‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 37 sur 174 · TABLEAU SYNOPTIQUE DES ANTÉCÉDENTS DE FAMILLE DE A...EL · texte numérisé non relu

TABLEAU SYNOPTIQUE DES ANTÉCÉDENTS DE FAMILLE DE A...EL

COTÉ PATERNEL COTÉ MAFERNEL a 2 — — GRAND-PÈRE GRAND'MÈRE GRAND-PÈRE GRAND'MÈRE Il s’est PENDU cinq S'est suicidé en se 0 Attaques de nerfs à ans après le suicide jetant par la fenêtre. l’âge de 43 ans. de sa femme.

EAST a LE PÈRE DU MALADE LA MÈRE DU MALADE Suicide Hémoplysies nerveuses (?) supplémentaire

S'est noyé volontairement dans le canal St- des époques, il y a douze ans.

Martin. — C'était un exalté. Il commettait de nombreux excès alcoolique, d’absinthe surtout. Il avait été atteint de cornée à l'âge de 9 ans.

TE TR ET nn — 4er enfant né à 7 mois. 2 autres enfants morts Le 4e enfant, A...el en bas âge. Gabriel, notre malade,

né le 13 avril 1871 (après le siége), nerveux exallé, GHORÉE GRAVE.

Entrons dans quelques détails nécessaires pour bien faire ressortir tout ce qu'il y a d’intéressant pour nous, dans l’évolution de cet arbre généalogique.

Le père du malade exerçait la profession de peintre sur porcelaine ; or, le peintre sur porcelaine à Paris tient à la fois, généralement, de l'ouvrier et de l'artiste. Education souvent incomplète : assez d'éducation et d’instruction pour se faire illusion et croire qu’on peut juger de tout en dernier ressort; pas assez cependant pour bien juger; d’ailleurs lui était un exalté ; 1l a été plusieurs fois compromis dans les affaires de l’Internationale, puis dans celle de la Commune et il a dû ,en 1871, fuir en Angleterre où il est resté jusqu’en 1878. Assez sobre jusqu’en 1871, il s’est mis, à partir de cette époque, à boire à l’excès ; il buvait d'habitude jusqu’à sept ou huit verres d’absinthe par jour.

En 1886, après avoir perdu, par son inconduite, une place qu'il avait au Mont-de-Piété et qui le faisait vivre, il est allé se jeter dans le canal Saint- Martin où il s’est noyé.

On nous apprend qu’à l’âge de neuf ans il avait été atteint d’une chorée qui aurait duré pendant près de dix-huit mois; c’est vraisemblablement d’une chorée à rechutes subintrantes et non pas d’une chorée chronique qu'il a dû s'agir à cet âge. Quoiqu'il en soit, l'affection serait survenue chez lui à la suite del’émotion vive qu'il aurait éprouvée entrouvantson père pendu danslacave de la maison. Déjà, quelques années auparavant, sa mère s'était également suicidée en se jetant par une fenêtre. É

Voilà pour ce qui concerne le côté paternel ; vous voyez que de ce côté-là l’hérédité est fort chargée : trois suicides! Cela est très significatif. Le côté maternel n’est pas non plus indemne de tares nerveuses. La grand'mère du malade a en effet souffert d’attaquesdenerfs et sa mèreaétéaftectée d'hémop-

tisie, qu’on a été conduit à considérer comme étant d'origine névropathique. .

Il n’est pas inutile de relever que notre sujet est comme on dit : «un Enfant du Siège » et qu'il est le dernier de quatre enfants dont les trois premiers sont morts en bas âge.

Avec une telle hérédité, on comprend aisément qu’A...el ait toujours été un sujet nerveux,singulier, bizarre, irritable et qu’à la suite de l'émotion violente qu’il a éprouvée lorsqu'il a été attaqué une nuit par des voleurs, il soit devenu plus déséquilibré encore, presque vésanique. On comprendainsi d’un autre côté que, développée sur un tel terrain, la chorée ait pu prendre, presque dès l’origine, les allures d’une affection grave, et s'accompagner d’accidents de ficheuse apparence qui nous font redouter pour bientôt une terminaison fatale.

De MALADE.

Le second sujet dont je veux vous parler maintensnt est une jeune épileptique âgée de 15 ans qui est entrée dans le service depuis quelques semaines seulement, Nous en savons assez sur son comple pour pouvoir vous dire que ce qui doit nous intéresser dans son cas est ce qui suit: 4° [ya à observer chez elle un phénomène qui n'est pas très vulgaire, et que je désignérai avec M. Reynolds sous le nom de « secousses inlerparoxysmales » de l'épilepsie (interparoxysmal starts). 2° Elle présente en outre, après les accès, un rétrécissement concentrique temporaire, ou passager, Comme vous voudrez dire, du champ visuel.

Voici d'abord quelques détails concernant les antécédents tant personnels qu'héréditaires de notre malade ; relativement au second point nous n’avons pu recueillir rien de bien précis.

L'enfant est orpheline ; elle a perdu son père et sa mère alors qu’elle était encore très petite. Cependant sa grand’mère, qui l’a élevée, affirme que tous les membres de la famille « étaient excessivement nerveux, aussi nerveux que possible » ; on n’a jamais pu en savoir plus long.

Pour ce qui est de l’enfant elle-méme, elle n'avait jamais, paraît-il, été malade lorsque, à 7 ans, elle fut un soir épouvantée par un gros chien qui se jeta sur elle en grondant sans toutefois lui faire le moindre mal. C’est peu de temps après cet événement que serait survenue la première crise comitiale et par la suite les accès ont eu une tendance marquée à se répéter environ tous les huit jours. C’est bien du mal comitial qu’il s'agit dans ce cas. En effet souvent il ya pendant l'accès, morsure de la langue ct urines involontaires, faits vraiment exceptionnels dans l'hystérie, même dans l’hystérie épileptiforme (hystéro-épilepsie). Les accès sont le plus souvent nocturnes, ils sont marqués par une perte deconnaissance absolue et immédiate et le stertor de la fin est assez prononcé.

En 1887, la petite, ayant été placée à l'hôpital des Enfants malades, a été traitée par le bromure ; sous l'influence de cette médication, les crises qui auparavant, comme je l'ai dit il y a un instant, se montraient tous les huit jours, n'ont plus paru qu’une fois par mois, pendant toute la durée du traitement.

Cette influence marquée de l’action du bromure fournit un caractère que, pour le diagnostic, on pourrait utiliser, dans certains cas difficiles. je crois

en effet pouvoir affirmer l'opinion que jamais la fréquence des crises n’est sérieusement modifiée par l’emploi du bromure, même aux doses les plus élevées, quand il s'agit de l’hystérie, tandis que, au contraire, dans l’épilepsie, l'influence modératrice du médicament se fait toujours reconnaître au moins à un certain degré — Du reste l'enfant, examinée avec soin, ne présente aucune trace d’ovarie, d’analgésie ou d’anesthésie soit sensitive, soit sensorielle, à l'exception de ce qui concerne la vision, mais c’est là un point sur lequel on reviendra tout à l'heure, d'une façon particulière.

Je vous disais que l’accès n'était, chez notre jeune malade, précédé par aucune sensation d’aura et cela est vrai; mais elle ressent cependant, dans [a règle, des avertissements, des prodromes, annonçant presque à coup sûr que la crise est plus ou moins imminente, qu'elle éclatera dans un bref délai: et justement ce qui constitue les « avertissemcuts» dont il s’agit, ce sont les « secousses » sur lesquelles je vais actuellement vous dire un mot.

Voici en quoi elles consistent, chez notre malade. Ce sont de brusques mouvements cloniques qui, le sujet étant assis, les mains reposant sur le genou, élèvent tout à coup les membres supérieurs à 10 ou 12 centimètres audessus du plan de repos, puis ces membres retombent inertes presque aussitôt, pour être de nouveau soulevés par une ou plusieurs secousses. Lorsqu'elle est debout, ces secousses, qui rappellent les mouvements analogues produits sous l'influence d'une émotion brusque, d'une surprise déterminée je suppose par une détonation inattendue, ces secousses, dis-je, sont assez intenses pour faire « qu'elle laisse tomber ce qu’elle tient dans les mains ». Les secousses surviennent pour ainsi dire par accès très souvent répétés pendant la durée des trois ou quatre jours qui précèdent l’accès comitial; d’abord diserètes le premier jour, elles se rapprochent de façon à devenir enfin presque inces-

santes, et c'est alors que l’accès éclate. Il est remarquable que ces secousses .

sont toujours antérieures à l'accès, jamais postérieures; il est remarquable aussi qu’elles se sont manifestées dès les premières attaques et que jamais celles-ci ne paraissent sans en avoir été précédées. Elles ne sont marquées par aucune sensation pénible : elles ne s’accompagnent pas de crampes, en particulier. Elles ne se montrent habituellement pas la nuit.

Messieurs, parmi les auteurs qui ont écrit sur l’épilepsie, il en est peu qui n'aient pas mentionné les « secousses » dont il s'agit et que quelques-uns d’entre eux désignent sous les noms de « commotions prémonitoires (Herpin) « d’épilepsie parcellaire » (Burlureaux, Dict. de Dechambre, etc). Mais c’est surtout au D' Reynolds, de Londres, qu’on doit une étude régulière du sujet. (Epilepsy, London 1884, p. 63, clonic., spasm., star). Ces secousses, qui doivent être distinguées des crampes et du tremblement qui quelquefois se produisent dans les mêmes circonstances, occupent les membres supérieurs, ou les membres inférieurs ou parfois les deux en même temps; on les voit en outre se produire aussi chez quelques individus dans les muscles extenseurs

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du tronc, plus rarement dans ceux de la face et du cou. Dans certains cas, à peine visibles à l’œil tant elles sont légères, elles sont d'autrefois tellement puissantes que le malade peut être renversé à terre avec un cri produit par une action brusque des muscles respirateurs. Cela arrivait chez un jeune homme de 20 ans observé par M. Reynolds et j'ai vu la même chose survenir fréquemment chez une malade de mon service à la Salpétrière.

Quelque intenses qu’elles soient d’ailleurs, les secousses ne sont à peu près jamais accompagnées de perte de connaissance, ce qui les distingue de la plupart des formes diverses du petit mal.

Je suis étonné que M. Reynolds considère les secousses dans lépilepsie comme chose vulgaire ; cela ne répond pas à ce que j'observe dans mon service spécial, surtout composé de femmes (1); la vérité est qu’elles y sont plutôt rares.

Un des principaux points qui donnent de l'intérêt à la connaissance de ce phénomène, c’est qu’on l’observe non seulement, une foisl’épilepsie déclarée, comme prodrome immédiat de l’accès, mais encore souvent pendant plusieurs mois avant que celle-ci n'ait paru, autrement dit, dans la période précomitiale. Les secousses peuvent permettre alors, on le comprend, de prévoir à longue échéance la venue du mal et aussi de prendre des mesures en conséquence.

L’autre fait à considérer chez notre jeune épileptique, c’est, ainsi que je vous l’ai dit, l’existence plusieurs fois constatée chez elle, d’un rétrécissement concentrique et temporaire du champ visuel survenant après chaque accès. On a fait remarquer dans ces derniers temps qu’à la suite des attaques d’épilepsie proprement dite, il n’est pas très rare devoir le champ visuel subir un rétrécissement concentrique et régulier comparable au rétrécissement des hystériques. La seule différence apparente est que chez les hystériques le rétrécissement est permanent, tandis que dans l’épilepsie, il est essentiellement temporaire. On doit à MM. Oppenheim et Thomsen d'avoir appelé l'attention sur cet ordre de faits.

Un élève du professeur Mierzeewski, de Saint-Pétersbourg,le D' Finkelstein, a repris le sujet et il a insisté sur ce point que, dans l’épilepsie, le rétrécissement du champ visuel est toujours transitoire, jamais permanent.

Dans la grande majorité des cas, le rétrécissement, dans l’épilepsie,suit Les attaques, mais il peut arriver, comme l’a montré M. Heinemann (Virchow, Archiv. Bd 102. H 3. 1886) par une observation, que, par exception, le rétrécissement en question précède l'accès, à titre d’aura et cesse après lui.

Chez notre jeune malade, les choses rentrent dans le cadre vulgaire et c’est à la suite de l'accès que le rétrécissement se montre le plus prononcé.

1. Le service de la Clinique, à la Salpêtrière comprend environ 460 épileptiques femmes, non aliénées, considérées comme incurables.

Les jours suivants, le cercle s’élargit progressivement; mais le retour à l'état normal se fait attendre plus de quatre ou cinq jours, ainsi que vous pou-

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