AN
Mt
RSR > Hi 2 D
Fig, 78, — Amaurose à droite,
galopsie ; pas de diplopie monoculaire. L’odorat est obnubilé du côté droit. Rien à noter relativement au goût et à l’oute. Il n’y a pas de points ou plaques hystérogènes.
Nous ne sommes pas encore tout à fait renseignés sur la forme que présentent les attaques convulsives qui se reproduisent chez lui de temps à autre, assez fréquemment, paraît-il, depuis six ou sept ans. Il en a eu trois ou quatre seulement depuis son entrée à l'hôpital. Voici d’après la relation des gens du service qui ont assisté à quelques-unes d’entre elles ce qu’on a observé généralement. Ces attaques se sont régulièrement produites toutes vers quatre ou cinq heures du soir. Il y à une aura : le malade se plaint de mal de tête, de confusion dans l'esprit, de tristesse ; il ressent des battements dans les tempes et des bruits d'oreille épouvantables : tout cela dure environ une demi-
He
heure. Après quoi, s'il n’a pas pris soin de se coucher, il tombe à terre, tout à coup, comme une masse, alors surviennent les convulsions épileptoïdes, toniquesd’abord, puis cloniques: il ya de l'écume à la bouche,pas de morsure de la langue, pas d'urination involontaire. Un léger stertor termine la scène; après cela, le malade revient à lui assez rapidement et se relève en se frottant les mains et en se grattant la poitrine, comme si la peau de ces parties était le siège d’une vive démangeaison.
D'après la description que nous venons d'en donner, ces accès doivent être considérés comme représentant une anomalie prévue et classée des attaques hystéro-épileptiques, consistant en ce que la période dite épileptoïde se présente à l’état d'isolement, ou en d’autres termes n’est suivie, contrairement à la règle du type, ni de la phase « des grands mouvements » ni de celle « des attitudes passionnelles ». Vous savez qu’à ne les considérer qu’en elles-mêmes et indépendamment des circonstances concomitantes, ces attaques ainsi réduites à la phase épileptoïde, ne sauraient être distinguées de l’accès comitial qu'en ce qu’elles sont précédées d’une aura caractéristique plus ou moins prolongée et que, suivant une règle qui souffre cependant quelques exceptions, la morsure de la langue et l’urination involontaire y font défaut.
Mais d’après les renseignements que nous avons recueillis auprès du malade lui-même, notre homme aurait de temps en temps alternant avec les précédents d’autres accès qui rappellent exactement cette fois l’image classique de l’attaque épileptique, à savoir : apparition plutôt la nuit, début soudain sans prodromes, morsure de la langue, urination involontaire, stertor prolongé, abrutissement au sortir de la crise, etc., etc. Si cela est réellement, il s'agirait, vous l'avez compris, d'hystérie et d’épilepsie coexistant chez notre homme, mais vivant chez lui en quelque sorte séparément, côte à côte, sans promiscuité; combinaison qui dans la nomenclature, depuis longtemps usitée dans cet hospice, est désignée sous le nom d’hystéro-épilepsie à crises séparées.
Après cet exposé des faits, il ne sera pas hors de propos, Messieurs, d'indiquer sommairement, en manière de résumé, quelques-uns des principaux enseignements qui en découlent.
J'ai placé devant vos yeux une malheureuse créature sans intelligence, sans mémoire et sans jugement ; faible aussi moralement, bien entendu, etémotive; manifestement marquée en un mot au sceau de la dégénérescence mentale, telle que Morel l’a comprise. Vous avez vu notre homme, pendant une bonne partie de son existence,placé constamment sous le coup des impulsions morbides qui plusieurs fois l’ont poussé à l’accomplissement d'actes délictueux; puis livré à lui-même il mène une vie errante, vagabonde et exerce des professions à peine avouables, Sur ces entrefaites l'alcoolisme était intervenu, et sur ce fonds admirablement préparé pour en favoriser et en grandir l'action, il exerce des ravages. C’est alors que, sous l'influence puissante de cet agent
provocateur, l'hystérie apparait avec les attaques et Les stigmates qui lui sont propres, puis aussi peut-être, du même coup, l’épilepsie avec les accès qui ia caractérisent.
Voilà certes une série d'événements qui se succèdent et s’enchainent suivant les lois d’un déterminisme implacable ; et, dans cette évolution en quelque sorte logique, des épisodes pathologiques rien n’est fait, j'en suis sûr, pour vous surprendre, préparés que vous êtes à en comprendre la raison, par nos études antérieures.
Comment le médecin pourra-t-il espérer intervenir utilement dans cette
“triste affaire : peut-être autrefois, eût-on pu tenter d’opposer une digue aux
envahissements successifs du mal; mais, aujourd'hui que les destinées sont
“ accomplies,le mieux sera, je pense,de chercher à obtenir l'admission dumalheu- “reux « homme sauvage » dans un asile où il trouvera protection contre ses
ME a M
propres écarts eu même temps qu'il sera mis dans l'impossibilité de nuire aux autres.
… J'en viens au second malade du groupe. C’est un pauvre diable, âgé de vingtquatre ans,portant lenomdeRo...eau.Oh! Ia nature,la nature immorale comme Certains philosophes pessimistes l’appellent, ne l’a pas ménagé. Lui aussi est un dégénéré, et cette fois l'hérédité nerveuse nous sera facile à établir. Son intelligence est faible,pour ne pas dire plus ; il n’a jamais pu apprendre à lire ; Sa marche est génée par l’existence de deux picds-bots congénitaux et on lui
voit au cou de nombreuses traces de scrofule. De plus, il bégaye horriblement
Le dre A nd ee
comme vous aurez dans un instant l’occasion de le constater. Cependant, mal-
gré cela, avec la permission des autorités compétentes, il vit de la profession de chanteur des rues, dans la banlieue de Paris. Voyez, il porte constamment dans sa poche son pauvre livret de licence, sale, crasseux « à vous tirer des
larmes. » Quand il parle, il ne peut pas assembler deux mots de suite, tant il
- bégaye; mais quand il chante, quand il chante «la Fauvette » par exemple
= car par une ironie du sort, c’est la tendre romance qu'il cultive spécialement — c’est une autre affaire ; cela va tout seul, paraît-il, et sans accrocs. Il est donc abasique, si vous voulez, de la langue et des lèvres pour l'arti- Culation parlée, il ne l’est plus quand il s’agit de l'articulation chantée ; fait bien connu du reste.
C'est ainsi qu'il gagne sa vie, bien maigrement, couchant par-ci par-là, pour quelques sous, dans des garnis infimes, et quelquefois aussi pour rien à la belle étoile. Ilraconte avec emphase que, pendant un mois,1l a occupé une Chambre qu'il a payée dix francs, oh! c'était du luxe ! Les affaires allaient si
cie dans ce temps-là ; il ne s’est plus, depuis lors, jamais trouvé à pareille fête.
Dans la règle il ne mange pas tous Les jours à sa faim. Il ne gagne guèré chaque jour, en effet, plus de vingt sous et encore faut-il compter sur J4 morte-saison.
Malgré tout, Messieurs, c’est un garçon placide, rangé, résigné, plutôt bienveillant et j’ajouterai inoffensif, ou il me tromperait forl. |
Les choses ont été pour lui, tant bien que mal, jusqu’à il y a deux mois. 4 cette époque il a commencé à s’affaiblir considérablement et, en même temps sont survenues des attaques qui n’ont pas cessé depuis de se reproduire de temps à autre. Telle est la raison pour laquelle il est venu demander son admission à la Clinique. +
Voici du reste son histoire : son père avait pour profession d’aller chercher des champignons dans les bois des environs de Paris, surtout à Meudon. II bégayait encore plus que son fils ; c’est dire qu'il pouvait à peine parler C'était un ivrogne abominable, méchant, qui ne cessait pour ainsi dire pas dem battre sa femme et ses enfants. La pauvre malheureuse était, paraît-il, très ner veuse. Elle est morte pendant le siège. <
Après la mort de sa mère, l’enfant fut réduit à mendier dans les rues dem Paris et, bientôt ramassé sur la voie publique, il fut interné à Mettray. Le seuil incident pathologique à signaler chez lui, avant son internement, c’est une chute soudaine avec perte de connaissance, dont la durée aurait été d'une heure, survenue au moment où, pendant le siège, une bombe éclatait non loi de lui. Il était alors âgé de cinq ans. Pendant son séjour à Mettray,il n’a] st
Le
été malade. Il dit n’y avoir jamais souffert ; il trouve seulement que la viande y était fort mauvaise, et assure que généralement parmi les détenus, personne ; n’en voulait manger. Aujourd'hui depuis qu'il est libre, il n’en mange pas beau coup plus ; cela coûte trop cher. On a essayé de l’instruire, mais il avait, dit il, « la tête trop dure » ; il n’a jamais pu rien apprendre. |
Il a été libéré à l’âge de vingt et un ans, il y a donc trois ans de cela. C'est depuis cette époque qu'il exerce le triste et peu lucratif métier que vous savez En somme,on peut dire que depuis ce temps il vit littéralement dans la misère ne mangeant guère que du pain, et encore pas tout son soûl et ne buvant que de l’eau. Pendant les premières années, sa constitution a resisté aux effets de ce déplorable régime ; mais il y a dix mois la dépression physique est survenue et c'est vraisemblement sous son influence que, la prédisposition héréditaire aidant, l’hystérie a paru.
Elle est représentée chez notre malade sous ses deux grands aspects. Les stigmates permanents consistent en une hémianalgésie gauche avec légère obnubilation du sens musculaire du même côté : fait remarquable mais qui n’est pas sans exemple, le champ visuel de ce même côté gauche est normal
tandis que du côté droït,il est rétréci à 50°. En même temps,encore de ce côté-
là, il y micromégalopsie et dyschromatopsie ; pas de diplopie monoculaire.Le goût et l’'odorat sont manifestement obnubilés à gauche.
Fig. 79.
. La peau du scrotum à gauche est très sensible à la moindre pression; le testicule correspondant est plus douloureux encore et quand on comprime un peu fortement soit le testicule lui-même, soit les téguments qui le recouvrent, … Le malade éprouve la sensation de quelque chose qui lui remonte vers la Poitrine et vers le cou où il éprouve un sentiment de suffocation.A ce propos,
je ferai remarquer que Ro...eau n’est pas, tant s’en faut, un libidineux : il n'est nullement tourmenté par les désirs charnels et il n’a eu de rapports sexuels qu'une seule fois, et encore ?
Un autre point hystérogène existe au niveau de la fosse iliaque droite : il est situé profondément et il faut soumettre la région à une compression un peu
Fig. 81. — Champ visuel de l'œil droit, celui de l’œil gauche est normal.
forte pour déterminer les phénomènes de l'aura. Cette région devient doulou=«
reuse au moment où se produit spontanément la sensation d’aura qui précède les attaques convulsives.
La première de ces attaques s’est produite en juin 1888, sans cause occasionnelle connue ; il n’avait été ni ému, ni eftrayé, ni contrarié. Elles n'ont pas cessé de se reproduire depuis, de temps à autre,assez fréquemment. Ce sont, en somme, des attaques classiques précédées d’une aura qui part tantôt de la fosse iliaque droite, tantôt du testicule gauche, tantôt de la jambe droite, tantôt de ces divers points en même temps. La période épileptoïde est en gé= néral très courte; le perte de conscience incomplète. Il n’y a pas de grands mouvements, si ce n’est une esquisse assez nette de l’arc de cercle; pas d’attitudes passionnelles. Les accès sont en général isolés, et ne durent pas plus de
huit à dix minutes en tout. Une fois, à la suite d’une de ses attaques, le mas
ladea été frappé d’une hémiplégie gauche incomplète avec légère contracture de la main, tandis que le membre inférieur gauche, flasque, trainait sur le sol à