Voir Motet, Annales médico-psychologiques, 1886, p
. sa durée. Il avait obtenu une place de concierge qu'ilcumulait avec la fonction de distributeur de prospectus. Il s’est toujours acquitté très honnêtement de sa besogne. Un jour ila dans sa poche l'argent d’un trimestre de loyers ; il part en pantoufles, se rend à la gare de Lyon, prend un billet pour | Marseille ; de Marseille il se rend à Toulon, de Toulon à Nice, de Nice à Marseille, retourne de Marseille à Toulon, puis il revient à Paris, et réveillé, c’est lemot propre, ilapprend qu'il a disparu depuis huit jours, qu'il a emporté : environ 4.500 francs appartenant à son propriétaire. Il se rend de lui-même : chez le commissaire de police qui le met en état d’arrestation. L'affaire vient : en cour d'assises et le président, sur la demande dudéfenseur, renvoie à une autre session et nous commet, dit M.Motet, pour examiner cet homme dont nous n’avons pas eu grand’peine à démontrer l’irresponsabilité. » Nous voyons là pour notre compte un cas d’épilepsie tardive, sous forme | d'accès d’automatisme ambulatoire, développée à la suite d'une lésion trau- | matique et les analogies qui existent entre ce cas et le nôtre, sauf en ce qui + concerne la cause traumatique absente dans le dernier, est véritablement des » plus frappantes; on pourrait même aller jusqu’à dire, qu’à part la circonstance » étiologique, il'y aidentité entre eux, tant la fugue de Marseille chez le sujet : de M. Motet, ressemble pour la durée comme pour les menus détails, à la fameuse fugue de Brest chez le nôtre.
Voici donc l’observation de Men....s qui cesse de sembler prodigieuse, * étonnante, comme elle pouvait vous le paraître lorsque je vous la pré- » sentais à l'état d'isolement. A l’avenir, elle pourra être citée sans crainte de provoquer l'incrédulité. Elle rentre en effet désormais dans une règle comù mune à tout un groupe, puisqu'elle a son pendantaussi bien dans l'observation : de Tardieu citée plus haut, que dans celle de M. Motet, et j'ajouterai que 1 quelques recherches ad hoc rendraient bientôt, à n’en pas douter, le groupe auquel elle appartient plus compact et plus dense. Il me suffira de vous renvoyer à Ce propos aux remarquables mémoires de M.J, Falret sur l’état mental des épileptiques publié dans les Archives de médecine pour 1861 (4): vous trouverez là l’histoire de deux épileptiques avec accès automatiques ambulatoires dont les uns sont accompagnés d'actes violents, tandis que : d’autres s'accomplissent tranquillement, silencieusement. L'un d'eux qui, dans » plusieurs de ses accès, avait tenté de se suicider, sans le savoir, se promenait i d’autres fois, inconsciemment mais fort tranquillement, pendant plusieurs ‘jours. L'autre est resté, une fois, deux jours hors de chez lui. Tranquillement let sans avoir été remarqué par personne, il avait fait à pied, sans boire ni manger, le trajet de Paris à Amiens. On pourrait assez facilement accumuler les cas du même genre,
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C'est ainsi que, caractérisée déjà comme appartenant au mal comitial, par les résultats si nets de l'emploi du bromure contre les accès, l'observation de Men..s l’est encore, une fois de plus, vous le voyez, par l'ensemble des phénomènes cliniques. |
Il ne me reste plus, pour terminer la tâche que je me suis proposée aUujOurd'hui de remplir, qu’à faire figurer dansle tableau afin d'y mieux mettre en relief l'objet sur lequel je veux appeler toute votre attention, quelques « exemples d’automatisme ambulatoire relevant d'affections autres que l'épilepsie.
. Plusieurs d’entre vous en entendant raconter les détails du cas de Men...s.« ont sans doute pensé au somnambulisme. En effet, lorsqu'on entend Fr. qu'un hommese promène danslesrues inconsciemment, se conduisant cepen-« dant comme s’il était éveillé et conscient, cela rappelle tout naturellement la. descriptionrépandue dans le vulgaire dusomnambule; maisnous n'ignorons pas. que dans la catégorie du somnambulisme il y a plus d’une distinction à faire.
Pour ce qui est relatif, en premier lieu, au somnambulisme dit naturelet, quelquefois aussi, physiologique (noctambulisme, sleep walking, etc.), M importe de remarquer tout d’abord que, à son sujet, nous en sommes encore à la période des informations (1), les observations régulières étant vérita=M blement très rares. En ce qui me concerne, en dehors du cas auquel j'a fait allusion dansla 9° lecon du mardi de l’an passé (2), je ne crois pas qu'il ait été observé de près une seule fois dans ce service auquel je suis attaché depuis une trentaine d'années, et qui contient une division de près de 200 femmes hystériques ou hystéro-épileptiques. Il n’est pas inutile sans doute, de relever encore à propos de la rareté des cas de ce genre, que suivant la remarque fort juste d’Echeverria, la plupart des faits rapportés. au noctambulisme dans lesquels les actes commis ont eu un caractère agres* sif appartiennent, le plus souvent, suivant toute vraisemblance, à l’épilepsiem
Vous voyez que, d’après cela, le somnambulisme naturel ne peut pas êtres considéré encore, à l'heure qu'il est, emome un type parfaitement étudié et pouvant servir de paradigme dans étude des états analogues. Certes, ce n'est. pas de ce côté-là qu’il faut, pour le moment, chercher la lumière. Nous ne pou“ vons guère, par conséquent, que répéter à cet égard ce que l’on trouve dans les auteurs. Nous rappellerons seulement, parmi Les faits qui, dans l'espèce, paraissent le mieux établis,que le somnambulisme naturel s'observe beaucoups plus fréquemment chez lafemme que chez l'homme, beaucoup plus rarement chez l'adulte que chez les enfants et les adolescents; que le somnambules
4. Hack Tuke. Sleep walking and hypnotism. — London 1884. Voir aussi Echeverria: On nc 5. | turnal Epilepsy. Journal of mental Science, January 1879. Re M2 NLOCI CU. D: Add:
marche presque toujours les yeux grands ouverts avec un regard d'amauro- . tique, se dirigeant de propos délibéré ou, plus exactement, avec les apparences d'une volonté ferme vers les lieux où semblent l’entrainer les circonstances d'un rêve qu'il met en action ; suivant, sans hésiter, pour parvenir à son but, des sentiers périlleux; sautant, comme on l’a vu, dans le cas de la Salpétrière, par-dessus les murs avec une dextérité et une souplesse qu’on ne lui connaît pas à l’état de veille ; évitant, dans la poursuite de l’accomplissement de ce que l’on pourrait appeler son programme, les personnes qui se placent devant » Jui pour lui faire obstacle. Il les tâte quelquefois sans chercher toutefois à les : reconnaitre et passe à côté d’elles pour continuer son chemin sans en tenir : autrement compte ; il semble en d’autres termes en faire abstraction, parce qu’elles ne font pas partie de son rêve. Inutile d’insister, je pense; vous ! voyez suffisamment, par ce qui précède, qu'entre le noctambulisme et l’état | comitial ambulatoire tel que nous l’avons observé chez Men..s, les différences | lemportent sur les analogies, bien que celles-ci, à certain égard, soient t cependant en somme assez étroites.
Dans le somnambulisme provoqué par des manœuvres d’hypnotisation, serait- : il possible de provoquer par suggestion des fugues aussi longues, aussi accidentées que celles qu’il nous a été donné d'observer chez Men..s. D'après les : études récentes, qui tendent à établir que des résultats de ce genre peuvent se produire « en petit », il ne paraît pas invraisemblable que, dans certaines circonstances particulières, probablement fort rarement rencontrées, ils : pourront s’obtenir « en grand >». Mais pour le moment, à ma connaissance du 1 moins, pareille chose ne s’est pas encore vue. Le sujet suggestionné en pareil cas, marcherait, sans doute, droit devant lui, parfaitement conscient de tous à les actes qu'il accomplit, mais aussi parfaitement ignorant du motif qui les à lui fait accomplir, comme sous l'impulsion d'une force étrangère, irrésistible. L Ge sujet là serait vraisemblablement un hystérique à stigmates.
Il existe dans la science un certain nombre d'exemples de ce qu’on a appelé tquelqueïois le somnambulisme spontané pathologique ; c’est une forme qui s appartient à l'hystérie : les accès ambulants sont en général, dans ces cas L là, précédés et suivis par une attaque d’hystérie convulsive. Cela n’est point n nécessaire cependant, et l’automatisme de ce genre peut se manifester quel- . quefois primitivement. Il ne s’agit pas ici, du moins dans la règle, d'automa-
tisme silencieux, tranquille, comparable en un mot à ce que nous avons * observé dans la plupart des accès de Men..s (4). La scène au contraire est généralement des plus bruyantes rappelant, en somme, ce qui a lieu dans le
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| 4. Dans ces derniers temps, mon collègue J, Voisin a cité plusieurs exemples de « fugues » bdhystériques, dans lesquelles les actes étaient coordonnés, méthodiques, de telle sorte que les
sujets, bien qu'inconscients présentaient l'apparence extérieure de personnes no ] Médicales, 40 août 1889, p. 291). ü un re
délire post-épileptique vulgaire. Ainsi, dans une observation bien connue de mon collègue et ami le D'Mesnet, on voitune femme de trente ans, après avoir 4 éprouvé pendant la nuit une attaque hystérique convulsive, se lever, s’ha-" biller, faire sa toilette et descendre dans le jardin; là elle marche les yeux ouverls, ne répondant pas aux questions qu’on lui adresse, sautant par-dessus les banes quand elle en rencontre, se détournant des obstacles qu'on lui oppose en se plaçant devant elle ; au bout d'un certain temps de promenade plus ou à moins accidentée, elle remonte tranquillement se coucher: à peine au lit survient une nouvelle attaque d’hystérie. Au réveil aucun souvenir de ce qui s’est passé. La crise d’automatisme avait duré environ deux heures. Une autre fois cette même malade, après avoir éprouvé encore une attaque d’hystérien cette fois suivie d'extase, selève, s'habille comme la nuit précédente. Bientôt, « elle croit voir des bêtes qui menacent ses enfants ; elle ouvre la fenêtre et” veutse précipiter dans la rue. Un instant après. elle court àtravers sa chambre, saute par-dessus les meubles et, après deux heures d’agitation, elle se couche« et est prise bientôt, comme lors de l’accès précédent, d’une crise convulsive Les cas de ce genre ne sont point très rares dans l’histoire de l’hystérie. Nous pourrions les multiplier aisément. On parvient quelquefois, dans ces cas-là,à l'exemple de ce qui a lieu dans le somnambulisme provoqué des sujets hypno tisables, à imprimer aux membres des malades des attitudes cataleptiques, ainsi que l’a signalé M. Pitres et aussi à provoquer, par suggestion, des hal= lucinations. Ce fait semble, vous le voyez, tracer un trait d'union entre le somnambulisme provoqué par hypnotisation et le somnambulisme spontané des hystériques. Ce dernier, d’un autrecôté, me paraîitavoir la plus grande ana logie avec ce que, dans la description dela grande attaque hystero-épileptiquex nous avons appelé « la période des attitudes passionnelles » (troisième phases de l'attaque régulière). Et même, la ressemblance sur les points essentiels est entre les deux cas, tellement étroite que nous sommes portés à les considérer comme étant foncièrement identiques ; nous croyons en d’autres termes que le prétendu somnambulisme spontané des hystériques n’est autre chose que « la période des attitudes passionnelles » prolongée au delà de la durée que celle-ci présente dans les conditions ordinaires; mêmes hallucinations, en somme, tantôttristes ou terrifiantes, tantôt gaies au contraire ; mêmes attitudes: et mêmes actes en rapport avec la nature des représentations mentales, et, ce. qui est fort remarquable également, c’est que, dans la série classique des’ phases de l’attaque, le somnambulisme hystérique, quand il ne se montre pas. à l'état d'isolement, occupe la même place que la phase passionnelle à la= quelle il se substitue. C’en est assez sur ce point pour le moment; c'est uIM sujet qui demanderait à être étudié à part. à Ce serait ici le lieu de vous dire un mot de cette forme de somnambulisme, spontané à accès considérablement prolongés, dans laquelle, à propos d'une observation devenue célèbre, M. Azam est parvenu à démontrer l’existence
» aujourd’hui reconnue de tous, de ce qu’il a appelé la double personnalité ; » mais le temps nous presse actuellement, et je dois conclure. Je ne ferai donc que signaler en passant comme devant figurer sur l’ar-
: rière-plan dansle tableau clinique que j'ai voulu placer sous vos yeux toute
une collection de cas divers que M. le D' Tissié a ingénieusement réunis, pour
en montrer les analogies et en signaler les différences, dans sa thèse inaugu-
rale intitulée : Les Aliénés voyageurs (1). Dans un premier groüpe de cas, les * sujets ne sont pas inconscients ; ils ne le sont pas du moins pendant toute la : durée de leur entreprise vagabonde: ils savent, ou à peu près, ce qu'ils font " etles responsabilités qu’ils encourent, mais pour eux, il n’y a pas d’hésitations, pas d'obstacles : ils marchent comme dominés par un désir impérieux, » une volonté toute puissante qui se substitue à la leur et la maîtrise. M. Tissié les appelle assez justement des captivés. « X..., avant de s'échapper, songe à une ville dont le nom a frappé ses oreilles ; ilse figure y rencontrer des monnuments superbes. Le désir de la visiter s'empare de son esprit et, un beau à jour, il part abandonnant tout... mais, cruelle déception, la réalité ne répond pas à la splendeur du rêve. » Cela ne l’empêche pas, quelque temps après, | de visiter une nouvelle localité : il repart sans autre raison que celle de * satisfaire son besoin. Ce sont là,en somme, dit M. le D' Duponchel, dans une intéressante étude sur ce qu’il appelle le déterminisme ambulatoire (2), des suggestionnés ; la suggestion pouvant venir soit de l'intérieur, soit encore de : leur propre fonds,ou du moins paraître telle, car il est impossible souvent de saisir l'événement qui l'a provoquée.
À une autre catégorie appartiennent les délirants qui,convaincus qu'ilssont } des réformateurs de l'humanité, des prophètes, parcourent le monde pour répandre leurs doctrines ; ceux qui avertis par une voix qui leur crie «tu es roi >» vont à la recherche de leur royaume, etc. Mais je m'arrête dans cette hénumération, ne pouvant avoir la prétention de tout indiquer même sommairement. |
Je crois, d’ailleurs, en avoir dit assez pour légitimer les développements dans lesquels je suis entré à propos du cas de Mens, et pour justifier la dénomination d'automatisme comitial ambulatoire, que je vous ai proposé d'adopter pour le caractériser.