‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 78 sur 174 · Leçons du mardi, 1888-89 p · texte numérisé non relu

Leçons du mardi, 1888-89 p

2, Annales médico- psychologiques, p. 39 et p. 127, t, III, 49e année, Paris.

On arrive à la Chapelle après une course d'un kilomètre environ, Mwe y touche la femme et dit : « Vous en avez encore pour deux bonnes heures, ; Tenez, marchez dans la chambre, moi, je suis plus malade que vous je vais m'étendre sur votre lit. Donnez-moi auparavant un peu d’eau fratche 4 et de l'arnica. » Elle se met un bandeau elle-même : elle a une énorme | ecchymotique du front et de la joue et péut à peine ouvrir l'œil droit.

Elle s'étend sur le litet paraît s’assoupir. Au bout d’une heure, elle sen lève. La femme en couches souffre beaucoup et pousse des cris épouvantables M®° TT... la fait coucher, prépare tout, dispose elle-même la layette sur un meuble. L'accouchement se fait normalement vers cinq heures et demie comme M°° TT... l'avait prédit. Elle donne d’ailleurs ses soins avec intelligence, pra= tique le toucher vaginal à plusieurs reprises, soutient le périnée pendant l'ex pulsion du fœtus, pose deux ligatures au cordon et le coupe, lave l'enfant ek l’essuie, lui oint légèrement la tête d'huile, lui panse le nombril et entouré le pansement de quelques tours de bande, auxquels elle fait quelques points de couture, l’habille et l’emmaillotte, puis délivre la mère. Elle examine le placenta, le tourne, le retourne, déplie les membranes et dit au père : « Vous. pouvez jeter cela. » Puis elle lave la mère, l’essuie, lui passe du linge propre sous elle et dit : « Maintenant donnez-moi quelque chose à boire. » Elle s’as seoit, prend du thé avec quelques gâteaux secs,et cause avec les personnes pré” sentes de choses et d’autres, mais avec peu d’entrain et répétant toujours là même chose.

Vers 8 heures 1/4, l’accouchée se plaint et réclame l’assistance de la sage femme. « Allons, dit M°° T..., voyons !» et elle soulève le drap. A ce moment, M°° T... est, prise d’un violent frisson, elle ferme les veux, son corps tremble, elle a froid. Puis elle rouvre les yeux,et voit alors la scène. Elle regarde autour d'elle d’un air ahuri, ne comprend pas où elle est, reconnaît mal les assi tants qu’elle connaît presque tous de longue date. Rêve-t-elle ? Comment est elle venue ? Et se tournant vers les assistants : « Est-ce qu’elle accouche, cette femme-là ? » Le mari est tellement étonné qu'il n'y peut répondre. « Vite une cuvette, de l’eau, de quoi écrire. » Puis elle pratique le toucher et dit : « Mais elle est délivrée ; où est le délivre ? —- Maisil est jeté. — Tant pis j'aurais désiré le voir. Où est l’enfant ? Tiens il est emmailloté et bien emmailloté mafoi ! = Mais c’est vous qui l'avez habillé ! — Allons done, dit-elle, vous voulez rire... Elle se fait raconter ce qui s’est passé, esttrès étonnée de se voir une forte bosse à la tempe et d'éprouver une grande gêne dans les mouvements du côté droits Craignant d’avoir fait quelque bévue pendant cette période d'inconscience, elle déshabille l'enfant qu’elle trouve fort bien arrangé. Elle constate aussi que là délivrance a été bien faite et qu'aucun débris de placenta ne se trouve dans. la cavité utérine. ;

Malgré tous ses efforts, elle n’a pu jusqu'ici se rappeler rien de ce qu'elle

à fait pendant cette période qui à été de cinq heures et demie environ, de 9 heures 3/4 du matin à 8 heures 1/4 (1).

J'ai tenu à rapporter cette importante observation dans le détail, parce qu’elle montre bien quelle peut être la durée de l'état automatique dans ces circonstances de l’amnésie traumatique, et quelle peut être la complication vraiment étonnante, ainsi que l’admirable adaptation des actes accomplis durant cet état. « Faire une course d’un kilomètre, dit à ce propos l’auteur de l'observation, boire, manger, échanger quelques paroles sans en garder le souvenir, c’est déjà chose curieuse. Mais faire un accouchement et le bien : faire, lier et couper le cordon, délivrer la mère, lui donner, ainsi qu’à l'enfant,

des soins minutieux, le tout pendant cinq heures et demie et sans pouvoir se : le rappeler, voilà qui paraît extraordinaire. » Oui, sans doute, cela paraît être : extraordinaire, quand on n’est pas familiarisé encore avec les faits de cet ordre, mais ces fats-là ne sont pas, tant s’en faut, sans exemples; ils tendent à se multiplier parce qu’on y prête plus d'attention chaque jour, et, au fur et à : mesure qu'ils s'accumulent, on s’habitue à les trouver moins singuliers. Tou- » jours est-il que, dès à présent, au point de vue qui vient d’êlre signalé, il y a : lieu d'établir, vous l'avez compris, messieurs, en ce qui concerne bien entendu * Le côté psychologique, non le côté nosographique, un rapprochement entre : l'observation de M°° T.. et celle de notre malade Men.. s qui, par suite de ce rapprochement même, vous paraîtra, en quelque sorte, moins étrange, moins * inattendue. Dans les deux cas, même inconscience profonde, en effet, con- L trastant avec des actes automatiques remarquablement compliqués, rappelant » absolument par leur aisance et leur précision ceux de la vie consciente, tant L ils semblent parfaitement adaptés à un but. Il est vrai que la durée de la ph période automatique n’a pas dépassé cinq heures dans le cas de M°° T..., la s sage-femme, tandis qu'elle a pu, lors du dernier accès, dans Le cas de Men. s atteindre jusqu’à huit jours. Mais on ne saurait trouver là, en somme, le motif id'une séparation fondamentale. L'état mental, considéré comme syndrome, comme épisode, parait être essentiellement le même chez les deux sujets ; l'accès ne dure que cinq heures dans un cas ; dans l’autre, il dure quatorze ‘heures, quarante-deux heures, cinquante-trois heures, huit jours enfin dans la crise de Brest ; mais, pour se prolonger, la modification psychique qui préside à l’accès ne change pas pour cela de caractère. Il n’y a donc là en définitive qu’une question de degré.

Voici l'indication de quelques autres exemples d’amnésie traumatique avec automatisme que, dans lebut d'éclairer mieux encore lasituation, je crois utile de signaler à votre attention. On cite volontiers le cas de Kaempfen qui fait partie des mémoires de l’Académie de médecine pour 1833 (2). Il s’agit d'un a ———————————.———— — "A

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