‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 26 sur 174 · AT VIE · texte numérisé non relu

AT VIE

Voilà donc un Cas qui, Comme le précédent, vient confirmer nos idées relatives à l'étiologie de la paralysie faciale dite à frigore. Mas pénétrons plus avant et peut-être aurons-nous à relever encore dans la famille quelque chose d'important.

(Au malade) : Y a-til dans votre famille quelque cas de maladie nerveuse: autre que le bégaiement? le bégaiement en somme est plutôt une infirmité qu'une maladie.

JE MALADE : J'ai eu un frère, mort maintenant, qui a été traité à Bicêtre dans le service de M. Bourneville. C'était un enfant arriéré et il avait des attaques. convulsives,

M. Cuarcor (aux auditeurs) : Eh bien, Messieurs, qu’en pensez-vous ? Voilà deux cas de paralysie faciale périphérique pris au hasard ; ne sont-ils pas au point de vue de l’hérédité nerveuse suffisamment significatifs ?

5° Mara.

On introduit dans la salle un homme de 54 ans exerçant la profession de: forgeron. |

M. Cuarcor (au malade) : Pourquoi venez-vous nous consulter ?

LE MALADE : C’est que je me sens souvent menacé de tomber du côté gauche.

M. Cuarcor : Avez-vous des bourdonnements d'oreille, et de quel côté ?

LE MALADE : Oui, monsieur, du côté gauche et de ce côté-là je n’entends pas très bien. — (On constate en effet, sommairement, à l’aide d’une montre, que: l'ouïe, du côté de l'oreille gauche, est fortement obnubilée. )

M. Cuarcor : Avez-vous remarqué que les bourdonnements de votre oreille soient plus forts au moment où vous êtes menacé de tomber à-gauche ?

LE MALADE : Oui, quand j'ai le vertige, cela me prend par un mal de cœur et par un bourdonnement dans les oreilles.

M. Carcor : Êtes-vous jamais tombé par le fait de votre vertige?

LE MALADE : Non, je ne suis jamais tombé; j'ai toujours pu me retenir.

M. Cuarcor : Mais vous êtes sérieusement menacé de tomber?

LE MALADE : Si je n'avais pas une Canne, je serais exposé à tomber à gauche.

Son

M. Cuarcor : Je vois que vous avez non seulement une canne, mais encore un parapluie. Il vous faut donc un double appui pour marcher dans les rues?

LE MALADE : Oh! monsieur, je ne puis pas marcher dans les rues : je suis toujours comme si j'étais pris de boisson, je titube; je n’ose pas sortir seul.

M. Cuarcor : Votre étourdissement est donc permanent, incessant ?

LE MALADE : Oui, monsieur,à peu près, seulement par moment j'ai des étourdissements plus forts, avec crainte d’être précipité du côté gauche, et c’est alors que j'ai des envies de vomir.

M. Craroor : Vomissez-vous alors quelquefois ?

LE MALADE : Non, je ne vomis pas, mais j'ai bien mal au cœur.

M. Cnarcor : À quoi ressemble le bruit que vous avez dans les oreilles?

LE MALADE : C’est une espèce de bourdonnement; on dirait un oiseau qui vole, cela augmente quand je tourne brusquement le tête, soit à gauche, soit à droite, cela augmente aussi quand je vais avoir un grand vertige.

M. Cuarcor : Et la nuit, quand vous êtes au lit, qu'est-ce qui vous arrive?

LE MALADE : J'ai souvent des vertiges, il me semble que je suis en mer, et quelquefois Les croisées me paraissent monter au plafond.

M. Cuarcor : Avez-vous donc été en mer par un gros temps?

LE MALADE : Oui, monsieur, j'ai fait la campagne de Crimée.

M. Cuarcor : Vous n'avez jamais perdu connaissance au moment de ces vertiges ?

LE MALADE : Non, monsieur, jamais ; j'ai toujours dans ces moments-là la tête à moi.

M. Cuarcor : Avez-vous eu des douleurs d'oreille, des écoulements ?

LE MALADE : Non, monsieur, jamais.

M. Cuarcor : Depuis quand avez-vous ces vertiges?

LE MALADE : Depuis six semaines seulement. J'oubliais de vous dire, monsieur, qu’au commencement de ma maladie, la première fois que j'ai eu le vertige, j'étais en chemin de fer et alors j'ai vomi.

M. Cnarcor : Avez-vous été traité déjà ?

LE MALADE : Oui, monsieur, on m'a dit que j'étais atteint d'anémie cérébrale et l'on m'a fait prendre beaucoup d'iodure et de bromure. Ça ne m'a rien fait du tout.

M. Crarcor : Je le crois bien. J’ai tenu, Messieurs, à faire parler ce malade devant vous, longuemnent, parce qu’il explique parfaitement son affaire.

Le diagnostic, certes, après ce colloque, ne vous paraîtra pas difficile. Il s’agit du vertige ab aure læsa se présentant non seulement sous la forme d'accès séparés, mais encore sous celle du vertige permanent sur laquelle j'ai appelé l'attention.

Il reste cependant encore, avant de fixer complétement ce diagnostic et de procéder au traitement, à rechercher s’il ne s’agit pas ici, comme cela a lieu dans certains cas, d’une accumulation cérumineuse dans Le conduit externe,

refoulant la membrane du tympan, Si cela était, il suffirait probablement d'enlever le bouchon pour mettre un terme aux accidents nerveux. Si, au contraire, le point de départ des accidents est soit dans l’oreille moyenne, soit dans l'oreille interne, peu importe en ce qui concerne les phénomènes vertigineux, le traitement sera toujours le même : le malade prendra pendant deux ou trois séries de quinze jours ou trois semaines, séparées par des intervalles de huit ou dix jours, le sulfate de quinine à la dose de 0,60, 0,80 à 1 gramme par jour. La cessation des sensations vertigineuses à la suite de ce traitement sera, si J'en juge d'après une expérience déjà longue, un résultat sur lequel vous pouvez compter presque nécessairement. Je vous ferai remarquer seulement que le vertige chronique résiste en général beaucoup plus à l’action de la médication que ne le fait le vertige par accès.

J'ai eu bien des fois l’occasion l'an passé de vous parler du vertige de Ménière et de son traitement par le sulfate de quinine. Si je reviens sur ce sujet fréquemment et avec insistance, c’est que je suis amené à constater à chaque instant, que les notions qui s’y rattachent n’ont pas encore pénétré suffisamment dans la clinique. J’ai eu en effet, Messieurs, plusieurs fois l’occasion de vous faire remarquer qu'aujourd'hui encore des praticiens même distingués rapportent souvent soit à la congestion ou à l’anémie cérébrale, soit encore au vertige gastrique, ce qui appartient réellement au vertige ab aure læsa.

«cp. ae a 502. de Typ. - oizer. ., 8, r. Campagne- Prenuère. l'arim

Policlinique du Mardi 20 Novembre 1888

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