‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 112 sur 174 · Sestier t., I, p · texte numérisé non relu

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ou mieux de la poudre brûlée. Cela, remarquez-le bien, concorde encore par tous les points avec ce qu’enseignent les auteurs compétents. « La foudre en globe dit Sestier, répand dans l'atmosphère, près du sol et surtout dans les or e une odeur le plus ordinairement sulfureuse.….. » Suivant M. Peltier, « l’ odeur sulfureuse ou nitreuse qui accompagnela foudre globulaire, est beaucoup plus intense que celle de la foudre linéaire. Souvent aussi, la boule fulminante répand ou fait naître dans les lieux qu’elle parcourt une vapeur ou une fumée ordinairement sulfureuse, parfois tellement épaisse, qu’elle semble menacer l’homme de suffocation. Au moment où une boule de feu descendait dans une noue de plomb, le toit fut entouré d’une vap eur si semblable à de la fumée, qu’on crut le grenier en feu (1). >» Suivant M. le Prof. Galli qui s’est particulièrement occupé de la foudre globulaire, l'odeur qu’elle répand est surtout celle de la poudre brülée (2) et, c’est dans ces termes mêmes, vous le savez que, D...cy s’est exprimé pour rendre compte des sensations olfactives qu'il dit avoir éprouvées.

Par ce qui précède, vous êtes mis en mesure de reconnaître que les descriptions données par les auteurs du singulier météore de la foudre globulaire se trouvent reproduites en quelque sorte trait pour trait dans le-récit de D...cy. L'éclair, le coup de tonnerre, l'apparition du globe de feu, la fumée, l'odeur suffocante enfin, rien n'y manque. Après cela, il n’y a pas à en douter, je. pense, c’est bien à l'évolution de ce phénomène de la foudre en globe, phénomène rare, peu connu des laïques, mystérieux encorepour les savants, mais dont la réalité toutefois n’est pas à discuter, que notre malade a assisté.

Une autre question se présente. D...cy a-t-il été réellement frappé par la foudre comme il l’affirme et comme semblent l’établir d’ailleurs diverses circonstances de son récit, à savoir entre autres, la rude sensation de choc qu'il a éprouvée tout à coup dans le membre inférieur gauche, la chute, puis la perte de conscience qui ont suivi, et enfin la paralysie de ce membre constatée lors du réveil ?Tout cela à la rigueur pourrait être considéré, me direzvous, comme une conséquence fort indirecte de la fulguration, comme résultant, par exemple de l’ébranlement psychique produit par la seule apparition terrifiante du météore.

En faveur de cette interprétation, on arguera peut-être de l'absence, chez notre homme, de toute marque de fulguration imprimée soit sur sa peau soit même sur ses vêtements.Mais ce ne saurait être là,tants’en faut, un argument décisif, car l’on sait que même chez les sujets tués sur le coup par fulguration ces marques peuvent faire absolument défaut ; c’est ce qui a été constaté entre autres, par M. le professeur Tourdes (3), sur un homme foudroyé à

1. Sestier t. I. p. 152, 2. J. Galli, loc. cit. 1885, p. 126.

3. Dict. Encyclopédique de Dechambre, art. Fulguration. p. 307.

— HU. — Nancy Le 18 juillet 4873, mort sur le coup : on a trouvé seulement sur cet homme une petite déchirure à peine roussie du pantalon, et une rupture de l'une des bottes. On comprend aisément qu’un choc beaucoup moins violent, aura pu se produire, chez notre homme sans laisser de traces aucunes, même sur les vêtements.

On pourra encore rappeler que, plusieurs fois, la foudre globulaire a pu paraître presque au contact de l’homme et le toucher même, assure-t-on, sans produire aucun accident de fulguration. Mais c’est là sans doute une exception rare, et l’on peut citer nombre de faits où, dans ces conditions là, même sans éclater, elle a produit des lésions diverses plus ou moins sérieuses, la syncope etc. « Ce n’est pas toujours, dit Sestier (1), que les effets de la foudre globulaire sont innocents. » Souvent il arrive qu’elle frappe de mort ceux qu’elle atteint, et il cite le cas du physicien Richman, l'événement de Châteauneuf-les-Moutiers, celui de Feltri où soixante-seize personnes furent tuées ou blessées par la chute de la foudre en globe. « D'ailleurs les lésions produites sur l'homme, par la foudre en globe, ne diffèrent pas, ajoute-t-il, de celles que cause la foudre vulgaire. Suivant M.Gaston Planté (2), le globe fulminaire n'est point dangereux par lui-même ; « mais sa présence est néanmoins redoutable, car il amène l'électricité de la nuée orageuse avec laquelle il communique d'une manière latente ou quelquefois visible, comme à l'extrémité des trombes et révèle le lieu d'élection de son écoulement. »

On pourrait enfin faire remarquer que la distance à laquelle, par rapport au sujet, a paru la masse lumineuse, deux mètres environ, à ce qu'il assure, est peu favorable à l’idée d’une action directe, mécanique, exercée sur le membre inférieur gauche, le globe n’ayant pas éclaté, du moins au moment où le choc à été ressenti. À ce propos, je suis heureux de pouvoir invoquer Pautorité du savant directeur de l’Institut météorologique de Velletri, M. le Prof. Galli qui, sur ce sujet de la foudre globulaire dont il a fait une étude spéciale, a bien voulu me fournir de précieux éclaircissements (3). Il pense que, même dans les conditions indiquées par le récit de notre malade, il se peut qu'une décharge se soit détachée du globe pour venir frapper un des membres.

En ce qui concerne la chute et la perte de connaissance, il est moins facile, peut-être, d'éliminer l'influence de l'émotion. Je ferai valoir toutefois que le globe fulgurant a pu à un moment donné éclater, comme c’est à peu près la

règle, et, par le fait d’une action à distance bien connue dans l’histoire de la

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2. Note à l'Académie des sciences, 11 août 1884. 3, Communication écrite.

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