DOUZIÈME LEÇON
1®' Cas, — Accidents hystériques graves survenus chez une femme à la suite d'hypnotisations pratiquées par un magnétiseur dans une baraque de fête publique,
2% 3® et 4® Cas. — Un cas de Neurasthénie et deux cas d'Hystéro-Neurasthénie chez Thomme.
Messieurs,
A côté des bienfaits de Thypnotisme qui ont été suffisamment prônés et même, quelquefois, peut-être un peu trop exaltés dans ces derniers temps, il est équitable de parler des méfaits qu'on peut, à juste titre, lui imputer. Ceux-ci arrivent parfois à constituer des accidents morbides réellement sérieux et d'autant plus regrettables qu'ils sont,le plus souvent,la conséquence plus ou moins directe de manœuvres pratiquées par des gens qui, sans aucun mandat soit médical, soit scientifique, sont animés par la seule poursuite d'un but lucratif. La malade que vous avez sous les yeux offre un exemple du genre parfaitement typique, car on peut dire sans amplification qu'elle est la victime d'un magnétiseur pratiquant dans les baraques de foire.
Il s'agit d'une femme âgée de 38 ans <jui est venue nous consulter avanthier et que, ce jour-là, nous avons admise dans nos salles. Son histoire, par conséquent, ne m'est encore connue que très sommairement.
Je vais essayer de la compléter séance tenante eu procédant devant vous à
m interrogatoire. Mais, je dois vous en prévenir, nous allons rencontrer dans
accomplissement de cette tâche des difticultés sérieuses ; la pauvre victime,
I effet, a été, depuis cinq jours, placée sous le coup d'un mutisme complet,
vsolu. Non seulement il lui est devenu impossible d\irticuler un mot soit à
ix haute soit à voix basse, mais elle est incapable encore d'émettre, malgré
s ses eflorts, un son, un bruit laryngé quelconque. A la vérité elle aura
ore comme moyen de communiquer avec nous, la mimique qui est restée
fort intelligente, et aussi, ce qui vaut mieux, récriture ; car, si Taphasie motrice « silencieuse >, règne ici d'une façon absolue, la faculté de s'exprimer à Taide de récriture est, par un contraste frappant, demeurée, ainsi que vous allez le reconnaître dans un instant, parfaitement indemne. Après cela nous aurons encore, pour y puiser des enseignements utiles à consulter, l'observation fort intéressante concernant cette mêmemalade, communiquée par M. le D' Séglas à la Société médico-psychologique, dans sa séance du 29 octobre 1888(1).
Messieurs, rien qu*à entendre la rapide énumération des quelques traits cliniques que je viens de relever à Tinstant, ceux d'entre vous qui sont au courant de notre enseignement des trois dernières années, ont immédiatement compris que c'est le mutisme hystérique qui est ici en jeu. Nulle part ailleurs, en effet, vous ne rencontrerez réuni cet ensemble de symptômes caractéristiques. Mais je ne veux pas m'arrèter pour le moment à établir cette assertion sur une discussion en règle, elle sera suffisamment justifiée par tout ce qui suivra. Je tiens d'ailleurs à procéder rapidement dans la démonstration des faits ; car nous ne devons pas oublier que Thystérie est dans ses allures parfois mobile au plus haut degré: *^bien fol est qui s'y fie». 11 pourrait bien arriver en somme ([ue, sous l'influence de Témotion éprouvée par la malade en piésence de l'auditoire, l'ensemble symptomatique que nous avons sous les yeux s'évanouît tout à coup, et ainsi, à notre grand regret, l'occasion nous échapperait de vous montrer dos phénomènes dont il importe que vous soyez rendus témoins.
M. Charcot, s adressant à la malado : Veuillez, je vous prie, vous approcher de cette table ([ui est là, près de moi. (La malade comprend immédiatement ce (jui lui est dit et elle s'approche de la table devant laquelle elle s'assied.) Combien y a-t-il de jours cpie vous ne pouvez plus parler? Expliquez-moi votre cas... Répondez!
M. Charcot, «'flf/n?,s.vf7w/ a»/.raw(///f?t/r.s; Kxaniinez avec soin tous les détails de la pantomime à laquelle se livre notre malade ; vous voyez, elle fait signe d'abord qu'elle ne peut rien dire : mais la voilà qui, jetant les yeux sur la table, saisit avec empressem(»nt une plume qui y a été placée à dessein près d'un morceau de papier et elle se met h écrire avec une rapidité remarquable. II y a là déjà, — je tiens à vous le faire remarquer une fois de plus, — un trait bien significatif. Vous n'ignorez pas, en effet, que les sujets chez lesquels l'aphasie motrice reconnaît pour cause une lésion organique, alors même qu'ils ont conservé les mouvements des doigts de la main droite, sont, dans l'immense majorité des cas, placés dans l'absolue impossibilité d'écrire. A peine quelques-uns d'entre eux ont-ils gardé le pouvoir de tracer quelques
1. Los daugers de l'Iiypnolisine, Annales tnédtco-psynhologitjues, 7* série, lome 9, Paris, i889 p. 103.
caractères informes ; ou si, par exception rarissime, il en est qui sont restés capables d'écrire quelques phrases plus ou moins correctes, plus ou moins intelligibles, ce n'est qu'à la suite de grands efTorts et avec une extrême lenteur qu'ils y parviennent.
Ici, vous le voyez, c'est tout le contraire qui arrive ; il semblerait même, le plus souvent,que les sujets sont rendus plus habiles et plus prompts à exprimer leur pensée par l'écriture, en raison du besoin impérieux qu'ils en éprouvent. Voici du reste, pour répondre à nos questions, ce qu'elle a écrit très vite en caractères parfaitement lisibles et avec une rédaction qui ne laisse pas grand chose à désirer non plus que l'orthographe : « Depuis jeudi, à la suite d'une crise de nerfs et d'une attaque. Je voudrais parler, mais on dirait qu'il y a quelque chose qui m'en empêche. »
Notre malade est donc^ vous le voyez, atteinte d'aphasie motrice, puisqu'il lui est absolument impossible dé proférer un mot, une syllabe, bien qu'elle ait conservé dans les lèvres et dans la langue, des mouvements qui, bien qu'entravés quelque peu par un certain degré de raideur, suffiraient cependant, et amplement, pour produire une articulation distincte. A la vérité, la malade est aphone ; elle ne peut pas émettre un son, un bruit laryngé quelconque. Mais le larynx n'a rien à voir dans l'articulation des mots et si notre sujet n'était qu'aphone elle aurait tout au moins conservé la faculté de parler à voix basse, ce qui n'est pas, ainsi que je vous le fais constater.
Ainsi, c'est bien la faculté d'articulation qui fait défaut ici ; celle d'exprimer la pensée par l'écriture est au contraire parfaitement conservée.
Pour compléter maintenant l'élude du syndrome qui nous occupe, il nous reste à rechercher encore ce qui est advenu relativement aux deux autres éléments du langage. Notre malade peut-elle lire mentalement et comprendre ce qu'elle lit ? A-t-elle conservé la faculté de comprendre le sens des paroles qui viennent frapper ses oreilles ? Voici une petite expérience qui nous permettra de répondre à la première question. Je place sous ses yeux une feuille administrative sur laquelle sont écrits les mots : * Admission d'urgence. >
M. Charcot, $' adressant à la malade : Lisez, je vous prie, et dites-moi ce que cela veut dire ? — (La malade examine le papier, lit et se met immédiatement
à écrire.)
M. Charcot, aux auditeurs. — Je vois qu'elle a écrit les mots : « Admission d*iirgence » en les copiant textuellement sur la feuille qui lui a été remise ; GO n'est pas cela qu'il nous faut. Il y a des aphasiques par lésion organique qui sont capables de copier exactement les mots qui sont placés sous leurs yeux sans toutefois y rien comprendre.
S'adressant à la malade : Je vous demande ce que c'est qu'une admission d'urgence ? — La malade reprend le papier et écrit : < Admission d'urgence à rbôpital, comme malade. >
M. Charcot, aux auditeurs : Allons, cette fois-ci c'est parfait : vous voyez
que notre malade peut lire et qu'elle coir^prend fort bien ce qu'elle lit ; elle n'est donc point atteinte de cécité verbale.
Examinons ce qui est relatif au second point : Y a-t-il chez notre sujel surdité rer^d/e? Ceux qui en sont atteints vous le savez,nesontpassourds,dans le sensgénéral du terme. Ils entendent parfaitement et distinguent tous les bruits qui viennent frapper leurs oreilles, même si ce sont des paroles articulées ; seulement ils les entendent « comme bruits » et ils sont incapables de comprendre ce que ces paroles signifient. En est-il ainsi chez notre malade ? C'est ce que nous allons voir : déjà vous avez pu remarquer qu'elle a très bien compris tout ce que nous lui avons dit, drs le commencement de Tinterrogatoii'e, et qu'elle a agi en conséquence ; mais regardons-y encore de plus près.
M. Charcot: $' adressant à la malade: Voulez-vous regarder les objets qui sont sur la table et me désigner du doigt ceux dont je vais prononcer lenom ; montrez-moi le crayon !.. la feuille de papier, Técritoire, la pelolte...
Aux auditeurs : Vous voyez qu'elle a indiqué les divers objets qu'elle a entendu nommer successivement, avec une grande précision, sans le moindre embarras ; elle n'est donc pas atteinte de surdité verbale.
Je vous ferai remarquer en passant que nous trouvons chez notre malade les conditions d'une analyse psycho-physiologique délicate : vous n'ignorez pas que, d'après nos études, le maténel de la faculté du langage se rapporte à ({uatre modes spéciaux de la mémoire du mol, à savoir : la mémoire motrice d'articulation, la mémoire motrice graphique, la mémoire visuelle et enfin la mémoire auditive du mol. La suppression isolée de chacune de ces mémoires est représentée en clinique par aulant de formes de l'aphasie, à savoir : l'aphasie motrice d'articulation, Tagraphie, la cécité et enfin la surdité verbales. Eh bien ! le caractère fondamental du mutisme hystérique, c'est que la faculté motrice d articulation, par une sorte de sélection fort remarquable, y est seule adectée, les autres demeurant parfaitement intactes ; tandis que lorsqu'il s'agit d'aphasie liée aune lésion organique, il est de règle que toutes les mémoires du mot soient touchées simultanément, bien qu'à des degrés très divers (1). I/aphasie motrice, en d'autres termes, est alors à peu près toujours compliquée en proportions diverses d'un certain degré d'agraphie,de cécité et do surdité verbales. Ces trois dernières,au contraire, font régulièrement défaut dans lu mutisme hystérique ; c'est du moins ce qu'enseigne l'histoire naturelle de ce singulier syndrome, telle que nous la connaissons aujourd'hui. Le nmtisme n'est pas, tant s'en faut, le seul accident hystérique que nous ayions à relever chez notre malade ; il ne constitue même qu'un épisode récent survenu à la suite d'une des nombreuses attaques convulsives dont elle n'a pas cessé d'être tourmentée depuis le jour où elle a été hypnotisée, voici dans quelles circonstances (2) :
i. De Tapliasic en j^t'-néral cl «le rai,'raphi(' (mi particulier. Vrogvi's médicaly A février 1888. 2. Nous ropi'oduisons ici à peu près Icxluelleincnt le récit do M. Séglas, loc. cit.^ p. 103.
Le 7 août 1888, se trouvant à lafête d'Aubervilliers, M"* P... est entrée dans la baraque d'un magnétiseur : elle a assisté ce jour même à des hypnotisations faites sur un certain nombre de personnes et elle a été fort impressionnée, dit-elle, d'en voir quelques-unes placées dans « Tétat de catalepsie >.
Elle éprouva néanmoins le vif désir de se faire endormir elle-même, mais elle n*osa pas, son mari étant présent. Le lendemain elle revint à la baraque sans son mari et cette fois elle demanda à être hypnotisée.
Le magnétiseur essaya à plusieurs reprises de Tendormir par la fixation du regard. Elle afGrme que jamais elle n'a perdu un instant le souvenir de ce qui se passait autour d'elle. Mais, par contre, à chaque tentative, elle sentait son corps et ses membres se raidir au point de ne pouvoir plus faire un mouvement : deux fois ses yeux ont tourné et une fois elle est tombée à la renverse. On la tirait assez facilement de cet état en lui soufflant sur les yeux. Bien qu'elle n'eût reçu d'autres « suggestions » que celles qui peuvent être communiquées à l'état de veille, elle est retourné chez ce même magnétiseur cinq fois en trois semaines ; elle ne pouvait pas s'en empêcher, dit-elle, c'était une obsession, un désir irrésistible.
Toujours les choses se sont passées comme ci-dessus ; chaque fois qu on à voulu l'hynoptiser, elle a été prise de ses attaques de raideur; jamais elle n'a dormi.
Plusieurs fois, le magnétiseur ayant eu grand'peine à la tirer de l'état où il Tavait plongée, elle Ta entendu prononcer ces paroles: «Elle est plus forte que moi ! »
Il a essayé plusieurs fois de la suggestion hypnotique sans jamais y parvenir : ainsi lui ayant affirmé un jour qu'il allait la brûler avec une lame de couteau rougie au feu, elle n'a pas senti de brûlure ma?s elle a eu très peur, néanmoins, et aussitôt elle est devenue raide, comme les autres fois.
A partir des premières tentatives d'hynoptisation,P... était devenue triste; elle n'avait plus de goût à rien et elle négligeait les travaux de son ménage, elle ne pouvait plus ni penser ni compter, ses idées s'embrouillaient à chaque instant : elle se figurait constamment être placée sous la domination du magnétiseur auquel elle avait entendu dire < que, de loin comme de près, elle ne ferait que ce qu'il voudrait, quand même elle ne le voudrait pas ».
Plusieurs crises de convulsions toniques s'étaient produites sur ces entrefaites, semblables aux précédentes, mais cette fois sans provocation. Elle ne mangeait pour ainsi dire plus; elle était tourmentée du désir de quitter son domicile et d'aller retrouver celui qu'elle considérait comme son maître : enfin un beau jour, n'y tenant plus, elle partit subitement de chez elle et alla le rejoindre, en effet, à la foire de Vincennes.
Elle resta avec lui deux jours au bout desquels, ayant appris que son mari avait déposé une plainte chez le commissaire de police, il la pressa de rentrer
chez elle . Pendant toute la durée de la nuit qui suivit la réintégration au domicile conjugal, les crises de raideur furent presque incessantes; elle se reproduisirent en grand nombre encore les jours suivants et la malade futen conséquence admise à Thôpital de Saint-Denis où elle resta une huitaine de jours.
Elle en sortit non guérie; depuis lors, en effet, les attaques continuent à paraître fréquemment et Tétat mental est resté à peu de chose près ce qu'il était à Torigine. Les choses ont empiré récemment et le mutisme est survenu il y a cinq ou six jours, à la suite d'une forte attaque. C'est à cette occasion que le mari de la malade est venu nous prier d'admettre sa femme dans notre service.
Vous avez compris, Messieurs, que les attaques dont il a été si souvent question dans le cours de notre récit ne sont autres que des attaques hystériques: elles répondent à un type particulier dont vous trouverez la descriptions dans les << Ëtudcs » de Paul Richer, auxquelles je vous renvoie pour les détails, sous le nom d*attaques de contracture ( i ) ; je me bornerai à vous eu donner ici une description sommaire,faite surtout d'après l'étude de celles dont nous avons été témoin hier chez notre malade. Il y a une aura; battements de cœur, constriction épigastrique ; puis la malade, qui quelquefois reste debout, redresse la tête et se courbe légèrementen arrière : les bras, les jambes, le tronc se raidissent alors dans l'extension. La contracture est quelque fois assez forte pour que la rigidité des membres ne puisse être vaincue, même en déployant une grande force. Les paupières sont closes et animées d'un mouvement vibratoire. Il n'y a pas de perte de connaissance, pas de secousse, pas de grands mouvements, rien qui rappelle la phase épileptique, les contorsions ou les attitudes passionnelles des grandes attaques vulgaires. Les choses restent telles quelles pendant une période de temps variable qui, chez notre sujet, ne dépasse pas quelques minutes: on peut d'ailleurs, en lui soufflant sur la figure ou en la rappelant à elle d'une voix impérieuse, abréger quelquefois la durée de la crise.
Mais il s'agit ici, veuillez le remarquer, d'un petit cas. Nous avons vu eu effet chez d'autres sujets les attaques présentant ces mêmes caractères persister quelquefois durant des heures entières, ne pouvant être modifiées par aucune de ces manœuvres, — pression ovarienne ou de divers points hystérogènes — qui, dans hîs attacpies classiques, se* montrent si fréquemment efficaces.
Le type d'attaque dont il est ici question et que nous avons pris l'habitude de désigner sous le nom ^ d'attaque de contracture », se rencontre assez rarement dans la pratique. Il ne faut pas le confondre avec l'attitude dite < en arc de cercle > partie intégrante de la grande attaque hystéro-épileptique, non
1. Richer. fltuies clin'upies sur la grande Hysft^riet 2« éditioQ, 1883, p. 245.
plus qu'avec la catalepsie, dénomination dont on abuse tant et que l'on emploie si souvent à tort et à travers (i).
Fig. 52. — Attaque de contracture .
Fig. 53. — Arc de cercle.
J'ai vu ce genre d'attaque se produire plus souvent que le type classique dans les cas observés par moi, où les tentatives d'hypnotisation ont déterminé sur le coup, ou à courte échéance, Tapparition d'une crise hystérique. C'est là une remarque qu'il n'est pas sans intérêt de relever.
Il nous a été impossible de décider si-notre malade porte quelques stigmates permanents de la névrose dont elle est atteinte, toutes les tentatives d'exploration soit de la sensibilité cutanée, par exemple, soit du champ visuel ayant abouti constamment à la production d'une attaque.
En résumé nous avons sous les yeux un exemple, si je ne me trompe.
i. A propos de catalepsle,volr également Richer,toc.ci7., chap. (catalepsie et états cataleptoldes
bien propre à montrer, une fois de plus, que les pratiques d*hypnotisation ne sont pas pour le sujet mis en jeu, toujours innocentes. Sans doute elles n*ont pas créé ici la maladie de toutes pièces, car Thistoire des antécédents de M°*« P... signale dans son passé deux attaques d'hystérie, Tune à l'âge de 19 ans, l'autre à Tâge de 20 ans ; mais le mal sommeillait depuis dix-huit ans, remarquez-le bien, lors de la mauvaise rencontre faite à la foire d'Aubervilliers.
Incontestablement les hypnotisations du mois d'août 1888 ont eu les conséquences les plus fâcheuses, puisqu'elles ont provoqué la réapparition des accidents nerveux qui cette fois se sont produits sous une forme grave. Depuis cette époque en effet, c'est-à-dire durant une période de six mois, les crises nerveuses, avec les troubles psychiques que vous savez, n'ont pas cessé en quelque sorte de sévir un seul instant et rien n'annonce qu'ils doivent bientôt s'atténuer et disparaître.
On pourrait aisément multiplier les exemples de ce genre car ils sont presque devenus chose banale pour s'être fréquemment reproduits dans ces dernière temps.
D'un autre côté, nombre de faits ont établi parallèlement que les accidents que nous signalons ne concernent pas seulement le sujet hypnotisé, mais qu'ils peuvent, dans les représentations publiques par exemple, en conséquence d'une sorte de contagion, se propager soit immédiatament soit à longue échéance aux assistants eux-mêmes. Comme conséquence fâcheuse des représentations théâtrales, on pourrait signaler entre autres le développement dans une population, dans une école, de ce qu'on pourrait appeler du nom de manie hj/pnotisante active.
J'ai cité un exemple du genre qui me paraît bien frappant et que je vous demanderai la permission de reproduire ici en quelques mots (1).
il y a deux ans, un magnétiseur de profession donna sur le théâtre de Chaumont-en-Bassigny, des représentations de « fascination > qui émurent profondément toute la population, l'affolèrent, et déterminèrent par-ci parlà, quelques accidents plus ou moins sérieux. La manie d'hypnotiser pénétra jusque dansle collège de la ville. Plusieurs élèves pratiquèrent l'hypnotisme sur leurs camarades et quelques accidents nerveux s'en suivirent.
Le principal du Lycée mit bon ordre à la chose pour ce qui concernait les internes ; mais quelques externes surveillés n'en continuèrent pas moins leurs pratiques. C'est ainsi que les nommés Blan... et Thom... se sont plusieurs fois amusés sous un porche voisin de l'hôtel de l'Ecu à hypnotiser par la fixation des yeux un jeune garçon âgé de 12 ans que j'ai dans le temps présenté à la clinique. C'est le petit hypnotisme sans doute qu'ils obtenaient ainsi.
En tout cas ils réussirent à faire commettre au petit Blan..., en le sugges-