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Fig. 98.
tous les mouvements de ce membre sont manifestement plus faibles qu’à l’état normal, ceux surtout qui se passent dans l'articulation scapulo humérale. Tandis que l'exploration dynamométrique donne 24 kilos pour la main droite, elle ne donne que 15 pour la main gauche.
Vous le voyez, en somme, dans tout ce qui précède nous ne relevons rien qui ne puisse rentrer dans la caractéristique des paralysies par fulguration, mais voici maintenant une série de faits qui sortent évidemment du cadre.
En portant l’investigation clinique en dehors de la sphère des membres, nous avons reconnu Ce qui suit.
Tout d’abord l’anesthésie révélée par l'examen des membres du côté gauche se retrouve sur la partie postérieure du trenc du même côté et, encore à gauche, sur la moitié du cou,en avant comme en arrière, ainsi que sur la moitié
de la tête, de telle sorte qu'il s’agit là d'une hémianesthésie, incomplète à la vérité, mais fort étendue encore, cependant. Cette constatation devait nous conduire à l'examen des organes des sens. Il nous a fait reconnaître l'existence d'un affaiblissement très prononcé de l'ouïe, de l'edorat et du goût à gauche, en même temps que le pharynx est insensible de ce même côté. Le champ visuel est un peu rétréci à droite (à 70°), beaucoup plus rétréci à gauche (30°). Il ya diplopie monoculaire et micromégalopsie de l'œil gauche ; pas d’achromatopsie. |
Vous avez pu remarquer lorsque j'ai examiné le malade, l’existence chez lui d’un bégaiement assez prononcé dont il a été déjà question. Il est apparu le lendemain de l'accident, peu après qu'il eut reçu la malencontreuse visite de son patron qui, tout en le félicitant d'avoir échappé à un si grand dan: ger, lui raconta quelques faits defoudroiement suivis de mort. Ces propos, vous le savez, l'émurent vivement et, sur-le-champ, il ressentit comme une boule qui lui montait à la gorge, puis des battements dans les tempes ; enfin la vue se troubla et il eut « une faiblesse ». Tout cela se termina par une crise de larmes : c’est depuis lors que le bégaiement s’est établi.
Ces divers troubles à savoir : sensation de boule, battement, des tempes, etc, ete, appartiennent vous l'avez compris, à l'aura hystérique. Ils se sont renouvelés sous forme d’accés, un grand nombre de fois depuis : à deux reprises même, ils ont été suivis de perte de connaissance absolue, mais le malade ignore si, dans ces circonstances, il a eu des convulsions. Il existe d’ailleurs chez notre malade, au dessous du rebord costal du côté gauche, une plaque hystérogène dont la compression détermine d'une façon très manifeste l'apparition de l’aura hystérique. Ajoutez à tout cela des traces suffisamment accusées de spasme glosso-labié : la langue est tirée vers la droite, Ja lèvre supérieure du côté gauche est plus relevée qu’à droite; puis, un certain nombre desymptômes d’ordre neurasthénique, tels que douleur en casque, la plaque sacrée, la dyspepsie nerveuse, etc, et vous aurez rassemblé une collection de faits dont la signification clinique ne saurait vous échapper.
Evidemment, nos dernières constatations nous obligent à sortir du cadre des paralysies par fulguration : elles nous ont fait retrouver en effet, chez notre foudroyé, la plupart des phénomènes nerveux que nous avons vus se produire tant de fois, dans nos récentes études, à la suite des grands ébranlements psychiques et physiques, de traumatismes divers, des collisions de chemin de fer en particulier; et, à propos de ces dernières, ne peut-on pas dire qu’elles sont à beaucoup d’égards, comparables aux accidents de fulguration, tant par la soudaineté de l'événement, le caractère terrifiant au premier chef des circonstances, que par la violence extrême de la commotion, mécanique dans un cas, électrique dans l’autre, En somme, nous trouvons réunis chez notre homme, tous les éléments fondamentaux de ce complexus névropathique qu’on a, dans ces derniers temps,voulu considérer comme
représentant une névrose à part, dite traumatique, et où, quant à moi, je ne puis décidément voir autre chose que la névrose hystérique, une etindivisible, combinée souvent, mais non nécessairement, tant s’en faut, à la névrose neurasthénique.
Quoi qu'il en soit, l’hystérie ou la névrose traumatique, cemme vous voudrez l'appeler — dans l'espèce cela-me paraît être parfaitement indifférent, — est présente dans notre cas, douée de tous les caractères qui la distinguent ‘cliniquement. Hémianesthésie sensitive etsensorielle, avec rétrécissement très prononcé du champ visuel ; zone hystérogène; aura suivie de perte de connaissance, de crises de larmes ; attaques incomplètes mais très suffisamment formulées cependant ; bégaiement ; état mental particulier mais fort vulgaire -dans les formes les plus diverses de l’hystérie virile et, quelle qu’en ait été la cause provocatrice: n'y en a-t-il pas là assez pour lever tous les doutes et légitimer absolument le diagnostic ? À quoi bon discuter, cela est clair comme le jour et il faudrait être bien « préoccupé » pour ne pas voir les choses telles qu’elles sont dans la réalité : notre malade est un hystérique et l’on peut ajouter que l’hystérie développée chez lui, par le fait de la fulguration, ne porte pas avec elle, dans ses manifestations cliniques, de marques vraiment spéciales, capables de dénoncer son origine.
Après cela irons-nous, de suite, affirmer que tous les accidents névropathiques qu'on a observés dans ce cas, ont été, dès les premiers commencements, d'ordre hystérique ? Évidemment non. Il convienten, effet, de faire tout d'abord la part de l'élément neurasthénique développé sous l’influence d'un excès de travail et de chagrin qui, ainsi que nous l'avons expressément signalé, préexistait à l'accident. Et puis, il faut se demander si les premiers troubles nerveux apparus immédiatement après la fulguration, au moment du choc reçu sur le membre inférieur gauche, ne relèvent pas directement de la commotion électrique. Eh bien, messieurs, relativement à ce dernier point, mon opinion est qu’il y a eu véritablement chez notre sujet, au moment même où il dit avoir ressenti Le coup, paralysie par fulguration, et c’est sur cette paralysie que, ultérieurement la paralysie hystérique est venue se greffer. Vous prévoyez certainement, et sans quil soit nécessaire d'insister, comment, d'après moi, les choses se seraient passées : il s’est produit, réellement, le 7 mai, au moment où,à la suite d'un grand coup de tonnerre, le globe de feu a paru sur la route, un choc électrique, local, immédiatement suivi d'une esquisse de paralysie dans le membre frappé. Puis à la faveur de l’état préexistant de neurasthénie cérébrale,créé par des chagrins etun surmenagerécents,l'hystérie s'est bientôt développée, sous l'influence de la commotion physique et de l'ébranlement psychique qui l'a accompagnée, celles-ci jouant, par rapport à la névrose, le rôle d’agents provocateurs.
Remettez-vous un instant devant l’esprit, l’état mental du sujet pendant la soirée et la nuit qui ont suivi l'accident : égaré, terrifié, tremblant, pleurant
comme un enfant, puis révant de tonnerre et d’éclairs, sachant qu'il avait été frappé par la foudre et de ce fait paralysé d’un membre, en proie d’ailleurs aux pressentiments les plus sombres, il a dû, vous le concevez aisément, dans un pareil état d'esprit qui ne s'éloigne sans doute pas beaucoup de celui que produit l'hypnotisme, compléter, si l’on peut ainsi parler, la paralysie hystérique déjà existante, et l’amplifier en conséquence d'une auto-suggestion, ou autrement dit, d’une sorte de rumination mentale. C’est ainsi que la paralysie est venue se superposer à l'ébauche de paralysie déterminée par le choc électrique et c'est dans ce temps-là aussi, vraïisemblablement, que se seront manifestés les stigmates sensitifs et sensoriels, les attaques précédées d'aura spéciale, et autres marques révélatrices de la diathèse hystérique.
Il était du reste à prévoir que les fulgurations partielles ou générales, lorsqu’elles rencontreraient chez les victimes un terrain préparé, devraient déterminer ce développement d'accidents hystériques, tout comme elles détermineraient l'apparition d’affections nerveuses d’un autre ordre, la chorée, l'épilepsie par exemple, etc., ete., si la prédisposition était autre. C’est ainsi que les choses se passent dans’ les chocs par collision de trains et il n'ya aucune raison pour qu'elles ne se passent pas de même dans les cas de fulguration.
Toujours est-il que, comme on voit, la foudre doit, ainsi qu'on pouvait s’y attendre, figurer parmi les agents provocateurs de l'hystérie, et même il est singulier que les faits à l'appui de cette proposition, ne se rencontrent pas, dès à présent,en plus grand nombre dans les recueils scientifiques. Je pourrai cependant, dans un instant vous citer trois Cas de cet ordre. Trois cas, c’est peu; mais je dois avouer que mes recherches, à ce sujet, n’ont pas été très étendues ; d’ailleurs, j'en suis convaincu, le nombre de ces faits se multipliera très certainement, si à l’avenir on étudie, à la lumière de nos connaissances actuelles concernant l’hystérie, l'hystérie masculine surtout, Les troubles nerveux divers quis’observent chez les foudroyés.
La première des observations auxquelles je faisais allusion tout à l'heure appartient à M. le professeur Notlnagel (4). Il s’agit d'un forgeron âgé de 36 ans, observé pour la première fois, le 24 octobre 1879. Six ans auparavant, vers 10 heures du soir, revenant chez lui pendant un orage, il fut frappé par la foudre et resta sans connaissance. Lorsqu'il revint à lui, sa main droite était insensible, presque incapable de mouvement et portait sur sa face dorsale une plaque brune de la dimension d’un thaler environ. On le traita par l'électrisation. Il avait été électrisé pendant six semaines sans succès, lorsqu'un jour, tout à coup, inopinémeut, la sensibilité et le mouvement reparurent.
Six ans après, pendant qu'il travaillait de son métier, son marteau lui parut lourd et bientôt se reproduisit, comme la première fois la paralysie du mou-