Leçanê du mardi 1887, 1888, p. 3ii
accentuée ; amaigrissement rapide, thermophobie et sueurs profuses avec une température de 37* en moyenne ; crises diarrhéiques typiques à propos desquelles, pour les détails, je vous renvoie à la leçon du 10 avril 1888.
Sous rinfluence du traitement électrothérapique,rétat de la malade s'est singulièrement am(^lioré, sur tous les points, depuis un an. Les symptômes de la maladie sont toujours présents, sans doute> mais ils n'existent plus que sous une forme atténuée, et il ne nous parait pas téméraire d'espérer qu'un jour ou Tautre, par la continuation de l'emploi des moyens appropriés, la guérison définitive pourra survenir.
Le point sur lequel je tiens à insister aujourd'hui à propos de ce troisième cas de maladie de Basedow est le suivant. En premier lieu, on observe chez notre malade, ainsi que nous le faisions pressentir tout à l'heure, cette mèmeparésie des membres inférieurs que nous avons rencontrée déjà chez nos deux premiers sujets à des degrés divers, et que nous retrouverons encore avecles mêmes caractères, mais cette fois sous une forme beaucoup plus accentuée dans un quatrième cas : absence ou diminution des réflexes rotulicns; pas de troubles de la sensibilité quels qu'ils soient ; intégrité parfaite des fonctions de la vessie et du rectum, effondrement fréquent des membres inférieurs, etc. Tels sont, avec; des variations en plus ou en moins, les principaux symptômes qui constituent cliniquoment cette forme paraplégique spéciale sur laquelle nous allons revenir dans un instant.
Le second point est relatif à l'apparition chez la malade des symptômes hystériques,dans le temps même où ceux delà maladie de Basedow tendent à rétrocéder.La combinaison de Thystérie avec la maladie de Basedow chez un même sujet n'est certes pas chose rare ; mais ce qu'il y a d'intéressant à relever à ce propos dans le cas actuel, c'est que les attaques hystériques qu'on a vu il y a deux ans s'efïacer, au moment même où se développait la série de Base* (low, ont repris comme de plus belle, depuis l'époque où celle-ci tend à disparaître. 11 semble donc qu'il y ait là entre les deux névroses rivales, comme une lutte pour la prééminence, Tune cédant le pas lors<[ue l'autre parait, et inversement. C'est là un incident de notre observation qui m'a paru mériter d'être mis en relief. L'hystérie est représentée aujourd'hui chez Mon...rier, non seulement par les attaques qui sont fréquentes, mais encore par un certain nombre de stigmates permanents à savoir : ovarie, hémianalgésie droite et rétrécissement double dn champ visuel.
IV. Le quatrième casde maladie de Basedow, sur lequel je veux appeler votre attention aujourd'hui est remarquable surtout par l'existence de cette paraplégie à laquelle j'ai fait allusion plusieurs fois déjà et qu'on voit ici atteindre un haut degré d'intensité. Grâce à elle, en efifet, la malade a été, pendant plusieurs mois, affectée d'une impuissance motrice des membres inférieurs à peu
près complète, et elle est restée dans Timpossibilité de se tenir debout et de marcher pendant près d une année.
Ce cas est relatif à une nommée Man...llon, aujourd'hui âgée de 38 ans, qui est à laSalpétrière depuis 4 ans environ. La maladie de Basedow a débuté chez elle il y a environ 9 années, alors qu'elle était âgée de 23 ans. Les symptômes se sont très notablement amendés dans le cours des deux dernières années.
Yoici l'indication sommaire des principaux faits consignés dans Tobservation de cette malade. L'étude des antécédents a appris ce qui suit: le grandpère paternel a eu des € idées noires > ; la grand'mère maternelle était sujette à des attaques de nerfs. Le père était vif, emporté, chagrin. Il avait été autrefois dans une position aisée, mais par suite de mauvaises affaires, il tomba tout à coup dans la misère, entraînant dans sa ruine toute sa famille. Le chagrin profond ressenti par Man...llon h la suite de ce triste événement a été à, n'en pas douter, chez elle, la cause provocatrice "de la maladie ; celle-ci s'est développée, du reste, peu de temps après, à peu près en même temps que survenait une attaque de rhumatisme articulaire aigu d'une certaine gravité.
Les palpitations, bientôt suivies d'exophtalmie^ ont marqué le début de la maladie (en 1880)^ et, peu après, le tremblement est survenu. Le goitre qui, à un moment donné, est devenu très volumineux, a paru dès la première année. En 1883, s'est produite une aggravation dans tous les symptômes déjà existants; il s'y est joint en plus une diarrhée par crises à retours fréquents, de la polyurie, une toux sèche très fatigante, de la thermophobie avec sueurs profuses, enfin un amaigrissement notable. C est vers la même époque qu'ont commencé à paraître les symptômes paraplégiques, s'accusant d'abord de temps à autre, par périodes suivies de rémissions durant lesquelles se montrait fréquemment^ pendant la station ou la marche^ qui parfois exigeait l'emploi des béquilles, le phénomène de l'effondrement des membres inférieurs.
La paraplégie s'était définitivement établie en permanence, et était depuis plusieurs semaines devenue à peu près complète lorsque la malade est entrée à laSalpétrière en juillet 1884. Elle a persisté, à peu de chose près, telle quelle, au même degré, jusqu'en septembre 1885, époque à laquelle la malade a commencé à pouvoir se tenir debout et marcher. Les symptômes ordinaires de la maladie de Basedow ont, pendant ce temps,continué leur train : goitre volumineux^ yeux très saillants, sueurs, chaleurs avec un pouls de 140 d 150 parfois. Cependant, la température centrale moyenne est de 37''4 ; elle s'élève
lé Le pouls inoht« etlCo^e quelquefois à 100.— La tempémiure ne dépasse pa» 37, 37, 2.
parfois jusqu*à 37^7, mais elle ne dépasse jamais 38**. Anémie profonde ; tremblements vibratoires très marqués, etc. Tous ces symptômes-là ont commencé à décroître dans le temps même où les phénomènes parapléfçiques se sont amendés ; ils existent tous cependant encore aujourd'hui à Tétai rudimentaire, 9 ans après le début de la maladie, bien que la situation depuis 2 ou 3 ans se soit très notablement améliorée sur toute la ligne.
Nous devons insister maintenant sur les caractères que cette paraplégie a présentés. Ils sont assez particuliers, comme on va le voir. Ainsi qu'on l'a dit, lors de l'admission à la Salpétrière, l'impuissance motrice des membres inférieurs était à peu près absolue. La malade avait dû y être transportée sur une civière ; elle était depuis plusieurs semaines déjà conOnée au lit. Les membres paralysés sont légèrement amaigris , on n'y remarque cependant pas d'atrophie proprement dite, pas de secousses fibriilaires entre autres ; la température de la peau et sa coloration sont normales. La malade n'y accuse aucune douleur, fulgurante ou autre, aucune sensation de constriction ; pas d'engourdissement, pas d'hypercsthésie, pas d*anesthésie. Toutes les excitations cutanées sont perçues normalement; pas de douleur à la pression. Le sens musculaire est parfaitement conservé ; lorsque ses yeux sont clos, elle sait très bien déterminer l'attitude qu'on donne à ses membres, les mouvements qu'on leur fait exécuter. L'impuissance motrice porte principalement sur le membre inférieur gauche où la malade ne peut mouvoir volontairement que les orteils, et encore n'est7ce qu'avec peine.
Elle n'oppose aucune résistance aux mouvements soit de flexion soit d'extension, qu'on veut imprimer à ses membres qui, au niveau des jointures, ne présentent aucune trace de rigidité, mais ne sont cependant pas absolument flasques ; absence complète des réflexes rotuliens ; réflexes cutanés nuls. L'examen électrique ne donne rien qui s'éloigne de l'état normal ; aucun trouble fonctionnel, soit de la vessie, soit du rectum; pas de douleur en ceinture on rachialgique. Lorsqu'on prend la malade sous les aisselles pour l'aider à se tenir debout elle s'affaisse sur (;lle-mume.
Au moment où Famélioration est survenue, quand la malade a pu commencer à se tenir debout et à marcher, elle a dû tout d'abord faire usage de béquilles ; plus tard elle a marché seule, sans appui, mais sa démarche est, pendant fort longtemps, restée titubante, fréquemment interrompue par des menaces d'effondrement en conséquence de flexions brusques et inopinées s'opérant dans les genoux. Ces particularités se retrouvent encore aujourd'hui à un certain degré bien que fort effacées.
Tel est l'ensemble des phénomènes,tant positifs que négatifs^sur lesquels j'ai voulu appeler votre attention. Il est assez particulier, je crois, pour qu*il soit permis de le distinguer des complexus symptomatiques qui peuvent s'en rapprocher par quelques côtés ; sans entrer dans une discussion en règle à ce propos, je me bornerai à faire remarquer que, très certainement, il ne s'agit
pas là d'ataxie locomotrice, non plus que d'hystérie dont d'ailleurs notre malalade ne porte aucun des stigmates connus (1).
Je crois pouvoir émettre l'opinion que le syndrome en question représente une forme particulière de paraplégie qu'il conviendra peut-être d'ajouter à la série déjà longue de ceux qui se rattachent plus ou moins directement à la maladie de Basedow et en font, en quelque sorte, partie intégrante, quoique placés sur le second plan par rapport aux symptômes cardinaux. Il paraîtrait même que, dans l'espèce, ce syndrome n'est pas très rare, à en juger du moins par cette circonstance qu'il figure, bien qu'à des degrés divers, dans les quatre observations que nous venons de passer en revue et qui par conséquent à cet égard constituent un groupe homogène.
V. Pour établir un contraste avec ces faits, de façon à mieux faire ressortir Tintérêt qui s'y attache, je vous présenterai en terminant un cinquième exemple de maladie de Basedow, dans lequel les membres inférieurs sont également le siège de troubles du mouvement ; mais^dans ce dernier cas, il nous sera facile de reconnaître que c'est Tataxie tabétique qui est en jeu.
Le sujet estun homme de 45 ans, nommé Mes... mann qui, il y a sept ou huit ans, s'est mis à trembler des mains eu même temps qu'il ressentait des palpitations de cœur et que ses yeux devenaient saillants. Ces symptômes de la maladie de Basedow existent encore aujourd'hui et la tachycardie, en particulier, est actuellement très proponcée.
11 y a trois ans, sont survenus dans les membres inférieurs des douleurs fulgurantes caractéristiques assez vives et revenant, suivant larègle^ par accès. Peu après, s'est établie l'incoordination motrice qui, aujourd'hui, est fort accentuée. Le signe de Romberg existe. Parésie vésicale, fréquemment avec incontinence nocturne. Par exception, — et cette exception d'ailleurs n'est pas tout à fait rare dans l'espèce, — les réflexes rotuliens ont persisté ; ils se montrent même un peu exagérés.
Evidemment, il s'agit ici d'une combinaison de Tataxie locomotrice et de la maladie de Basedow, dans laquelle celle-ci a précédé l'autre de quatre ou cinq années. Actuellement les deux maladies coexistent sans toutefois se confondre ; c'est donc un cas à ajouter à ceux déjà nombreux auxquels mon collègue, M. Jofiroy, a fait allusion dans une des dernières séances de la Société médicale des hôpitaux (2^.
1. Le cas de paraplégie survenue dans une maladie chez une femme atteinte de maladie de Basedow publié par M. Ballet, dans le n« 3 de la Revue de médecine^ p. 299, meparaiteomme à ce dernier, relever de rhystérie ; ce cas appartient à M. le professeur Tessier flls, de Lyon.
2. CommuQicatioo de MM. Barrié et Joiïroy, en décembre 1888. Voir aussi Ballet, séince do 6 février 1889.
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Policlinique du Mardi 29 Janvier 1889