‹ Leçons du Mardi à la SalpêtrièreChapitre 21 sur 97 · DIXIEME LEÇON · texte numérisé non relu

DIXIEME LEÇON

Du traitement de Tataxie locomotrice par la suspension, suivant la méthode du 1)^ Motchoutkowsky.

Messieurs,

Je me propose de vous entretenir dans la conféroncc d'aujourdlini de Tessai que nous poursuivons depuis trois mois environ, ici, dans le service de la Clinique, d'un traitement, Jiouveau pour nous, de lataxie locomotrice progressive et de vous faire connaître les résultats assez encourageants d'ailleurs jus(pui ce jour, que ce traitement nous a donnés.

Il paraît à peine ntile de vous rappeler qu'en matière d'ataxie locomotrice progressive, nous ne sommes pas, tant s'en faut, — pour ce ([ui est relatif à la lhérapeuti([ue — à la hauteur de nos connaissances anatomiqnes et cliniques et c'est à juste titre, hélas Icjne la maladie en question est généralement réputée pour incurable, du moins dans l'immense majorité des cas. Tout ce que le médecin éclairé peut espérer de voir survenir en cas d'ataxie, sous l'influence des agents variés qu'il a appris à moltre en œuvre, ce sont des amendements, des atténuations de certains symptômes ou encore des atermoiements, des temps d'arrêt dans l'évolution fatale du mal; à la vérité ces temps d'arrêt lorsqu'ils se prolongent presque indéliniment, comme cela arrive quelquefois dans ces /brme« bénignes du 7\ibes,snr lesquelles j'ai bien des fois appelé votre attention (1), ces temps d'arrét,dis-je, équivalent presque à la guérison; mais cet événement, malheureusemrnt bien rare, est, il faut le reconnaître presque toujours un fait spontané plutôt qu'un produit de l'art, et certes il n'y a pas là de quoi modifier, en rien d'essentiel, le sombre verdict pronont!!* par ropinion générale des médecins.

Je ne pense pas qu'à cet égard la nouvelle méthode soit appelée à clianger

1. Tabès bénins, pai* le D'Dabiii»ki. Comptes ri-ndus des séanres de la Sociêic de Hiniuffie (SéftDCc du 28 mai 18»7).

railicaleiiKMit l'état diîs chosos ;ninis, pour peu qu'ji Tavenir olle se montre àla fois plus efficace que la ])lupart des uioyens (raclion dont nous disposions jusqu'ici, et aussi innocente dans sou application que les nieillcui's d'entre eux, elle nouiaufpiera pas dVtre acceptée avec empressement.

La uirthode dont il s'aij:il apparlient tout entière à M. le D' Motchoutkowsky d'Odessa. Il Ta exposée dans un Mémoire publié (Ui langue russe il y a cinq ans (1882). et restr» j(; ci'uis, juscprà ce jour, à peu près complètement dans Toniln-e, du moins eu France (1). Nous devons la connaissance de ce travail à M.lelVHaymond. agrégé de la Faculté, qui a eu l'extrême obligeance de nous en comnninicpier une analyse détaillée. Nous mettrons celle-ci ii profit dans un inslant.

C'est le basard, paraît-il, qui a fait naître cbez notre confrère d'Odessa l'idée <rap[)liqu(T la suspension au ti-aitement de l'ataxie locomotrice; mais les semences que le basard disperse à tous les vents ne sonl pas, ou lésait, touj(nirs perdues : elles devaiimt Civile fois, entre autres, rencontrer un terrain propitr à Irur i^mnination et fiiictilier. l3on<:, notre confrère traitait depuis quelque b*nips un malade soullVant d'une iléviation vertébrale et en même temps atteint d'ataxie, par l'application du (-orsel de Sayre. Au bout de quel- (pies jcmrs, ce malade annonça ipie les (bmleurs fulgurantes très vives, siégeant dans les membres iufériiMirs, (jui depuis longtemps le tourmentaient jour ii\ nuit d'une façon presque continue, avaient à peu pr/'S complètement disparu à partir du jour où il avait Ciininiencé î\ [jorler le corset. Le contraste entre le pîissé et le présent était des plus frappants, Famélioration obleinn;, lies plus saisissantes. Or ([uel -ivait été l'agent de coi amendement sijigulier (b's synipt«'un(.s labétiqnes : le c^rscît ou la suspension elle-même? Pour éj'Iairer lariueslion on résolul de traiter un certain nombre d'ataxiques, les uns par rajqjlicalion du c^irset, les auh«'^ par la seuln suspension, et après (juebiues làtonfu?nïents on iM'connul ([ne, p«Mir prnduir«' les elVels tbérapeutiquesrecbercbés, celle-ci sufll'^ail. Le corset élait inutile; il fut par conséquent rejeté.

.)«* tiens celte anecdote de iM. Havmond qui, durant le séjour qu'il lit à Odessa i\ l'occasion de la mission scientilM|ue dont il a été chargé Fan passé, l'a entend n(* de la bouche de M. Motcboutkowskv lui-même. Je dois encore à M. Haymond ainsi ([u a M. Onanotr, «'lève de mon service qui Faccompagnnif dans son voya.ire, la connaissance de nombreux détails pratiques rci'u .'il! .?

I. .l/>/i/'''7//'//< tle /*f siis/tnn.'i'nn 'irs iifil/'h'i fin Inulrnwnt //•' ifiwl /m's (i//ertiontt lie la niorllf i'pinii'tr ]»ar Mnlrh(iiilki»\v:.ki.îv\liMil ciii Jniiriiîil Vv'h /ifi :Lc m«'ilnci[i) Pélcrsboupp 18^3. — L;i rji'uli" ri'>iio >«''n?iillti pie qui ail (Iiuiim- uik! fiîi.ilysi.' (l«'*l;ii]it''«' (I(î va Iravail au delà de* froiiliiMTi iMiss<?s l'ai ]«' " Pliy^irian atnl Sm-LTon •• lt*<>:.'î. Dj-IoIkt, ii*» X. — M. John Marshall, pion'-^scnr à Univorslly crnli-u'c, i-t M. k" I)'" Uayinoiul y oui fait allusion, le premier dans »on irii'inoirp intitnl»' Xntrmtnst/ or \rrve Sti't'irhiiui fnr (lœ relief or cure of pain, London, 1887 • W. -l'Ciinii «l.ius r i tirlo Tahrs(\\\ l)ir.!ir)nuaire cncyclopcdiquo des scliMires rïK'dicAlesi.

auprès de notre confrère russe concernant l'application de la nu'thode qui doit désormais porter son nom. Je leur dois également d'avoir bien voulu nous aider mon chef de clinique, M. Gilles de la Tourrette et moi, de leurs conseils éclairés par une compétence spéciale en la matière, dans nos premiers essais. Avant de procéder à l'exposé des résultats obtenus dans nos propres recherches, il sera intéressantje crois, de faire connaître, sommairoment du moins,quelques-uns des faits consignés par le D' Motchoutkowsky dans le mémoire auquel nous avons fait allusion plus haut. Ce travail contient plusieurs observations détaillées ; nous présenterons un abrégé des trois principales d'entre elles.

La première est relative à un homme âgé de 49 ans. Pas de syphilis antérieure. Les douleurs fulgurantes sont dites < atroces ». Douleurs en ceinture permanentes très pénibles. L'incoordination motrice est portée à un très haut degré et le signe de Romberg est très prononcé. Les rellexes rotuliens sont absents ; il y a une diminution très nette de la sensibilité aux membres inférieurs. Difficulté de la miction. Impossibilité d'accomplir Tacte sexuel. Myosis.

Aubout de 29 suspensions, le malade marche beaucoup mieux; sa démarche, en réalité, est redevenue presque normale. Il n'a plus besoin de s'aider d'une canne comme il le faisait auparavant ; il lui est possible de se tenir sur un seul pied, pendant deux minutes environ. Les douleurs fulgurantes sont devenues beaucoup plus rares et elles sont très supportables maintenant, parfois à peine perceptibles.

Le traitement, après ces premiei-s résultats encourageants, a été continué et le nombre des suspensions a été de 97 en tout.

Lorsque le traitement a été terminé, les résultats obtenus étaient les suivants : l** les douleurs fulgurantes avaient complètement cessé d'exister; 2** diminution extrêmement remarquable de l'incoordination motrice pendant la marche. Le malade, sans canne, peut monter facilement un deuxième étage; 3** les troubles permanents de la sensibilité cpii existaient aux membres inférieurs, et en particulier les sensations de fi-oid et les fourmillements qui étaient très pénibles ont complètement disparu. Disparition des douleurs en ceinture. Retour de la sensibilité normale ; 4* le signe de Romberg n'existe plus; 6" augmentation légère du volume des muscles des membres inférieurs qui commençaient à s'atrophier.

Le traitement n*a pas eu d'ellet sur le poids du corps, non plus ([ue sur rétat des réflexes rotuliens qui restent toujours absents. Aucune modification n'est survenue dans le myosis. Par contre, retour des fonctions sexuelles autrefois complètement abolies.

Dans une lettre qu'il a bien voulu m'adresser récemment, M.le D' Motchoutkowsky m'apprend que ce malade qui, depuis près de cinq ans, a cessé tout

truitt'incnt, exerce actuellement à Odessa les fonctions de chef de la station des voitures publiques ; il est obligé de faire tous les jours des courses de 3 à 5 kilomètres. Les douleurs fulgurantes n'ont pas re[)aru.

Lo second mo.lade est i\gé de iâ ans. Il a été atteint autrefois de syphilis. Il s'agit (l'un cas d'ataxie très avancée. En efTet, il est impossible au malade de se tenir debout sans Taide d'une personne étrangère. Difficulté dans la miction, fréquents besoins d'uriner ; ils se répètent quarante fois dans les vingtquatre heures. Douleurs fulgurantes intenses à retours fréquents, douleurs en ceinture ; crises gastriques très violentes. Aux membres inférieurs, le malade soufïre de fonnnillcMnents et d'une sensation de froid. Absence des réflexes rt»tuliens. Signe de Romberg ; papilles normales : myosis, pupilles paresseuses.

Au bout de 22 suspensions, les douleurs .fulgurantes avaient déjà perdu beaucoup de leur intensité. Après 80 suspensions, elles avaient complètement disparu. Le malade est devenu bien plus solide sur ses jambes : c'est an point ([u'il peut marcher seul. La miction est redevenue à peu près normale ; les besoins d'uriner nont lieu que quatre, cinq ou six fois dans les vingtquatre heures. Les crises gastriques ne se sont pas reproduites ; constipation moindre. Retour des fonctions sexuelles.

Le myosis est beaucoup moins prononcé et les pupilles réagissent beaucoup mieux qu'autrefois sous l'influence de la lumière. Lorsque les yeux sont fermés, c'est à peine si le malade oscille.

Par contre, le traitement parait n'avoir eu aucune influence sur les réflexes rotuliens qui sont toujours abolis.

Troisième malade âgé de 55 ans : c'est à peu près le même cas que le précédent, seulement la syphilis n'existe pas dans les antécédents. A cause de remphysènie et de l'artêrio-sclérose avec CdMir forcé qui existaient cher ce sujet, on a essayé de remplacer la suspension par une traction exercée sur les membres inférieurs par le procédé de Volkmann. Le malade étant couché, on exerça pendant ([uelques jours une traction progressivement continue à l'aidi; de poids attachés aux pieds. Les résultats obtenus ont été satisfaisants. Dispaiition des douleurs fulgurantes ; retour très prononcé de la puissance motrice.

M. le D"" Motrhouikowsky fait connaîlro dans ci; même travail qu'il a traité encore dou/e autres alfixii|ues par la sus|»eusion, |>resque tous avec le même sucrés. Les résullats sont favoniblcs en ce (jui concerne les douleurs fulgurantes et aussi ratVnihlissemeut des fonctions sexuelles. C'est contre ces deux symptôuHîS talH'titiues que h- lraitenu»nt en question parait avoir l'influeocela plus ui.inpuM».

La c«»M>latation de ce dernier fait a tout naturellement conduit notre con-

frère à essayer les effets de la suspension dans certains cas d'impuissance indépendants de la maladie tabétique, chez de jeunes sujets. Les résultats obtenus ont été généralement encourageants. M. le D' Raymond m'a dit avoir vu à Odessa un Israélite de vingt-trois ans qui, devenu à un moment donné absolument impuissant, récupéra peu à peu sous Tinfluence de la suspension, sa virilité. Les premiers bons effets ont commencé à se faire sentir chez ce malade après lavingtit'me séance.

Quelques préceptes formulés par M.leD' Motchoutkowsky dans son mémoire relativement au procédé opératoire méritent particulièrement d'être relevés. Il conseille de procéder graduellement en augmentant progressivement la durée de la suspension. AinsiJe premier jour, la séance ne dépassera pas uneminute; le deuxième jour elle sera peut-être de une minute et demie; on la portera à deux minutes le troisième^ à deux minutes et demie le quatrième et ainsi de suite. En tous cas on ne devra jamais dépasser huit ou dix minutes et on n'oubliera pas que, plus le poids de l'individu est grand, moins longue devra être la durée de la suspension.

Il ne faut pas oublier non plus qu'il existe un chapitre des contre-indications. L'auteur insiste particulièrement sur les points suivants: ne devront pas être soumis à la suspension les sujets qui sont atteints de maladies du cœur et des gros vaisseaux, ceux qui souffrent d'une maladie chronique des poumons : phtisie, emphysème ; ceux qui ont éprouvé une ou plusieurs attaques congestives ou apoplectiques, ceux enfin qui sont sous le coup d'une anémie très prononcée.

Il est bon de ne pas omettre que, dans les cas où la suspension est applicable, les premiers effets favorables ne se sont souvent pas fait sentir avant la vingtième ou trentième séance; quelquefois il a fallu aller beaucoup plus loin pour que les premiers résultats fussent obtenus.

Notre confrère devait tout naturellement se préoccuper de la question théorique ; comment agit la suspension? (^ost, suivant lui, en produisant une légère élongation des racines nerveuses qu'il compare de loin à l'élongation du sciatique, pratiquée il y a quelques années par un certain nombre de chirurgiens. Il s'agit aussi peut-être, en même temps, de modifications produites dans la circulation sanguine spinale h l'égard desquelles on ne s'expliïjue pas très catégoriquement. Quoi qu'il en soit^ il est bon de rappeler que la suspension a pour effet, en delioi-s de tout état morbide, d'augmenter le nombre des respirations par minute en même temps cpie l'amplitude et la force, tant des inspirations que des expirations, sont diminuées. Le pouls devient plus frccpicnt et la pression artérielle paraît plus élevée qu'à l'état normal.

Nous avons laissé pressentir que M.Motchoutkowsky avait appliqué la suspension au traitement de certains cas d'affection spinale ou cérébro-spinale autres que le tabès. Déjà nous avons parlé de << l'impuissance » en dehors de toute lésion organique. A part ces cas-là, les essais n'ont pas donné de résultats bien

appréciables; ainsi, taudis que dans les seize cas de labes([ui ont été traités [lar la suspension, les résultats ont iHé k peu prés constamment favorables, à la vérité k des degrés In's divers, ils ont élé à peu près toujours nuls dans trois cas de paraplégie spa&modique, dans un cas de myélite diffuse chronique, enfin dans un cas de scb'rose en plaques.

A propos des effets physiologiques de la suspension, nous devons à M. Onaooff rindication des résultats de quelques expériences qu'il a «înlrepriscs» depuis son retour de Russie, chez un certain nombre de sujets sains, jeunes et vigoureux. En outre de rac(?'Mératiou des mouvements respiratoircts etdelaugmentation de la tension artérielle déjà signalées, il aurait vu se produire à la suite de trois suspensions une exagération manifeste des réflexes rotuliens, et, après quatre ou cinq suspensions, de l'insomnie, les nuits étant tourmentées par des rêves erotiques, des érections fréquentes ; ces divers phénomènes persistant durant cpielques jours après la dernière opération. Relativement au dernier point, je ne crois pas que les expériences soient tout à fait probantes puisqu'il s'est agi de sujets « sains, jeun»^s et vigoureux » qui, probablement n'ignoraient pas « ce qui pouvait arriver. » Quoi qu'il en soit, vous n'êtes sans doute pas sans avoir entendu dire qu'il est quelquefois question dans les écrits pornographiques de certaines suspensions pratiquées dans certains lieux peu avouables chez « des affaiblis ou dt»s anormaux». V'oilà un sujet dont le médecin ne saurait certes pas se désintéresser complètement, tout scabreux qu'il soit. Il ncxlevrait pas perdre de vue. à ce propos, que si une curiosité vaine, surtout en ces matières,est souvent chose condamnable, lascience, par contre, peut pémV Irer partout, même dans les cloaques, sans y recevoir de souillures : Bacon a dit du soleil : « Palatias fit donnas infjvediiur, npf/ue famen polltiitur. »

Mais en voilà assez sur ces préliminaires; il est temps d'en venir au but principal de la conférence d'aujourd'hui. Il s'agit donc maintenant de vous parler de nos propres rechiTches dont la nii^e en oMivre d'ailleurs, ne nous par raît plus avoir besoin de justification après ce <pie vous savez des résultats, incontestablement fort encourageants, obtenus par M. Motchoutkowsky.

Nous connnen<'erons par l'exposé du procédé opératoire auquel, après quelques tâtonnements, nous nous sommes détinitivement attachés depuis le commencement de nos essais.

L'opération enelle-méuu^ est chose des plus simples, mais encore nécessitet-elle un certain moc/f/x/^/c/o/i^//, facile à acquérir sans doute, mais qui ne saurait s'inventer.

La suspension se fait à l'aide de l'appareil imaginé par Sayre (de New- York) pour placer le corset qui porte son nom et ([ui est appliqué pour le redressement des diverses déviations de la colonne* vertébrale. Bien que cet appareil

soit fort connu, il me semble qu'il no sera pas inutile d'en donner ici une description sommaire.

PiR. 4'i. — Appareil susponscur.

Il se compose d'une tige de fer horizontale, de 45 centimètres de longueur, portant en son milieu un anneau dans lequel passera le crochet d'une moufle par l'intermédiaire du laquelle s'effectueront les tractions.

La tige porte A chacune de ses extrémités un crochet, auquel s'iidapteront par une boucle, les pièces destinées à être placées sous les aisselles du patient.

Lebord supérieur de la tige présente de chaque ciHé, trais encoches dont on dira bientôt l'utilité. En outre de la tige de fer, l'appareil conipiend deux pièces latérales pour les aisselles, une pièce médiane composée de di'ux pièces secondaires servant de soutien k la tète pendant l'opération .

Ces deux parties de la pièce médiane sont de forme triangulaire allongée, et sensiblement pareilles ; l'antérieure se place sous le menton, la postérieure au niveau de la nuque sous l'occiput. On reconnaîtra la pièce antérieure à ce

fatt qu'elle, porte latéralement une petite boucle qui eert, lorsque l^Kpparell Mt en place, à réunir les deux pièces entre elleg a l'aide d'une petite courroie qiii cmpOchcra le coliier de glisser lorsque le malade sera suspendu. L'applicatioD

Fig. n. — Apiiai

pluce pour l.i tûli'.

de Cf.'ttc petite courroie joue d'ailleurs un rùle assez important; il importe ea Effet i{u't'lle soit lisiez serrée pour empêcher le glissement et qu'elle ne le soit pas trop ce|icndaut parce que dans ce dernier cas, la compression des jugulairee aurait [loiir elTel de provoquer une stase veineuse susceptible d'amener des accidruts.

A dit ell'et, la courroie est percée de huit ù dix trous, et l'ardillon de la bourlt^ so lixfra ilu deuxième au cinquième environ suivant lu grosseur du <;ou du malade.

11 i-sl rare qu on suit obligé d'interposer entre cette courroie et la peau un corps mou, un mouchoir, de l'otiate, de façon à amoindrir l'effet de la compression directe. L'application des pièces de la nuque et du menton est asseï délicate et exige quelques soins. Elle devra varier quelque peu suivant ta grosseur de la tôte et du cou du sujet.

En ce qui regarde la grosseur de la tête, on fera varier les dimensions du

collier en plaçant la boucle snptrieuie de la pièce dans le premier, le deuxième, ou le troisième des crans ou encoches que se trouvent sur le bord supérieur de la tige de fer ; plus la tète est volumineuse plus la boucle doit être placée en dehors.

Il est parfois nécessaire, lors des premières séances, chez les individus sensibles, trop gros ou trop maigres, d'interposer un corps mou entre le menton et la pièce qui est destinée à le soutenir.

Voici donc la lête en place. H reste encore à placer les pièces des aisselles ; au premier abord elles pourraient sembler de peu d'importance ; cependant elles doivent en réalité être considérées comme les véritables régulateurs de la suspension. 11 est nécessaire en efi'et que pendant l'élévation, la traction ne porte pas uniquement sur la tête et sur le cou, car en pareil cas la suspension ne serait pas tolérée ; il faut donc que le corps trouve quelque part un appui, mais d'un autre côté, il ne faut pas tpie ce point d'appui soit tellement elTectif qu'il empêche Télongation de la colonne vertébrale de se faire. En vue de oela, les pièces des aisselles, qui présentent la forme d*un ovoïde matelassé à son extrémité inférieure, sont munies en haut d'une courroie qui peut s'allonger ou se raccourcira volonté suivant la taille ou le poids du malade.

Le jeu de cette courroie, on le comprend, est très important. En effet, lorsque la pièce axillaire est trop courte, il peut se produire une compression des troncs nerveux susceptible de déterminer des fourmillements, des engourdissements, nécessitant l'interruption de la séance. Lorsque la pièce est trop longue, au contraire, le tiraillement des muscles de la nuque devient intolérable, le corps ne trouvant pas un point d'appui suffisant.

On devra donc, chez charpie nouveau sujet, procéder par tâtonnements, et, au bout de deux ou trois séances en général, on sera fixé sur le cran où s'appuiera par en haut la pièce de la tète, sur la longueur qui devra être donnée ù la courroie destinée à unir les pièces du menton et de la nuque, et h celles qui attachent a la tige de fer les pièces axillaires.

L'appareil étant bien disposé, le médecin commande à un aide de tirer sur la corde qui passe surlapouliede la moufie, doucement, progressivement, sans secousses, évitant une élévation trop brusque afin d'habituer peu à peu en quelque sorte les musclesdu cou à la traction qu'ils vont supporter. On doit engager le malade à éviter autant que possible les mouvements qui se produisent instinctivement, au moment où il sent qu'il quitte le sol ; on devra évitcîr aussi les déplacements latéraux, les mouvements de torsion qui pourraient se produire.

Le malade ayant quitté le sol, de telle façon que la pointe des pieds ne puisse le rencontrer, l'opérateur le soutient légèrement afin d'empêcher les oscillations. Dans le même temps, il fixe les yeux sur une montre à secondes pour régler minutieusement la durée de la séance.

Pendant que le patient est ainsi suspendu, on lui commande de temps en

temps d'élever les bras doucement vers l'horizontale de façon à i-endre, si cette pratique est tolérée, la suspension et la traction plus effectives.

Pii;. 4S. — Lc^malndi; suapcDdu : mouvi-uients laléraut des bris.

Nous pensons que la plus longue séance ne doit pas dépasser trois ou quatre minutes ; ce chiffre de trois minutes étant pris comme moyen terme. On commence le traitement par des séancos de une demi-minute à une minute, et progressivement, on arrive au chiffre supérieur indiqué, lequel ne doitgénéralement pas être atteint avant la sixième ou la huitième séance.

A cet égard encore, il faut tenir compte de certaines susceptibilités individuelles et de particularités inhérentes, surtout au poids du malade. Alors par exemple qu'on n'éprouve aucune difficulté à faire tolérer d'emblée deux minutes de suspension à des malades pesant de (iOà 70 kilog , il n'en est plus de même chez des sujets qui pèsent 80, 00 kilog. et plus. Chez ces derniers, la traction qui s'exerce sur les musrles de la nuque est très forte, douloureuse même parfois, pendant toute la journée qui suit la séance, ce qui ne doit pas être quand l'opération est bien conduite.

Il est des malades chez les([uels le désir d'iMre soulagés est si impérieux qu'ils se croient en quelque sorte obligés de tout supporter sans se plaindre : mais en réalité l'opération ne doit entraîner ni douleur, ni fatigue,sous peine d'être ineflicaco.

Les séances ont été faites tous les deux jours, Texpérionce ayant démontré que les séances quotidiennes étaient moins favorables. L'heure parait importer peu. Lorsque le nombre des minutes fixé à l'avance s'est écoulé, le médecin commande de lâcher peu à peu la corde de façon à ce que le patient (lesconde lentement, sans secousses. Lorsqu'il atouché le sol, on le soutient un instant pendantqu'on enlève les diverses pièces de l'appareil, et on l'asseoit ensuite, pendant quelques minutes, dans un fauteuil où il prend du repos.

Quelques détails d'ordre secondaire méritent d'être signalés encore. Le malade doit, au moment d'être suspendu, quitter son vêtement de dessus, de façon à avoir les bras libres ; le cou doit être à nu, ou du moins ne pas être serré dans un col étroit, afin d'éviter une compression «pii pourrait avoir des effets fAcheux.

L'appareil de Sayre comporte, outre les pièces indiquées un trépied portatif à branches démontables muni à sa partie supérieure d'un crochet auquel se fixe la moufle sur laquelle passe la corde de traction. L'usage de ce trépied peut être excellent pour appliquer un corset chez les personnes dont la station debout est normale ; mais il n'en est plus de même chez les alaxiques qui souvent oscillent sur leurs jambes et <pii, menacés de perdre l'équilibre, saisissent parfois convulsivement, dans le but d'y trouver un appui, les branches du trépied qu'ils pourraient renverser.

Tels sont les errements que nous nous sommes attachés à suivre dès Torigine de nos recherches. Celles-ci ont été inaugurées le 8 octobre, c'est-îVdire il y a trois mois environ et elles ont été depuis lors régulièrement pcmisuivics. Elles portent sur dix-huit sujets tabétiques ; quatre d'entre eux, qui n'ont

pas été suspendus plus de trois fois et qui, pour des causes variées, ont cessé ensuite de fréquenter l'hospice, doivent être naturellement éliminés du groupe. Restent donc quatorze malades dont nous avons à nous occuper aujourd'hui. Il importe de relever que dans tous ces cas, il s'a^nt d'ataxie locomotrice parfaitement caractérisée, avancée le plus souvent déjà dans son évolution, et que dans aucun d'eux par conséquent le diagnostic na laissé subsister lombre d'un doute. La plupart de ces malades nous étaient d'ailleurs antérieurement déjà connus. Ils suivaient depuis plusieurs mois un traitement à la policlinique et recevaient chaque samedi, suivant nos prescriptions habituelles, une application de pointes de feu sur la région spinale. C'est dire que nous avions eu l'occasion fréquente de les observer avant l'époque où ont commencé les essais de suspension. Inutile d'ajouter qu'au moment même où celle-ci a été mise en œuvre tout autre traitement a été supprimé.

Le meilleur moyen de vous placer en mesure d'apprécier les résultats obtenus sera,je pense, de faire comparaître quelques-uns de nos quatorze ataxiques et de les interroger devant vous ; faute de temps, nous devons nous borner à vous faire connaître, dans un court exposé, ce qui est advenu chez les autres.

Prcmiei' malade. — Voici d'abord un homme vigoureux, âgé de 50 ans, le nommé D... elay, qui exerce dans une usine des fonctions de surveillance l'obligeant à se tenir debout et à marcher presque toute la journée, il est fort empêché dans son travail depuis deux ans, époque à laquelle l'incoordination motrice des membres inférieurs a commencé à s'accuser.

L'observation abrégée qui constate l'état du malade ar moment de la première suspension est ainsi conçue : début de la maladie il y a cinq ans par des crises de douleurs fulgurantes très vives. Il y a deux ans, fracture spontanée du péroné droit. Depuis deux ans, la marche est devenue difficile ; l'incoordination motrice est assez prononcée. Le malade ne peut marcher longtemps, il est obligé de s'asseoir à chaque instant ; fort souvent, quand il est debout ou qu'il marche, ses jambes se dérobent sous lui tout à coup. Les douleurs fulgurantes, depuis quelque temps, sont devenues presque continuelles,elles empêchent souvent le sommeil. Miction diflicile ; la vessie se vide en cinq ou six fois. Signe de Romberg nettement prononcé. Impuissance complète depuis un an. Absence des réflexes rotuliens.

La première suspension a eu lieu le 22 octobre 1888. Le nombre des séances jusqu'à ce jour a été de trente-trois, chacune d'elles durant de une à trois minutes.

Dans la note relative aux effets produits nous relevons ce qui suit :

Dès la deuxième séance, une certaine amélioration s'est manifestée dans la marche et dans la miction. A partir de cette époque, et pendant un mois, les douleurs fulgurantes n'ont pas reparu. Elles sont revenues depuis, quelquefois, mais beaucoup moins intenses. — Douzième séance : La miction s'est

améliorée encore. Le malade a pu deBcendre seul du tramway en marche, ce qui ne lui était pas arrivé depuis deux ans. — Quinzième séance : On constate la disparition du signe de Ilomberg. Le ^< dérohoment » des membres inférieurs ne s'est pas produit depuis longtemps. — Vingt-troisième séance : Le malade a eu pour la première fois depuis un an une érection. Les réflexes rotuliens sont toujours absents. Le malade fait remarquer qu'il n'a pas ressenti ses douleurs, bien que le temps soit fort humide.

M. Cir.vRcoT, au malad*' : Les douleurs dont vous souffriez étaient-elles très vives ; depuis quand les aviez-vous?

Le malade : Je les ai ressenties pour la première fois il y a cinq ans; elles étaient très aiguës, c'étaient des coups de poignard. Dans ces derniers temps, je les avais presque constamment, au moins tous les deux ou trois jours; c'était presque impossible à endurer : souvent il m'était impossible de dormir.

M. CiiARCOT : Voulez-vous me dire ce qui s'est passé à l'égard de ces douleurs depuis que vous suivez le traitement?

Le malade : Les douleurs ont disparu après trois ou quatre suspensions. Klles sont revenues depuis, mais pas si fortes et après quelques nouvelles séances, elles ont disparu de nouveau. Elles ont bien voulu reparaître il y a trois ou quatre jours mais elles ont été très faibles, et elles n'ont pas duré. Maintenant, je dors toutes les nuits.

M. Charcot : Voilà certes un résultat intéressant. Vous n'ignorez pas que lorsque leurs douleurs sont vives, les ataxiques sont exposés à contracter la funeste habitude des piqûres de morphine : si l'on i)ouvait parvenir à les arrêter dans cette voie ou à les empêcher d'y entrer à Taide de la suspension répétée, ce serait déjà de la part de celle-ci un bienfait signalé.

Au malade: Comment s'est produite la fracture de la jambe dont il est question dans votre observation?

Le malade : J'étais assis devant un bureau et je me suis baissé pour caresser mon chien qui était à mes pieds : la fracture s'est faite je ne sais comment; je ne suis pas tombé, je n'ai même pas fait un faux mouvement.

M. Charcot : Voilà bien une fracture d ataxique.

Au nuilade : Parlez-moi, je vous prie, de votre marche; que s'est-il produit de ce c6té?

Le malade : Je marche décidément beaucoup mieux. Je me tiens mieux debout. Autrefois j'étais menacé de tomber à chaque instant parce que mes jambes faiblissaient tout à coup; cela ne m'arrive plus actuellement : je imis marcher presque toute la journée dans les magasins sans être forcé de m'asseoir à chaque pas.

M. Cuarcot prie le malade de se tenir debout les pieds rapprochés l'un de l'autre et de fermer les yeux. On constate dans cette épreuve l'absence du signe de Romberg;puis,le malade étant assis,on peut reconnaître que Tabsence

(les réflexes rotuliens persiste. — S'adressant an malade : Voulez-vous dire maintenant si vous avez gagné (|ucl(iue chose pour rémission des urines ?

Lk maladk : 01) I de ce côté là, l'amélioration est bien marquée aussi. Autrefois pour uriner j'étais obligé de m'y reprondro à cinq ou six fois, maintenant j'urine on une seule fois. (Vost comme dans le temps, alors que je n'étais pas malade.

M. Ciiarcot: Il y a encore un autre résultat obtenu dont il ne parle pas, sans doute par discrétion, mais que nous ne pouvons pas cependant passer sous silence; c'est que les érections et les désirs sexuels ont reparu depuis quelques semaines ; les relations ont môme pu avoir lieu dans des conditions à peu près normales. Seulement « les sensations, nous a-t-il dit, ne sont plus les mêmes qu'autrefois. >

En résumr, messieurs, vous le voyez, l'amélioration dans les symptômes s'est prononcée sur toute la ligne, et Ton ne saurait guère invoquer ici, je pense, non plusque dans les cas ([ui suivent, — pour se rendre compte descirets produits — , une influence de '< suggestions caries amendements se sont manifestés lentement, progressivement, successivement durant une période de trois mois et ils ne se sont pas démentis un seul instant depuis Torigine.

Ihnixiinno malade. — Le second malade est un nommé Des. ..mes, c\gé de 43 ans. H remplit les fonctions d'inspecteur dans un commissariat. Hérédité nerveuse très prononcée ; père exalté, instituteur, s'occupant activement de politique ; mère emportée ; un frère suicidé ; syphilis àlVige de âO ans.

Les douleurs fulgurantes ont commencé à se produire il y a cinq ou six ans. Démarche tabéticjue dalant d'un an. Réflexes rotuliens absents. Signe -de Romberg. Signe d'x\rgyll Robertson. Miction difflcile. Impuissance depuis le commencement de 1888.

Début du traitement le 42 octobre 1888. Il y a eu jusqu'à ce jour trentesix suspensions de une demi-minute à trois minutes de durée.

Dès la deuxième séance, diminution d'un sentirncnl de pesanteur qui existait dans les membres inférieurs; la marche paraît être un i)eu plus facile. Après la huitième séance, amélioration très notable dans la marche qui est moins affectée par r(d)S('urilé ; le malade descend les escaliei*s plus facilement. La miction est moins lente. Après la vingtième séance, on note le retour des érections. Après la trrnlr'-sixiènn» séance, on note de grands progrès dans la marche ; le malade peut faire maintenant de longues courses à pied : c'est ainsi que récemment. il s'(?st reudu à pied de la place d'Italie à Auteuil sans canne. Les douleui-s fulgurantes sont, après quelques oscillations, devenues beaucoup plus rares et très supportables. Kl les n'empêchent plus le somnioil. i^e signe de Romberg a en îrraude partie disparu. Réflexes rotuliens toujours absents.

M. t'iiiAHcoT, .v''///;v'.vv/2/// tni niilndr : Tnul Ce que je viens de «lin» est-il bien exact î

Le bialade : Oui.monsîeur, certainement ; je n'ai plus de douleurs maintenant depuis près de deux mois. Autrefois j'en avais fréquemment et bien souvent je ne pouvais dormir ; je dors bien maintenant.

M. Charcot : Quand avez-vous commencé à mieux marcher? Comment va maintenant la vessie ?

Le malade : Une quinzaine de jours après le début du traitement, je me suis aperçu que j e marchais mieux, cela ensuite s'est amélioré encore de j our en j our. Aujourd'hui, comme on Ta dit, je puis faire de longues courses sans canne ; j'urine beaucoup mieux, presque aussi bien qu'avant ma maladie. J'ai aussi des érections maintenant, seulement elles ne me servent à rien. Hier, je suis très bien descendu du tramway en marche.

M. Charcot, au malade : Ne faites pas trop de ces prouesses-là. Les os des ataxiques sont fragiles ; demandez ce qu'il en est au malade qui vous a précédé icL

Iroisièmr malade. — C'est un nommé G. ..fin, âgé de 32 ans. Il a été atteint de la syphilis à Tàge de 15 ans. Début il y a deux ans par dos difiîcultés dans la marche. Dérobement fréquent des membres inférieurs. Les douleurs fulgurantes n'ont commencé à s'accuser qu'il y a un an. Besoins fréquents d'uriner et parfois incontinence d*urine. Sensation de coton dans les pieds et les jambes; réflexes rotuliens absents, pas de signe de Romberg. Erections rares et imparfaites.

Début du traitement le 12 novembre 1888. Le nombre des séances a été de vingt-quatre. Une certaine amélioration dans la marche a commencé à se produire après la quatrième séance ; en môme temps,moindre fréquence dans le besoin d'uriner. Après la septième séance le malade affirme qu'il sent mieux le sol, qu'il n'a plus de sensation de coton dans les pieds ; qu'il marche mieux. Après la vingt-quatrième séance, les résultats acquis sont les suivants: le malade peut faire d'assez longues courses sans se sen ir de sa canne, ses jambes ne se dérobent plus sous lui. Les douleurs vives ont disparu, elles ne sont plus représentées que par de simples chatouillements peu incommodes. L'engourdissement dans les membres inférieurs a cessé. Il n'y a plus d'incontinence d'urine. Les érections sont plus fortes et plus durables.

M. Charcot, au malade : Voulez-vous bien nous dire ce que vous pensez des eilets du traitement que vous avez suivi ?

Le malade : Monsieur, ce qu'il y a de plus clair c'est que lorsque j'ai commencé le traitement, j'étais obligé de me faire conduire ici par ma femme qui me soutenait par un bras, tandis que de l'autre côté j e m'appuyais sur une canne. Je venais de loin, car je demeure à peu près à trois quarts d'heure d'ici, rue de la Tombe-lssoire, près du parc Montsouris. Aujourd'hui je fais ce même trajet seul, sans être soutenu et sans canne. Il y a déjà un mois que je viens seul.

M. Charcot : Parlez-nous de vos douleurs, de vos urines.

— ?ii —

Lk malahk : Je n'ai plu? la sensation do coton sous les pieds. Je n'cd plus de douleurs mais j 'éprouve quelcpiefois encore une espèce de chatouillement qui parait les remplacer. J'urine presque comme autrefois.

Quafrirmr muladr, — Extrait do Tobservation : B...geoi8 (Louis), âgé de 41 ans. Pas do syphilis. V\\ onelo paternel a «Hé atteint de paralysie générale progressive. Début en iSS7 par de l'impuissance ; absence ctnnplète d'éreelion. L'inrourdination motrice des membres inlërieurs est très marquée. Douleurs fulgurantes peu intens«*s, mais il y a sensation douloureuse et obtusiou delà sensibilité de la plante des pieds. Uéllexes rotuliens absents. Signe de Ilomi)erg très net. Diriiculté de la miction ; un peu d'incontinence de temps à autre. Mal perforant du pied. Signe d'Argyil Kobertson.

Début du traitement. lo 10 oi-tobre 1889. Trente-huit séances de unedemi-minute a trois minutes chacune. La démarche a commencé àdevenir plus sûre d«'S lu troisième séance, la miction plus facile, et, à partir de cette époque il a cessé d'uriner dans sou pantalon ecunme il le faisait souvent autrefois. Après la cinquièujc séance, la sensibilité est redevenue normale àla plante des pieds. A partir de la seizième séance, la miction est normale. Après la vingtième séance il se produit pour la première fois depuis longtemps une érection, faible à la vérité.

Après la trentième séance, les résultats acquis sont: un étal très satisfaisant de la marche, do la miction etdes sensations pathologiques qui existaient dans les [>ietls. Le signe de llomberg a disparu ou, tout au moins, il est devenu fort peu accusé. Les réflexes rotuliens sont toujours absents.

Cinquième main dr.. — Le nommé S. ..on, 52 ans. Syphilis il y aseptans. Début du tabès, il y a deux ans seub^mcnt, par un sentiment de faiblesse dans les membr(?s inférieurs et une difficulté rapidement prononcée do la marche. Signe de Wf'siplial, signe île Komberg, signe d'Argyll Robortson. Les douleui's fulgurantes s(î sont manifestées, pour la première fois, il y a dix-huit mois si'ulennMit.Klles S(»ntpeu intenses. Légère incontinence d'urine, un peu (fanestiiésie plantaire. Krections très fail)les.

Di'but du traitenu'ut le 14 novrMubre 1888. Après la quatrième séance, il se pi'i)duit une amélioi-ation très manifeste dans la marche. I-e in.alade peut marcher beaucoup plus longtemps qu'il ne le faisait autrefois, il se fatigue moins. Après la sixième séance, les douleurs ont cessé d'«'\ister,les fjieds srntcnt mieux fesol; le signe de Rombergost moins accusé. Après la ilou/ième séaiute, la miction s'anuMioro notablement. Vers la vinglib'uxiènie séaru'c, les éri.*ctions,au grand élonuemeut du malade, reparaissent plus fréqui'ntes et plus soutenues. Les réHexes rotuliens font toujours défaut.

Il nome paraît pas nécessaire maintenant.messieurs.d'entrerdansles détails

c\ propos des cinq autres cas crataxic locomotrice qui sont, en quelque sorte, calqués sur les précédents, et chez lesquels les effets produits par la suspension ont ét(',î\ peu de chose près, identicjnos. Mais je tiens àmentionner particulièrement que dans quatre autres cas, sur les quatorze du groupe, bien que Tataxio lût en général symptomatiquement semblable à celle des dix autres, les résultats produits ont été presque nuls ou tout à fait nuls : dans un de ces cas même, ils pourraient être considères peut-être comme ayant été plutôt défavorables.

11 s'agit dans ce cas,d'un nommé (T...rges, Agé de 32 ans. Hérédité nerveuse très chargée,syphilis.Cbez ce malade, l'évolution de la maladie avait été extrêmement rapide car, dans l'espace de six mois, les symptômes les plus divers de la série tabétique avaient presque atteint leur apogée. Au moment où le traitement a été commencé on note ce qui suit : Ptosis et strabisme à droite. Incontinence nocturne depuis trois mois. Marche très difficile, très incoordonnée : signe de Romberg très accentué, absence des réflexes rotuliens, anesthésic plantaire.

Début du traitement le 22 octobre. Le nombre des séances a été de trente et une, de une demi-minute à trois minutes chacune. Pendant le premier mois, résultats favorables : ainsi, après la quatrième séance, l'incoordination était devenue moindre. Vers la vingtième, la miction s'était améliorée, l'anesthésie plantaire avait disparu, le signe de Romberg était devenu moins prononcé ; mais de la vingt-cinquième à la vingt-huitième séance, on voit survenir, sans qu'aucune circonstance individuclh; permette de l'expliquer, un empirement marqué par un retour de l'incoordination motrice, un accès de douleurs fulgurantes plus intenses que jamais, et une chute de la paupière supérieure gauche. Le traitement a été suspendu, du moins provisoirement. Toute médaille a son revers ; c'est pi «^sque un axiome. Le traitement par la suspension ne devait pas se soustraire lYla loi..

En résumé, messieurs, sur (juatorze casdataxie locomoti-ice traités par la suspension pendant une période moyenne de trois mois, nous notons, dansdix cas une amélioration très notableet, dansplusieurs casmême, une atténuation vraiment remarquable de laplu[»arldes symptômes spinaux. Dans quatre cas seulement, les effets ontéténulsou peu appréciables et, dans l'un de ces derniers, après une période d'amcflioration il y a eu empirement de tous lessymptômes. Pusd'aulresincidents à signaler. Dans plusieurs casil y a eu des vertiges résultant d'une application vicieuse, bientôt corrigée, de la pièce mentonnière. Dans un cas seulement, où le malade était atteint de crises laryngées — ce cas ne fait pas bien entendu partie du présent groupe — le traitement a dû être suspendu dès la première séance à cause du sentiment de strangulation déterminé par Papplication des pièces céphaliques.

Quelques remarques générales, relatives aux résultats obtenus dans les dix cas favoral)les. ne seront sans doute pas déplacées ici.

Nous rai)pelons que tous ces malades étaient des tabétiquesavérés.déjàaTancés tlans le mal, et chez lesquels. par conséquent, le diagnostic avait pu être nettement établi. Chez presque tous, l'amélioration a commencé d'abord à porter sur la marche, sur l'incoordination. Elle s'estfait sentir dès les premières séances. Lesmaladesnousonf dit souvent qu'aussitôt après la séance la marche est plus faiiile, plus assurée.Cette amélioration ne dure d'abord que deux ou trois heures; mais après un certain nombre de séances, elle se prononce et devient permanente. Les malades se tiennent beaucoup plus facilement debout ; ils peuvent marcher sans aides, sans canne, faire des courses assez loiigues, etc., etc. La disparition du signe de llomberg, lorsqu'elle a eu lieu, a été presque toujours un phénomène tardif. Dans aucun cas. nous n'avons vu reparaître les réflexes rotuliens. Les troubles vésicaux ont été modifiés heureusement dans la plupart des cas, à la vérité souventd'une façon tardive. La miction s'est régularisée, elle est devenue plus facile. L'incontinence a disparu, ou s'est pour le moins considérablement atténuée. Chez quelques malades, les fonctions vésicales sont redevenucs normales. Il en a été quelquefois de même de l'impuissance, cette manifestation si frécpiente du tabès et qui impressionne si fâcheusement les malades.

Les douleurs fulgurantes doivent être citées parmi les symptômes qui oui semblé le plus souvent bénélicier du traitement par la suspension ; ce résultat a été souvent obtenu dès les premières séances, il a été facile à apprécier dans plusieurs cas où les douleurs étaient devenues presque continues et empochaient le sommeil. Nous ne devons pas oublier que, plusieurs fois, la sensation d'engourdissement des pieds s'est alténuéeou a disparu et que, chez deux malades, des plaques d'anesthésie jïlau taire sont redevenues sensibles. Enfin il nous a semblé que l'état général lui aussi s'est le plus souvent amélioré et que le sommeil, fniquemment, est devenu meilleur, circonstance qui ne nous a pas paru devoir être uniquement attribuée à la disparition des douleurs fulgurantes.

Après tout ce qui précède, messieurs, il vous paraîtra sans doute évident comme à moi, ([ue le traitement de Tataxie locomotrice progressive par la suspension tel qu'il a été employé par M. le D' Motr'houtkowsky méritait bien d'être tiré de l'oubli où il était resté plongé jusqu'ici, et de nouveau nus en lumière. Les résultats ohtenus jusqu'à ce jour sont, à mon avis, assez fi*ap~ pants pour qu'on les prône et qu'on les recommande sérieusement à l'attention des médecins particulièrement voués aux études neuropathologiqnes ; et, en ce ([ui me concerne, je puis témoigner que jamais je n'ai observé, dans l'ataxie, sous Tinfluence des divers autres modes de traitement qu'on lui oppose, des améliorations aussi prononcées, produites aussi rapidement sur un aussi grand nombre de malades à la fois. Mais après cette déclaration je

serai le première relever qu'en cette matière, nous en sommes encore, sur plusieurs points, aux préliminaires. C'est qu'en efTet, faute d'expériences suffisamment prolongées et suffisamment multipliées, il est une foule de questions qui se présentent à l'esprit et auxquelles nous ne saurions répondre. Ainsi, pour ne citer que quelques exemples, nous ne pouvons pas affirmer, si ce n'est d'après une observation unique appartenant à M. Moidioutkowsky, que les résultats obtenus puissent être vraiment définitifs, de nature à persister plusieurs années après la cessation du traitement. Nous connaissons bien la plupart des contre-indications relatives à la santé générale du sujet, qui doivent, dans certains cas, mettre en garde contre la pratique de la suspension, telles par exemple que les maladies organiques du cœur, la phtisie pulmonaire, les tendances apoplectiques, etc. ; elles ontété parfaitement signalées par notre confrère d'Odessa, mais nous ignorons d'autre part si, il n'y a pas à redouter encore chez certains sujets, sains en apparence, bien entendu en dohors du labes, certains accidents relevant de la suspension (lu'il est impossible de prévoir quant à présent. Nous ne savons pas non plus reconnaître encore, à certains caractères déterminés, les cas où la suspension, relativement aux sympt(^mes tabétiques, sera certainement ou tivs vraisemblablement utile et les distinguer de ceux où son application serait de nul elfet.ou peut-être môme nuisible. Toutes ces questions là et d'autres encore, qui constituent à l'heure qu'il est autant de desiderata ne sauraient être éclairées, on le conçoit, qu'à la suite d'études sufïisammont prolongées et établies sur une grande échelle. Pour ce qui est de nous, nous nous proposons de continuer celles que nous avons entreprises et de les étendre au plus grand nombre de sujets possible. Nous espérons pouvoir dans quelques mois vous faire connaître les résultats, quelsqu'ils soient, que nous aurons obtenus dans cette nouvelle série de recherches.

Suivant en cela Texemple de M. Motchoutkowsky, nous avons essayé l'emploi de la suspension dans le traitement de quehpies autres alfections organiques des centres nerveux, autres que lataxie locomotrice, et aussi de quehjues maladies purement névropathiques. M. le D' Blocq, notre ancien int«.Mne, a traité de cette façon,dans le service une jeune fille de 13 ans, atteinte de la maladie de Friedreich. Cette malade, après un traitement de trente séances, a obtenu des améliorations très remarquables portant sur le signe de Houiberg et, sur la titubation qui étaient très prononcée. Malbeureuseinent, le corset ayant été appliqué dans ce cas, il est impossible de décider ce ([ui, <lans le succès, revient à la suspension.

Les eiîets ont été favorables dans deux cas d'impuissance liée à la neurasthénie.

Par contre, un malade atteint de sclérose en plaques avec exagération considérable des réflexes rotuliens étant soumis au traitement, il survint chez lui

après deux séances une rigidité spasmodique des membres inférieurs qui disparut heureusement au bout de trois jours.

Nous comptons, dans ce second gi'oupe des malades non ataxiques, multiplier à Tavenir et varier les essais.

APPENDICE

Après la leroFi cpi'on vient délire, un ^rand nombre de malades se sont présentés à la Salpétrièro junir y éti'o traités par la suspension. Natun»llenu'ut, parmi ces nouvfîUcs roi^rues, les alaxicpies onl prédominé ; aujourd'hui 15 mars nous en comptons iii, d(»nt 3 femmes, cpii ont été soumis au iraitinncnt. Il y a lieu de les diviser en plusieurs t^^roupes.

Trente malades sont'vr'uiis de une à ('inq fois seulement, et n'ont plus été revus ensuite. Beaucoup de malades d'ailleurs fréquentent Thôpital dans le but d'appiviulre à se suspendre, et après avoir fait emplette d*un appareil, ils continuent le traitement chez eux. C"e^tlà une circonstance défavorable, on le conçoit, à rol>àervatiou, car il e>t assez rare que h?s malades qui sont en possession d'un appareil reviennent donner de leurs nouvelles. Tcmlefois, à ce propos, nous ne devons pas nianqui?r de rt'Uver (pie nous avons pu, à la date du 8 mars, réunir tous les aucit'us mal;ides [)n''S(MiLés comme améliorés à la hîcon du 15 janvier, etreconnaitre à Ciîtte occa^^ion (pie ramélioration olilcnuo avait persisté dans U)n> cm cas et avait même notahh'nuîut progress(» chez quel(pies-uns d'entre eux. A la vérité, dans aucun de ces cas, les séances de suspension n'avaient été inhu'nmipues.

20 alaxi(pics sont venus de une à cin(| fois et sont encore à l'heure qu'il est en observation sans (pi'il soil possible, on le comprend, de rien conclure si luurc'jianl.

14 ont été suspendus de rsix à dix fois, pans avoir jirésrnté rien (|ui soit dii^^ne d'être noté, soit dans le S(mis de l'amélioration, soit dans le sens contraire.

7 ont l'd* suspendus de cpiinz»» à vin^t fois et au-dessus, sans avoir ressenti aucune amélioration.

38, comprenant 3 feuinnjs, ont été suspendus de quatre à vingl fois et

au-dessus, avec une moyenue de quinze suspensions et ont été améliorés très nettement bien qu'à des degrés divers.

5 enfin ont présenté des accidents de divers ordres qui ont motivé l'interruption des séances,

En résumé, en éliminant 6i cas pour lesquels il n'existe pas d'éléments d'appréciation, puisque nous ne saurions considérer comme infructueuses les séances avant la dixième, nous disons que sur un chiffre de 50 tabétiques ayant subi plus de dix à quinze suspensions, ou ayant été améliorés avant que ce chiffre ait été atteint, nous avons ol^servé 38 améliorations, 7 échecs, o accidents.

L'analyse des 38 cas,dans lesquels une amélioration est survenue, nous conduit à formuler quelques propositions qui pourront contribuer peut-être à éclairer le chapitre des indications de la suspension dans le traitement du tabcs.

Il nous a paru que les ataxiques frappés par la maladie lors(pi'ils sont très jeunes, et aussi, par contraste, ceux qui sont arrivés à un âge avancé ne retirent que peu de bénéfices de la suspension ; les premiers sans doute parce que chez eux, le tabès revêt le plus souvent une forme grave et évolue très rapidement, les autres pensons-nous parce qu'ils se présentent souvent dans un état de débilité qui nous a semblé peu favorable. Dans tous les cas on pourrait dire que, meilleur est Tétat général, meilleur sera l'efTet de la suspension.

Il est difficile de se prononcer avant la dixième ou quinzième séance sur le bénéfice qu'on pourra retirer ultérieurement de la susjiension ; toutefois, il paraît certain qu'une amélioration qui se iirononco rapidement dès les premières séances est d'un l)on augure. Nous avons vu, dans certains cas,des améliorations obtenues rester stationnaires vers la dixième séance et ne s'accentuer ensuite que vers la quinzième ou vingtième séaiice.

Il est difficile de se prononcer sur la question de savoir si les ataxicpies entachés de syphilis sont plus ou moins vite, ou plus ou moins certîiincment améliorés que ceux qui n'ont pas eu la vérole. Nous n'avons rien observé (pii piU nous permettre de ranger, en nous basant sur l'existence ou la non existence de la syphilis chez eux, les ataxiques en deux catégories au point de vue des bénéfices qu'ils sont appelés ix retirer de la suspension.

La forme des accidents tabétiques est plutôt à considérer : ainsi,les symptômes céphaliques^ tels que paralysies oculaires, phénomènes laryngés, ou encore les crises gastriques semblent résister au traitement. En ce qui regarde ces derniers toutefois, il est impossible de rien décider encore, le nombre des cas de ce genre ayant été assez restreint.

Au contraire,rincoordination motrice, les douleurs fulgurantes, les troubles vésicaux divers, la faiblesse générale, le signe de Romberg enfin, sont surtout favorablement infiuencés dans les conditions indiquées dans la leçon du 15 janvier.

Au cours des nombreuses suspensions pratiquées h la Salpétrière, pendant (!os deux derniers mois, nous avons vu survenir des accidents de divers ordres qui ont motivé la cessation du traitement et sur lesquels nous tenons à insister particulièrement.

Dans un cas, chez un homme de 55 ans, athéromateux,nous avons vu survenir après la dix-septième séance, un œdème des memlires inférieurs résultant de troubles circulatoires cardiaques sans lésion orificicUe ajtpréciable (c<iMir f(ircé). L'o.'dème a cessé rapidement, d*ailleurs,après la suspension des séances.

Chez un homme Agé de 51 ans. tabétique confirmé ne présentant aucune lésion cardiaque et n'étant pas sous le coup de crises laryngées, un étal lypolhimique s'est manifesté à la suite de quelques séances, puis, i\ la suite de l'une d'elles, une véritahb? syncope ce qui a nécessité l'interruption du Irait(Mnont.

Un second cas, où une des suspensions a été suivie d'une syncope que rien ne faisait prévoir, a été observé.

Chez un quatrième malade âgé de i3 ans, suspendu huit fois, les symptômes parétiques, déjà très prononcés du reste avant le traitement, se sont aggravés sous son iniluence. Ce malade était profondément anémié.

Enfin, dans un cin([uièmf! cas, est survenu à la suite d'une séance une paralysie radiale évidemment déterminée par la compression. Cette paralysie a disparu très rapidement.

Nous devons noter encore un fait observé en dehors du service. Il s'agit d'un cas de rupture d'une artériole athéromateuse déterminée par la comprcs- .-»ion exercée sur l'aisselle pendant l'afqdication de la suspension.

Voilà des accitleiils qu'il inqiortait de signaler hautement et qui sont bien de nature à nioiili-er que la pratique des suspensions ne saurait être faite, sans critique, sans distinction des cas, et qu'il peut être dangereux dans certains cas de l'abandonner au maiùde lui-même.

Relevons, en passant, que trois de nos t.ibétiques;nnéliorés présentaient avant le Iraitement une proi)ortion plus ou moins considérable de sucre dans 1rs urines.

I^n dehors du tabi's, la suspiMision a été apjdiquéc à huit sujets atteints de paralysie s[»asmo»li(pie, à Irois sujets allectés de la maladie de Friedrcicb, enfin à quatre cas «le paraivsie auilante (maladie »le Parkinson\

Aucun des malades atteints de i)arapl<'gie si)asmodique (huit cas dont deux î^oiit relatifs à la sclérose en pla»pi(;<», n'a subi (piant à présent plus de huit si'ances ; tous ont bien supporli!* la suspension, i)lusieurs affirment que, chez eux, la rii^idité des membres inférieurs est devenue moindre. Mais, en raison du petit Uiunbre des séances, il est difficileile se prononcer. Tout ce que l'on peut dire c'est que, à l'inverse de ce qui s'était produit dans un cas antérieur (<ujet atteint de scb-rose en plaques signalé dans la leçon du 15 janvier), la

suspension a été parfaitement tolérée, sans produire jamais une aggravation des symptt^mes paralytiqucîs.

Les trois malades atteints de maladie de Friedreich, traités parla suspension sans application du corset, n*en ont tiré aurun l)énéfice apprécialile. Il est vrai que le nombre des suspensions n'a pas dépassé encore six séances.

Par contre dans les cas de paralysie agitante, — nous relevons en passant qu'il s'est agi là de la véritable maladie de Parkinson et nullement d'un tremldc^ment quelconque, — les résultats delà suspension ont été vraiment favorablc^s. Ainsi, chez quatre maladesde ce genre ayant subi de sept àvingt-trois susponsions,le sommeil est devenu me illeur, en même temps que le sentiment de chaleur qui se produit surtout la nuit î?'est remarquablement amendé; la rigidité des membres et les symptômes pénibles, parfois douloureux, que les malades y éprouvent ont été fortement atténués ; chez une des malades (femme de W ans) le phénomène d'antépulsion a disparu ; [lar contre, nous n'avons pas remanpié que le tremblement ait jamais subi une modification appréciable.

Nous nous trouvons encouragés, par ce qui précède, à conseiller le traitement de la suspension dans la maladie de Parkinson, surtout lors(pie la raideur des diverses parties du corps et les sensations pénibles diverses ([ui raccompagnent si souvent, se montrent particulièrement prononcées.

20 mars 18S9.

IMP. NOIZETTB. 8. RUF. CAMPAGNK-rREMII.KK, PARIS.

Policlinique du Mardi 22 Janvier 1889

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