‹ Leçons du mardi à la SalpêtrièreChapitre 80 sur 174 · Cité d'après Rouillard, Loc. cit · texte numérisé non relu

Cité d'après Rouillard, Loc. cit

autour d'eux, brisant tout sur leur passage, et commettant même trop souvent des actes homicides.

D'autres fois, principalement peut-être, mais non exclusivement, tant s'en faut, quand il s’est agi du petit mal, la scène est moins bruyante, plus calme; : mais le résultatpratique, en somme, est analogue car lemalade commet inconsciemment des actes repréhensibles, délictueux, et, pris en flagrant délit, onl’arrête. M. Gowers, dans son Traité de l’épilepsie, cite le cas d’un maître de musique qui, pris de vertige comitial au milieu de sa leçon, s’est mis à se déshabiller comme s'il allait se mettre au lit. J'ai revu, ces jours-ci, un pauvre diable de professeur attaché à une école professionnelle qui m'a consulté bien souvent depuis quelques années, et qui est sujet à des accès de petit mal à la suite desquels, souvent, comme le malade de M. Gowers, il se déshabille sans le savoir et va se coucher en plein jour. Tout récemment, il s’est déshabillé en pleine classe, pendant son cours, et cet acte coupable, dont il n’est pas responsable cependant, l’a conduit devant Les tribunaux.

Certes, ces cas-là ne sont point rares. Ce n’est pas ainsi, vous le savez, que les choses se sont passées dans l'observation que nous avons en vue d'éclairer. Notre homme dans ses fugues inconscientes, et c’est là un caractère vraiment particulier de son cas, s’est toujours conduit en public, vous ne l’avez pas oublié — à part toutefois le jour où il s’est précipité dans la Seine — sans se faire remarquer de personne, et 1l n’eùt peut-être jamais connu la prison si, à la suite de la grande crise de Brest, il n'avait pas eu la malencontreuse idée de se confier à un gendarme dans les circonstances que vous savez. Ce sont donc les faits d'automatisme tranquille, pondéré, si l’on peut ainsi parler, c’est-à-dire sans accompagnement d'actes tragiques ou simplement repréhensibles, qu'il nous faut relever surtout pour les rapprocher du cas de Men..s. Ces faits-là ne sont point très vulgaires. Le cas de ce magistrat cité par Trousseau qui, siégeant à l'Hôtel de Ville, comme membre d’une société savante, sortait nu tête, allait jusqu'au quai et revenait à sa place prendre part aux discussions sans aucun souvenir de ce qu'il avait fait, est bien connu. Un employé de bureau se retrouve à son pupitre, les idées un peu confuses sans autre malaise. Ilse souvient d'avoir commandé son diner au restaurant ; il apprend qu'il a mangé, qu'il à payé, qu'il n'a pas paru indisposé et qu’il s’est remis en marche vers son bureau. Cette absence avait duré environ trois quarts d'heure (1).

Mais ce n’est là encore, sil'on peut ainsi parler, que du petit automatisme et d’ailleursle caractère ambulatoire, dans les observations jusqu'ici citées, n’est pas très accentué. Il n’en est pas de même dans celles qui vont suivre. Elles vont nous faire connaître des cas dans lesquels les accès d’inconscience ou de

11 Voir sur ce sujet Hughlings Jackson, West Riding Asylum Reports. Traduction dans la Revue scientifique du 19 février 1876. — Falret, Arch. générales de Médecine, 1860, avril et octobre 1861, — Ribot, Maladies de la mémoire, 1881, p. 54,

subconscience marqués par une impulsion morbide à la déambulation, ont comme chez Men..s, embrassé une période de plusieurs jours, huit jours dans quelques cas. Tardieu, dansson étude médico-légale sur la folie cite, on le sait, l'exemple d’un menuisier qui tout à coup pose ses outils, abandonne son établi etmarche sans s'arrêter pendant huit jours; il était allé à soixante lieues de son domicile et y était revenusans savoir pourquoi. C’est ici que doit être placé, suivant nous, le cas de M. Motet auquel nous avons fait allusion plus haut et que . cet auteur croit devoir classer dans la catégorie des amnésies traumatiques: transitoires. Celles-ci, autant qu’on sache, ne survivent pas longtemps au choc physique qui leur a donné naissance et surtout, après avoir paru immédiatement après l’accident, elle ne se reproduisent pas par la suite, sous forme d'accès plus ou moins souvent répétés et séparés par des intervalles libres. D'un autre côté, il n’est point rare, on le sait, de voir un choc sur la tête, agissant à la manière d’une cause provocatrice et non pas créatrice, déterminer l'apparition d’attaques d’hystéro-épilepsie qui, jusque-là, n'avaient point paru et quise perpé-\ tueront par la suite: on peut affirmer qu'il en est quelquefois de même de l’épilepsie considérée dans ses formes les plus variées et telle est l’interpréta-« tion que nous croyons devoir donner du cas de M. Motet dont nous allons rappeler les faits les plus importants (1). 4 « Un jeune homme qui, après avoir fini son temps de service militaire dans les meilleures conditions physiques et morales, gagnait sa vie en servant les maçons tomba un jour de la hauteur du deuxième étage d'une maison en construction, dans les circonstances que voici. Il portait sur la tête une auge de plâtre et montait à l'échelle, lorsqu'un échelon se brise sous son pied; il est précipité et tombe à travers l'ouverture béante de la cave. Il se fracture la. jambe droite et la cuisse gauche. Il reste huit jours dans un état comateux, « près d’un an paraplégique et enfin ilse rétablit. Mais l’amnésie est restée com= plète pendant des mois. La réparation s’est faite progressivement, et chose assez curieuse, la mémoire s’est rétablie jusqu’à la minute même de l'acci=M dent; il se souvient maintenant du bruit que l’échelon a produit en se brisant Mais cet homme qui, jusque-là, n’avait jamais été un épileptique est resté de-" puis sujet à de véritables accès de vagabondage; il part, marche devant lui, sans conscience de ses actes, automatiquement, et ne s'arrête au bout de quatre heures, dix heures et plus, qu’exténué de fatigue et mourant de faim: Il se demande alors où il est, ce qu'il est venu faire dans un endroit inconnu de lui. Il rentre chez sa mère sans pouvoir donner aucune explication de son, absence. Ù 4 « Il s’est marié, et depuis il a encore été sujet à des fugues du même genre. L'une d'elles entre autres a été remarquable à la fois par son intensité et par

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