus dénudés, une action uniquement topique qui se résume dans rastriction des chairs touchées; le quatrième répand dans tout l'organisme un principe dilTusible de calorification qui se convertit en aliment respiratoire ; le cinquième enfin , la strichnine , excite le pouvoir excito-moteur de la moelle. Ce sont bien là des ordres d'action absolument séparés et qu'il importait de sérier.

La plupart des auteurs confondent en les associant

Tuctiou stimulante et Taction excitante. Vous saisissez bien cependant. Messieurs , la différence essentielle qui les distingue aussi bien dans Tordre physiologique que dans Tordre thérapeutique. Les sthnulants sont toujours des modificateurs trophiques, le plus souvent directement , rarement par effet second. C'est Thématose , ce sont les fonctions de circulation et de respiration que les vrais stimulants incitent. Les excitateurs , 9f\ contraire y mpdiiicatears exclusivement mécaniques , donnent le cot^ de fouet au pouvoir réflexe excito-moteur de la mpejle, On pourrait les confondre plutôt avec, les irritants et les caustiques. Mais les irritants exercent ^ur les tissus une action de contamination chimique qui peut epitraîner leur désorganisatio^ : ou tout au moins^, ils provoquent par des effets directe la contracjtilité, dei^ faisceaux striés de la fibre musculaire, ^ms prendrç pour point d*appui nécessaire les nerfs, moteurs. Quant aux caustiques^ ce sont des agents de révulsion, exclusivement topiques, qui font plus que désorganiser , qui brûlent et détruisent les parties contaminées.

Delà , des indications thérapeutiques bien différentes^. En effet , tandis que les stimulants sont indiqués chaque fois qu'il faut fournir djii combustible et suppléer aux déperditions de calorique, (pneumonie ataxoadynamique, fièvre typhoïde , pyohémie , alcoolisme, choléra morbus) , les excitateurs conviennent contre les paralysies médullaires , surtout celles où les parésies motrices sont sous la dépendance de lésions de la sensibilité. Us conviennent encore si Talonie vasculaire et motrice prédomine, dans les cas d*hémorrhagies passives, d'inertie contractile des fibres lisses. C'est ainsi que la scialique , la sclérose des faisceaux

poslérieurs de la moelle , les paralysies hystériques ou rhumatismales , Tatrophie musculaire , Tanesthésie généralisée; d'un autre côté^ ils portent leur action thérapeutique sur les extrémités des vaisseaux capillaires parésiés et donnent lieu par suite à des hémorrfaagies souvent incoercibles : ils rétractent la fibre et contractent le musde.

L'ordre des excitateurs ainsi défini et compris, donne lieu à une division naturelle en trois genres : les téta^ niques j les ergotiques , et les excitateurs physiques et mécaniques. Deux mots d'abord des tétaniques.

Les agents principaux dp ce genre sont tirés de la famille des loganiacéeSy tribu des strychnos. Us comprennent : la noix vomique et la fève de Saint-Ignace, et agissent surtout par leurs alcaloïdes, (strychnine , brucine, igazurine.) U convient d'y joindre la picrotoxine, ( C«» H*^ 0* ). Ce principe très-voisin des alcaloïdes est foufiii par la coque du levant, menispermum cocculuSj fruit d'un arbuste de la côte de Malabar.

Les tétaniques ne sont tels, que lorsque leur action physiologique, est portée à une dose toxique. Le mot n'en reste pas mçins comme caractéristique de la médication : toute incitation des nerfs moteurs qui, se propageant jusqu'aux faisceaux des muscles striés, provoque de la contraction musculaire et peut aller jusqu'à la convulsion tonique, relève du genre des tétaniques.

La strychnine est le type des agents tétaniques : c'est essentiellement un excitateur du pouvoir réilexe de la moelle. Ce sont en effet, comme l'ont établi les belles recherches de Cl. Bernard , les centres médullaires qui sont atteints par les strychniques. Les muscles de la vie organique, les fibres lisses, ne reçoivent

— oêi —

que secondairement rimpalsioo excitatrice, alors qu'elle s'est absolument généralisée. L'expérimentation a démontré que la strychnine n'agit directement ni sur les muscles m même sur les nerb moteurs , mais premièrement sur le centre excito-moteur de la moelle, qui préside aux moavements réflexes, c'est-à-dire aux mouvements qui s'accomplissent sans aucune espéœ de concours de la volonté, sous la seule impulsion d*une incitation sensitive inconsciente.

M. le professeur Vulpian, dans un cours professé en 1865 au Muséum d'histoire naturelle, a exposé clairement le mécaoisme des agents excitateurs et en particulier des strychniques, en étudiant les causes qui exaltent ou diminuent le pouvoir réflexe.

Il faut citer les noms de Magendie, Van-Deen, Marsali-Hall, Q. Bernard, Broiim-Séquard,. S tannins, Martin Mugron, Gùbler, Buisson, et Jacubo^îtich, parmi les expérimentateurs qui ont le mieux observé l'action physiologique de la strychnine.

Si l'on prends dit Viûpian, deux animaux, une grenouille et un cochon d'Inde et qu'on injecte sous leur peau de la strychnine , le contactle plus léger sufiitpour provoquer des convulsions. Que l'on coupe en travers avant d'empoisonner ces aniipaux, tous les muscles extenseurs d'un des membres, postérieurs , et l'on verra lorsqu'éclateront les convulsions du slrychnisme , les divers segments de ce membre se fléchir convulsivement les uns sur les autres , tandis que l'autre membre postérieur offrira l'extensipn spasmodique ordinaire.

£n résumé , et d'après des expériences nombreuses que nous ne saurions'reproduire ici , la strychnine nV git pas directement sur les fibres musculaires. Car si

Ton isole ces fibres deslilets nerveux qui provoquent leur contraction, Talcaloide en contact avec le muscle le laisse inerte. C'est même vainement qu'un nerf moteur isolé de la moelle est empoisonné par la strychnine ; aucun tétanisme ne se produit encore. La strychnine n'agit pas plus sur les nerfs sensitifs que sur les nerfs moteurs séparés de Vaxi médullaire. Seule Texcitabi* lité de la substance grise de la moelle est exaltée par cet alcaloïde ; et alors , dit Vulpian , la moindre irritation d'un nerf sensitif , détermine des réactions exagérées comme étendue et comme intensité.

Qu'une seule racine postérieure soit laissée intacte chez une grenouille , et ^ toutes les racines antérieures des nerfs spinaux ont été respectées , l'irritation du nerf qui correspond à cette racine y suffira pour ébranler la substance grise dans toute la longueur de la moelle et pourrra donner lieu à des mouvements réflexes de la totalité du corps.

Telle est en réalité l!action physiologique de la strychnine.

Et maintenant quelle est la raison de cette affinité des strychnos pour la moelle? Gublër dit à ce sujet très-ingénieusement : « Il est permis de voir une des conditions de cette affinité élective pour le oentre spinal, dans une circonstance dont l'influence se fait également sentir pour d'autres intoxications ; je veux parler de l'élimination du poison , effectuée probablement par le liquide céphalo-rachidien , lequel, étant exempt d'albumine , restituerait à l'alcaloïde la Uberté d'action qu'il avait momentanément perdue dans le sang ».

Nous avons déjà noté que l'action de la strychnine , pour peu que l'intoxication soit prolongée , peut s'étendre aux nerfs et aux muscles de la vie organique^

De là, rexplicationdeseiïetsde stimulation et de tonicité obtenus par l'emploi de la noix vomique dans certaines paralysies atoniques des (ibles lisses.

Les strychniques sont employés thérapeutiquemeot pour réveiller Taction nerveuse soit géùéralement, soit localement Généralement^ les paralysies atoniques de la moelle , la paralysie rhumatismale, Timpuissance génitale par amyosthénie des muscles, de la région , le délirum tremens , bénificient d'une administration intelligente de la strychnine. Localement^ la strychnine convient contre les paralysies du col de la vessie, celles des mucles de Toeil II y a certaines formes de gastralgie atonique que de très-petites doses de strychnine ont améliorées.

Le deuxième genre de Tordre des excitateurs est celui des ergotiques.

L'ergot de seigle et l'ergotine en sont les principaux représentants.

L'ergot de seigle est un champignon à pointe recourbée qui présente trois arêtes émoussées. Il est long de 2 à 3 centimètres, large de 1 à 2 millimètres. Sa couleur est noire, surtout extérieurement; il se développe dans le seigle comme un produit morbide ; on retrouve son analogue dans plusieurs autres graminées. On aretiré de l'ergot de seigle trois alcaloïdes : Yergoline Vécholinej et la trimethy lamine. On ne connaît rien de l'écholine ; la trimelhylamine est aujourd'hui utilisée contre le rhumatisme ; seule , l'ergotine doit ici nous occuper.

Cet excitateur puissant doit être plutôt employé en nature, que par son alcaloïde principal, sur la composition^duquefon n'est pas d'ailleurs parfaitement d'accord^: car il existe dans les pharmacies deux ergolines

celle de Wiggers, substance pulvérulente, d*un rouge brun, très-amère, insoluble dans Teau, les acides étendus et Téther, mais soluble dans la potasse caustique et dans l'adde acétique Concentré. Elle est obtenue en traitant par Féther et l'alcool. Quant à Tergotine de Bonjean» c'est simplement un extrait aqueux de Tergot de seigle.

L'une comme l'autre de ces deux préparations exduent une huile spéciale renfermée dans l'ergot, et que Bonjean a déclarée nuisible; succeptible seulement d'effets toxiques, nullement des propriétés tociques qui sont la vertu thérapeutique de l'ergot. Mais Schroff et Hdmes affirment au contraire que cette huile produit des effets physiologiques du genre de ceux qui ont fait distinguer l'ergot comme un médicament de premier ordre. Dans ces conjonctures , et vu la conformation fournie par les cliniciens, il CQnvient de préférer dans la pratique l'ergot à l'ergotine , surtout comme agent tocique. Que si Ton vise à combattre la résorption purulente , après traumatisme , l'ergotine de Wiggers ou même celle de Bonjean , semblent au contraire préférables, parce qu'il faut alors continuer la médication plusieurs jours , et que , dans ce cas , l'empoisonnement par ergotisme parait moins à redouter par l'ergotine que par l'ergot.

Les propriétés thérapeutiques de l'ergot de seigle se déduisent rigoureusement de son action physiologique. Cette action se résume ainsi :

Injecté par les voies digestives , à la dose de 50 centigr. s'il s'agit de l'ergotine, de 2 grammes s'il s'agit de l'ergot , cet agent suscite la sécheresse de la gorge puis quelques nausées. Le ventre devient douloureux ; la face pâlit , la peau se décolore ; la papille se dilate , en

même temps que le pouls devient petit et* se ralentit. Il suffit, Messieurs, de se rappeler les effets des solanées vireuses , surtout de l'atropine pour remarquer une grande analogie outre ces deux actions. Les uns comme les autres, en effet, sont des narcotico-àores, qui stimulent les fibres lisses , à la suite d*i!kn incitation du système nerveux sympathique. En même temps ils provoquent de l'oUghétnie céphalique , d'où la possibilité de convulsions et d'hallucinations. Ces accidents, lorsque le pain de seigle a été mal cuit et est consommé en abondance, peuvent aboutir à la maladie connue sous le nom d'ergotisme, et qui faisait de si nombreuses victimes , avant les progrès de l'industrie appliqués à l'agriculture, avant une plus grande moyenne de bien-être dans l^s classes laborieuses ; ce qwi, en partie a remédié au mal. C'est cet état qu'on: appelait autrefois feu sacré ou feu de St^Antoîne. Il se traduit par deux syndromes, la convulsion et la gangrène. Dans la première , on observait un fourmillement des extrémités , des vertiges , une grande excitation médullaire , et chez les femmes , l'avortement. Dans la seconde les ravages étaient vraiment terribles. Les extrémités d'abord , et surtout les orteils, devenaient le siège d'un sphacèle, tantôt sec, tantôt ulcéreux ; puis, disent les chroniqueurs du moyen-âge, îe mal s'étendait et les membres tombaient par-lambeaux tantdtputréfiés et ramollis, tantôt desséchés et momifiés. On voit par là que si l'ergot de seigle est un agent puissant , il est aussi un médicament qui demande à être manié prudemment , surtout si l'on en veut poursuivre l'usage pendant plusieurs jours.

Mais revenons à l'action physiologique normale. En même temps que le pouls devient plus lent, la

presston augmente dans les artères « les veines et capillaires sanguins. En même temps, l'émission des urines est acrue. La lactation, peut être supprimée, et les sueurs diminuent toujours. La plupart des physiologistes et des observateurs cliniciens avaient induit du ralentissement de la circulation d'une part et de la cessation des hémorrhagies d'autre part, que la propriété dominante de l'ergot en tant que combattant la résorption purulente, devait être de fermer en quelque sorte la porte au globule de pus en diminuant jusqu'à un degré extrême le calibre des vaisseaux capillaires. Cette induction rationnelle a reçu sa démonstration expérimentale depuis peu de temps seulement. C'est en 1860, ditRabuteau qu'un jeune savant américain prématurément enlevé à la science pendant le siège de Paris , a fait des expériences pleines d'intérêt à ce sujet, n a examiné sur le microscope la memhrane^ interdigitale , la muqueuse linguale d'une grenouille, le mésentère d'un lapin , sous l'action du seigle ergoté, et il a toujours vu le calibre des artérioles diminuer alors considérablement.

Un fait non moins capital que celui de fermer l'entrée au pus par son pouvoir astrictif et contractile sur les capillaires sanguins , est la propriété d'agir sur les fibres lisses , notamment sur celles de l'utérus, en les contractant d'une façon véritablement élective, avec une rapidité et une puissance merveilleuses. Il importe aussi de constater les propriétés mydriatiques de l'ergot et de rechercher si le mécanisme par lequel se produit cette dilatation pupillaire n'est pas distinct de celui qui appartient à l'action de la belladone. Or, c'est là une question difficile, parce que pour la traiter à fond , il faudrait posséder la solution de plusieurs

problèmes physiolo^ques que rexpcrimen talion n*a pas encore suffisamment élucidés.

Deux faits dominent l'histoire physiologique de Tergotine : la propriété de contracter fortement, sûre* ment les fibres lisses en général , et beaucoup plus spécialement, celles de Tutérus , surtout de Tutérusi Tétat de gestation ; et la propriété non moins certaine de contracter aussi les capillaires sanguins au point de provoquer une anémie, véritable en supprimant Firrigation dans les milieux intérieurs des tissus. Mais Tergotine exerce aussi d'incontestables effets sur Tinnervation générale, spécialement sur le pouvoir réflexe de la moelle. On connaît les expériences cliniques de M. Duboué (de Pau), coupant la fièvre intermittente par Tergot. Nous avons répété plusieurs fois ces exfè-^ riences aux salles 13, 14 et 8 de Fbôpital St-André. Si les résultats sont loin d'avoir la netteté et la spédfité du sulfate de quinine , ils n'en sont pas moins réels. D'un autre cdté , on connaît les accidents vertigineux ou comateux, les Jiallucinations , las phénomènes de contracture presque tétaniformee liés i l'empoisonnement ergotique. Impossible de méconnattre là une propriété sur l'innervation, notamment celle de la myotilité.

Je ne sache pas , enfin , que la science soit en possession d'aucune expérience démonstrative, prouvant que l'ergot appliqué sur la fibre musculaire , lisse ou striée , el absolument isolée de tout rapport avec la filets nerveux moteurs , possède comme la vératrine la propriété de faire contracter directement cette fibre. C'est pourquoi, Messieurs, nous estimons que M. Rabuteau va trop loin quand il fait de l'ergot un ag^t direct et sans intermédiaire nerveux sur la fibre lisse.

Il faut reconnaître toutefois qu'on peut expliquer la mydriase pupillaire, les vertiges céphaliques , et même la perturbation médullaire que trouble le génie fébrile intermittent, par l'action mécanique de l'ergot sur les capillaires, en rétrécissant leur calibre au point de priver les centres nerveux du contact avec le sang oxygéné. Uergot peut en effet produire secondairement tous les troubles nerveux portés à son actif. Mais, par contre, il ne faut pas répudier à ce point la théorie naguère encore si en vo^ue des actions vaso-motrices, qu'on oublie que par une stimulation énergique et élective de tout le système sympathique , les deux grandes propriétés de l'ergot s'expliquent par- Mtement : à savoir la contractilité des capillaires sanguins et la rétraction des fibres lisses. Nous conclurons donc sur ce sujet difficile en disant : que l'ergot de seigle agit à la fois sur les capillaires sanguins qu'il resserre; sur les fibres lisses qu'il contracte, el sur le système nerveux sympathique qu'il excite. Les troubles nerveux peuvent être à la fois la cause et TefTet des phénomènes de contractilité vasculaire et myosique : la cause , parce que Tincitation des filets sympathiques resserre les vaisseaux et contracte les fibres ; l'effet , parce que l'anémie des centres nerveux consécutive à l'astriction vasculaire, peut engendrer les vertiges, le coma, les convulsions. Quant à la dilatation de la pupille , elle s'expliquerait également par une parésie de l'anneau ciliaire sous le commandement des nerfs céphaliques , et par une excitation des fibres radiées sous l'incitation des filets sympathiques émergés du ganglion ophthalmique.

Ainsi étudiée et comprise, l'action physiologique de de l'ergot seigle donne facilement la clef de ses pro-

priélés thérapeutiques. Les hémorrhagies capillaires, rinertie de l'utérus , les congestions de la moelle et du bulbe , la périodicité fébrile, la résorption purulente , les paralysies musculaires, fournissent autant d'indications à l'emploi raisonné de la médication ergotique.

Il nous reste encore^ Messieurs, un troisième genre de l'ordre des excitateurs à étudier : c'est celui que nous avons dénommé excitateurs physiques et dynor miques. L'électro-puncture, l'acupanclure, lesfirictioiis excitatrices, certains moyens empruntés à l'hydrothérapie, à la gymnastique, l'emploi de certaines eaux trésexcitantes,telles que celles d'Âulus, de Balaruc,rentrent dans cette catégorie. Mais en étudiant les médications substitutives , irritantes et révulsives , nous comblerons cette lacune. Je veux ici simplement dire un mot de la médication électro-thérapique, parce qu'elle repose essentiellement sur la base des actions excitantes. N'oublions pas en effet qu'un des grands distincts que nous avons admis pour différencier l'excitation de la de la stimulation, c'est, pour l'excitation, im pouvoir spécial sur les centres nerveux sensitifs et moteurs. Or, parmi les agents dynamiques et physiques aucun ne repond mieux à ce rôle que l'électricité médicale.

Du Bois-Raymond, comme physiologiste, et Duchène, ( de Boulogne ) comme clinicien , ont véritablement créé en France la médication électro-thérapique. Le premier, par des expériences d'une haute originalité a démontré l'existence dans Thomme et les animaux d'un agent nerveux très-semblable à l'électricité des métaux, quoique distinct par des caractères importants. Cet agent a été nommé par du Bois-Raymond, Vélectrotone : le second a réalisé des cures nombreuses et confirmées, par l'emploi de l'électricité dynamiques, en

courants saccadés, induits, et continus. Bien avant, et dès le 18"^ siècle , en Italie, en Allemagne, l'électricité statique avait été tour à tour préconisée et abandonnée. De nos jours les travaux de Remak, Pflûger, et plus récemment encore les belles retherdies d'Oràmus et Legros, ont constitué l'électro-thérapie en médication de premier ordre.

On divise aujourd'hui les moyens électro-thérapiques en courants saccadés et courants continus.

Les appareils à courants saccadés, ou d'induction^ sont principalement représentés par les instruments très-connus de GaifTe, Morin, Rhumkorf, Trouvé, Mangénosi, Breton, Duchène, etc., etc.

Les courants continus sont plus facilementsupportés. Ils proviennent directement de la pile. Les piles de Daniell, de Callaud, modifiées par Trouvé, de Marié- Davy, servent surtout aux courants continus. Tandis que les courants induits ont une action topique localisée^ brusque par ébranlement moléculaire des éléments anatomiques, les com^ants continus se répandent profondément et en douceur, agissant presque autant chimiquement que dynamiquement, toujoure dans le sens du pôle positif au pôle négatif : ils oiientent en quelque sorte selon la direction du courant, plutôt qu'ils n'ébranlent la molécule organique.

Que si, maintenant, nous étudions l'action physiologique des courants électriques^ nous constatons que les effets varient selon que les courants sont induits et saccadés, ou continus. On a constaté sur les tissus transparents de certains animaux (oreille du lapin, membrane interdigitale de la grenouille ) , que les courants induits diminuent le calibre des vaisseaux sanguins ; et par suite, rendent l'afflux du sang moins

abondant au sein des parenchymes. Onimus et Legros ont prouvé que cette action atrésique peut aller jusqu'à supprimer complètement l'irrigation hématique. Du moins, ce résultat est toujours obtenu quand on agit soit sur des nerfs mixtes , soit sur des filets sympathiques j dont le rôle , on le sait , est essentiellement vasomoteur. Mais si Ton applique le fil conducteur sur un nerf sensitif isolé , l'action contraire se produit ; les 'Capillaires sanguins se dilatent et les tissus de la région se congestionnent de sang. C'est la confirmation de la grande loi découverte par Cl. Bernard, loi qui établit un équflibre par antagonisme des deux systèmes nerveux 9 de teUe sor te que la parésie de l'un répond toujours à la surexcitation de l'autre , et réciproquement. On peut dire cependant d'une manière générale , que l'appUcation modérée des courants induits , hâte la circulation des capillaires en incitant l'action vaso-motrice. Toutefois , si l'on dgit seulement sur les nerfs sensitifs , à l'aide d'électrodes secs, tels que le pinceau métallique en fils de laiton, la circulation est activée par dilatation, et la température s'élève.

Emploie-t-on au contraire des courants continus? Charles Robin a démontré qu'alors il y a turgescence des vaisseaux et vascularisation plus grande. lia conclusion de MM. Legros et Onimus au point de vue de la circulation est la suivante : Le courant centrifuge ou descendant, dilate les vaisseaux, tandis que le courant centripète ou ascendant^ les contracte.

Tout le système nerveux est excité par le contact des électrodes. Dans l'appUcation des courants continus ascendants et descendants , on observe ce qui suit, par rapport aux nerfs de la périférie : le courant ascendant excite particulièrement les nerfs sensitifs : le

courant descendant agit plus spécialement sur les nerfs moteurs.

En ce qui a rapport à la contractilite musculaire par Tintervention électrique, Fexpérimentation a prouvé ce que les courants induits contractent promptement, énergiquement , et d*une manière prolongée , les muscles striés. Quant aux fibres lisses, la contraction produite par les courants induits , n'est bien sensible qu'au point de contact des pôles avec le muscle.

Les courants continus ne contractent les muscles qu'au moment où Ton ouvre et à celui où Ton ferme le courant. C'est surtout quand on ferme ce dernier , que la contraction se manifeste plus sensible. En un mot, les courants continus n'exercent sur les muscles qu'une action toni-stimuiante , tandis que les courants induits les contractent avec sur excitation violente.

On comprend maintenant dans combien d'états morbides graves l'électro-thérapie est appelée à rendre de réels services.

Toutes les affections nerveuses paralytiques, périfériques ou centrales donnent lieu à ses applications. Mais le maniement de la médication est toujows délicat, et souvent difficile. Les courants induits conviennent surtout dans l'anesthésie. Les courants continus, dans rhyperesthésie. On doit toujours tenir compte, dit Rabuteau , de la direction des courants notamment dans les névralgies. On mettra le courant positif sur la moelle , ou au point d'émei^nce des nerfs ; le pôle négatif, sur la région hypéresthésiée un peu au-dessous du point le plus douloureux.

Dans l'atrophie musculaire, on doit associer les courants induits et les courants continus : les premiers dissent sur les nerfs , les seconds sur les muscles.

L'action des courants électriques sur le Irophisme général par une activité plus grande des phénomènes d'hématose, se comprend très-bien. L'atrophie musculaire est essentiellement la maladie de choix pour l'emploi de rélectro-thérapie. Car l'application des élec- ' trodes favorise à la fois la nutrition des tissus, l'incitation nerveuse et le pouvoir contractile de la fibre •musculaire. Or ce sont précisément là les trois ordres ^ de fonctions dont la suspension prolongée produit l'atrophie.

En dehors des névralgies localisées et des névroses paralytiques générales sous la dépendance d'une lésion de l'encéphale , il convient de nommer parmi les maladies nerveuses que l'on combat par Pélectro-thérapie, l^taxie locomotrice, la paralyse infantile , l'irritation spinale, l'hystérie, lachorée, etc., etc. Ce serait à tort que l'on considérerait la médication électrotonique comme une panacée à l'endroit du nombreux cortège de maladies pour lesquelles elle paraît indiquée. Certes, sous la main habile de Duchène (de Boulogne ) , et de son école, cette médication a pu prendre rang parmi les moyens vraiment scientifiques, mais l'abus systématique qui en est fait en dehors de l'exploitation des charlatans', doit être signalé. L'atrophie musculaire, la paralysie des extenseurs dans les intoxications métalUques, voilà les deux états pathologiques ayant trait à la myotiUté et contre lesquels rélectrothérapie est véritablement indiquée. Les névralgies locahsées , avec hypéresthésie ou anesthésie , certaines atteintes rhumatismales chroniques , se trouveront encore très-bien de cette médication. Mais on peut dire avec vérité que trop généralement, les effets heureux donnés par Tapplication de cette méthode ne sont pas

de longue durée, el ne résistent pas aux récidives. Les moyens stimulants de Thydrothérapie sont les vrais synergiques de Télectro-thérapie. Nous allons bientôt parler de la première.

11 est temps de terminer ici notre onzième leçon par ces données sur les excitateurs. Notre classification résume comme suit la modalité physiologique de cet ordre.

Modificateurs dynamiques , influent spécialement sur Vexcitdbilité sensitive et motrice médullaire ou périférique :

Soit comme les tétaniques, en agissant spécialement sur le pouvoir réflexe excito-moteur de la moelle, et en provoquant des décharges d'influence nerveuse dont raction clonique porte premièrement sur les musdes striés et s'étend secondairetnent sur les fibres lisses.

Soit comme les ergotiques , modificateurs myosthéniques j excitant la contractilité des capillaires y des fibres lisses et spécialement de celles de Vutérus. Mydriatiques par cotitraction des fibres radiées , ils s'opposent, aux hémofrha^ies en resserrant le calibre des capillaires; par ce mécanisme^ dans la résorption purulente^ à la suite de traumatisine, il peuvent s'opposer à la pénétration du globule de pus , et se comportent comtne de puissatits anti-pyohémiques. Secondairementf exercent sur Vencéphale et la moelle^ une actian décongestionnantCy et même anémiante : d'où, des propriétés antifébricitantes ;

Soit enfin comme V électricité^ Vhydro-thérapie, en provoqant le réveil de V excitabilité réflexe à Taide de moyens physiques.

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