‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 4 sur 174 · A7 SE · texte numérisé non relu

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physiologique s’opérant en présence de gens qu'on à de bonnes raisons de considérer comme indemnes de toute tare nerveuse.

Eh bien, je tiens à vous rendre, à présent, témoins d’une petite expérience qui vous fera bien comprendre, j'espère, comment, dans un milieu convenablement adapté, le bâillement pathologique pourrait devenir contagieux au point de se répandre, en quelque sorte, épidémiquement.

Vis-à-vis de La malade dont je viens de vous conter l’histoire, je vais placer un autre sujet que quelques-uns d’entre vous connaissent très certainement comme présentant les phénomènes typiques de ce que j'appelle le grand hypnotisme. Avant d'entrer dans la salle, on l’a mise, comme nous disons, en état de somnambulisme. Nous nous assurerons qu'elle est bel et bien endormie, légitimement endormie en faisant apparaître chez elle le phénomène somatique qui caractérise la période en question. Un simple frôlement d'un membre, une passe faite à distance au voisinage immédiat de ce membre, suffit pour déterminer cette forme de contracture que nous avons désignée sous le nom de « contracture somnambulique ». On ne saurait s'entourer de trop de garanties dans un domaine où la simulation et l'illusion sont choses banales, et c’est pourquoinous continuons et nous continuerons dans nos études, à ne nous adresser jamais qu'aux sujets susceptibles d'entrer dans le grand hypnotisme et chez lesquels, par conséquent, toute possibilité d'une intervention volontaire de la part du sujet mis en expérience, peut être écartée.

Si, messieurs, pendant la démonstration qui précède, nous avons pu résister les uns et les autres à la contagion du bâillement, — ce dont nous pouvons nous féliciter mutuellement, — c'est que nous avons en nous un pouvoir d'ènhibition que ne possède pas notre somnambule artificielle. Chez celle-ci le phénomène du moi — c'est là un grand caractère de l’état psychique de ces somnambules — est obnubilé ; tout contrôle est perdu à l'égard des impressions venues du dehors et les suggestions s'imposent sans résistance. Eh bien, vous le voyez, tandis que notre malade n° 4 continue à bâiller comme tout à l'heure, à intervalles égaux, Le n° 2, c’est-à-dire la malade somnambhulisée, fait mine de vouloir résister à la contagion, mais sa résistance est bientôt vaincue : la voilà qui se met à bâiller, elle aussi, malgré tous ses efforts en sens contraire. Ses bâillements sont plus forts, même, plus bruyants que ceux de la malade qui lui sert de modèle; ils sont également séparés par des distances à peu près égales. Cependant,il ne faudrait pas aller jusqu’à voir là une imitation absolument parfaite. Il vous suffira, en effet, de jeter un coup d’æil sur le tracé des bâillements de la somnambule recueilli par nous hier (fig. 5). dans une expérience semblable à celle dont nous vous rendonstémoins aujourd'hui, pour reconnaitre qu'il ne concorde pas absolument, mathématiquement, si l’on peut dire,avec les tracés relatifs à la malade n° 4. Il s’agit là d'une imitation par approximation et non pas d’une imitation servile.

Quoi qu'il en soit, messieurs, si nous supposons, dans un couvent, dans un

De VERS

pensionnat, un certain nombre de jeunes filles placées, par suite de circonstances spéciales, dans un état psychologique se rapprochant plus ou moins de l’état mental hypnotique-somnambulique, vous comprendrez facilement que la présence, dans un pareil milieu, d’un sujet atteint de toux, d'aboïiement ou de bâillement nerveux, puisse devenir le point de départ d’une véritable épidémie.

(La somnambule étant réveillée, M. Charcot fait remarquer qu’elle continue à bâiller comme tout à l’heure.)

M. CHARcor : Qu'avez-vous donc à bâiller ainsi ?

LA MALADE : Je ne sais pas, je ny comprends rien ; j'ai probablement très mal dormi cette nuit.

M. Cuarcor : Elle pourrait ainsi continuer, comme le fera l’autre, le n° 4, à bäiller toute la journée. Nous ne voulons pas la condamner à ce supplice. Pour la délivrer, nous la plongerons comme tout à l'heure dans l’état somnambulique et alors il nous sera facile, à l’aide de la suggestion, de la ramener à l’état normal.

(Les malades n° 4 et n° 2 sortent de la salle ; une troisième malade est introduite.)

Ce matin, messieurs, à la consultation externe, s’est présentée une malade dont je vous ai déjà entretenu l’an passé (Lecons du Mardi, 10° leçon, 7 février 1888, p. 193). Il y a un peu moins d’un an.

Il s’agit d'un cas de dyspnée hystérique. Je vous ai fait remarquer, dans ce ten que notre malade, alors âgée de vingt ans, était israélite, et je relevais, à Ce propos, combien, dans la: race, les accidents nerveux de tout genre, entremêlés le plus souvent avec des symptômes arthritiques, tels que migraines, rhumatismes articulaires, eczémas, goutte, diabète, etc., se montrent incomparablement beaucoup plus fréquents qu'ailleurs.

J’ai récemment constaté le fait une fois de plus, dans des conditions particulièrement favorables à la démonstration, lors d'une petite incursion que j'ai faite, l’an passé, au Maroc. Là, à Tétouan, près de six mille Juifs, chassés d’Espagne il ÿ a trois siècles, vivent depuis lors, strictement claquemurés dans un Ghetto. Les mariages consanguins y sont la règle et, par conséquent, les influences héréditaires accumulées, s’y développent et agissent dans toute leur énergie. Si bien, que, dans un court espace de temps, <l m'a été permis,

sur une population en somme très restreinte, de reconnaitre maintes fois les nombreux méfaits des diathèses arthritique et nerveuse entrant en combinaison.

Mais c’est là un sujet sur lequel je reviendrai, je pense, avec plus de détails quelque jour, et que j'espère alors pouvoir traiter dans les règles ; car il s’agit ici, vous l'avez compris, d’une curieuse et instructive étude de pathologie comparative. |

J'ai insisté autrefois, dans la Leçon à laquelle je vous prie de vous reporter, sur les antécédents héréditaires très chargés, relevés chez notre malade; je n’y reviendrai pas aujourd'hui. Qu'il me suffise de vous dire ce qui s’est passé chez elle depuis un an; d’ailleurs, en somme, les accidents d'aujourd'hui ne diffèrent en rien d’essentiel de ce qu'ils étaient lors de la première démonstration. ;

La respiration est actuellement, comme elle l'était alors, extrêmement précipitée ; vous pouvez le constater de visu, vous pouvez le reconnaître mieux encore sur le tracé que je vous présente et qui a été recueilli en suivant la méthode de Marey (Fig. 8 et 10).

Fig. 8. — Dyspnée hystérique. Marie B... Respiration extrêmement fréquente ettrès superficielle.

Nous comptons, à peu près, de 170 à 180 respirations par minute. Tout . cela se fait silencieusement et sans bruit. La malade ne semble pas anxieuse, bien que les inspirations soient peu profondes ; elle ne souffre véritablement pas et on ne constate chez elle aucune trace de cyanose, contrairement à ce qui aurait lieu certainement s’il y avait véritablement dyspnée avec anoxémie, Il n’y a pas d'accélération non plus du pouls (60 à 80 par minute).L'auscultation montre d’ailleurs que l'inspiration et l'expiration sont parfaitement libres et, à part la fréquence, dénuées de toute anomalie, de telle sorte que la dénomination de fachypnée conviendrait incontestablement beaucoup mieux que celle de dyspnée, pour caractériser cette accélération hystérique des mouvements respiratoires.

La précipitation des actes d'inspiration et d'expiration est d’ailleurs, chez notre malade, un phénomène de l’état de veille, comme lesont beaucoup d’autres symptômes hystériques du même genre : le sommeil les supprime complètement. Dans la journée, même à l’état de veille, la tachypnée n'est pas absolument toujours présente ; il y a des temps de répit plus ou moins longs. Elle se montre par accès qui durent de deux à trois ou quatre heures et qui semblent à peu près toujours inaugurés par une période prodromique marquée par des symptômes qui rappellent l'aura de l'hystérie convulsive. Il semble

alors à la malade qu’elle ressent une constriction à la gorge, suivie de bourdonnements d'oreille, de battements dans les tempes, et peu après se montre l'accélération des mouvements respiratoires, — L'attaque se termine souvent par des pleurs, comme se termine l'attaque d'hystérie vulgaire, et en somme il n’est guère douteux que l'accès dyspnéique représente, en quelque sorte, une attaque hystérique transformée.

Dans ce cas, point de stigmates, c’est-à-dire pas d’anesthésie cutanée, pas d’ovarie, pas de troubles sensoriels, etc. Le symptôme sur lequel j'appelle votre attention est donc à peu près solitaire. C’est l’occasion de relever une fois de plus la ténacité des accidents d’hystérie monasymptomatique.Il y a, en effet, près d’un an que durent les choses, malgré qu’un traitement rationnel assez suivi ait été mis en œuvre, et rien n’annonce qu'’eiies doivent changer prochainement.

4° Marane (Homme de 39 ans).

Un quatrième malade est introduit dans la salle, c’est un homme d'une quarantaine d'années, d’origine polonaise, non israélite.

M.Cuarcor : Voiciun malade qui s’est présenté à nous il y a quelques jours.Il est facile de reconnaître chezlui l'existence du tic convulsif dela grande espèce. À côté du petit tic convulsif vulgaire, il faut placer le grand tic, caractérisé par des mouvements convulsifs, complexes,quelquefois très étendus, et notre malade offre justement un ensemble du dernier genre. Le tic convulsif passe encore assez généralement pour une affection à laquelle il n’y a pas lieu d’attacher une très grande importance ; c’est à tort, et je vous engage, toutes Les fois que vous serez consultés par un fiqueur, de ne pas vous arrêter aux phénomènes extérieurs et à y regarder d’un peu près. Vous avez toutes chances, en poursuivant chez le sujet l'analyse dans une certaine direction, de relever un certain nombre de phénomènes psychiques fort intéressants et dont vous n'auriez sans doute pas soupçonné l'existence au premier abord. C’est ce dont vous deviendrez convaincus, chemin faisant, par l'étude du malade que j'ai appelé devant vous. |

Vous connaissez bien le tic convulsif, léger, vulgaire, comme je l'appelais tout à l'heure; il consiste habituellement en une occlusion rapide, comme électrique des paupières, souvent compliquée d’une rapide torsion dé la tête vers une des épaules, qui s'élève aussi tout à coup rapidement. Autrefois, vers l’âge de quatorze ou quinze ans, notre homme n'avait que ce tic-là; aujourd'hui,

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