Les Erinnyes. 20 p. V. p 44. 1859. à
2. Voir sur la combinaison de l’hystérie avec les diverses formes de la dégénérescence mentale plusieurs travaux inspirés par M. le D' Ballet : —Marquezy : L'homme hystérique, Bulletin médical, août. — Tabaraud. Des rapports de la dégénérescence mentale el de l'hyslérie, thèse de Paris, novembre 1888,
vres hères que je viens de vous présenter sont l’un et l’autre sous le coup de la diathèse hystérique. Ils en portent, vous allez le voir, l’un comme l’autre les marques non méconnaissables : attaques et stigmates permanents.Où l’hystérie va-t-elle se nicher ? Je vous l’ai montrée bien souvent, dans ces derniers temps dans la classe ouvrière, chez les artisans manuels, et je vous ai dit qu'il fallait la chercher encore sous les haïllons, chez les déclassés, les mendiants, les vagabonds; dans les dépôts de mendicité, les pénitenciers, les bagnes peut-être |
Vous verrez qu un jour, tout compte fait, en raison de l'extension singulière que semble prendre l’hystérie mâle dans les classes inférieures de la société à mesure qu'on apprend à la mieux connaître, on en viendra à poser la question suivante : la névrose hystérique est-elle vraiment, comme on l’a eru, comme on l'a prétendu jusqu'ici, plus fréquente chez la femme que chez l’homme (1)? Toujours est-il que,quelle que soit la solution qui, dans avenir, sera donnée à cette question, nous voilà dès à présent amenés bien loin de l'idée que nos prédécesseurs des siècles passés se faisaient de l’hystérie, lorsqu'ils n’y voyaient qu'une « suffocation utérine ».
Occupons-nous d’abord de « l’homme sauvage ». C’estunnomméLap..sonne: il est aujourd’hui âgé de 48 ans. Sa physionomie est quelque peu en rapport avec la profession qu'il exerce. Il a, en effet, comme vous voyez, l'air abruti, stupide, renfrogné, féroce même. En réalité, il est vraiment terrible dans de certains moments, et il a alors commis plusieurs fautes graves, pour lesquels, du reste, il a été sévèrement puni par la loi militaire. Il paraît s’être fort amendé depuis lors.
Je ne vous parlerai de son histoire, de ses antécédents qu'ilnenous a contés lui-même que sous toutes réserves. Ce n’est pas qu’il mente, à ce que je suppose, et il me paraît au moins fort vraisemblable que les « gros faits » de sa vie se sont passés en réalité comme il nous le raconte. Mais nous nous sommes facilement aperçu, en l’interrogeant à maintes reprises, qu'il n’a pas de mémoire et qu'il enchevêtre les faits les plus éloignés par la date où ils se sont produits. Voici en résumé, d’après la critique que J'ai faite des documents qu'il m'a fournis, l’histoire de notre homme, telle que je vous propose de l’admettre.
Il affirme qu'il n’y a pas eu dans sa famille d'antécédents nerveux. A cet égard, je me permettrai de ne pas l'en croire. Il est même impossible que
1. Voir à ce sujet l'Etude statistique déjà citée du D° Marie, Progrès médical p.68, 87, juillet 1889,
cela soit: d’ailleurs, dans la recherche de ses antécédents, le chemin est coupé; il ne connaît pas du tout la famille de son père.
Sa mère et sa tante sont mortes de maladie cardiaque. Celle-ci avait fréquemment souffert du rhumatisme articulaire. Nous trouvons là, pour le moins, les marques de l'élément arthritique, qui, si fréquemment, concourt au développement héréditaire des affections névropathiques.
A l’âge de douze ans, il aurait été atteint d’une fièvre iyphoïde grave. C’est de cette époque qu’il faut faire dater sa faiblesse intellectuelle et son amnésie. Ce qu’il avait, antérieurement à cette maladie, appris à l’école ïl l'a depuis complètement oublié et n’a jamais pu le réapprendre. Il avait toujours eu d’ailleurs des goûts de vagabondage; il aimait à courir les champs, et évitait autant que possible de se rendre à l’école.
Il avait dix-huit ans lorsque, n’ayant pu apprendre aucune profession, 1l s’engagea dans la marine.ll fit là six ansdeservice, sans encombre et il allait être libéré, lorsqu'à la suite, à ce qu'il assure, d’une discussion avec un adjudant, il jette cet officier par dessus-bord et se trcuve par suite condamnéàmort.Sa peine fut commuée, paraît-il, en dix ans de travaux forcés : en conséquence, il fut envoyé en Algérie où, pendant huit ans, il a été occupé à travailler sur les routes. Il finit son temps à la Nouvelle-Calédonie.
C'est de son séjour en Algérie que datent la plupart des tatouages caractéristiques dont il a le corps couvert. Voyez, il porte sur le côté gauche de la poitrine une « croix d'honneur » imaginaire ; sur son avant-bras gauche on lit l’inscription suivante « mort aux gendarmes. » Au beau milieu du tronc, un peu au-dessus du sternum, se présente une figure de femme, décemment couverte qu'il dit être la nuit. Pourquoi la nuit ? il n’a jamais pu le dire. Je signalerai encore, sur le bras droit, le dessin d'un homme «en costume de mousquetaire » destiné à représenter, paraît-il, le gouverneur de la colonie pénitentiaire, et un peu plus bas celui d’un autre homme en costume « d’Ecossais » ? J'aurais à signaler encore bien d’autres tatouages, plus ou moins bizarrement placés, mais la plupart d’entre eux sont tels que leur description blesserait l'honnêteté! c’est pourquoi je passe outre. Tout cela, Messieurs, est-il assez absurde ? maisremarquez-le bien, pour nous médecins l'examen de ces inscriptions, de ces images symboliques bizarres, n esta pas à dédaigner. On peut dire, en effet, qu’elles sont parfaitement dans la situation, et qu’elles fonten quelque sorte partie de la caractéristique de l’état mental de notre homme. Se ; à
Il avait environ trente-cinq ans lorsqu'il fut mis en liberté. Les dix années qui ont suivi sa libération ont été marquées par des incidents pathologiques nombreux et qu'il nous faut mettre en relief. Les mille francs, provenant de son « prêt », qu'il avait touchés, furent bientôt dépenses en orgies de boisson. C'est à cette époque que commencent à paraitre les délires surtout nocturnes où il voit des animaux féroces, des lions surtout qui,le
menacent et contre lesquels il se défend à l’aide d’un couteau dont il frappe les murs. Une fois, il s’en est frappé lui-même au bras gauche, produisant une large blessure dont il porte encore la cicatrice.
C’est vers la même époque qu'ont commencé à paraître des crises nerveuses convulsives, qui n'ont pas cessé de se manifester de temps à autre depuis et que nous allons retrouver par la suite.
Pendant cette longue période de dix années, les excès alcooliques n’ont pas manqué d'aller leur train et en conséquence, Lap..sonne n'a pas cessé de fréquenter, tantôt Les hôpitaux lorsque les accidents nerveux dont il souffrait le laissaient à peu près calme, tantôt l'asile Sainte-Anne ou encore Bicêtre lorsqu'il était pris de délire bruyant,
Cependant, dans les intervalles de ces crises, il s’est livré, car, après tout, il fallait vivre, à des professions diverses : il y a cinq ou six ans, il a dû cesser de servir les maçons, comme il le faisait depuis son départ de la Nouvelle- . Calédonie, parce que — remarquez bien ce détail caractéristique, — il était devenu faible de tout le côté droit, du membre supérieur surtout : les objets qu'il portait lui tombaient, dit-il, de la main droite, « lorsqu'il ne les regardait pas ». Cette parésie de la main droite, avec perte du sens musculaire, nous allons la retrouver tout à l'heure telle quelle, cinq ou six ans au moins après le moment où elle a été pour la première fois remarquée.
Après avoir quitté les maçons, Lap.. sonne a été «employé de ménagerie » dans les fêtes publiques. Dans ce temps-là, dans le but de s’élever dans la profession, il a fréquenté les cours d’un nommé M... s’intitulant artiste et demeurant rue des Quatre-Chemins à Aubervilliers où il enseigne les trucs de bateleurs. C’est chez ce professeur qu'il a appris à avaler des sabres, des étoupes enflammées, à manger du verre cassé, etc.,ete. — Il à par la suite figuré dans l'établissement bien connu du décapité parlant. Mais, dans le cours des dernières années c’est surtout, dans le rôle « de l’homme sauvage » qu'il paraît dans les foires des environs de Paris. Là, on le montre enfermé dans une cage de fer, tout noirci des pieds à la tête, portant un bonnet de plumes, et des chaînes aux pieds ; là, au grand ébahissement des badauds, on le voit, manger en rugissant de la viande crue, voire même, à ce qu'il prétend — mais peut être à cet égard se vante-t-il — des lapins vivants.
Qui eût pu penser que ce «terrible canmibale » n’est après tout qu’un malheureux névropathe, un hystérique ! Cela est cependant ainsi et chez lui, vous allez le reconnaître, les caractères de la névrose hystérique sont on ne peut plus nettement accentués.
Voici d’abord l'exposé de ce qui est relatifaux stigmates permanents (Voir fig. 76, 77, 78). Il y à une hémianesthésie droite relative à tous les modes de la sensibilité et à peu près absolue. Perte du sens musculaire dans le membre supérieur droit. Il ne peut rendre compte les yeux fermés des divers déplacements qu’on imprime aux différentssegments de ce membre,et les articulations
peuvent y être brutalement tordues Ou distendu moindre notion.
Il y a parésie des membres Supérieur et inférieur du côté anesthésié (côté
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