Virchow's Archiv., 4880, t. LXXX, p
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vement et de la sensibilité dans la main. Le malade est sorti de la clinique, guéri, quatre mois seulement après. À l’époque où il a été admis à l'hôpital, on à relevé ce qui suit. Il y a un peu d’atrophie des interosseux, de l’éminence thénar et hypothénar ; les mouvements du poignet et des doigts sont très faibles ; impossibilité d'écarter les doigts et de fermer le poing completement. L’anesthésie de la main est complète : « on peut lui planter une aiguille dans la main, lui appliquer les courants induits les plus énergiques ou le pinceau électrique, y placer de la glace ou de l’eau chaude, lui appuyer sur la main de tout le poids du corps avec le talon de la botte, il ne sent rien. Sens musculaire complètement aboli; il ne se rend nul compte des mouvements qui, lorsqu'il a les yeux clos, sont imprimés à ses doigts. Les limites de cette anesthésie sont très spéciales. Elle comprend la main entière et cesse un peu au-dessus du pli du poignet par une ligne droite circulaire passant au niveau des apophyses styloïdes. Les courants continus étantrestéssans effet, on appliqua au voisinage de la main un gros aimant; au bout de trois quarts d'heure de cette application, il se produisit un fourmillement dans la main et bientôt après la sensibilité y reparut. Après six ou sept nouvelles applications de l’aimant, la guérison était complète.
L'auteur de cette relation qui est, comme chacun sait, un observateur des plus distingués, ne manque pas de reconnaître qu'il existe des analogies frappantes entre la paralysie observée chez ce malade et les paralysies hystériques : même invasion brusque, même guérison soudaine; même mode de limitation de l’anesthésie par une ligne droite circulaire (anesthésie en forme de gant), pourrions-nous ajouter aujourd'hui. « Mais comment admettre que l’hystérie soit en cause chez un homme robuste ? A peine est-il besoin d’émettre cette hypothèse : elle sera naturellement repoussée du premier coup.» A l'heure qu’il est, on ne saurait plus avoir de pareils scrupules et l’on reconnaitrait,assurément,que c’est bien de l’hystérie qu’il s’est agi chez cethomme, au moins dans le second épisode de son histoire.
La deuxième observation a été présentée par M. Gibier de Savigny, alors interne des hôpitaux, à la Société de Biologie et reproduite dans la Æevue médicale francaise et étrangère, n° du 49 mars 1881 (1); Le sujet est un homme de 28 ans exerçant la profession d’infirmier à Phôpital du Midi. Il est issu d’un père émotif qui a eu plusieurs crises nerveuses (?) et d’une mère également nerveuse mais sans crises. Lui, a été autrefois atteint de rhumatisme articulaire aigu. Cinqans avant l'époque oùil a étéobservé, la foudre tomba à 8 ou à 10mètres de lui et fil une grande brèche dans un mur voisin. Il fut renversé et perdit connaissance une demi-heure. Lorsqu'il revint à lui, il rendit dusang par le nez, la bouche et les oreilles. Son membre supérieur droit était paralysé,
1. Nole sur un cas de monoplégie brachiale droite produite par la foudre, Guérison. Reéapparilion passagère de la paralysie à l'occasion de chaque orage.
insensible et flasque. La paralysie dura telle quelle pendant trois mois, mais ce ne fut qu’au bout de six mois que le membre récupéra complètement ses fonctions normales et encore ne peut-on pas dire que la guérison ait été absolument complète, puisque, depuis lors, la paralysie reparaît pendant quelques heures à l’occasion de chaque orage.
Dans l'intervalle de ces récidives, le membre droit est parfaitement normal sous tous les rapports et particulièrement en ce qui concerne la sensibilité et le mouvement. Mais lorsque survient un orage, à mesure que le bruit du tonnerre se rapproche, on voit, à la suite de quelques prodromes parmi lesquels figure la sensation dans l’œil droit d’un cercle lumineux présentant les couleurs de l’arc-en-ciel (scotome scintillant ?) on voit, dis-je, la paralysie se reproduire sur le membre supérieur droit avec perte complète de la sensibilité et du mouvement. Cela dure environ deux heures en moyenne, après quoi surviennent des fourmillements qui précèdent à courte échéance le retour à l’état normal. On a plusieurs fois essayé mais, sans succès, de déterminer, en dehors de l'orage, le retour de cette paralysie, par l'application sur le membre de l’électrisation faradique. Plusieurs fois le malade en question a éprouvé des crises convulsives, débutant par la main droite et suivies de perte de connaissance (attaques hystériques à forme d’épilepsie partielle).
La caractéristique de la névrose hystérique saute aux yeux dans ce cas: c'est d'elle évidemment que relève cette paralysie récidivant à l’occasion des orages. Mais « peut-on songer, dit l’auteur,à l’hystérie chez l'homme! » Plutôt que de s'arrêter à cette interprétation, cependant si naturelle, il aime mieux imaginer je ne sais quelle lésion cérébrale en foyer, localisée je ne sais comment, et jouissant de la propriété singulière de se raviver, à chaque orage, sous l’influence de « l’électricité atmosphérique » !
La troisième observation du groupe est de date toute récente. Elle ne se rapporte pas exactement à la fulguration, mais à un phénomène connexe. Elle a été communiquée à la Société de Biologie par le D' Onimus, en 4887 (1). Lors du dernier tremblement de terre de Nice, un employé du télégraphe avait, au moment où survinrent les premières secousses, le médius et l'index en communication avec les parties métalliques d’un appareil électrique dont les fils conducteurs sont, sur une étendue de 600 mètres, enterrés à une profondeur de 4 m. 50. Ilressentit en ce moment-là, une secousse dans la main droite, éprouva une sorte d’'éblouissementet resta étendu, immobile sur son siège, pendant peut-être dix minutes. Le lendemain, une paralysie incomplète pour le mouvement, mais très prononcée en ce qui concerne la sensibilité, s'étendit à ce membre tout entier. En même temps,des contractions fibrillaires se voient
4. Soc. de Biologie, 1887-88. Paralysie par courant électrique d'origine tellurique. — Guinon, Thèse de Paris, 1889, p. 68.
dans le côté gauche de la face, et, de ce même côté, se produit un blépharospasme.
L'auteur ne songe même pas à la possibilité de la présence de l’hystérie dans ce cas, bien qu’elle y soit facile à reconnaître; il n’y voit qu'une paralysie par courant électrique d’origine tellurique. Quatorze mois après l'accident, la guérison n’est pas encore parfaite. Malheureusement cette très intéressante observation est restée fort incomplète au point de vue clinique. Pourquoi n’avoir pas recherché l’anesthésie par moitié, les points hystérogènes, le rétrécissement du champ visuel et autres stigmates qui peut-être étaient présents, et dont la constatation aurait éclairé la situation? C’est encore là un de ces cas dans lesquels la connaissance des travaux récents relativement à l'hystérie mâle eùt rendu quelques services.
Les trois observations qui viennent d’être relatéessont,commeon voit, comparables à celle qui fait l’objet de la présente étude, en ce sens que, dans toutes, à une paralysie produite par la commotion électrique, est venue se surajouter,à diverses échéances, la paralysie hystérique. Les cas dans lesquels l’hystérie s’est développée à l’occasion d’un coup de tonnerre sont plus vulgaires sans doute, et il ne serait probablement pas fort difficile, à la suite de quelques recherches, d’en aligner un certain nombre (1); mais je n’ai voulu parler ici que de ceux où la paralysie s’est produite immédiatement à la suite du choc électrique et comme conséquence directe de celui-ci. Or, ces cas-là sont rares quant à présent, j'ai tout lieu de le croire.
Messieurs, après tout ce qui précède et en manière de conclusion, je vous demande la permission de formuler deux propositions qui me paraissent résumer ce qu'il y à de plus important à retenir dans les enseignements fournis par notre observation et par celles du même ordre que nous avons dù invoquer pour la bien mettre en valeur :
4° Dans les cas de fulguration, en outre des accidents nerveux qui relèvent directement de la commotion électrique, il faut s'attendre à voir souvent l’hystérie intervenir tôt ou tard.
2° Lorsqu'une fulguration partielle aura déterminé la production d’une paralysie relevant directement de l’action électrique, si l'hystérie, par suite, entre en scène, la paralysie hystérique pourra se superposer et ensuite se substituer à la paralysie primitive.
1. Les spasmes de la face et des paupières, l’aphonie, le mutisme, le bégaiément, certaines formes de tremblements et autres accidents qui appartiennent si fréquemment à la symptomatologie de l’hystérie, sont souvent cités parmi les troubles nerveux qui se développent en conséquence de la fulguration, Voir Sestier, t. IT, sect. II.
À partir du 28 mai, jour où D... cya été présenté au cours, jusqu’au 23 juillet date de sa sortie, il a été régulièrement soumis au traitement suivant 1° application de la douche froide générale tous les matins, 2° électrisation statique tous Les deux jours (bains électriques), 3° bromure de potassium à la dose de3 ou 4 grammes par jour ; 4° régime tonique.
Le 29 mai, Jour d'orage le malade s’est plaint une demi-heure environ avant qu'on ait entendu le premier coup de tonnerre, d’un malaise inexprimable et d’envies de pleurer; puis au moment où le tonnerre s’est rapproché il a été pris d'une sensation de constriction à la gorge, d'angoisse respiratoire, de battements dans les tempes. Cela a duré quelques minutes ; il était environ 4 heures du soir. En ce moment-là, il est allé s'étendre sur son lit : bientôt après il s’est mis à s’agiter sans perdre connaissance, puis il a pleuré ; à chaque instant, ilrépétait qu'il n’en pouvait plus, qu'il étouffait, qu'il voulait s’en aller. Cette agitation, ces pleurs ont persisté pendant toute la durée de l'orage qui n’a cessé que vers 8 h. 1/2 du soir ; alors D..cys’est endormi jusqu’au lendemain.
Le 5 juillet,vers cinq heures du soir, sans nouvel orage, aura puis quelques convulsions et enfin perte de connaissance; après quoi est survenu un sommeil très profond dont on n’a pas pu le tirer ni en lui frappant sur les joues, ni en le secouant fortement. Il ne s’est réveillé que le lendemain matin, très calme d’ailleurs.
Le11 juillet, lemaladeditque son états’estfortamélioré ; quesajambe gauche estplus forte; eneffet, il saute à « cloche pied » surlepied gauche, ce qu'il ne pouvaitpas faire autrefois. L'épreuve dynamométrique donne, pour le membre supérieur droit, 25 kilos etpour legauche17. Lerétrécissement du champ visuel n’a pas varié. L'anesthésie dumembreinférieur gauche persistetelle qu’elle était au momentde l’entrée du malade, mais au membre supérieur gauche et à la face elle est beaucoup moins accentuée qu'alors. Le point hystérogène existe toujours,maisil fautexercersur lui une pression beaucoup plus forte pour provoquer le phénomènede l'aura.
Le 23 juillet, le malade dit qu’il se sent aussi fort de la jambe gauche que de la droite. Le dynamomètre donne pour la main droite 27 kilos et 49 pour la gauche. Il n'y a plus d’anesthésie ni à la tête, ni au tronc, ni au membre supérieur gauche. Au membre inférieur gauche, il n'existe plus qu'une large plaque d'anesthésie occupant les faces antérieure et externe de la cuisse. Le rétrécissement du champ visuel persiste, mais on ne le retrouve plusquà gauche où il est seulement de 40. Le goût et l'odorat sont toujours abolis à gauche, Evidemment, l’émotivité est beaucoup moindre qu’elle ne l'était il y a quelques jours seulement.
Le malade a voulu absolument sortir ce jour-là fort amélioré sans doute, mais non complètement guéri.
IMP, NOIZETLE, 8, RUE CAMPAGNÉ-PREMIÈRE, PARIS.
Policlinique du Mardi 4 Juin 1889