i3« Leçon du mardi, 1887, 1888, 1889, pasâim
d'anesthésie complète et relative & tous les modes de la sensibilité. La limitation de l'anesthésie ducAtédes parties restées sensibles se fait par une ligne courbe de façon ft déterminer la disposition aujourd'hui bien. connue dite en manche de gigot. L'insensibilité s'étend aux parties profondes. Les déplacements imprimés aux divers segments du membre, les tractions, les tensions, exercées sur les diverses jointures ne sont pas perçus.
Tous ces caractères sont tellement accentués, tellement nets, qu'on ne saurait douter qu'il s'agit là d'une contracture hystérique. C'est dans l'hystérie, dans l'hystérie seule en efTet, autant qu'on sache, que l'on rencontre des troubles de la sensibilité de ce genre aussi accentués et ainsi disposés. Celte première impression sera confirmée d'ailleurs par tout ce qui nous reste & dire.
Le membre inférieur droit présente, au niveau de Isbancbeet du genou, une rigidité comparable & celle que nous venons de relever & propos du membra supérieur correspondant; c'est là encore la contracture spasmodique qui est en jeu. Les troubles de la sensibilité sont, également sur ce membre, très nettement accentués et disposés d'une fuçon caractéristique: Anesthésie cutanée eu manchon se limitant par en haut suivant une ligne parallèle au pli de l'aine et par en bas suivant une ligne circulaire, perpendiculaire au grand axe dumembre, passant à quelques centimètres au-dessous du genou, (Fig. 72, 73). Les mouvements passirsimprimésàrarticulationcoxo-fémorale ne sont pas perçus. Il n'en est pas de même en ce qui concerne le genou Celui-ci est douloureux lorsqu'on le meut ou qu'on y exerce une pression profonde et la boiterie qui, aujourd'hui encore, malgré l'ami-liuration survenue de ce cAté dans ces derniers temps, est fort prononcée, dôpend non seulement de la rigidité des articulations, mais encore de la douleur ijui, h chaque pas, se fait sentir dans
le genou. Cependant pas de tuméfaction, pas d'empfttement, pas de chaleur révélant l'existence d'un travail inflammatoire. On sait que la boiterie date des premiers jours de la maladie ', dans ce temps-là les douleurs occupaient^
«emble-l-il, toute l'étendue de la cuisse ; aujourd'hui elles se sont, si l'on peut ainsi parler, concentrées sur le genou.
h» recherche des stigmates sensoriels est restée généralement infructueuse. Pas de rétrécissement du champ visuel. Pas detroublea de l'odorat, de l'oui'e. Seul l'examen de la langue a fait reconnaître que la sensibilité générale ainsi
que le goût avaient disparu complètement sur la moitié droite de Toi^gane. La perte partielle ou totale du goût, soit dit en passant, constitue un stigmate qui, d'après ce que j'ai vu, se rencontrerait assez fréquemment chez des hystériques mâles qui n'en portent pas d'autres. Sa constatation, ne l'oubliez pas, pourrait par conséquent vous être, le cas échéant, d'un précieux secours, dans une circonstance difficile.
Pas d'attaques, pas de représentants d'attaques, pas de points hystérogënes.
Pour ce qui est de l'état psychique nous n'avons guère à signaler que les rêves généralement pénibles qui, depuis qu'il est tombé malade, troublent ses nuits. Tantôt il revoit les scènes de grèves auxquelles il a assisté en Belgique, et il se croit poursuivi par des gendarmes ; tantôt ce sont des chiens énormes qui se précipitent sur lui, « toujours de droite à gauche (i) » et au moment où il va être mordu, il se réveille, etc., etc.
On a déjà fait allusion à son instabilité, à sa manie des voyages. Ses récents malheurs ne l'ont, paraît-il, nullement guéri, car il se propose aussitôt qu'il sera remis sur pied de partir pour le Brésil. Il est remarquable que, chez notre homme, on ne rencontre pas de symptômes neurasthéniques bien accentués ; pas de céphalée, pas de plaque sacrée, pas de confusion de l'esprit, pas de vertiges, etc. L'hystérie paraît être chez lui primitive ; pour le moins c'est elle qui, de beaucoup, domine la situation.
Après nos études de l'an passé et de cette année, je ne crois pas nécessaire de nous arrêter, Messieurs, à discuter le diagnostic que nous avons formulé tout à l'heure et dans lequel nous sommes entrés en quelque sorte de plain pied. Je me bornerai donc à faire ressortir les analogies, qui, suivant moi, rapprochent étroitement notre cas, des exemples nombreux de paralysies hystéro-traumatiques, avec ou sans accompagnement de contracture, sur lesquels j'ai eu l'occasion d'appeler votre attention. Évidemment, c'est d'un fait rentrant dans cotte catégorie qu'il s'agit chez notre homme. J'imagine que le contact prolongé des membres droits avec la terre humide en même temps que la pression à laquelle ils ont été soumis par l'action du poids du corps doivent être considérés ici comme les équivalents d'un agent traumatique localement appliqué. La pression a <Hé dans ces membres la cause d'un engourdissement parétique, tandis que l'action du froid humide y a occasionné des douleurs •< rhumatoïdcs ». Celle-ci et celui-là, conformément à ce processus d'autosugîîestion dont je me suis efforcé plusieurs fois de vous enseigner le mécanisme, ont abouti, on conséquence d'une sorte d'action réflexe psychique, à la production dans les membres intéressés, de la paralysie et de la contracture, et celles-ci ont revêtu, ainsi que cela est de règle en pareille circonstance, tous les caractères des contractures et des paralysies hystériques.
1. 11 est à remarquer que dans ce cas il ny a pas de rétrécissement du champ visuel.
L'état mental particulier qui a rendu possible cette évolution, je l'assimile, vous le savez, à celui qu'on observe dans le somnambulisme provoqué par hypnotisation.Ghez notre homme il se sera développé en conséquence de la débilitation physique et de la démoralisation profonde qu'il a subies pendant le cours de ses malheureux voyages.
Il était d'ailleurs, antérieurement peut-être, déjà spécialement prédisposé à la névrose hystérique. Il est israélite, remarquez-le bien, et le fait seul de ses pérégrinations bizarres nous le présente comme mentalement soumis au régime des impulsions ; à la vérité, la recherche des antécédents héréditaires n'a pas fourni de résultats précis, mais il nous a raconté l'histoire d'un de ses grands-pères mort en 184S en Russie, « sous le knout (?) > et cette circonstance est bien de nature à faire supposer, pour le moins, que sa famille a dû vivre plus d'une fois sous le coup d'émotions dramatiques.
Quoi qu'il en soit, Messieurs, je ne crois pas que son cas soit grave au premier chef. Déjà, en effet, sous la seule influence de Tamélioration survenue dans l'état physique et moral de notre malade, en conséquence des soins hygiéniques qui lui ont été prodigués, nous avons vu les accidents d'ordre nerveux se modifier rapidement d'eux-mêmes de la façon la plus favorable. Si les choses continuent à aller de ce train il pourra, comme il l'espère, reprendre dans quelques semaines le cours de ses singulières pérégrinations (1).
1. A la dale du 10 août, on note que le malade peut être considéré comme à peu près complètement guéri. Les troubles aensitifset sensoriels ont disparu ainsi que les troubles moteurs. La santé générale est excellente.
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Policlinique du Mardi 5 Mars 1889