‹ Leçons du Mardi à la SalpêtrièreChapitre 15 sur 97 · C. AnalîfiîsLP · texte numérisé non relu

C. AnalîfiîsLP

ripn d inten..sanL pour nous. Après avoir servi pondant vingt-huit mois dans

I iirmve, il a rtt- refoi-mi-e pour myopie avec choniïdile chroniijue : après cela

II a travaille comme homme d'équipe au chemin de fer de IKst pendant sent mois ; plus Urd il afait le métier de plombier pendant plus de deux ans après

quoi il est entré à Tours dans une fabrique de minium où il a été employé au € blutage ». C'est là que, pour la première fois, il a souffert à plusieurs reprises de coliques de plomb.

Quelques jours après la cessation de sa dernière colique pour laquelle il a été soigné à Thôpitai de Tours, c'est-à-dire en septembre 1888, il a commencé à s'apercevoir un matin au réveil que sa main gauche était le siège de fourmillements et que le membre supérieur de ce côté tout entier était devenu faible, pesant et lourd ; en même temps, à plusieurs reprises, il avait ressenti une tendance à défaillir qui l'avait, dans la rue, obligé à s'appuyer contre le mur et qui avait été précédée toujours par une sensation de constriction à la gorge, des sifflements d'oreilles, des battements dans les tempes, etc. Tels ont été les premiers symptômes relatifs à la maladie nerveuse que nous avons à considérer actuellement. Celle-ci n'a fait depuis que s'accentuer de plus en plus et c'est en raison de l'impossibilité où elle le met de travailler pour vivre qu'il est venu nous consulter le 19 octobre 1888.

Voici en quelques mots l'état actuel du malade : teinte jaunâtre et pâle des téguments ; liséré saturnin très net.

Les troubles permanents de la sensibilité sont disposés comme vous pouvez le reconnaître sur le schéma que je vous présente : Anesthésie cutanée absolue sur le membre supérieur gauche, se terminant en * gigot » du côté du tronc ; sur la main, il y a seulement analgésie ; analgésie de toute la moitié gauche du tronc et de la face. En avant, l'analgésie du tronc s'arrête au-dessous de l'hypocondre gauche, tandis qu'en arrière elle comprend la fesse. Le membre inférieur gauche est indemne de troubles de la sensibilité, tandis qu'à droite, au contraire, ceux-ci occupent la cuisse et les deux tiers supérieurs de la jambe gauche ; disposition croisée du reste fort singulière et certainement peu commune.

Plusieurs points ou plaques hystérogènes: Tune d'elles, la principale, occupe Taine et une partie du flanc gauche ; quand on presse sur ce point, on détermine les phénomènes de l'aura, qui d'autres fois se produisent spontanément, ainsi que nous l'avons indiqué déjà.

Un autre point hypéresthésique possédant à peu près les mêmes propriétés que le précédent siège sur le testicule gauche ; un troisième occupe la limite inférieure du tiers supérieur du mollet droit ; un quatrième enfin se trouve sur la partie médiane de l'épine, un peu au-dessus de la région lombaire.

Double rétrécissement concentrique du champ visuel plus prononcé à gauche qu'à droite (fig 28 ) ; diplopie monoculaire, pas de dyschromatopsie. L'odorat et rouie ne paraissent pas sensiblement modifiés. Le goût au contraire est à peu près aboli des deux côtés.

Revenons actuellement sur ce qui est relatif au membre supérieur gauche ; de ce côté, il n'y a pas, à proprement parler paralysie mais seulement parésie.

Le dynamomètre pressé par la main gauche donne 25, tandis que pour la main droite il donne 80. — Aucune participation à la parcsie, soit du membre inférieur, soit de la face. Remarquez que sur le membre parésié, les troubles de la sensibilité, di'ijà tn^s prononcés en ce qui concerne la peau, sont pour le moins toutaussi accentués un ce qui concerne la sensibilité profonde; ainw partout excepté ft la main où le malade couservo quelques notions des mouv©mcnta imiuimés aux doigts ou au poignet, le sens musculaire est complè-

tement aboli et l'on peut tordre, distendre les articulations du coude et de l'épaule avec violence sans produire la moindre sensation. 11 y a là un contraste entre les troubles de la sensibilité et ceux des mouvements, fort remarquable assurément, et qui parait ap par Umir aux seules paralysies hystériques; non pas qu'on le rencontre, bien entendu, dans tous les cas de ce geare, mais parcequ'on nu le trouve jamais, que je sache, en dehors de ces cas-l&.

En voilft assez pour bien établir chez notre malade, l'existence de l'hystérie classique.

Rien n'y manque, aneslhésies sensîtivcs et sensoreilles, points hystérogènes, etc.. constituant des stigmates permanents, monoplt'^gied'un caractère spécial ; et, pour ce qui est do l'attaque, si elle ne s'accuse pas sous une forme très accentuée, elle est représentée cependant [lar l'aura, d'une façon très caractéristique.

Un mot, en terminant, sur les modifications qui se sont produites dans le caractère chez notre homme, depuis qu'il est devenu hystérique. Autrefois

gai, plein d^entrain, il est devenu maintenant triste, apathique sans courage. Il recherche la solitude, fuit la société des camarades. Il s'émotionne facilement et pleure parfois sans motif. Les nuits sont tourmentées par des rêves terrifiants qui le réveillent en sursaut: Il se croit sur un toit ou sur un chemin bordé d'un précipice, et à chaque instant il se sent menacé de tomber du côté du gauche. Il croit qu'à la suite de sa chute imaginaire il perd un instant connaissance. En tous cas, il se réveille avec des sifflements dans les oreilles,des battements dans les tempes, le serrement bien connu de lui, de la gorge. De cela suit que Ton est porté k supposer que les cauchemars en question sont liés jusqu'à un certain point au développement de Vaura provoquée elle-même, peut-être au moinsen certains cas, par la pression des zones hystérogènes déterminée inconsciemment par le malade durant son sommeil.

Peu importe du reste, pour le moment, que, pour ce qui concerne le dernier point,il en soit ainsi ou autrement. J'ai voulu surtout relever les modifications psychiques très accentuées, observées chez notre malade, afin de montrer une fois de plus que ces modifications-là n'appartiennent pas, ainsi que quelques auteurs Tout prétendu, aux seules hystéries déterminées par un traumatisme.

IMP. NOIZBTTK, g, RUE CAMPAGNB-PRBMIKRB, PAS».

Policlinique du Mardi 4 Décembre 1888

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