‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 22 sur 174 · QUATRIÈME LECON · texte numérisé non relu

QUATRIÈME LECON

1° Atiaque de sommeil hystérique ;

2° Amyotrophie par lésion articulaire;

3° Deux cas de paralysie faciale périphérique avec hérédité nerveuse. Cas n° ! : père aliéné, grand-père irrégulier, etc. Ças n° 2: plusieurs cas de bégaiement et un épileptique. dans la famille ;

4 Vertige de Ménière; forme chronique et vertiges par accès.

M. Cuarcor : La malade qui vient d’être placée sous vos yeux est suivant le langage usité dans cet hospice, ce qu’on appelle une « dormeuse ». En effet, cette malade dort — si cela peut toutefois s'appeler dormir — depuis le 4 novembre dernier, c’est-à-dire depuis douze jours. En réalité, elle n’a pas depuis ce temps-là cessé de dormir, à sa manière bien entendu, nuit et jour, sans se réveiller jamais et il ya quelque bonne raison de croire qu’elle ne se réveillera pas de sitôt (1).

Dans le service où elle vit depuis bien longtemps on laisse aller les choses comme elles veulent aller, sans chercher à provoquer le réveil, sachant par expérience que dans ce cas cela serait inutile quels que fussent les moyens que l’on mettrait en œuvre ; et éclairé par ce qui s’est passé déjà antérieurement dans nombre de crises semblables, on assiste sans anxiété, sans émotion à ce

1, L'attaque de sommeil s’est terminée le 29 novembre. — La malade a donc « dormi » per dant vingt-neuf jours.

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spectacle singulier avec lequel on s'est depuis longtemps familiarisé, vivant dans la conviction bien arrêtée qu’un beau jour, tôt au tard, tout rentrera dans l'ordre spontanément.

Ce n'est pas à la Salpêtrière qu’on en est encore à s’exclamer à la vue de pareils faits. Ils y sont trop fréquemment rencontrés ;'et au contact de l’observation régulière ils y ont depuis longtemps perdu ce caractère de merveilleux qu'on leur prête bien souvent encore parmi les laïques et dans les feuilles publiques.

Vous avez compris par ce qui précède que notre « dormeuse » a déjà son histoire ; j'ajouterai qu’elle a une longue et fort intéressante histoire. Au fond c’est une hystérique de la grande espèce et c’est généralement parmi ces hystériques-là du reste que s’observent les attaques. de sommeil.

Elle est rentrée à la Salpétrière en 1862, il y a vingt-six ans de cela, elle avait alors 27 ans elle en a maintenant 53. Vous trouverez tout ce qu'il vous est intéressant de savoir sur son compte, dans l'ancienne /conographie de la Salpétrière rédigée par MM. Regnard et Bourneville (t.IIl, 1879-1880, obs. XI, p. 118). Là vous apprendrez qu'Eudoxie H... est née d’une mère épileptique (?) et d’un père alcoolique, qu'elle a commencé à avoir des attaques vulgaires de grande hystérie à l’âge de 18 ans ; que vers cette époque, à l'âge de 20 ans, elle a été atteinte de paraplégie hystérique complète absolue qui jamais n’a guéri, et dont actuellement on peut reconnaître les reliquats ; les membres inférieurs, en effet, vous le constatez aujourd'hui, sont rigides, atrophiés et les muscles très certainement y ont subi des modifications organiques,depuis longtemps irréparables ; aussi la malheureuse estelle depuis trente-trois ans absolument confinée au lit, n'ayant jamais quitté la division autrefois dirigée par M. Delasiauve, plus tard par Legrand du Saule et, en ce moment, par mon excellent collègue Jules Voisin à l’obligeance duquel je dois de pouvoir vous la montrer aujourd'hui. — C’est dans cet hospice même, en 4875, c’est-à-dire il y a treize ans, que les attaques hystéro-épileptiques jusque-là classiques, ont subi en quelque sorte une transformation et se sont changées, — j’insiste sur lestermes que j'emploie, — se sont changées, dis-je, en attaques de sommeil. La première fois que la malade a « dormi », son attaque de sommeil a duré quarante jours, et depuis cette époque-là elle n’a pas cessé de dormir chaque année une ou deux fois, pendant des périodes de un ou deux, quelque fois trois mois, rappelant ainsi, en petit toutefois, l'histoire de la « Belle au bois dormant » qui en somme, entre nous soit dit, n'est que l’histoire embellie par l’art, d’une hystérique recherchée par un prince jeune et quelque peu écervelé.

J'ai déjà eu plusieurs fois l’occasion d'entretenir mes auditeurs de cette malade, plus particulièrement en décembre 1883 ; les leçons que j'ai faites alors à son sujet ont été publiées en italien par le regretté D' Miliotti de Milan Lezioni cliniche dell anno scolastico 1883-84. Milano 1885. Voir p. ,24, Aftaco

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