‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 23 sur 174 · OO · texte numérisé non relu

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di sonno, et 38 ancora dell attaco di sonno). La malade, lorsque je l'ai présentée dans cette occasion à la clinique, dormait déjà depuis sept jours ; elle a continué à dormir par la suite pendant plusieurs semaines encore. J'ai fait allusion, une fois de plus, à ce cas, dans unelecon publiée par le Bulletin médical, le 2 décembre 1887. J’engage ceux d’entre vous qui s’intéresseraient spécialement aux attaques de sommeil à consulter les documents que je viens d'indiquer ; et j'en arrive à l’étude clinique régulière des phénomènes qui s'offrent en ce moment à notre observation.

Notre malade dort donc depuis douze jours; elle a dormi plusieurs fois, je l'ai déjà dit, pendant quarante jours et plus ; c'est donc un grand cas dans l'espèce. Il y a mieux que cela cependant, car le sommeil de ce genre peut durer non seulement pendant des mois, mais encore pendant des années, ainsi que vous le verrez par la lecture d'un très intéressant travail publié dans les Archives de Neurologie pour 1888 par M. Gilles de la Tourette (n° 43 et 44) ; mais les petits cas, ceux dans lesquels les attaques de prétendu sommeil durent seulement trois, quatre, huit, dix, douze jours, sont infiniment moins rares ; c'est ainsi que, dans le service, nous n’avons pas observé moins de cinq cas de cette catégorie dans le courant de ces deux dernières années. Vous voyez qu’en ces matières nous ne sommes pas pris tout à fait au dépourvu et que nous y possédons une certaine expérience ; d'autant mieux que tous les cas du groupe se rapprochent étroitement les uns des autres aussi bien dans l'ensemble que dans les détails, si bien que ce que l'on dit de l’un, on peut l'appliquer à l’autre, non pas toutefois sans tenir compte de quelques variations individuelles qu’on doit s'attendre à rencontrer toujours, alors même qu'il s’agit d'un groupe morbide des plus homogènes.

Je vous ferai remarquer en premier lieu que notre malade, qui parait dormir si profondément, présente cependant une rigidité marquée dans les membres supérieurs qu’elle tient demi-fléchis sur la poitrine. Cette rigidité déjà contraste nécessairement avec la résolution qui caractérise au contraire l'attitude des membres dans le sommeil physiologique ; mais ne vous attendez pas à trouver cette rigidité chez toutes Les « dormeuses ». Il en est et des plus légitimes, chez lesquelles les membres restent parfaitement mous et flexibles ; ce cas, même, paraît être le plus commun. Un caractère plus important et qui se trouve parfaitement accentué chez la malade d'aujourd'hui, c’est la vibration,les palpitations permanentes que présentent les paupières et qui se montrent d'autant plus prononcées que vous faites plus d'efforts pour découvrir l'œil. Evidemment cela n'appartient nullement au sommeil naturel ; non plus que l'absence très remarquable de toute espèce de ronflement dans une circonstance où le sommeil — ou ce qu’on appelle de ce nom — est tellement profond que ni le bruit du tam-tam, ni l'inspiration d'ammoniaque, ni la faradisation intense de la peau ou des muscles, des troncs nerveux euxmêmes, ne sont capables de produire le réveil : vous le constatez, toutes ces

expériences-là,quiseraient absolument décisives s’il s'agissait du vrai sommeil, ne provoquent ici aucun changement, pas même un soubresaut, pas même une modification, quelque légère qu’elle soit, de la physionomie. Evidemment, d'après tout cela, vous l'avez compris, il ne saurait tre question dans notre cas, de sommeil naturel et il y a lieu par conséquent de faire ici un premier départ.

Je viens devous présenter notre « dormeuse » comme parfaitement impassible devant tous les moyens vulgaires d’excitation même douloureuse, qui seraient très certainement efficaces à unhaut degré dansle cas de sommeilnaturel. Ainsi sont les choses en réalité dans tous les cas d’attaques de sommeil que j'ai observés jusqu'ici. Mais il ya excitants et excitants, je dois vous en prévenir; et justement, il arrive que chez certaines hystériques-dormeuses, les points hystérogènes dont l'excitation dans l'intervalle des périodes de sommeil est capable de faire éclater les accès convulsifs vulgaires, ou ceux-ci une fois développés d’en arrêter l'évolution, il arrive, dis-je, que chez ces sujets Les points en question peuvént être utilisés soit pour provoquer le sommeil luimême, soit au contraire pour provoquer le réveil. Les choses étaient ainsi en particulier chez la dormeuse dont j'ai raconté l’histoire dans le Bulletin médical du 2 décembre 1887. Chez elle on pouvait produire le sommeil ou au contraire y mettre un terme à volonté, le plus facilement du monde. Ce n’est pas tout à fait le cas qui se présente chez notre malade d'aujourd'hui : cependant vous voyez comment la compression de l'abdomen dans la région du flanc produi chez elle un tressautement accompagné d’une exclamation : Ah! ah! Mais à proprement parler il n’y a pas de réveil.

En somme, vous le reconnaissez,les palpitations, les vibrations des paupières, l'absence du ronflement qui devrait accompagner un sommeilen apparence aussi profond, l'impossibilité de produire le réveil même par l’application des plus fortes excitations, la rigidité des membres enfin, phénomène que vous ne devez pas toutefois vous attendre à retrouver dans tous les cas du mêmegenre, tout cela concourt à établir que nous ne sommes pasen présence d’un sommeïl physiologique. Et si nous y regardons encore de plus près, bien d’autresindices encore, comme par exemple le fait d’uriner au lit, fait à peu près général chez les « dormeuses », viendront, je pense, justifier à vos yeux, l’opinion que je professe depuis longtemps relativement aux cas de ce genre. C’est à savoir que le prétendu sommeil n’est autre chose qu’une attaque hystérique modifiée ou transformée, conme vous voudrez le dire.

Voici l'indication de quelques-unes des preuves que l’on peut invoquer à l'appui de cette manière de voir. En premier lieu l'attaque de sommeilest,dans bon nombre de cas,précédée et suivie des phénomènes ordinaires de l'attaque convulsive ou de ses prodromes. C’est ce qui a lieu dans la règle chez notre malade d’aujourd'hui : au moment où elle va entrer dans son« sommeil » elle est agitée, rit et pleure sans motif, elle a des hallucinations terrifiantes,

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en tout semblables à celles qu'elle présentait autrefois lorsqu'elle était sous le régime des attaques convulsives hystéro-épileptiques normales : les mêmes phénomènes plus accentués encore, et marqués par des spasmes toniques et des mouvements de salutation indiquent la fin de la crise ; ainsi sont les choses chez notre malade et chez beaucoup d’autres du même groupe; il ne faudrait pas croire cependant que cette apparition de phénomènes d’hystérie convulsive à la fin et au début des crises de sommeil soit un fait général. Non, certainement cela n’est pas, et il peut arriver qu'on voie ces malades s’affaisser tout à coup et tomber lourdement à terre comme si elles venaient d’être frappées d’apoplexie foudroyante. Le sommeil a commencé aussitôt et il se prolonge désormais avec Les caractères spéciaux que nous lui avons reconnus tout à l'heure.

Combien de fois nous avons vu nos « dormeuses » entrer tout à coup dans leur « sommeil » et se laisser choir soudain lourdement, sur le sol des cours, pendant une promenade, au beau milieu d’une conversation.

Mais j'en reviens aux caractères qui doivent nous conduire à admettre que le « sommeil hystérique » est en quelque sorte l'équivalent d’une série plus ou moins prolongée d'attaques régulières. J’indiquais tout à l'heure les phénomènes convulsifs ou psychiques qui souvent sont le prodrome de l'attaque de sommeil et marquent sa terminaison. Eh bien, les mêmes phénomènes se présentent fréquemment, en manière d'épisodes, pendant la durée même de l'attaque de sommeil à plusieurs reprises.

C'est ainsi que vous avez vu, par intervalle, la dormeuse que vous avez sous les yeux, se dresser tout à coup sur son séant, étendre les bras en avant, puis retomber sur son lit, pour recommencer ensuite, une fois encore ou deux, ce même mouvement, de façon à rappeler ce que, dans l'attaque hystéro-épileptique normale nous désignons sous le nom de salutations, et vous n'avez pas Gublié sans doute qu’un peu avant chacune de ces salutations on voit chez la malade de l'écume sortir de la bouche comme pour marquer la place de la phase épileptoïde.

La dormeuse dont je vous ai entretenu le 2 décembre 1887, s'écriait quelquefois, sans se réveiller : « Émile, je t'aime ! » et deux fois nous l'avons vue, toujours sans se réveiller, se dresser tout à coup, se jeter à bas du lit et courir dans la salle en prenant des attitudes et en prononçant des paroles très significatives (période des attitudes passionnelles). Ainsi l'on peut direque pendant l'attaque de sommeil, les phénomènes de l'attaque convulsive se manifestent souvent comme par lambeaux.

Enfin je ferai valoir ceci encore en faveur de la thèse que je défends : ainsi que cela se voit fort bien par l’histoire d'Eudoxie H...,les attaques de sommeil sont souvent pendant des années précédées par des attaques d'hystérie convulsive auxquelles elles tendent à se substituer et que définitivement, à un moment donné, elles remplacent.

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Mais, me direz-vous peut-être, comment expliquer, s’il est vrai comme vous le prétendez que l'attaque de sommeil soit l'équivalent d'une série d'attaques convulsives hystériques, d’un état de mal hystérique en un mot, comment expliquer que l'attaque de sommeil puisse se prolonger pendant des jours et des mois même, sans interruption ? Eh bien, messieurs, si vous voulez vous reporter à Ce que je vous ai dit dans le temps à propos de la très longue durée de certaines séries d’attaques hystéro-épileptiques, vous reconnaitrez que l’étatde mal dans les cas de ce genre, peut se prolonger pendant une et parfois même pendant plusieurs semaines, de telle sorte qu’en somme, entre ces cas d'état de mal hystérique, à la vérité exceptionnels, et Les cas d'attaques de sommeil, l’écart, du moins en ce quiconcerne la durée, n’est pas aussi considérable qu’on serait tenté de le croire au premier abord. Sur ce sujet vous consulterez peut-être avec intérêtune leçonsurl’£{at de mal hystérique épileptiforme que j'ai donnée le 9 janvier 1885 et qui a été publiée par M'° BI.Edwards, alors mon externe, dans la 7ribune médicale (46° volume, année 1885, p. 159.)

Consultez également sur. cette même question les « Zezione cliniche » publiées par le D' Milotti en 1885 (Dello stato di malo istero-épilettico et stato dimalo épilettico, p.159). Vous trouverez là l’histoire très authentique d'attaqués hystériques en série, qui ont duré quinze jours (8.000 accès) et vingt-six jours (avec 21.708 accès). Une malade de mon service, la nommée Habill.…. est sujette à entrer de temps à autre dans ce genre d'état de mal. En décembre 1885 (Voy. BI. Edwards, loc. cit.) elle a eu deux séries d'accès : la première qui a duré treize jours et où l’on a compté 4.506 accès, l’autre qui a duré quatorze jours et où l’on a compté 17.083 accès. Cette même observation recueillie par MM. Marie et Souza-Leite a été publiée dans le Progrès médical (sept. 1885). IL est fort remarquable qu'ainsi que je l’ai démontré, la température centrale ne s'élève pas notablement dans ces séries interminables d’attaques convulsives qui presque sans cesse et sans trêve se reproduisent en nombre presque prodigieux jour et nuit pendant un aussi long espace de temps. — Sous ce rapport il y a encore un rapprochement à faire entre l’attaque de sommeil et l’état de mal hystérique, car dans celle-là comme dans celle-ci la température reste au taux normal ou à peu près : ainsi, chez notre malade d'aujourd'hui, elle est de 37° 2 avec un pouls de 72,80; en même temps que la peau reste fraiche.

Vous le voyez par ce qui précède, la théorie que je soutiens trouve sa vérification alors même que l’on considérera la durée des attaques et il est rendu ainsi au moins fort vraisemblable, pour ne pas dire plus,que l'attaque de sommeil représente une attaque ou plus exactement une série d'attaques hystériques « transformées ». |

Il y a cependant, entre celles-ci et celles-là, une différence que je ne voudrais pas passer sous silence, c'est que le « sommeil » une fois constitué s'établit pour un temps, à l’état de permanence, sans qu'il y ait de réveil, tandis

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que dans l’état de mal hystéro-épileptique, il y a de temps à autre des moments de répit, comme des entr'actes, pendant lesquels les convulsions et le délire s'interrompent momentanément. Mais je ne saurais voir là un motif de distinction vraiment essentielle, et je crois que sans forcer les faits nous pouvons rapprocher l’un de l’autre les deux états et les considérer comme deux modes équivalents d’une même perturbation fonctionnelle.

Il ne me reste plus grand’chose à vous dire concernant le cas d'attaque de « sommeil » que vous avez sous les yeux et Les « attaques » de sommeil considérées en général. Voici cependant l'énoncé de quelques faits sur lesquels j'aurais le regret de ne pas insister un instant.

En premier lieu j'irai au-devant d’une question que certainement vous vous êtes tous posée pendant que je procédais à mon exposé : Comment notre malade peut-elle se nourrir pendant cette longue durée d’un sommeil profond ?

On pourrait invoquer ici, messieurs, pour certains cas, cette condition spéciale de la nutrition que présentent certaines hystériques, comparables sous ce rapport aux animaux en hibernation, et qui leur permettent de vivre pendant une période de temps relativement longue sans s’alimenter, du moins sans s'alimenter sérieusement. Maïs cette condition d’après les recherches. faites dans ces derniers temps dans mon service de la Salpêtrière par MM. Gilles de la Tourette et Cathelineau serait beaucoup plus rare qu’on ne l’a supposé et d’ailleurs nous n'avons pas à l’invoquer dans la circonstance actuelle : en effet notre malade se nourrit chaque jour ou pour mieux dire on la nourrit. comme on va le faire devant vous. ù

Entre les dents légèrement serrées, on introduit, vous le voyez, à l’aide d’une cuiller, du lait ou tout autre aliment liquide ou semi-liquide qui, après avoir séjourné un instant dans la bouche, est bientôt automatiquement dégluti par la malade. Ainsi l’alimentation se fait chez elle tant bien que mal. Je dis tant bien que mal, parce que évidemment en temps ordinaire, cette alimentation serait relativement insuffisante.

MM. Gilles de la Tourette et Cathelineau ont en effet démontré par l'étude méthodique de six cas de sommeil hystérique —six cas, vous le remarquerez en passant, c’est un chiffre imposant dans l’espèce — que pendant la durée de l'attaque le poids du corps diminue rapidement en même temps que l’on constate par l'analyse des urines une constante diminution qualitative et quantitative de tous les éléments: volume, urée, phosphates, etc., etc. II est au moins fort vraisemblable que chez H..., les choses se passent comme elles se sont passées sur les six cas étudiés par MM. Gilles de la Tourette et Cathelineau, chez lesquels l’alimentation se faisait absolument dans les mêmes conditions.

D’autres points à relever sont relatifs au diagnostic. J'ai déjà montré les différences assez considérables qui séparent le & sommeil » de nos dormeuses du sommeil naturel, Il serait trop long à l'heure qu'il est de poursuivre la com-

paraison avec tous les autres états qui de près ou de loin ressemblent plus ou moins au sommeil physiologique. Je me bornerai à vous montrer en quoi l'attaque du sommeil hystérique, diffère « des sommeils » propres à certaines formes de la névrose hypnotique ; je fais allusion ici, à ce que j'appelle le grand hypnotisme des hystériques, seul cas dans lequel les symptômes cérébraux particuliers qui marquent les trois états s’accompagnent de phénomènes somatiques correspondants. Seule, la période dite léthargique de ce genre d'hypnotisme caractérisée par l'apparence d'un sommeil profond avec résolution des membres pourrait être confondue avec l'attaque de sommeil hystérique ; laquelle attaque d’ailleurs peut être provoquée parfois chez quelques sujets, par les mêmes manœuvres (pression des globes oculaires, fixation du regard), qui chez la majorité des autres déterminent l'apparition du grand hypnotisme.

Mais la différence qui existe entre les deux états peut être facilement mise en relief, cliniquement, par la mise en jeu du phénomène de l'hyperexcitabilité névro-musculaire qui appartient exclusivement à la léthargie hypnotique. La pression sur les muscles, sur les trajets nerveux, ne détermine pas la contracture des muscles correspondants dans l'attaque de sommeil hystérique, tandis que, dans la léthargie hypnotique, ce phénomène ne manque jamais dese montrer au moins à un certain degré. Il est clair que lorsque les membres seront naturellement rigides, comme dans le cas que nous avons actuellement sous les yeux, le diagnostic se pourra faire du premier coup, Car la résolution complète, absolue des membres, antérieurement bien entendu à la pression exercée sur les muscles ou sur les troncs nerveux, est un caractère inhérent à la léthargie hypnotique, et à ce propos je ferai remarquer chez notre malade d'aujourd'hui un fait qui m'a été signalé par mon collègue, M. Jules Voisin, et qui dans l'espèce, me parait constituer une anomalie ; ce fait du moins je ne l’ai pas rencontré encore dans les autres cas assez nombreux de sommeil hystérique que j’ai observés jusqu’à ce jour. Vous voyez que lorsqu'on soulève les membres supérieurs de la malade, ceuxci ne retombent pas et conservent au contraire la position qu'on leur a imprimée.

Ceci rappelle jusqu’à un certain point ce que l’on voit dans la période cataleptique de l'hypnotisme. Mais entre les deux cas la différence qu'on peut relever tout au moins chez notre sujet d'aujourd'hui c’est que, contrairement à ce qui a lieu dans la catalepsie bien formulée, les attitudes expressives imprimées aux membres supérieurs de manière à figurer ce qui se voit soit dans l'acte d’envoyer un baiser,soit au contraire dans l’acte de menacer du poing, n'ontpas pour effet d’affecterles traits de laphysionomie d'une façon correspondante. Les traits restent immobiles,impassibles comme vous le voyez cheznotre malade et j'ajouterai que chez elle aussi les yeux un instant maintenus ouverts par l’élévation des paupières ne tardent pas à se fermer de nouveau d'eux-mêmes,

tandis que dans la vraie catalepsie du grand hypnotisme, cela n'aurait point lieu.Quoi qu'il en soit ilest difficile de méconnaître qu’il existe dans notre cas certains caractères, certains traits qui jusqu’à un certain point rappellent ce qu'on voit dans la catalepsie hypnotique et c’est là une circonstance quiméritait certainement d’être relevée ; il est possible en effet qu’ellese retrouve dans d’autres cas de sommeil hystériquelorsqu'on prendra lé soin de l'y rechercher et alors ce serait un trait d'union de plus à signaler entre la névrose hystérique et le grand hypnotisme.

Vous savezcomment dans ces derniers tempsM.Debove et son élève M.Achard ont publié d'excellents travaux sur ce qu'ils appellent « l’apoplexie hystérique ». C'est à mon avis un grand service qu'ils ont rendu aux cliniciens en faisant bien connaître ces cas restés jusqu’à eux méconnus ou mal connus, dans lesquels l’attaque d'hémiplégie hystérique se développe brusquement, au milieu de symptômes qui rappellent ceux del'apoplexie avec hémiplégie de cause organique. Je n’entreprendrai pas de séparer cliniquement cette apoplexie hystérique de l'attaque de sommeil, par la simple raison qu'à mon avis il s’agit là d’un seul et même état morbide. La seule différence à ce qu'il me semble, serait que dans les cas signalés par MM. Debove et Achard l'attaque de sommeil à début brusque est suivie d'hémiplégie, tandis que celle-ci fait défaut dans les autres, et à ce propos je pourrais citer comme éminemment propre à bien établir la relation sur laquelle j’insiste actuellement, lecas d’un hystérique (le fameux dormeur de Londres [1}, que j'ai eu longtemps dans mon service et chez lequel les attaques de sommeil marquées par tous les caractères décrits plus haut, et dont la durée était en moyenne de six à huit jours, était dans certains cas accompagnée d'hémiplégie gauche, tandis que dans d’autres cas c'était le mutisme qui occupait la scène.

Mais en voilà assez pour aujourd’hui sur le sommeil hystérique : c’est un sujet sur lequel j'aurai certainement l’occasion de revenir quelque jour. Notre malade, toujours dormant, va être reconduite dans son service qui est situé peut-être à un demi-kilomètre d'ici. Elle aura donc à traverser de longues cours et il n’est guère vraisemblable que, pendant son trajet, elle se réveille. I1 est même assez vraisemblable que je pourrai mardi prochain vous la présenter à nouveau Lelle que vous l’avez vue aujourd’hui, et ayant, par conséquent, pendant huit nouveaux jours, sans cesse et sans trêve, dormi du sommeil particulier dont nous venons de la voir dormir.

1 Le nommé Ch...ffat, dont l'histoire est rapportée dans le 3e volume des Leçons sur les maladies du système nerveux. — Noir l'Appendice.

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Je vais maintenant, conformément à nos habitudes, étudier avec vous quelques-uns des malades qui se sont présentés ce matin même à la consultation.

Le premier est une de nos anciennes connaissances. Nous l’avons traité, il y a environ deux ans, pendant plusieurs mois dans nos salles. Il est venu nous retrouver ces jours-ci et nous l’avons engagé à paraître devant nous, une fois de plus, ce matin. Ce n’est pas d'hystérie qu’il est question cette fois, mais bien d’une affection d'un ordre tout différent.

Il s’agit, vous le reconnaissez aux reliefs que font les muscles, d’un homme d’une vigueur peu commune, d’une sorte d’athlète.

Il est âgé de trente et un an.

Il ne procède pas de gens nerveux et jamais il n nait été malade avant un accident dont je parlerai dans un instant. Il à servi dans l'artillerie pendant cinq ans sans jamais être arrêté par le moindre malaise ; ce n’est pas un alcoolique et jamais il n’a eu la syphilis. Il exerce la profession de gardien de le paix et c’est justement dans l'exercice de sa profession ingrate qu'il a contracté l'affection dont aujourd'hui encore il porte les traces.

Voicidans quelles conditions la maladie s'est produite :le 19 novembre 1886, vers 7 heures du soir,alors qu’il courait après un voleur, il fit une chute sur le genou gauche. Au moment de sa chute il ne ressentit pas grande douleur, et il put même continuer à faire son service, un peu gêné dans la marche toute-" fois, pendant près de trois quarts-d’ heure encore.

Examinons maintenant de près l’état actuel du malade; nous compléterons dans un instant l’histoire des incidents qui se sont produits à la suite de cette chute.

M. Cnarcor (au malade): Veuillez mettre à nu vos jambes et vos cuisses, dépouillez-vous de votre pantalon.

Veuillez considérer, Messieurs, les choses d’un peu près : au membre inférieur droit, vous le voyez (fig.18) la musculature de la cuisse et de la jambe est bien celle d'un athlète, comme je vous le disais tout à l'heure et les reliefs musculaires déjà si accusés à l'état de repos, s’exagèrent encore lorsqu'on dit au malade de raïdir ses membrés autant que possible. Alors l’action des muscles extenseurs de la jambe devient tellement puissante qu'il se produit

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