DE L'UTILITE DES ENGRAIS
Etant donné un sol, naturellement peu fertile, ou épuisé par la culture, comment peut-on le modifier pour accroître le plus possible sa fertilité, de la manière la plus économique?
Tel est le problème de Tamendement et de Tengraîs, posé dans toute sa généralité. On aperçoit de suite combien sa solution sera complexe puisqu'il s'adresse au sol que nous savons être si variable par sa constitution physique, sa composition chimique, son épaisseur, sa situation climatologique. La question se complique encore des différences de cultures, les exigences du blé n'étant pas les mêmes que celles de la betterave, des fourrages, ou de la vigne.
Nous allons néanmoins essayer d'établir quelques conclusions générales. Trois cas principaux peuvent se présenter.
I. Culture d'un sol très fertile. — Considérons d'abord un sol très fer^tîle contenant en proportions convenables de l'argile, du sable, du calcaire, de la matière humique, sur une épaisseur considérable, un mètre par exemple; supposons, en outre, que l'analyse chimique y indique la présence de doses notabfes de matières nutritives, 1 kilogramme de terre fine renfermant, par exemple :
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2 grammes d'azote, 2 — d'acide phosphorique, 2 — de potasse, 20 — de chaux.
Dans une terre semblable, une récolte quelconque sera abondante, et le rendement, considérable au début, se maintiendra sans le secours d'aucun engrais. Ceci nous apprend que la dose annuelle de principes devenus assimilables surpasse ou du moins égale les besoins de la récolte.
Si à un tel sol, nous ajoutons un engrais complet, c'est-à-dire contenant à la fois toutes les matières nutritives indispensables, potasse, acide phosphorique, chaux, azote, en résultera-t-il un accroissement de récolte ? En général, non, ou du moins cet accroissement serait minime et hors de proportion avec la dose de matières fournies. Economiquement, l'addition d'engrais serait déplorable. Il est donc inutile d* en fournir à des sols ti'ès fertiles.
IL Culture d^un sol qui ne manque que d^un des éléments de fertilité. — Supposons une terre, réunissant l'ensemble des conditions de fertilité, mais dénuée ou insuffisamment pourvue d'un des éléments nutritifs nécessaires ; dans ce cas, la récolte obtenue sera faible. Mais si on fournit à ce sol l'élément qui lui manque, la fertilité reparaît, et les récoltes deviennent abondantes.
Ainsi, certaines terres sédimentaires d'origine volcanique, sont riches à la fois en acide phosphorique, en potasse, en chaux, mais pauvres ou médiocrement riches en azote: alors, l'addition d'engrais azotés les rendra très fertiles ^
1. La culture des légumineuses peut dans ce cas remplacer l'addition d'engralH azotéSi
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Dans les contrées granitiques^ on trouve quelquefois des sols, qui améliorés jadis par des apports très importants de matières calcaires, n*ont besoin que d'acide phosphorique pour montrer? au lieu d'une stérilité relative, une fécondité remarquable.
A eertalnëë ftUUviotls tt-ês calcaires, il ne manque qiie de Ift pdtftsse, et l'addition d'un engrais riche en cette sUbstâiicé, dételopt)e la fertilité, qui detneurait à peu près titille, tftht que là potasse faisait défaut.
Mâle il serait tolit à ftlit superflu d'ajouter, eil même temps que l'élément absent, les autres Matières qui se trouvent eu qUrtUtite suffisante; la fertilité h'eû serait aUgniehtêe que datis des pi^oportious très faibles.
Ûïl défaut physique de la terre ou bien l'existence dHirte (3ause nuisible à la végétation produisent dés effets aiiâlogues îfl l'absence d'un des principes nutritifs nécessaires; ils suffisent pour rendre presque stérile un sol richement poufvu.
Dans une tërfe excellente qui demeure imprégnée par les eaux souterraines, l'air ne pénètre plUâ du Voisinage des racines, la végétation languit et devient mêhie Ihipofeâible. Aucun engrais ne serait capable de restituer la ffeHillté qui, eU réalité^ existe toujours ; il faut pour lia faire apparaître, supprimer la cause de souffrance en débarrassant le sol des eaux stagnantes qui y séjournent ; le drainage rétablira la fertilité.
bans une terre tt*op sèche, la nutrition végétale ne peut avoir liéU faute d'eau. Alors l'irrigation s'impose; si elle est impossible sous un climat constamment sec, les richesses nutritives de la terre demeurent sans emploi.
Il peut arHver aussi qu'un sol très riche en azote, en potasse, en acide phosphorique et même en chaux, ni trop sec, ni trop humide, ne fournisse néanmoins qu'une végétation languissante qui semble réclamer le secours d'engrais extérieurs. C'est lot*sque le calcàli>e (carbo-
nate de chaux) fait complètement défaut, la chaux se trouvant entièrement combinée soit à l'acide phosphorique^ soit aux principes humiques; dans ce cas la nitrification, la transformation par les microorganismes de l^azote du sol en azote assimilable, ne peut pas avoir lieu et tout se passe comme si la terre, très riche en a«ote, n'en contenait pas du tout* Vainement on y porterait du fumier de ferme, des déchets animaux^ du guano, la provision d'azote humique s'accroîtra seulement sans bénéfice pour les récoltes. La situation n'est pourtant pas sans remède. On pourra fournir à la végétation l*acide nitrique tout fait, sous forme de nitrates distribués au sol comme engrais. Mais le plus souvent il sera bien plus avantageux de faire disparaître la cause d'immobilisation de l'azote en ajoutant à la terre une dose suffisante de calcaire divisé; c'est ce que réalisent les opérations du chaulage^ du marnage. La méthode analytique de M. de Mondésir fournit pour cette pratique des indications précieuses ^