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mais en somme cela n’a pas au point de vue pratique de conséquences majeures. Mais que diriez-vous d'un médecin ou d’un chirurgien, qui prendrait, ainsi que cela arrive encore trop souvent, une saillie, un relief normal pour une déformation pathologique ou inversement? Pardonnez-moi cette digression qui suffira peut-être pour faire ressortir une fois de plus la nécessité pour le médecin comme pour le chirurgien, d’attacher une grande importance à l'étude médico-chirurgicale du nu. Bientôt, je l'espère, nous serons en possession d’un grand ouvrage orné de planches admirables, faites d’après nature, où vous
2e cas.
Attitude dans la Sciatique gauche, Atlitude dans la Sciatique gauche,
trouverez cette partie de notre science traitée avec tous les détails qu’elle comporte. C'est à M. le D' Richer, mon chef de laboratoire, plusieurs fois mon collaborateur, que sera dû ce monument où l’on verra, pour le plus grand profit de tous, l’art et la science marcher de concert et se donnant la main.
Mais il s’agit d’en revenir à notre homme; le voilà complètement nu; notre salle est justement surchauffée comme le serait un atelier de peintre; nous pouvons examiner le malade tout à loisir, sans le souci de commettre un acte d’inhumanité. Avant de concentrer notre attention sur lui, veuillez jeter les yeux sur les dessins que j’ai fait placer devant vous; ils représentent justement cette même déformation que je veux vous faire reconnaître chez notre homme, observée cette fois sur deux autres sujets atteint de la même affection (fig. 9 et fig. 10). Cette déformation sur laquelle j'insiste actuellement et dont vous pouvez saisir maintenant les caractères, en consultant tour à tour les dessins puis l’homme nu, cette déformation, dis-je, est bien remarquable, bien facile àsaisir. Elle sauteaux yeux en quelque sorte. Elle a dû se présenter à moi, bien des fois, car je vous assure qu’elle n’est point très rare.
Eh bien, Messieurs, il arrive que je l’ai remarquée seulement il ya deux ans, pour la première fois, et je ne sache pas qu'avant moi elle ait été indiquée explicitement par d’autres(1). Singulière faiblesse de nos facultés d'observation qui fait que nous ne voyons pas leschoses cependant parfaitement visibles sans le concours d’une adaptation particulière de notre esprit. Une fois la chose vue et bien vue, il est facile d'apprendre aux autres à La voir à leur tour. Mais le tout est de La voir une première fois.
Vu de dos le sujet nous montre le tronc assez fortement incliné sur la droite, l'épaule de ce côté est tombante; l’épine offre une déviation par suite de laquelle dans la moitié inférieure elle offre une concavité regardant à droite et inversement dans la moitié supérieure; la main droite, le bras étant pendant, descend beaucoup plus bas que lagauche ; à gauche le membreinférieur est légèrement fléchi. Je vous ferai remarquer, en passant, que de ce côté, le talon, dans la station debout est légèrement relevé, il ne porte pas sur le sol; c’est là dans l'espèce une anomalie sur laquelle j'aurai à revenir.
Actuellement nous considérerons le sujet vu de face et nous constaterons
1. M. le professeur Erb, d'Heidelberg, dans une lettre publiée par le Neurologisches Centralblalt (n° 24, 1888, p. 689) nous fait connaître qu'il avait lui-même depuis longtemps remarqué l'attitude spéciale que prennent certains sujets atteints de sciatique, que d'ailleurs ilexiste, dans la « Wiener med. Presse 1886, nos 26 et 27, un travail sur la matière datant de 1886 et appartenant à M. C. Nicoladoni. Le mémoire de M. Nicoladoni est intitulé : « Ueber eine art des Zusammenhanges zwischen Ischias und Scoliose ». Un second cas du même genre se trouve paraît-il, dans le même journal 4887, no 39. La note de M. Nicoladoni publiée en 1886 était
restée absolument ignorée de M. Charcot lors de sa première observation sur ce sujet, laquelle date de septembre 1886.
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une fois de plus l'inclinaison très prononcée du tronc vers la droite, la chute de l’épaule droite, etc., etc.
Eh bien voilà, Messieurs, une attitude spéciale incontestablement assez frappante. J’ajouterai qu’elle offre pour nous un intérêt pratique très particulier ; c’est qu’en effet elle paraît appartenir en propre à certaines formes d’une affection d’ailleurs fort vulgaire puisque c’est de la sciatique qu'il s’agit. Je ne dis pas, remarquez-le bien, qu’elle existe dans toute sciatique. Je suis même porté à penser qu’elle ne s’y voit qu'exceptionnellement et surtout, bien que non exelusivement, dans la forme intense. Ce que je tiens à relever, c’est que lorsqu'elle existe vous pouvez, presque à coup sûr, affirmer qu'elle est liée à une sciatique, à une sciatique grave, de longue durée, le plus souvent mais non toujours, et que cette sciatique existe sur le membre opposé au côté vers lequel a lieu l’inclinaison du tronc. L’inclinaison ayant lieu vers la droite, dites que la sciatique occupe le membre inférieur gauche, et inversement si l'inclinaison du tronc a lieu vers la gauche.
Bien des fois il m’est arrivé en me fondant sur la connaissance de ce genre de déformation, d'affirmer à distance non seulementl'existence dela sciatique, mais encore de localiser l'affection sur l’un ou l’autre côté du corps.
Pour plus de détails relatifs à ce genre de déformation, je vous engage à consulter un mémoire de mon ancien chef de clinique M. le docteur Babinski, où la question est traitée avec grand soin.
Ce travail a été publié dans les Archives de neurologie pour 1888.
Vous verrez là que la déformation peut être quelquefois relativement énorme comparée à celle d'aujourd'hui et conduire l’observateurnon prévent à penser qu'il existe quelque grave lésion vertébrale.
Quoi qu'il en soit, elle est suffisamment prononcée cheznotre malade d’aujourd'hui pour que vous puissiez la reconnaître pour ce qu’elle est, et je suis convaineu que vous avez été amenés déjà par les indications que je viens de vous fournir à admettre qu'il s’agit chez notre homme d’une sciatique gauche.
Eh bien, actuellement il faut établir par une étude régulière qu’il en estbien réellement ainsi. Notre malade est-il bien et dûment atteint d'une sciatique gauche et de quel genre de sciatique est-il affecté? Voilà, je Le répète, ce qu'il convient de déterminer actuellement.
Remarquez d'abord les précautions que prend notre patient quand il s’agit de s'asseoir. Il ne s’assied pas sur la fesse du côté gauche, parce que cela exaspère sa douleur, il s’assied sur la fesse droite.
Vous remarquez encore que lorsqu'il s’agit de se lever, c’est ce même membre inférieur droit qui presque exclusivement fonctionne, et en somme l’attitude spéciale du corps que je signalais tout à l'heure à votre attention paraît n'être qu'une attitude instinctive dont le but est de diminuer autant que pos-
sible le travail du membre où siège la douleur en faisant porter sur d’autres membres Le poids du corps.