IS DE 1.A CHimB
Sommaire. — 1. Phénomènes dont s'occupe la chimie. — 2. Caractères de l'aetiou chimique ; — conditions où elle s'exerc3. — 3. Force d'aflinité. — 4. Force de cohésion. — 5. Force de dissolution. — 6. Cristallisation par dissolution. — 7. Cristallisation par fusion. — 8. Cristallisation par sublimation. — 9. La faculté de cristalliser est une propriété spécifique. — 10. Toutes les formes des cristaux se rapportent à six systèmes cristallins. — 11. Dimorphisme, polymorphisme. — 12. Isomorphisme. .— 13. Les corps ne se combinent qu'en proportions définies. — 14. Loi des proportions multiples. — 13. Dans les phénomènes de remplacement et de double échange les corps agissants conservent des rapports constants. — 16. Équivalents chimiques et nombres proportionnels. — 17. ThJorie atomique. — 18. Lois de Gay-Lussac. — 19. Conséquences de ces lois. — 20. Loi de Dulong et Petit, ou loi des chaleurs spécifiques. — 21. Molécules des corps simples. — RisUMÉ i.
1 . Phénomènes dont s'occupe la chimie. — L'objet priacipal de la chimie est l'étude des modifications permanentes qu'éprouvent les corps soit dans leur état physique, soit dans leur composition, par le contact mutuel de leurs parties les plus intimes. Les modifications passagères qui se manifestent dans les corps sous l'influence de certains agents, tels que la chaleur, l'électricité, etc., sont du domaine de la physique.
1 Les paragraphes qui ne peuvent pas intéresser ceux qui commencent l'étude de I chimie sont enfermés entre deux crochets [].
s I" LEÇON. — DE L ACTION CHIMIQUE.
Il ne faut pas confondre dans le môme ordre de faits la dilatation que le fer éprouve sous l'influence de la chaleur, et le passage de ce métal à l'état de rouille, en vertu de l'action de l'air : la substance du fer, momentanément modifiée par la chaleur, reprendra son éta-t normal en se refroidissant ; en passant au contraire à l'état de rouille, elle a changé sa nature, car elle s'est combinée avec un des éléments de l'air, l'oxygène, et avec de l'eau.
La chimie étudie encore les corps isolément, soit pour les reconnaître à leurs caractères individuels, soit pour en provoquer l'action réciproque par la connaissance de leurs propriétés spécifiques. Ainsi, sachant que le soufre peut fondre et bouillir, et que le charbon est infusible et fixe, on combine sans peine ces deux corps pour obtenir le sulfure de carbone*
2. Caractères de Taction chimique ; conditions où elle s^exerce. — Si ces phénomènes proviennent de l'action réciproque des parties les plus intimes des corps divers, ils ne se manifesteront qu'autant qu'il y aura contact entre les particules les plus ténues des masses agissantes. Mais, quel que soit l'état de division auquel on réduise la matière, la pensée peut toujours imaginer une division encore plus grande : d'un autre côté, on a reconnu que la divisibilité de la matière a des limites, et que les actions chimiques s'exercent non par entre les particules les plus ténues que l'on puisse obtenir par des moyens mécaniques, mais entre les points insécables appelés atomes.
L'atome des chimistes échappe aux sens, et la plus petite particule peut en renfermer une multitude. Néanmoins une force, dite force d'affinité, sollicite les atomes à se réunir pour former les molécules; celles-ci, sollicitéesj[)ar la force dite de cohésion, se rapprochent, s'attirent pour former les points matériels qui, agrégés.ensemble, constituent les masses : il faut donc vaincre cette force de cohésion pour mettre les molécules en état d'agir entre elles et d'obéir à leur tour à la force d'affinité.
La cohésion étant presque nulle dans les corps gazeux et faible dans les corps liquides, on ne doit la surmonter que dans les corps solides : on y parvient par la chaleur ou les dissolvants : par le premier moyen, lorsque les corps peuvent se fondre ou se vaporiser sans s'altérer ; par le second, si les corps sont dépourvus de ces dernières propriétés. En mêlant dans un mortier du soufre et du cuivre réduits en poudre impalpable, on n'obtiendra qu'un mélange; mais que l'on introduise ce mélange dans
I" LEÇON. — DE l'action CHIMIQUE. S
UD creuset incandescent, ou qu'on le chauffe dans un matras, les deux corps se conobineront en perdant tous leurs caractères individu els, et ils Jbrmeront le sulfure de cuivre.
En chauffant le mélange^ le soufre a fondu, et par cela même la cohésion qui rapprochait les molécules a été affaiblie : dès lors Faction chimique entre les deux substances a pu avoir lieu ; et si le cuivre avait été fondu à son tour, l'action n'en aurait été que plus prompte et plus vive, ce qui prouve que, moindre est la cohésion des masses agissantes, plus prompte est leur action chimique réciproque.
Quand on dissout les corps, on en affaiblit également la cohésion, puisqu'on leur communique la fluidité. Aussi, dans cet état, peuvent-ils contracter des combinaisons avec une extrême facilité.
De l'acide stéarique (matière des bougies stéariques) et de la potasse (pierre à cautère) broyés ensemble ne formeront qu'un mélange. Qu'on dissolve séparément ces deux corps dans de l'alcool et qu'on mêle ensuite les deux dissolutions, on aura instantanément du stéarcUe de potassBy c'est-à-dire du savon mou.
Certains phénomènes accompagnent l'action chimique. Deux corps ne peuvent* se combiner entre eux sans dégager de l'électricité et de la chaleur : dans quelques cas cette dernière est tellement intense qu'elle devient lumineuse; la lumière qui se dégage lorsqu'on jette dans un creuset incandescent, ou que l'on chauffe dans un matras un mélange de soufre et de cuivre en est un exemple. Il arrive souvent que les combinaisons ont lieu sans qu'on puisse constater aucun dégagement de chaleur ni d'électricité; mais dans ce cas les deux phénomènes ne sont que masqués. En effet, la quantité de chaleur que dégagent deux molécules quand elles se combinent est égale à celle qu'elles absorbent lorsqu'elles se séparent, et l'électricilé de combinaison est toujours contraire à l'électricité de décomposition. Lors donc que deux molécules sortent d'une combinaison pour entrer dans une autre, ou, en d'autres termes, lorsque la combinaison est précédée par une décomposition, il peut y avoir égalité entre la chaleur dégagée et la chaleur absorbée, de môme que les deux électricités peuvent se neutraliser.
Concluons que l'action chimique a pour caractère distinctif de ne s'exercer qu'entre des molécules de différente nature mises en contact les unes avec les autres, et lorsque leur cohésion a