À, Fournier, loc. cil., p
es [er]
âgé de 40 ans qui, depuis quinze ans était sujet à des douleurs fulgurantes. Il présentait, depuis quatre ans, des crises gastriques revenant à de longs intervalles, trois ou quatre fois seulement par année. Celles-ci consistaient dans la présence de douleurs épigastriques très vives avec inappétence, le tout accompagné d'un accablement général très accentué. Il n'y avait pas de vomissements. La crise durait environ quinze jours. Elle apparaissait tout à coup, sans prodromes et se terminait brusquement « comme par enchantement ».
3° Dans un troisième groupe l’anomalie est, si l’on peut ainsi parler, de sens inverse, c'est-à-dire que les vomissements et autres accidents de la crise persistant, ce sont les douleurs qui font défaut. Vulpian a fait allusion aux cas de ce genre (1). Un malade de M. le professeur Fournier était sujet à M des crises durant environ six jours, quise caractérisaient par des vomissementsrépétésavec intolérance absolue de l’estomac pour toute espèce d’aliments, de boissons ou de remèdes. Tout ce qui étaitingéré, sous quelque forme que ce fut, étaitexpulséséance tenante. Une observation du professeur Pitres publiée dans le Journal de médecine de Bordeaux appartient à la même série (2). Le sujet est unhomme de 50 ans chez lequel les crises gastriques, représentées uniquement par des vomissements accompagnés du malaise qu’ils entraînent nécessairement ont, pendant près de trois ans, constitué l'unique manifestation de la maladie tabétique.
4° Quelquefois les crises se rapprochent au point qu’elles deviennent journalières ; mais en même temps leur durée se raccourcit. Ces cas sont, je croisfort rares. Je dois à M. Blocq l’histoire d’un ataxique âgé de 54 ans, autrefois employé au ministère de la guerre. L'observation a été recueillie comme l’une de celles citées plus haut, à l'hôpital du Val-de-Grâce, service de M. Kelsch. Le début de la maladie avait eu lieu il y a onze ans, inauguré par les crises gastriques en question qui ont persisté, à l'état d'isolement, . pendant sept ans. Ce n'est que depuis quatre ans que les douleurs fulgurantes M sontvenues s’y adjoindre. Les crises débutent brusquement, vers 4 heures. du matin à peu près tous les jours, par un sentiment de pesanteur à la région M épigastrique bientôt suivi d’une douleur vive que le malade compare à celle que produirait la morsure d'un chien furieux. Puis surviennent les, vomissements alimentaires d’abord, après cela bilieux et muqueux. La cessation a lieu brusquement vers 9 heures du matin. La durée est donc, vous le voyez, de quatre à cinq heures seulement.
5° Cela nous conduit à vous parler de faits qui ne sont pas fort rares, dans lesquels la longueur de la crise, au lieu d’être de trois, quatre, cinq jours comme dans les conditions du type, s’allonge extraordinairement de
4. Maladies du système nerveux, loc. cit., p. 322. 2, 21 janvier 1884,
facon à ce qu’elle dure quinze, vingt jours, un mois et même plus, en même temps que les intervalles se raccourcissent. Ces faits, par une transition ménagée, nous conduisent à ceux où les accidents vulgaires de la crise à savoir,les douleurs, les vomissements, l'inappétence, etc.,etc., s’établissent en quelque sorte en permanence de façon à sévir pour ainsi dire, sans cesse et sans trêve, pendant une période de plusieurs mois, neuf mOIS dans un cas de M. Buzzard (4). Dans les cas heureusement tout à fait exceptionnels où pareille chose a lieu, le caractère de périodicité qui appartient aux crises gastriques est encore, malgré la tendance à la continuité, représenté le plus souvent par des exacerbations de tous les symptômes qui surviennent de temps et autre, et contrastent avec des périodes d’apaisement.
En ce qui concerne les crises gastriques, le cas du malade que nous sommes préparés maintenant, par tout ce qui précède, à étudier avec ‘profit se rapproche justement des faits de la dernière catégorie. La périodicité des crises est bien marquée en effet chez lui, vous allez le voir, par l'apparition brusque et la cessation également brusque des principaux accidents; mais les intervalles libres ne sont pas parfaitement accusés. On y voit persister, pour ainsi dire, en permanence, pendantun certain temps du moins, des troubles des fonctions de l'estomac qui rendent l'alimentation à peu près impossible ; de plus, les crises, chez notre homme, s’éloignent encore du type par la présence fréquente dans les matières rendues par les vomissements, d'un liquide noir rappelant la couleur marc de café ; mais nous reviendrons là-dessus tout à Pheure. En dehors de ces particularités les crises gastriques, chez notre homme, rentrent nettement dans la règle en particulier par ce fait que, durant plus de trois ans, elles se sont montrées à peu près isolées, indépendantes en tout cas de l’incoordination motrice, laquelle ne s’est manifestée qu’au bout de la troisième année.
Nous allons maintenant adresser au malade quelques questions ; ses réponses nous mettront, je pense mieux à même d'apprécier la réalité objective des faits sur lesquels je veux appeler votre attention. Vous voyez qu'il s’agit d'un homme bien constitué, solide d'apparence, fatigué seulement par la maladie dont il souffre depuis bien longtemps.
S'adressant au malade : C’est bien le 3 décembre 1883, que votre maladie d'estomac a commencé ; avant ce jour-là vous étiez bien portant ?
LE MALADE : Oui monsieur. Je me rappelle la date exactement. Je n'avais
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1200; CP, p.209.
jamais été malade auparavant. Cependant, depuis cinq ou six mois, avant que le mal ait éclaté, mes digestions étaient pénibles. Le mois qui a précédé la première crise, j'avais du dégoût pour la nourriture ; quelquefois j'avais des hoquets.
M. Cuarcor : Il y a donc eu dans ce cas des prodromes : quoi qu'il en soit, le 3 décembre 1883, le matin, en se réveillant, il a ressenti tout à coup dans le ventre des douleurs vives qui ont remonté vers l'estomac et s’y sont fixées. Bientôt,ces douleurs ont été accompagnées de vomissements noirs, couleurde suie. Les douleurs étaient à peu près incessantes ; les vomissements noirs se reproduisaient environ toutes les trois heures. Tout cela a persisté pendant dix ou douze jours. Après quoi, les douleurs ont cessé, ainsi que les vomissements; mais il est resté de l’inappétence, un dégoût profond pour les aliments ; le lait,'le champagne le koumis pouvaient seuls être supportés et telle a été pendant fort longtemps la seule alimentation du malade. C’est ainsi qu'il nous a raconté les choses.
LE MALADE: Oui, monsieur, c’est bien ainsi que les choses se sont passées. J'étais tellement faible au sortir de la crise que. pendant plus de quatre mois, je n’ai pas pu sortir‘du lit : d’ailleurs je ne pouvais pas manger et les crises revenaient de temps en temps.
M. Cuarcor : Nous verrons cela tout à l'heure; parlons seulement pour le moment de la premiere crise. Ne m'avez vous pas dit que, dans ce moment-là, vous avez été presque inconscient.
LE MALADE : Inconscient, pas tout à fait, mais fort engourdi ; je ne voyais ricn, je ne pensais à rien, je ne reconnaissais personne. Cela a duré deux jours. Le premier jour je n’ai pas reconnu mes parents.
M. Cuarcor : À partir de cette époque, les crises ont reparu, à peu prèsrégulièrement tous les mois.
LE MALADE : Pas précisément tous les mois, monsieur, mais tous les trentehuitjours.
M. Cuarcor: Cela revient à peu près au même, Messieurs, vous le reconnaitrez. Ce quiimporte,vous l’avez compris c’estla presque régularité qu'ontaffectée les crises dans leur réapparition périodique. — S’adressant au malade : C'est M seulement pendant la durée des crises, et non dans les intervalles que les . vomissements noirs ont paru?
LE MALADE : Oui, monsieur, c’est bien cela. Les crises parties, je ne souffrais plus, je ne vomissais plus ; j'étais presque bien. Seulement, je ne pouvais pas manger, j'étais dégoûté de tout, et j'étais extrêmement faible. Les vomissements noirs, dans la crise, ne venaient pas toujours tout de suite. J'avais d'abord des douleurs de ventre remontant à l’estomac, puis suryenaient des nausées ; après cela je rendais ce que j'avais avalé ; les vomissements glaireux, jaunes, puis noirâtres se montraient ensuite. Les douleurs et les vomisse énts sévissaient dans toute leur force pendant quatre ou cinq jours.
Alors, c'était un martyre : cela durait nuit et jour, jene savais où me mettre, après cela il y avait un apaisement ; mais, pendant dix jours, j'avais encore de temps en temps des douleurs et des vomissements de telle sorte que je n'étais tout à fait tranquille que pendant une période de quinze à vingt jours chaque mois puisque, comme je vous l'ai dit, les crises revenaient tous les trente-huit jours.
M. Cnarcor : Je vous remercie. Malgré plus d'une anomalie qui en modifie plus ou moins profondément, à certains égards, la physionomie classique, vous reconnaîtrez ici, Messieurs, aisément les caractères fondamentaux de la crise gastrique tabétique. La périodicité typique, entre autres, est parfaitement accusée, malgré la persistance de troubles digestifs dans l'intervalle des accès. Pour ce qui est des vomissement noirs, ils sont, à la vérité, chose rare en pareille circonstance, puisque nous ne trouvons à cet égard, dans les annales du tabes, qu’une seule observation comparable à la nôtre, celle déjà citée de Vulpian (1). Mais leur présence dans les crises tabctiques n’est pas faite, je pense, pour dérouter le médecin et il n’est pas nécessaire pour s’en rendre compte d'imaginer la complication de quelque lésion organique de l'estomac, étrangère au tabes, Il est à remarquer, en effet, que dans notre observation, comme dans celle de Vulpian, le vomissement noir n'apparait jamais que dars la période des crises; cela n’est-il pas de nature à faire penser que le processus qui dans la muqueuse gastrique prépare son développement est semblable à celui qui, suivant les observations de M. Le professeur Straus, produit chez certains ataxiques, des ecchymoses cutanées, en conséquence des accès de douleurs fulgurantes (2) ?.. S’adressant au malade : Voulez-vous me dire ce qui vous est arrivé à partir de la quatrième ou cinquième crise, c’est-à-dire cinq ou six mois après le commencement de tout. |
LE MALADE : Je vous ai dit que j’ai commencé à me lever à la fin seulement du quatrième mois. J'étais extrêémement faible ; d’une maigreur extrême. Je n'avais toujours pas faim ; je me nourrissais à peine. On m'a cru atteint d'abord d'un cancer de l'estomac. et plus tard d'un ulcère simple. On me traitait en conséquence : j'étais à la diète lactée ; d’ailleurs je ne pouvais pas prendre autre chose que du lait ; cela à duré trois ans. D’autres disaient ne pas sayoir ce que j'avais. On m'a envoyé plusieurs fois à Vichy, puis à Chatel-Guyon. C'est là, en 1886, c’est-à-dire trois ans après le début, qu’on a . commencé à dire que je pourrais bien être un ataxique. En effet, dans ce temps-là, j'ai commencé à marcher difficilement en lançant les jambes comme je le fais aujourd’hui.
M. Cnarcor : C’est bien, mais parlez-nous de vos crises gastriques.
4. Loc. cit. Maladie du système nerveux, 1879, p. 211. 2. J.Siraus. Des ecciymoses tabétiques à la suite des crises de douleurs fulgurantes. Archives * de neurologie 1880-81, N° 4, p. 536.
LE MALADE : Monsieur, elles ont continué jusque dans ces derniers temps. À partir dusixième mois, elle ont commencé à s'éloigner ; elles ne revenaient plus que tous les trois ou quatre mois, au lieu de revenir comme auparavant tous les irente-huit jours. Elles ont continué ainsi jusqu’en octobre dernier, Elles ont donc duré cinq ans en tout. Je ne les ai pas eues depuis cette époque et j'espère qu'elles ne viendront plus. La dernière a été atroce: j'étais 4 Ghatel-Guyon : elle a peut-être été provoquée par des lavages de l’estomac qu'on me faisait à cette époque. Les douleurs ont été terrible s; j'ai eu des vomissements noirs très abondants ; après cela je suis tombé,m’a-t-on dit, dans un état très grave. Il paraît que je suis resté sans connaissance pendant près de trois jours.
M. Crarcor : Cependant vous m'avez dit qu'avant cette époque déjà l’état de votre estomac s'était amélioré. |
LE MALADE : C’est vrai, monsieur. Les crises, à la vérité, bien que moins fréquentes, duraient toujours trois ou quatre jours et elles étaient souvent très intenses,mais la quantité des matières vomies était moins grande; cela ne dépassait pas deux litres par jour. Dans les intervalles j'étais moins faible, moins dégoûté des aliments. Cependant, ce n’est que depuis ma dernière crise, « c’est-à-dire depuis quatre mois, que mon estomac s’est remis à peu près COmMplètement ; depuis ce temps-là, je m’alimente à peu près comme tout le monde, je mange de la viande saignante, des pommes de terre, je bois du vinhM sucré, etc., etc.Je me crois guéri de ce côté-là.
M. Cnarcor:Je l’espère. Je vous rappelle à ce propos, Messieurs,que les crises gastriques de l’ataxie sont chose curable; il en est de même des crises laryn-" gées, des paralysies des muscles moteurs de l’œil, des crises vésicales et de bien d’autres symptômes de la série qui peuvent n’exister que passagèrement, « bien que la maladie persiste d’ailleurs foncièrement et continue progressivement sa marche vers le but fatal. Il n’est guère en somme que l’atrophie ta-M bétique des nerfs optiques, qui, une fois constituée, ne retrocède jamais, même temporairement et aboutisse irrévocablement à la cécité absolue. |
Messieurs, je vous ai dit au début de cette leçon que, suivant moi, on eûtpun chez notre patient, même dès l’origine de la maladie, reconnaître les troubles gastriques pour ce qu'ils sont, et éviter de tomber dans l'erreur qui semble, avoir été entretenue avec persistance pendant une longue période de trois années. Il me paraît, que cette assertion est déjà en grande partie ratifiée par la description même que vous venez d’entendre de ces accidents gastriques,. puisque, au milieu de tant d'anomalies, les caractères essentiels du type peuvent être cependant facilement retrouvés ; elle sera justifiée plus encore, et pleinement légitimée, par l'exposé qui va suivre. Vous allez, voir, en effet, que, dès le commencement de la maladie, les crises gastri- ë, ques se sont trouvées associées à quelques symptômes univoques de la série
nn
tabétique, de mamère à constituer un complexus parfaitement significatif, du moins pour un observateur expert en pareilles matières.
S'adressant au malade : À quelle époque vous a-t-on coupé la luette ? pourquoi l’a-t-on fait ?
LE MALADE : Monsieur, c’est un peu après la première crise d'estomac. J'avais une toux sèche, incessante, fort bizarre et qui étonnait les médecins. Dans ce temps-là je n'avais pas à la suite des quintes, des suffocations comme j'en ai eu depuis. Du reste, l'opération ne m'a absolument pas soulagé.
M. Cuarcor : À quelle époque avez vous commencé à avoir la voix rauque, détonnante comme vous l'avez aujourd’hui? Veuillez prêter, Messieurs, attention à la voix qu'émet notre malade quand il parle. Il détonne à chaque instant ; de plus, de temps en temps, quand la respiration se précipite, vous entendez, à chaque inspiration, un léger cornage.
LE MALADE : Je me suis aperçu, monsieur, que j’avaisla voix rauque et basse lors de ma première crise, c’est-à-dire à la fin de 1883.
M. Cuarcor : Vous le voyez, tout cela date de l’origine du mal. Je vous dirai immédiatement que l'examen fait ces jours-ci, par M. Cartaz, du larynx chez notre malade, donne la raison de cette dysphonie, de la raucité de la voix et aussi du cornage. Il existe en effet une paralysie incomplète de la corde vocale gauche, ou autrement dit, du muscle crico-arythénoïdien postérieur Tout cela, remarquez-le bien, Messieurs, eût pu être reconnu il ya cinq ans. Le même examen donne, en partie du moins, la raison des crises laryngées qui, vous allez le voir, ont, dès le commencement, joué un rôle important dans l’histoire clinique de notre sujet.
Je fais allusion ici à une hyperesthésie très accentuée de la muqueuse laryngée, reconnue également par M. Cartaz. Elle occupe surtout à droite la région des cordes vocales supérieures et inférieures ; on serait en mesure très certainement de provoquer des cerises laryngées artificielles si l’on insistait quelque peusur la titillation de ces régions.
S'adressant au malade : À quelle époque avez-vous eu la première de ces
: grandes crises de larynx qui quelquefois vous jettent à terre sans connaissance ? |
LE MALADE : C'était à Vichy, monsieur, en 1884, après ma septième ou hui-
1 tième crise d'estomac. J'étais près de la source où j'allais boire. J’ai senti un chatouillement à la gorge, je me suis ensuite mis à tousser de ma toux quinà teuse et rauque plus fortement que d'habitude et, tout à coup, je suis tombé à terre absolument privé de connaissance. J’ai été fort étonné quand je me * suis réveillé, couché par terre et qu’on m'a dit ce qui était arrivé. M. Guarcor : La même chose vous est arrivée plusieurs fois depuis, je ‘ crois ? * LE MALADE : Oui, monsieur, quatre ou cinq fois. La dernière fois il yaun » mois, Mais habituellement les choses ne vont pas si loin. Je sens un chatouil-
Piper
lement vers Le côté droit du larynx, comme si on me passait à l'intérieur, de ce côté-là, une barbe de plume ; puis je me mets à tousser d'une toux sifflante comme si j'avais la coqueluche. Je suis menacé de EuPpEREr Müis alors je ne tombe pas et je ne perds pas connaissance.
M. Cuarcor, aux auditeurs : Vous venez d'entendre un récit fort intéres-
sant, dans lequel figurent en quelque sorte tous les accidents laryngésh
possibles du tabes, Fo lee permanents à savoir: voix rauque, dysphonique,
cornage ; accidents transitoires et paroxysliques, à savoir : accès de toux « coqueluchoïde » comme on les a quelquefois appelées; crises laryngées spasmo-« diques avec tendance à la suffocation; crises laryagées enfin sous forme d'ictus,
La description de ces dernières surtout est fort remarquable, parce qu'il s'agit là en somme d'un accident plutôt rare dansle tabes. Vous n’oublierez pas que, ainsi que je l'ai montré depuis longtemps déjà, l'ictus laryngé, ou, autrement dit, le vertige laryngé comme je l'appelle, n'appartient pas,tants’en faut ,exclu-
sivement au tabes.On le trouve en effet,plus fiéquemment peut-être ,chez cer-" tains sujets goutteux, atteints de laryngite chronique et aussi chez quelques.
asthmatiques. L’arthritis en somme parait être en jeu dans la plupart de ces cas (1).
Mais j'en reviens, Messieurs, à notre malade. N'’est-il pas clair que tous ces
symptômes laryngés si accentués, si caractéristiques, pour peu qu’on y eût pris
garde et si on les eût considérés soit en eux-mêmes, soit dans leur relation
avec les crises gastriques, eussent suffi pour révéler la véritable nature du mal,
et pour empêcher, en ce qui concerne ces dernières, de tomber dans le dia gnostic erroné d’une affection organique de l'estomac. La chose vous parail
évidente maintenant et il n’est guère utile d'insister. Je ferai remarquer seule=«
ment que l'existence de douleurs fulgurantes parfaitement accentuées, remarquée pour la première fois dès 1885, eût pu dès cette époque contribuer puissamment à éclairer la situation.
Il ne me reste plus, pour en finir avec ce cas, qu'à compléter l'observation,
par quelques nouveaux détails. L’incoordination motrice, ainsi que je vous l'ai dit, a paru seulement au commencement de 1886, c'est-à-dire 11 y a trois ans:
Voici maintenant l’énumération sommaire des symptômes révélés par
l'étude de l'état actuel. La démarche tabétique est, chez le malade, tout à fait conforme à la description typique : les membres inférieurs sont à chaque pas
comme projetés et retombent lourdement sur le sol en frappant du talon. Les signe de Romberg est très accentué. Les douleurs fulgurantes occupent non.
seulement les membres inférieurs maïs encore les trasets nerveux du domaine
4. Voir sur les accidents laryngés labétiques, les Leçons du mardi 1887-1888, p. 85, 269, et et, sur l'ictus laryngé en particulier : Progrès médical, 1879, p: 317,
Sr
cubital, symétriquement des deux côtés. Les réflexes rotuliens sont absents. Atrophie. également prononcée des deux côtés, des muscles qui remplissent le premier espace interosseux. Troubles urinaires consistant dans la nécessité de faire effort, de pousser quand on veut rendre les urines. Celles-ci s’écoulent quelquefois involontairement à la moindre émotion. Anaphrodisie complète, depuis trois ans. Jamais il n'y a eu de diplopie, mais le signe d’Argyil Robertson est bien dessiné. Les crises gastriques ont, comme on l’a dit, cessé d'exister depuis plusieurs mois et nous pouvons espérer qu’elles ne se reproduiront pas.
Certes, voilà un pauvre homme chez lequel la terrible maladie tabétique, semble avoir voulu exercer toutes ses cruautés; j’ajouterai qu'il a été frappé de très bonne heure, c'est-à-dire vers l'âge de 30 ans. D'après mon expérience, dans ces cas de tabes précoce, on doit s'attendre à rencontrer presque toujours dans les antécédents héréditaires des tares nerveuses plus ou moins accentuées. Il n’en est rien chez notre homme; l'étude de sa famille ne nous a rien appris. Il est vrai que nous n'avons pas pu être renseignés dans toutes les directions. Nous avons appris seulement qu'un de ses frères, fort intelligent du reste parait-il, est un original fieffé. Il a changé deux ou trois fois de religion : c’est beaucoup!
Il n’y a jamais eu traces de syphilis, et les fatigues corporelles, non plus que les émotions morales, ne sauraient être incriminées comme causes occasionnelles provocatrices. Notre malade a de l’instructian. Il a exercé tour à tour la profession d'employé de commerce et d’entrepreneur. Jamais il n’a travaillé de ses mains et jamais il n’a eu de véritables chagrins.
C'est un de ces cas, vous le voyez, et ils sont fort nombreux encore, où l’ataxie procède on ne sait d’où, et vient on ne sait comment.
2e MALADE.
Lo second malade que nous avons à étudier aujourd'hui est un nommx . . aélite hongrois, âgé de 23 ans. Nous aurons le regret de ne pouvoir pas linterroger devant vous; nous ne pouvons communiquer avec lui qu’à
l'aide des quelques mots d'allemand qu'il possède; et c’est ainsi que nous avons recueilli, près de lui, les renseignements dont je vais vous faire part,
Je vous le présente comme un véritable descendant d’Ahasverus ou Cartaphilus comme vous voudrez dire. Le fait est qu’à l'exemple de ces névropathes voyageurs dont je parlais l'autre jour, il est mû, constamment, par un besoin irrésistible de se déplacer, de voyager, sans pouvoir se fixer nulle part. C'est ainsi que, depuis trois ans, il ne cesse de parcourir l’Europe, à la recherche de la fortune qu’il n’a pas encore rencontrée.
Ila d’abord traversé l'Allemagne, s’arrêtant à Dresde, à Te, à Breslau, à Berlin ; exerçant un instant, dans chacune de ces villes, son métier de tailleur, dans le but de ramasser quelque argent lui permettant de continuer son voyage. De Berlinil passe en Angleterre qu'il trouve « triste » et où il nereste que deux mois. De là, riche de 70 schellings, il se rend à Anvers où il s’installe pendant quatre mois ; mais, l'ouvrage venant à manquer, il part pour Bruxelles où, à son grand désappointement, il ne trouve pas de travail.
Bientôt son trésor s’épuise et n’ayant plus que 4 francs en poche, il prend le parti de se rendre à Liège, à pied. Mille misères l’altendaient dans ce voyage pédestre qui n’a pas duré moins de cinq jours. Les deux premiers jours ila dû marcher sous une pluie battante, à travers des chemins défoncés. Le matin du troisième jour, c'était le 2 août 1888, la pluie ayant cessé un instant il se couche, vers 9 heures, tombant de fatigue et trempé jusqu’aux os, le long de la route, sur la terre humide. Là il s'endort lourdement, reposant sur le-sol par le côté droit du corps. Il a dormi jusqu’à 2 heures de l’après midi.
Il est certain que, pendant toute la durée de son sommeil, il n’a pas changé un instant de position, car c’est seulement sur le côté droit que ses vêtements ont été couverts de boue. Au réveil il ressentait, dans toute l'étendue du membre supérieur droit et dans la cuisse ainsi que le genou du même côté, des douleurs vives accompagnées d’un sentiment d’engourdissement fort péni-
ble. Illuifallait cependantmalgrétoutse remettre en marche, il n’était qu’à mi-
chemin et, ses ressources pécuniaires étant complètement épuisées, il
ne devait plus compter que sur la charité publique. Il rassembla toutes ses forces
et continua sa route elopin-clopant, trainant sa jambe gauche dont il souf-
frait beaucoup. Enfin ilarriva à Liège le cinquième jour, dans un état déplo-"
rable et fut reçu à l'hôpital anglais oùilresta traité, paraît-il, pour un « rhumatisme » à l’aide de l'électricité. Sa famille lui ayant, sur ces entrefaites, envoyé
quelque argent, il se rend à Spa, toujours à pied, et de là à Verviers où ilW entre encore à l'hôpital. Ily éprouva quelque soulagement de sa douleur SOUS l'influence de bains de vapeur locaux qui lui furent administrés. Il quitte Ver=m
viers pour Metz où il arrive boitant plus que jamais. L'association israélite de cette ville lui donne quelque secours d’argent qui lui permettent de prendre le train pour Châlons-sur-Marne.
De Châlons, toujours souffrant et boitant, il se met en route à mec pour |
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Paris, marchant environ quatre heures par jour, et vivant des quelques aumônes qui lui sont faites par ceux de ses coreligionnaires qu'il rencontre
dans les villes où il s'arrête chemin faisant.
Je n'ai pas cru, Messieurs, devoir vous épargner les détails relatifs à toutes ces pérégrinations singulières parce qu'elles révèlent chez notre homme, si je ne me trompe, un état psychique particulier qui nous conduit à le considérer comme un anomal, un déséquilibré. Il était important également de bien mettre en relief les misères, les privations, les fatigues excessives dont il a souffert pendant ses voyages, et d’insister aussi sur cette malencontreuse matinée du 3 août où il est resté couché, dormant, pendant plusieurs heures sur la terre humide, reposant par le côté droit du corps : ce sont là, en effet, des circonstances qui nous paraissent avoir joué un rôle important dans le développement de la maladie que nous devons étudier maintenant.
Klein a fait son entrée à Paris le 11 décembre 1888; le lendemain il se présentait à la Salpêtrière où il a été admis dans le service de la clinique.
Il faisait vraiment peine à voir; déguenillé, sale, pâle, amaigri, tombant de fatigue et tout ahuri, il présentait vraiment l'image poignante du complet dénûment. Il avait les pieds meurtris et, pendant plusieurs jours, il ne se sentit pas le courage de sortir un instant du lit. Enfin, lorsque sous l'influence du repos et d’une alimentation à discrétion il se fut un peu remis, l'examen que nous fimes de son état nous apprit ce qui suit.
Aucun signe d’une lésion viscérale organique quelconque. En dehors de lémaciation, de la prostration ct de l’anémie profondes dont il a été question plus haut, tous les symptômes à relever sont relatifs au système nerveux. Il existe dans toutes les articulations du membre supérieur droit un certain degré de rigidité qui dépend d’un spasme musculaire. Le bras est appuyé et immobilisé sur le côté droit du thorax ; l’avant-bras est fléchi à angle obtus sur le bras et en même temps fixé dans la pronation forcée. Le poignet est légèrement fléchi sur l’avant-bras et entrainé dans l’abduction. Les doigts rigides dans l extension, sont fléchis en masse, à angle droit vers la paume de la main et en même temps fortement déviés vers le bord cubital. (Fig. 74).
Veuillez prendre note, Messieurs, de cette déformation particulière de la main et des doigts que je vous ai fait remarquer déjà dans des circonstances analogues à celles que nous rencontrons ici (1). Cette contracture spasmodique du membre supérieur droit date, paraît-il, des premiers jours qui ont suivi la journée du 2 août. A cette époque, ce membre était, comme on l’a dit, le siège de douleurs et d’engourdissements qui ont disparu depuis. La peau du membre contracturé est dans toute son étendue, épaules, bras, avant-bras, main frappée