traces
12,0 traces.
Peroxyde de fer
Ces tableaux nous montrent que les cendres contiennent toujours les mômes substances, mais en propor-
tion assez variable. Celles qui nous y apparaissent les plus importantes sont : Tacide phosphorique, la potasse, la chaux, la magnésie, la silice, et aussi, quoique visiblement moins essentielles, l'acide sulfurique, le chlore, la soude, l'oxyde de fer.
Acide phosphorique. — L'acide phosphorique ne manque jamais dans aucune cendre végétale ; mais il est surtout très abondant dans les cendres des graines et des fruits : la cendre qui provient des graines de froment en contient jusqu'à 50 <>/o.
L'acide phosphorique, qui se trouve dans les cendres à l'état de combinaison aveô la chaux, la potasse, la magnésie, s'est produit pendant la combustion du végétal, à partir de la matière phosphorée que renfermait ce dernier. D'après les récents travaux de M. Berthelot, cette matière phosphorée est multiple : une portion consiste en phosphates déjà formés, mais la majeure partie est constituée par des composés organiques complexes, qui contiennent du phosphore en même temps que du carbone, de l'hydrogène, de l'oxygène et de l'azote. Quoi qu'il en soit, le phosphore à l'état d'acide phosphorique combiné ou de substance organique, est nécessaire à la vie normale de toute cellule : on a vu plus haut que Yaspergillus niger est à peu près incapable de se développer dans un milieu nutritif quelconque non phosphaté. L'alimentation des animaux ne pourrait être assurée s'ils ne trouvaient du phosphore dans les matières végétales dont ils se nourrissent. Si la dose en est trop minime, la vie normale ne s'exerce plus et en particulier le développement du squelette est impossible.
Les recherches effectuées il y a peu de temps sur la nutrition végétale, semblent attribuer à la matière phosphorée un rôle prépondérant dans la formation des substances albuminoïdes protoplasmiques ^ qui sont toujours plus ou moins riches en phosphore. Les
nitrates ou les composés ammoniacaux absorbés par les plantes, ne pourraient facilement se changer en matière végétale azotée, qu'en présence d'acide phosphorique ou d'un corps phosphore équivalent : la nécessité de ces derniers, apparaît ainsi en toute évidence.
Potasse. — La potasse est très abondante dans toutes les cendres végétales : elle se trouve dans tous les végétaux, combinée avec divers acides organiques ou avec l'acide nitrique, et elle y est indispensable à la nutrition régulière. Toutefois ,, elle n'intervient que faiblement dans l'alimentation des animaux.
Les travaux de Nobbe, Erdmann, Schrœder, ont montré la raison de cette nécessité de la potasse. Lorsqu'on donne à une plante tous les éléments nutritifs, sauf la potasse, la végétation s'arrête, et la plante ne tarde pas à mourir. C'est que l'amidon cesse de se produire dans les feuilles vertes sous l'influence de la lumière, et l'amidon ne se formant plus, les matières sucrées solubles qu'il fournit par son dédoublement, les sucres, les gommes ne se produisent plus et ne peuvent être distribuées à l'organisme végétal tout entier : son développement demeure suspendu.
Si on restitue la potasse, on voit se former de nouveau l'amidon et ses dérivés, et la plante reprend sa vie normale.
Nous apercevons ainsi combien la potasse sera plus nécessaire aux plantes, qui non, seulement font de i'amidon et du sucre pour leur développement, mais en outre accumulent des réserves considérables de matières amylacées ou sucrées, soit dans leurs fruits, comme les céréales, la vigne, soit dans leurs tiges comme la canne à sucre, soit dans leurs tubercules ou leurs racines comme les pommes de terre ou les betteraves sucrières.
Alors, à plus forte raison, l'alimentation potassique sera indispensable ; faute de potasse, la végétation sera
118 LEÇONS ÉLÉMENTAIHES
mauvaise, ou du moins ne donnera lieu qu'à de faibles accumulations de matière sucrée : le but principal des cultures cessera d'être atteint.
Chaux, — La chaux ne manque jamais dans les • cendres, et parfois elle s'y trouve à dose très élevée. La paille de froment en contient beaucoup plus que les graines : mais c'est dans les cendres de sarments de vigne et des légumineuses en général, que la proportion de chaux s'élève le plus : au contraire les pommes de terre en contiennent des quantités assez minimes.
La chaux est bien visiblement nécessaire à l'alimentation des végétaux : elle est également indispensable pour assurer la nutrition animale, car elle entre pour •une large part dans la composition du squelette des animaux.
Magnésie. — La magnésie se rencontre à peu près toujours dans les cendres végétales, et quoique son importance paraisse moindre que celle de la chaux, la forte teneur en magnésie des cendres issues des grains de froment, prouve que c'est probablement un aliment sinon nécessaire, du moins très utile.
Acide sulfuriqiie, — L'acide sulfurique figure toujours à doses assez variables dans les cendres des plantes : il y est combiné avec la potasse,, la chaux, la soude ou la magnésie. Une portion de ces sulfates existait déjà dans le végétal, mais la majeure partie s'est formée pendant l'incinération, à partir des matières sulfurées organiques toujours abondantes daus les plantes, ainsi que Ta montré M. Berthelot. Les matières albuminoïdes contiennent toujours une certaine quantité de soufre qui paraît nécessaire à leur constitution. Certains végétaux, les crucifères, les légumineuses, sont plus particulièrement riches en produits sulfurés. Quand on les brûle, ces produits donnent naissance à une certaine dose de sulfates, mais la
DE CmMIK AGHIGOLB. 119
majeure partie du soufre se change en produits gazeux qui se dissipent dans l'atmosphère.
Silice. — La silice se trouve en proportions énormes dans certaines plantes, notamment dans les feuilles et les tiges des graminées, dans les fougères, etc. Ainsi les cendres contiennent jusqu'à 75 centièmes de silice pour la paille de blé, jusqu'à 78 centièmes pour la paille de roseaux.
On a jadis attaché beaucoup d'importance à cette forte teneur siliceuse. On attribuait la rigidité des tiges de céréales à la présence de la silice dans leurs tissus; s'il en est ainsi, l'insuffisance de silice dans l'alimentation végétale doit entraîner un affaiblissement de la rigidité des tiges : le blé versera.
Cette hypothèse ingénieuse, qui attribue à la silice un rôle mécanique essentiel, n'est pas justifiée. Is. Pierre a reconnu que cette matière est surtout localisée dans les feuilles et non dans les tiges. D'ailleurs, Sachs a élevé des pieds de maïs sur un sol artificiel absolument dénué de silice ; leur croissance a été normale, leur stabilité suffisante, bien que leurs cendres n'aient pas fourni traces de silice.
La verse est en réalité due, non pas au manque de silice, mais à un excès de nutrition azotée qui détermine un développement exagéré et anormal de la végétation. Le moyen de l'éviter consiste à régulariser les conditions de la croissance des plantes par l'addition d'une nutrition minérale bien proportionnée à l'alimentation azotée.
La silice ne semble donc pas indispensable ; cependant elle ne parait pas être inutile. Les feuilles des graminées et des cypéracées fourragères ont, dans les conditions normales, leurs cellules partiellement recouvertes de silice, ce qui leur donne une dureté fort grande. Or, d'après un travail récent de Stahl, cela suffit pour les protéger contre les limaces et les escar-
120 lîfeÇONS ÉLÉMENTAIRES
gots qui, sans cela, les dévoreraient rapidement. Cette silicification serait une condition sine quâ non de l'utilisation culturale des graminées fourragères qui, privées de silice, ne résisteraient pas aux attaques des escargots.
Le chl07^e,^l^ soude, le sesquioxyde de fer ne manquent jamais, bien qu'ils ne paraissent pas être absolument nécessaires; pourtant certaines observations tendent k établir que la présence du fer est très favorable à la formation de la chlorophylle. La chlorose des plantes semble fréquemment corrélative de l'absence de matières ferrugineuses dans la terre végétale^.
Nature chimique du soL — La nutrition minérale doit être assurée par le sol ; il faut que celui-ci contienne en quantité suffisante toutes les substances que l'analyse des cendres nous a désignées. Un sol ne sera livré utilement à la culture que s'il possède tous ces principes, en même temps qu'une dose convenable de matières azotées. Quand un seul de ces principes nécessaires, par exemple l'acide phosphorîque ou la potasse, vient à manquer, le sol est mauvais, mais il redeviendra fertile si on lui fournit artificiellement cet élément unique qui fait défaut.
Notions tirées de V analyse physique du sol, — L'analyse physique de la terre végétale peut fournir quelques indications sur la richesse d'un sol en matières nutritives minérales. Nous avons vu qu'elle sépare dans les terres normales quatre constituants essentiels : argile, sable, calcaire, humus.
Uargile est principalement formée par un silicate
1. D'après les expériences de M. GrifEitbs, le rôle du fer serait très important pour assurer le bon état et le développement régulier des récoltes : les rendements des prés, des pommes de terre et même des betteraves et des turneps, se trouveraient accrus daus une forte proportion par l'addition de sulfate de fer à un sol peu ferrugineux.
d'alumine hydraté, qui provient surtout de la désagrégation des feldspaths ou des micaschistes; les feldspaths sont des silicates doubles d'alumine et de potasse, les micas sont des silicates d'alumine et de magnésie. En vertu de cette origine, les argiles contiennent toujours une dose assez élevée de magnésie et de potasse, et aussi de fer; la quantité de silice y est fort grande. Voici, par exemple, l'analyse d'une argile assez pure utilisée pour la fabrication des poteries :
Silice 50,6
Alumine 35.2
Potasse 0,8
Soude 0,6
Magnésie 0,5
Oxyde de fer. . . 0,4
Total 100,0
Le sai)le est composé en majeure partie de silice et et de silicates feldspathiques ou micacés ; il renferme fréquemment une proportion notable de potasse et de magnésie, mais sous un état assez impropre à la nutrition des plantes.
Le calcaire comprend à peu près exclusivement du carbonate de chaux, auquel se trouve toujours associée une certaine quantité d'acide phosphorique , A' acide sulfurique et de magnésie.
Quant à la matièy^e humique, son abondance nous renseigne surtout sur la richesse azotée de la terre, bien que la substance organique y soit le plus souvent combinée avec des éléments minéraux : chaux, potasse, acide phosphorique, qui s'y trouvent sous une forme très convenable pour l'assimilation végétale.
Mais les quelques prévisions que l'on peut formuler
au moyen de la connaissance physique d'une terre, ne sauraient offrir des garanties bien sérieuses. Le plus souvent, les sols calcaires contiennent de Tacide phosphorique, mais il peut s'en trouver où cette matière fait défaut.
Analyse ohimiqae du sol. — Il est donc nécessaire de chercher directement la composition chimique de la terre. De même que nous avons un grand intérêt à savoir combien d'azote s'y trouve à la disposition des végétaux, nous devons aussi connaître combien il y a de phosphore, de potasse, de chaux, et aussi, quoique la question paraisse moins importante, combien il y a de magnésie, de soufre, de fer et des autres substances qui peuvent jouer un certain rôle, dans l'alimentation minérale des récoltes.
On s'adresse à la chimie et on lui demande d'analyser la terre.
Le problème ainsi posé peut toujours être résolu, mais la solution n'aurait qu'une utilité assez médiocre.
Quand il s'est agi de l'azote du sol, nous avons indiqué trois états distincts : l'un, immédiatement utilisable par les plantes, mais de conservation difficile, Vazote nitrique; l'autre, également utilisable, moins fragile que le premier, Y azote ammoniacal; le troisième, Vazote organique^ incapable d'être absorbé tout de suite, mais constituant une réserve qui peu à peu fournit les deux premières formes. Il est de beaucoup le plus important, c'est un véritable capital azoté, susceptible de s'accroître en vertu de certaines actions lentes.
Assi7nilaMlité ?^elative des principes du sol. — Il y a lieu de faire pour les matières minérales du sol, des distinctions analogues; il convient de séparer celles qui sont assimilables tout de suite^ de celles qui ne le sont pas encore, et parmi ces dernières, il faudrait
DE CHIMIE AGHÎCOLE. 128
encore mettre à part, celles quU à la manière de Tazote organique, fournissent pour ainsi dire un revenu normal de substance assimilable, en vertu de leur transformation régulière, et celles qui au contraire ne deviendront capables de fournir ce revenu, qu'après une longue série d'années, peut-être même de siècles.
En d'autres termes on peut concevoir trois formes distinctes pour les diverses substances :
1° Assimilables à bref délai ;
2° Lentement assimilables, ce serait la réserve actuelle;
S^ Non assimilables, ce qui constituerait la réserve séculaire. -
Malheureusement -la distinction pratique entre ces trois états est loin d'être aisée : nous savons assez mal comment se fait l'absorption par les racines, et il est dès lors bien difficile de savoir où commence et où s'arrête l'assimilabilité ; la séparation de la réserve active et utile de celle que nous avons appelée réserve séculaire serait encore plus difficile.
De là résultent des écarts très importants dans les appréciations d'un même sol parles divers agronomes.
Certains ont proposé de ne considérer comme immédiatement assimilables que les principes solubles dans une grande quantité d'eau pure. Les nitrates sont bien réellement dans cette catégorie ; mais on n'y trouverait jamais d'acide phosphorique, et les doses de potasse ainsi accusées seraient minimes, à cause du pouvoir absorbant qui retient énergiquement sur les particules de terre les sels potassiques solubles dans l'eau.
Il vaudrait mieux sans doute, au lieu d'eau pure, employer comme dissolvant, l'eau chargée d'acide carbonique.
Mais cette restriction n'est guère acceptable, car l'absorption radicale ne s'exerce pas habituellement par l'intermédiaire d'un liquide, mais à sec, sans doute
à cause de la présence dans les tissus végétaux, de liquides acides, qui contiennent des acides oxalique, tartrique, citrique.
Faut-il donc substituer à Teau pure, un acide végétal plus ou moins concentré?
On comprend que des divergences fort grandes soient intervenues dans les méthodes de recherches, et comme les résultats varient avec le procédé mis en usage, il sera nécessaire dans chaque (fas, de bien indiquer quel procédé a été suivi.
Ainsi dans une terre de Meudon^ la potasse totale (dosée par la méthode rigoureuse du fluorhydrate d'ammoniaque) s'élevait à 8»''9 par kil^ramme de terre fine. (M. Berthelot.)
Or, par un traitement prolongé à Yeau pure^ on ne pouvait lui enlever plus de 0«'^2 de potasse, soit ^ de la quantité totale.
Ueau sucrée^ Yeau chargée d'acide carbonique, en enlevaient le double, soit environ ^.
Avec Yacide acétique étendu, le poids enlevé était le triple de celui extrait par l'eau pure, soit ^.
Û acide nitrique étendu, Yacide chlorhydrique dilué, parvenaient à extraire ^ du poids total.
Avec Yacide nitrique concentré et chaud, selon les procédés habituels des laboratoires agricoles, on recueillit seulement 1^'03 de potasse, soit au maximum
I de la dose réelle.
La majeure partie demeure donc inattaquée même par l'action prolongée de réactifs puissants. Ces quantités de potasse seront-elles à jamais inutiles à la végétation? l'action des siècles les rendra-t-elle utilisables?
II serait fort difficile de répondre. Nous sommes très mal fixés sur le degré réel d'assimilabilité de la potasse dans cette terre.
Examinons successivement à ce point de vue les matières minérales les plus nécessaires.
Phosphore (acide phosphorique). — Dans un sol absolument privé d'humus^ le phosphore existe seulement sous forme de phosphates; ce sont principalement le phosphate de chaux, tribasique comme celui des os, le phosphate d*alumine, le phosphate de fer.
Ces phosphates sont tout à fait insolubles dans Teau pure ; le lavage prolongé de la terre n'en enlève pas de quantités appréciables. Mais Teau chargée de matières salines ou même d'acide carbonique, en dissout de petites doses.
Dans une terre végétale pourvue d'humus, le phosphore utilisable pour la nutrition végétale ne se trouve pas seulement à l'état de phosphate ; il existe aussi dans la matière humique, sous forme de substances organiques complexes, analogues à celles qu'on rencontre dans les tissus des plantes.
Ces substances sont multiples. Les unes proviennent sans doute des petites quantités de phosphates, dissoutes par les eaux, puis fixées par la matière carbonée de l'humus en vertu de son pouvoir absorbant. Elles peuvent régénérer de l'acide phosphorique par Faction des acides, ou même par l'effet prolongé de l'eau impure, et paraissent très propres à l'alimentation phosphorée des végétaux.
Les autres , semblables à la substance phosphorée des cellules vivantes, existent dans les débris organiques de la terre, et dans la matière vivante microbique qui abonde dans le sol arable : elles ne fournissent d'acide phosphorique que lorsqu'on les soumet à une oxydation prolongée ou très intense.
On néglige d'ordinaire cette distinction qui n'a été établie nettement que l'année dernière par M. Berthelot : on admet que tout le phosphore est à l'état d'acide phosphorique combiné à diverses bases. Dans la pratique, il n'y a guère d'inconvénients à exprimer la teneur phosphorée totale en acide phosphorique équi-
126 LtîÇONS ÉLÉMENTAIRES
valent. Mais, par le fait môme de la diversité de la matière phosphorée, on peut prévoir de réelles difficultés pour la doser et apprécier son assimilabilité relative.
Aussi les quantités d'acide phosphorique indiquées dans une terre varient beaucoup avec les procédés analytiques dont on fait usage. L'acide chlorhydrique étendu de beaucoup d'eau, ne peut dissoudre à froid qu'une faible proportion de matière phosphorique : le même acide, employé concentré ou chaud, opère une dissolution plus avancée, mais qui est encore loin d'être totale.
M. Berthelot a publié sur ce point des résultats semblables à ceux qu'il a donnés pour la potasse (voir cidessus).
Une même terre a été soumise à des traitements différents : lavage prolongé par l'acide chlorhydrique très dilué, épuisement à chaud par le même acide moins étendu , attaque pendant seize heures consécutives par l'acide nitrique pur et bouillant; enfin, attaque par l'oxygène au rouge en présence du carbonate de soude. Cette dernière méthode fournit avec certitude la totalité du phosphore que contient le sol. Voici les doses d'acide phosphorique, ainsi obtenues dans chaque cas, pour 1 kilogramme de terre fine sèche :
Acide chlorhydrique très étendu ; 0^*'31
Acide chlorhydrique étendu chaud. . . . 0»'93
Acide nitrique pur et bouillant 1»''41
Méthode rigoureuse 1»''47
On voit que l'action, suffisamment prolongée de l'acide nitrique pur et chaud, fournit à peu près totalement la teneur phosphorique de la terre. C'est le mode opératoire habituellement pratiqué dans les analyses de terres, mais le plus souvent l'attaque ne durant pas assez, les valeurs trouvées doivent être trop faibléS.
DE CHlMIIil ÂOHIGOLË. 137
M. Grandeau pense qu'on peut regarder comme assimilable l'acide phosphorique qui est dissous par l'acide chlorhydrique étendu. Mais, en réalité, nous ne pouvons guère être instruits sur ce point. En faisant varier la dilution de Tacide, et aussi la durée de l'action, nous verrons les résultats se modifier.
Faute de ipieux, nous devrons nous contenter du dosage total de Vacide phosphorique, par Vaction très prolongée de l'acide nitrique pur ou de Veau régale^.
Si la quantité totale est grande, il y a beaucoup de chances pour que la quantité assimilable soit grande aussi, et le plus souvent cette corrélation paraît confirmée par la pratique agricole : les terres riches en acide phosphorique total en fournissent aisément aux récoltes.
Quant à la quantité absolue d'acide phosphorique ainsi trouvée dans les sols, elle est assez variable, et paraît étroitement liée à la fertilité propre des terres : habituellement les champs très productifs sont riches en acide phosphorique.
Les terrains d'origine granitique en contiennent peu, moins de 5 décigrammes par kilogramme de terre fine. Les calcaires, les terres d'allu viens en ont d'ordinaire de 5 décigrammes à 1 gramme. Les terres volcaniques ou formées par des alluvions d'origine volcanique renferment de fortes doses d'acide phosphorique ; dans une vigne de Nicolosi, sur la route de Catane à l'Etna, M. de Gasparin a trouvé jusqu'à 6«'20 par kilogramme. La terre de Lacryma-Christi en contient 38^6. Certains sols de Pont-du-Château, en Limagne, en renferment jusqu'à 4i<fl6.
Une terre qui contient par kilogramme moins de
1. Telle a été Topinioa du Congrès international de chimie tenu à Paris au mois d'août dernier. Voir à la fin du volume la note V sur les décisions de ce Gongrès»
5 décigrammes d'acide phosphorique, a besoin d'engrais phosphatés : si on ne veut pas lui en fournir, par exemple lorsque les autres éléments de fertilité sont médiocres, il convient de la consacrer à la culture forestière, qui est la moins exigeante en acide phosphorique. En général, toutes les fois que la dose d'acide phosphorique est inférieure à 1 gramme, l'addition d'engrais phosphatés sera utile. Dans une terre contenant plus de 1 gramme par kilogramme, cette addition serait inutile, ou du moins peu utile, et en général non rémunératrice.
Potasse. — La potasse existe dans le sol sous des formes bien différentes. La majeure partie se trouve à l'état de silicates insolubles, provenant de la destruction des roches granitiques.
Les eaux souterraines, toujours chargées d'acide carbonique, enlèvent à ces silicates de petites quantités de potasse, qui passent à l'état de carbonate dissous. Ce dernier est consommé par les plantes ou bien se fixe sur les particules d'humus ou d'argile, qui le retiennent avec énergie. Cette potasse ainsi fixée sur la terre y constitue une véritable réserve nutritive, qui demeure constamment à la disposition des racines. Un sol dénué du pouvoir absorbant, tel qu'un sol sablonneux, pourrait être fort riche en potasse sans qu'il en résulte pour la végétation un bénéfice notable, puisque la potasse mise en liberté par les transformations lentes de la terre, ne serait pas conservée pour les besoins de l'alimentation végétale.
Cette dose de potasse visiblement nutritive peut être évaluée avec quelque précision : il suffit d'épuiser la terre par une très grande quantité d'eau, qui finit par enlever presque entièrement toute la potasse fixée sur les particules terreuses. Elle est toujours peu élevée, et sa proportion à la potasse totale varie beaucoup
d'une terre à une autre. Elle est considérable dans les sols alluvionnaires riches en humus et en argile, par exemple dans les terres à canne à sucre de Louisiane. Elle est, au contraire, très faible pour les terres siliceuses, dont le pouvoir absorbant est peu marqué. C'est ce qu'on aperçoit bien dans le tableau suivant, qui indique pour divers sols les quantités de potasse totale et de potasse soluble dans Teau pure (rapportées à 1 kilogramme de terre fine séchée à Tair) :
Pousse Pousse Qnantité •/•
toUIe. solQble. de poUsse solnble.
Terre siliceuse 6fr-5
Terre silico-argileuse 3,6
Terre argileuse 1,5
Terre à cannes à sucre. . . 5,5
On peut se demander aussi, comme pour Tacide phosphorique, quelle est la dose de potasse soluble dans l'acide chlorhydrique étendu; c'est ce qu'a fait M. Grandeau. On trouve naturellement une valeur plus forte qu'avec l'eau pure^
Voici les résultats qu'il a trouvés pour trois terres différentes :
Potasse toUle ^H^Tr^J^n^J' Quantité V»
(par kilog. de terre.) étendu ^® ^^^^ soluble.
6gr.58 0&r.21 3,2
La proportion est très variable : le sol le plus riche en potasse est celui qui en fournit le moins à l'acide chlorhydrique étendu.
1. Dans l'exemple cité plus hant, d'après M. Berthelot, cette valeur est quatre fois plus grande que pour l'eau pure.
Ceci montre qu'il ne faut pas attacher une trop grande importance à la quantité totale de potasse qui se trouve dans une terre végétale.
Dans l'analyse agricole, telle qu'elle est pratiquée habituellement S on n'obtient jamais à beaucoup près la potasse totale, mais seulement la quantité de potasse soluble en quelques heures dans l'acide azotique concentré chaud ou l'eau régale chaude. Si la dose ainsi mesurée est grande, il arrive d'ordinaire que la nutrition potassique est suffisamment assurée.
La quantité absolue* de potasse contenue dans la terre varie dans des limites très étendues. Les terrains d'origine granitique ou volcanique sont le plus souvent assez riches et contiennent jusqu'à 10 grammes de potasse par kilogramme de terre fine. Les terres argileuses en sont d'ordinaire bien pourvues, tandis que les sols calcaires n'en renferment que des proportions assez faibles.
Pratiquement, on peut considérer comme suffisamment riches en potasse les terres qui contiennent, par kilogramme, 1 à 2 grammes de potasse totale (évaluée par la méthode usuelle). Au-dessous de 1 gramme par kilogramme de terre , la teneur en potasse est habituellement insuffisante pour subvenir aisément aux nécessités des récoltes : l'addition d'engrais potassiques est utile. Elle serait, au contraire, inutile, voire même nuisible, dans un sol riche en potasse.
Chaux. — La chaux est indispensable à la nutrition végétale, mais sa présence dans le sol est également rendue nécessaire par d'autres effets très importants dont nous avons parlé antérieurement.
L'ameublissement du sol ne peut persister sous les