Loc. eit.f p
jamais été malade auparavant. Cependant, depuis cinq ou six mois, avant que le mal ait éclaté, mes digestions étaient pénibles. Le mois qui a précédé la première crise, j'avais du dégoût pour la nourriture ; quelquefois j'avais des hoquets.
M. GuARCOT : 11 y a donc eu dans ce cas des prodromes : quoi'qu'il en soit,lc 3 décembre 1883, le matin, en se réveillant, il a ressenti tout à coup dans le ventre des douleurs vives qui ont remonté vers l'estomac et s'y sont ûxées. Bientôt, ces douleurs ont été accompaj^nées de vomissements noirs, couleurde suie. Les douleurs étaient à peu près incessantes ; les vomissements noirs se reproduisaient environ toutes les trois heures. Tout cela a persisté pendant dix ou douze jours. Après quoi, les douleurs ont cessée ainsi que les vomissements; mais il est resté de l'inappétence, un dégoût profond pour les aliments ; le lait/le Champagne le koumis pouvaient seuls être supportés et telle a été pendant fort longtemps la seule alimentation du malade. C'est ainsi qu*il nous a raconté les choses.
Le malade: Oui, monsieur, c'est bien ainsi que les choses se sont passées. J'étais tellement faible au sortir de la crise que. pendant plus de quatre mois. je n'ai pas pu sortir'du lit : d'ailleurs je ne pouvais pas manger et les crises revenaient de temps en temps.
M. CiiARCOT : Nous verrons cela tout à l'heure ; parlons seulement pour le moment de la première crise. Ne m'avez vous pas dit que, dans ce moment-là, vous avez été presque inconscient.
Le malade : Inconscient, pas tout à fait, mais fort engourdi ; je ne voyais rien, je ne pensais à rien, je ne reconnaissais personne. Cela a duré deux jours. Le premier jour je n'ai pas reconnu mes parents.
M. Ciiarcot; A partir de cette époque, les crises ont reparu, à peu prèsrégoli^Tement tous les mois...
Le malade : Pas précisément tous les mois, monsieur, mais tous les trentehuitjours.
M. Ciiarcot: Cela revient à peu près au même, Messieurs, vous le reconnaîtrez. Ce qui importe,vous l'avez compris c'estlapresque régularité qu'ont affectée les crises dans leur réapparition périodique. — S'adresmnt au malade : C'est seulement pendant la durée des crises^ et non dans les intervalles que les vomissements noirs ont paru?
Le malade : Oui, monsieur, c'est bien cela. Les crises parties, je ne souffrais plus, je ne vomissais plus ; j'étais presque bien. Seulement, je ne pouvais pas manger, j'étais dégoûté (le tout, et j'étais exlrêmenient faible. Les vomissements noirs, dans la crise, ne venaient pas toujours tout de suite. J'avais d'abord des douleurs de ventre remontant à l'estomar, puis survenaient des nausées ; après cela je rendais ce que j avais avalé ; les vomissements glaireux, jaunes, puis noirâtres se montraient ensuite. Les douleurs et les vomissements sévissaient dans toute leur force pendant quatre ou cinq jours.
Alors, c'était un martyre: cela durait nuit et jour, je ne savais où me mettre, après cela il y avait un apaisement ; mais, pendant dix jours, j'avais encore de temps en temps des douleurs et des vomissements de telle sorte que je n'élais tout à fait tranquille que pendant une période de quinze à vingt jours chaque mois puisque, comme je vous l'ai dit, les crises revenaient tous les trente-huit jours.
M. CuARCOT : Je vous remercie. Malgré plus d une anomalie qui en modifie plus ou moins profondément, à certains égards, la physionomie classique, vous reconnaîtrez ici, Messieurs, aisément les caractères fondamentaux de la crise gastrique tabétique. La périodicité typique, entre autres, est parfaitement accusée, malgré la persistance de troubles digestifs dans Tintervalle des accès. Pour ce qui est des vomissement noirs, ils sont, à la vérité, chose rare en pareille circonstance, puisque nous ne trouvons à cet égard, dans les annales du tabès, qu'une seule observation comparable à la nôtre, celle déjà citée de Vulpian (1). Mais leur présence dans les crises tabétiques n'est pas faite, je pense, pour dérouter le médecin et il n'est pas nécessaire pour s'en rendre compte d'imaginer la complication de quelque lésion organique de l'estomac, étrangère au tabès. Il est à remarquer, en effet, que dans notre observation, comme dans celle de Vulpian, le vomissement noir n'iipparait jamais que dans la période des crises ; cela n'est-il pas de nature à faire penser que le processus qui dans la muqueuse gastrique prépare son développement est semblable à celui qui, suivant les observations de M. le professeur Straus, produit chez certains ataxiques, de? ecchymoses cutanées, en conséquence des accès de douleurs fulgurantes (2) ?... S' adressant au malade : Voulez-vous me dire ce qui vous est arrivé à partir de la quatrième ou cinquième crise, c'est-à-dire cinq ou six mois après le commencement de tout.
Le malade : Je vous ai dit que j'ai commencé à me lever à la fin seulement du quatrième mois. J'étais extrêmement faible ; d'une maigreur extrême. Je n'avais toujours pas faim ; je me nourrissais à peine. On m'a cru atteint d'abord d'un cancer de lestomac, et plus tard d*un ulcère simple. On me traitait en conséquence : j'étais à la diète lactée ; d'ailleurs je ne pouvais pas prendre autre chose que du lait ; cela a duré trois ans. D'autres disaient ne pas savoir ce que j'avais. On m'a envoyé plusieurs fois à Vichy, puisa Chatel-Guyon. C'est là, en 1886, c'est-à-dire trois ans après le début, qu'on a commencé à dire que je pourrais bien être un ataxique. En effet, dans ce temps-là, j'ai commencé à marcher difficilement en lançant les jambes comme je le fais aujourd'hui.
M. Charcot : C'est bien, mais parlez-nous de vos crises gastriques.
i,Loc. cil. Maladie du système nerveux, 187i), p. 2<1.
2. J. Siraus. Des ecchymoses tabétiques à la suite des crises de douleurs fulgurantes. Archives do neurologie 1880-81, N« 4, p. 536.
Le malade: Monsieur, elles ont continué jusque dans ces derniers temps. À partir du sixième mois, elle ont commencée s'éloigner ; elles ne revenaient plus que tous les trois ou quatre mois, au lieu de revenir comme auparavant tous les trente-huit jours. Elles ont continué ainsi jusqu'en octobre dernier. Elles ont donc duré cinq ans en tout. Je ne les ai pas eues depuis cette époque et j'espère qu'elles ne viendront plus. La dernière a été atroce: j'étais à Chatel-Guyon : elle a peut-être été provoquée par des lavages de Testomac qu'on me faisait à cette époque. Les douleurs ont été terrible s; j'ai eu des vomissements noirs très abondants ; après cela je suis tombé, m'a-t-on dit, dans un état très grave. Il parait que je suis resté sans connaissance pendant près de trois jours.
M. Charcot : Cependant vous m'avez dit qu'avant cette époque déjà l'état de votre estomac s'était amélioré.
Le malade : C'est vrai, monsieur. Les crises, à la vérité, bien que moins fréquentes, duraient toujours trois ou quatre jours et elles étaient souvent très intenses, mais la quantité des matières vomies était moins grande ; cela ne dépassait pas deux litres par jour. Dans les intervalles j'étais moins faible, moins dégoûté des aliments. Cependant, ce n'est que depuis ma dernière crise, c'est-à-dire depuis quatre mois, que mon estomac s'est remis à peu près complètement; depuis ce temps-là, je m'alimente à peu près comme tout le monde, je mange de la viande saignante, des pommes de terre, je bois du vin sucré, etc., etc. Je me crois guéri de ce côté-là.
M. Ciiarcot: Je l'espère. Je vous rappelle à ce propos,Messieurs,que les crises gastriques de Tataxie sont chose curable ; il en est de même des crises laryngées, des paralysies des muscles moteurs de l'œil, des crises vésicales et de bien d'autres symptômes de la série qui peuvent n'exister que passagèrement, bien que la maladie persiste d'ailleurs foncièrement et continue progressivement sa marche vers le but fatal. Il n'est guère en somme que l'atrophie tabétique des nerfs optiques, qui, une fois constituée, ne rétrocède jamais, même temporairement et aboutisse irrévocablement à la cécité absolue.
Messieurs, je vous ai dit au début de cette leçon que, suivant moi, on eûtpu chez notre patient, même dès l'origine de la maladie, reconnaître les troubles gastriques pour ce qu'ils sont, et éviter de tomber dans l'erreur qui semble avoir été entretenue avec persistance pendant une longue période de trois années. Il me paraît, que cette assertion est déjà en grande partie ratifiée par la description même que vous venez d'entendre de ces accidents gastriques, puisque, au milieu de tant d'anomalies, les caractères essentiels du type, peuvent être cependant facilement retrouvés ; elle sera justifiée plus encore, et pleinement légitimée, par l'exposé qui va suivre. Vous allez voir, en effet, que, dès le commencement de la maladie, les crises gastriques se sont trouvées associées à quelques symptômes univoques de la série
tabétique, de manière à constituer un complexus parfaitement significatif, du moins pour un observateur expert en pareilles matières.
S^adressant au malade : A quelle époque vous a-t-on coupé la luette ? pourquoi Ta-t-on fait ?
Le malade : Monsieur, c'est un peu après la première crise d*estomac. J'avais une toux sèche, incessante, fort bizarre et qui étonnait les médecins. Dans ce temps-là je n'avais pas à la suite des quintes, des suffocations comme j'en ai eu depuis. Du reste, l'opération ne m'a absolument pas soulagé.
M. Charcot : A quelle époque avez vous commencé à avoir la voix rauque, détonnante comme vous l'avez aujourd'hui? Veuillez prêter, Messieurs, attention à la voix qu'émet notre malade quand il parle. Il détonne à chaque instant ; de plas, de temps en temps, quand la respiration se précipite, vous entendez, à chaque inspiration, un léger cornage.
Le malade : Je me suis aperçu, monsieur, que j'avais la voix rauque et basse lors de ma première crise, c'est-à-dire à la fin de 1883.
M. Charcot : Vous le voyez, tout cela date de l'origine du mal. Je vous dirai immédiatement que Texamen fait ces jours-ci, par M. Gartaz, du larynx chez notre malade, donne la raison de cette dysphonie, de la raucité de la voix et aussi du cornage. Il existe en effet une paralysie incomplète de la corde vocale gauche, ou autrement dit, du muscle crico-arythénoïdien postérieur Tout cela, remarquez-le bien. Messieurs, eût pu être reconnu il y a cinq ans. Le même examen donne, en partie du moins, la raison des crises laryngées qui, vous allez le voir, ont, dès le commencement, joué un rôle important dans l'histoire clinique de notre sujet.
Je fais allusion ici à une hyperesthésie très accentuée de la muqueuse laryngée, reconnue également par M. Cartaz. Elle occupe surtout à droite la région des cordes vocales supérieures et inférieures ; on serait en mesure très certainement de provoquer des crises laryngées artificielles si l'on insistait quelque peu sur la titillation de ces régions...
S*adressant au malade : A quelle époque avez-vous eu la première de ces grandes crises de larynx qui quelquefois vous jettent à terre sans connaissance ?
Le malade : C'était à Vichy, monsieur, en 1884, après ma septième ou huitième crise d'estomac. J'étais près de la source où j'allais boire. J'ai senti un chatouillement à la gorge, je me suis ensuite mis à tousser de ma toux quinteuse et rauque plus fortement que d'habitude et, tout à coup, je suis tombé à terre absolument privé de connaissance. J'ai été fort étonné quand je me suis réveillé, couché par terre et qu'on m'a dit ce qui était arrivé.
M. Charcot : La même chose vous est arrivée plusieurs fois depuis, je
crois ?
Le malade : Oui, monsieur, quatre ou cinq fois. La dernière fois il y a un mois. Mais habituellement les choses ne vont pas si loin. Je sens un chatouil-
lement vers le côté droit du larynx, comme si on me passait à Tiatérieur, de ce côte-là, une barbe de plume ; puis je me mets à tousser d'une toux sifflante comme si j'avais la coqueluche. Je suis menacé de suffoquer. Mais alors je ne tombe pas et je ne perds pas connaissance.
M. CiiAUcoT, aux nudilevrs : Vous venez d'entendre un récit fort intéressant, dans lequel figurent en quelque sorte tous les accidents laryngés possibles du tabès, accidents permanents à savoir: voix rauque, dysphonlque, cornage ; accidents transitoires et paroxystiques, à savoir : accès de toux « coqueluchoïde» comme on les a quelquefois appelées; crises laryngées spasmodiqnes avec tendance à la suffocation ; crises laryngées enfin sous forme d'ictus. La description de ces dernières surtout est fort remarquable, parce qu'il s'agit là en somme d'un accident plutôt rare dans le tabcs.Vous n'oublierez pasqae, ainsi que je l'ai montré depuis longtemps déjà, lictus laryngé, ou, autrement dit,le vertige laryngé comme je l'appelle, n'appartient pas, tants'en faut,exclusivement au tabès. On le trouve en effet, plus fiéquemment peut-être ,ehez certains sujets goutteux, atteints de laryngite chronique et aussi chez quelques asthmatiques. L'arthritis en somme parait être en jeu dans la plupart de ces cas (1).
Mais j'en reviens, Messieurs, à notre malade. N'estil pas clair que tous ce« symptômes laryngés si accentués, si caractéristiques, pour peu qu'on y eût pris garde et si on les eût considérés soit en eux-mêmes, soit dans leur relation avec les crises gastriques, eussent suffi pour révéler la véritable nature du mal, et pour empêcher, en ce qui concerne ces dernières, de tomber dans le diagnostic erroné d'une affection organi<[ue de l'estomac. La chose vous parait évidente maintenant et il n'est guère utile d'insister. Je ferai remarquer seulement que l'existence de douleurs fulgurantes parfaitement accentuées, remarquée pour la première fois dès 1885, eût pu dès cette époque contribuer puissamment à éclairer la situation.
Il ne me reste plus, pour en finir avec ce cas, qu'à compléter l'observation par quelques nouveaux détails. L'incoordination motrice, ainsi que je vous l'ai dit, a paru seulement au commencement de 1880, c'est-à-dire il y a trois ans.
Voici maintenant Tcnumération sommaire des symptômes révélés par l'étude de l'état actuel La démarche tabétique est, chez le malade, tout à fait conforme à la description typique : les membres inférieurs sont à chaque pas comme projetés et retonïbent lourdement sur le sol en frappant du talon. Le signe de Homberg est très accentué. Les douleurs fulgurantes occupent non seulement les membres inférieurs mais encore les trajets nerveux du domaine
\. Voir sur les accidents larynrjés labi'tiques, los I.eqotis dit mnrdi 1887-1888, p. 85, 269, 277 et, sur Yiclus laryngé en parliculiep : Progrès vtédicals 1b'î9, p. 317.
cubital, symétriquement des deux côtés. Les réflexes rotuliens sont absents. Atrophie, également prononcée des deux côtés, des muscles qui remplissent le premier espace interosseux. Troubles urinaires consistant dans la nécessité de faire effort, de pousser quand on veut rendre les urines. Celles-ci s'écoulent quelquefois involontairement à la moindre émotion, Anaphrodisie complète, depuis trois ans. Jamais il n'y a eu de diplopie, mais le signe d'Argyll Robertson est bien dessiné. Les crises gastriques ont, comme on Ta dit, cessé d'exister depuis plusieurs mois et nous pouvons espérer qu'elles ne se reproduiront pas.
Certes, voilà un pauvre homme chez lequel la terrible maladie tabétique, semble avoir voulu exercer toutes ses cruautés; j'ajouterai qu'il a été frappé de très bonne heure, c'est-à-dire vers Tàge de 30 ans. D'après mon expérience, dans ces cas de tabès précoce, on doit s'attendre à rencontrer presque toujours dans les antécédents héréditaires des tares nerveuses plus ou moins accentuées. Il n'en est rien chez notre homme; Tétude de sa famille ne nous a rien appris. Il est vrai que nous n'avons pas pu être renseignés dans toutes les directions. Nous avons appris seulement qu'un de ses frères, fort intelligent du reste parait-il, est un original fieffé. Il a changé deux ou trois fois de religion : c'est beaucoup I
Il n'y a jamais eu traces de syphilis, et les fatigues corporelles, non plus que les émotions morales, ne sauraient être incriminées comme causes occasionnelles provocatrices. Notre malade a de l'instruction. Il a exercé tour à tour la profession d'employé de commerce et d'entrepreneur. Jamais il n'a travaillé de ses mains et jamais il n'a eu de véritables chagrins.
C'est un de ces cas, vous le voyez, et ils sont fort nombreux encore, où Fataxie procède on ne sait d'où^ et vient on ne sait comment.
2® Malade.
I^ second malade que nous avons à étudier aujourd'hui est un nommû Klein, israélite hongrois, âgé de 23 ans. Nous aurons le regret de ne pouvoir pas l'interroger devant vous ; nous ne pouvons communiquer avec lui qu'à
Faide des quelques mots d'allemand qu'il possède ; et c'est ainsi que nous avons recueilli, près de lui, les renseignements dont je vais vous faire part,
Je vous le présente comme un véritable descendant d'Ahasvérus ou Cartaphilus comme vous voudrez dire. Le fait est qu'à l'exemple de ces névropathes voyageurs dont je parlais l'autre jour, il est mû, constamment, par un besoin irrésistible de se déplacer, de voyager, sans pouvoir se fixer nulle part. C'est ainsi que, depuis troisans, il ne cesse de parcourir l'Kurope, à la recherche de la fortune qu'il n'a pas encore rencontrée.
lia d'abord traversé l'Allemagne, s'arrê tant à Dresde, à Leipsick, à Breslau, àBerlin ; exerçant un instant, dans chacune de ces villes, son métier de tailleur, dans le but de ramasser quelque argent lui permettant de continuer son voyage. De Berlinil passe en Angleterre qu'il trouve « triste > et où il nereste que deux mois. De là, riche de 70 schellings, il se rend à Anvers où il s'installe pendant quatre mois ; mais, l'ouvrage venant à manquer, il part pour Bruxelles où, à son grand désappointement, il ne trouve pas de travail.
Bientôt son trésor s'épuise et n'ayant plus que 4 francs en poche, il prend le parti de se rendre à Liège, ii pied. Mille misères l'attendaient dans ce voyage pédestre qui n'a pas duré moins de cinq jours. Les deux premiers jours ila dû marcher sous une pluie battante, à travers des chemins défoncés. Le matin dulroisième jour, c'était le 2 août i888, la pluie ayant cessé un instant il se couche, vers 9 heures, tombant de fatigue et trempé jusqu'aux os, le long de la route, sur la terre humide. Là il s'endort lourdement, reposant sur le sol par le côté droit du corps. Il a dormi jus(][u'à 2 heures de l'après midi.
11 est certain que, pendant toute la durée de sou sommeil, il n'a pas changé un instant de position, car c'est seulement sur le côté droit que ses vêtements ont été couverts de boue. Au réveil il ressentait, dans toute l'étendue du membre supérieur droit et dans la cuisse ainsi que le genou du même côté, des douleurs vives accompagnées d'un sentiment d'engourdissement fort pénible, lllui fallait cependantinalgrétoulse remettre en marche, il n'était qu'à michemin et, ses ressources pécuniaires étant complètement épuisées, il ne devait plus compter que sur la charité publique. 11 rassembla toutes ses forces et continua sa route clopin-clopant, traînant sa jambe gauche dont il souffrait beaucoup. Enfin il arriva à Liège le cinquième jour, dans un état déplorableet fut reçu à l'hôpital anglais où il resta traité, paraît-il, pour un « rhumatisme > à l'aide de félectricité. Sa famille lui ayant, sur ces entrefaites, envoyé quelque argent, il se rend à Sp a, toujours à pied, et de là à Verviers où il entre encore à l'hôpital. Il y éprouva quelque soulagement de sa douleur sous rinflueiice de bains de vapeur locaux qui lui furent administrés. 11 quitte Verviers pour Met/ où il arriv(^ boitant plus que jamais. L'association israélite de cette ville lui <lonn<' quelque secours d'argent qui lui permettent de prendre le train pour Châlons-sur-Marne.
De Chàlons, toujours souffrant et boitant, il se met en route à pied pour
Paris, marchant environ quatre heures par jour, et vivant des quelques aumônes qui lui sont faites par ceux de ses coreligionnaires qu'il rencontre dans les villes où il s'arrête chemin faisant.
Je n'ai pas cru. Messieurs, devoir vous épargner les détails relatifs à toutes ces pérégrinations singulières parce qu'elles révèlent chez notre homme, si je ne me trompe, un état psychique particulier qui nous conduite le considérer comme un anomal, un déséquilibré. Il était important également de bien mettre en relief les misères, les privations, les fatigues excessives dont il a souffert pendant ses voyages, et d'insister aussi sur cette malencontreuse matinée du 3 août où il est resté couché, dormant, pendant plusieurs heures sur la terre humide, reposant par le côté droit du corps : ce sont là, en efiet, des circonstances qui nous paraissent avoir joué un rôle important dans le développement de la maladie que nous devons étudier maintenant.
Klein a fait son entrée à Paris le il décembre 1888; le lendemain il se pré- f
sentait à la Salpétrière où il a été admis dans le service de la clinique.
Il faisait vraiment peine à voir; déguenillé, sale, pâle, amaigri, tombant de fatigue et tout ahuri, il présentait vraiment Timage poignante du complet dénûment. Il avait les pieds meurtris et, pendant plusieurs jours, il ne se sentit pas le courage de sortir un instant du lit. Enfin, lorsque sous l'influence du repos et d'une alimentation à discrétion il se fut un peu remis, Texamen que nous Hmes de son état nous apprit ce qui suit.
Aucun signe d'une lésion viscérale organique quelconque. En dehors de Témaciation, de la prostration et de l'anémie profondes dont il a été question plus haut, tous les symptômes à relever sont relatifs au système nerveux. Il existe dans toutes les articulations du membre supérieur droit un certain degré de rigidité qui dépend d'un spasme musculaire. Le bras est appuyé et immobilisé sur le côté droit du thorax ; Tavant-bras est fléchi à angle obtus sur le bras et en même temps fixé dans la pronation forcée. Le poignet est légèrement fléchi sur Tavant-bras et entraîné dans l'abduction. Les doigts rigides dans l'extension, sont fléchis en masse^ à angle droit vers la paume de la main et en même temps fortement déviés vers le bord cubital. (Fig. 71).
Veuillez prendre note, Messieurs, de cette déformation particulière de la main et des doigts que je vous ai fait remarquer déjà dans des circonstances f
analogues à celles que nous rencontrons ici (1). Cette contracture spasmodique j
du membre supérieur droit date, paraît-il, des premiers jours qui ont suivi la |
journée du 2 août. A cette époque, ce membre était, comme on Ta dit, le siège '■
de douleurs et d'engourdissements qui ont disparu depuis. La peau du membre contracture est dans toute son étendue, épaules, bras, avant-bras, main frappée