Préparation et propriétés de l'acide arsénique
Si Ton traite Tacide arsénieux par un mélange bouillant d'acide chlorhydrique et azotique (eau régale), on le suroxyde et il devient acide arsénique anhydre ou anhydride arsénique, dont la composition est AsO*. 11 renferme deux molécules d'oxygène de plus que l'acide arsénieux : anhydre, il est blanc et amorphe; hydraté, il est en gros cristaux : dans le premier état, il se dissout lentement dans l'eau, et en cela il rappelle l'acide phosphorique; dans le second état, il y est immédiatement soluble ; dans tous les cas, la chaleur le décompose en acide arsénieux et en oxygène.
219. Faculté toxique de l'acide arsénique. — D'après les expériences récentes de M. Schereff, il paraîtrait que, contrairement à ce qu'on croyait, l'acide arsénique est plus toxique que l'acide arsénieux. L'acide arsénique hydraté, appliqué sur la peau, y produit des ampoules; les ulcères qui en résultent guérissent sans difficulté. Un long contact des mains avec Tacide assez étendu pour ne pas être caustique, produit une sensation pénible sous les ongles, sensation qui devient douloureuse plus
XV" LEÇON. — HAPPÏIUUUEMENTS,
lard et prét^ôdû le goiitlemefit succesaif dos doigts de la main CÉititife et de l'inant-bras, Oq traite ceii syiri plûmes pur des lavais ^es à l'eau do chaux. (Kopp.)
^'iO. [Analoifie chimique entre les acides phospliorique et arséniqae. — î/aualùgre rliiiuiquo entre l'acide arsénique et L'acide phoï^j borique a été mise dans la plus complète évidectce pai M. Kopp qui, ay;i!it remplacé (pour enlever les dessins blancs ^ui' étolfeîï! imprimées de couleur) Ta ci de tailrique pur Tacide ariàénique^ a dto a m(îme de préparer des quantités c on si de râbles d»s cette dernière subtïtancCj et de l^examiner sur UïiÉ* glande échelle* ♦
Ce cbimiiile adonc trouvé t
t" (HOf jAstP 4~ »i1* acide triatomique, avec un équivalent d*eau d'iivdratation : cristaux magnifiques qui se dissolvent dan is l'eau avec abaissement de température;
2* (HO)'',AsO% acide triatomique^ en aiguilles fines : il se dissout dans l'eau sans cbangement sensible de température. Ces deux acides corret^ pou dent à Tatide phosp borique normal;
3^ (HO)^AsO^ acide bîàtonnquei correspondant de l'acide pyroptiospbuiiijne : prbme§ droits, durs, brillants, solublcs dans l'eau avec élôvalion de tempt^'ature;
4^» HÛjAiîO*, eorrespoiidant ile l'acide métaphosphorique : aspect nucré^diflicilement solublc à froid, soluble à cbaud, avec élévation de température.
Tous ee.s diflÏMents acides^ cbauiïés au rouge sombre^ pa^sûfit à Vétat d'iijibydiide AsO*; celui-ci, par le contact de l*eau, passe à l'état d acide triatoniiquc, en traversanl, d'après toute probabilité, les états intermédiaires.
Au reste, les analogies entre le pliospliore et Tarsenic doivent être nombre vises, car ces deux corps peinejit se remplacer en toutes proportions dnns certains composfïî, sans en altérer ni les formes, ni les propriétés. Elfe clive ment les pbuspbales el lesarséniates sont îsomorpbes ; les phosphiies et les tusénites le sont à leur leur. Si [luus songeons que les substaiices ïsomorpbes se suivé[ït partout j el que l'acide pbospliorique est exlraordinairemenl rcpandu^ nous ne devons pas nous étonner que l'arsenic soit un des corps les plus ( i>ninion^ dans la nature,]
22 \ . Action réductlve du charbon et dm rh^drogëne «UT iBH acides de l^arsenic. — Les deav acides de l'arsenic sont facilement réduits par l'hydrogt^ne et par le charbon : e&lui-ci rend libre l'arsenic ëlcmentairej et produit>dç rmcidô
XY* LECOJî. — APPAREIL DE MARFE.
ao^
carbonique ; l'autre produit de l'eau et se combine avec l'arsenic pour former de V hydrogène arsenical.
Qu'on chauffe à la lampe un petit tube contenant du charbon en poudre môle à une petite quantité d'acide aisétiieux, ou verra paraître dans la partie froide un anneau form^ de petits cristaux tétraédriques ; son aspect général est celui d'une couche noire miroitaRte à reflet métallique : elle est farniée d'ar* senic élémentaire qui s'est dégagé par suite de la réaction exprimée par l'égalité suivante ;
AsO» + i i C = i i CO* + As.
Ac. arséuieux. Carbone. Ac. carbonique. ÂrâLiUi-^
Le sens de l'égalité n'aurait pas changé, si, à la placée d'acide arsénieux, on avait mis de l'acide arsénique.
Si dans un appareil d'où se dégage de l'hydrogi^ne en abondance, on introduit un peu d'acide arsénieux dissous, et si ou recueille ensuite une éprouvette de gaz, et qu'on Tuntlammej au lieu d'une lumière jaunâtre, on en aura une d'un blanc livide, et on remarquera que les parois de l'éprouvctlc roateut, après la combustion du gaz, légèrement enduites d une couche noire ; ce qui prouve deux choses : premièrement, quiï l'acide arsénieux a été réduit par l'hydrogène et changé on liydrogène arsenical ; secondement, que ce gaz se décompoisi' par la chaleur; en effet, l'enduit noir des parois de l'éprouve tle est formé en grande partie d'arsenic.
222. Appareil de Marsh. — C'est à l'accomplissement de ces deux phénomènes que l'appareil de Marsh doit son uHlilé dans
Fig. 93. — Appareil de Marsh.
les recherches chimico-légales. Cet appareil n'eet autre chose
304 XY* LEÇON. — APrAUElL DE MARSH*
qu'un flacon monté pour servir à lapréparation du gaz hydrogène, avec cette différence seulement qu'au lieu d'un tube abducteur courbé de manière à permettre de recueillir le gaz, il en porte un étroit et effilé dont la courbure lui donme une direction horizontale (/ly. 93) : A, flacon dans lequel se trouvent du zinc laminé et de l'acide sulfurique étendu ; a, entonnoir qui sert à introduire peu à peu l'acide; 6, tube recourbé à angle droit : ce tube porte une boule où se dépose la plus grande partie de l'humidité que l'hydrogène entraîne en sortant du flacon A ; c, tube dont le diamètre est plus large que celui de b : il renferme de l'asbeste destiné à arrêter l'eau qui ne se serait pas condensée dans la boule du tube 6, et doit empêcher surtout le passage de quelques gouttelettes de sulfate de zinc dissous entraînées mécaniquement par le gaz ; d, tube étroit à pointe effilée, entouré en m de clinquant pour pouvoir être chauffé p;^Lr !ii liTiipe à alcool L sans se ramollir ni se plier. Lorsque le déi^ngoment de T hydrogène du flacon A est assez avancé pouv qu'on n'ait plus à redouter la présence de l'air dans l'appareil, que l'on verse par a une liqueur contenant un peu d'acide arsénieux; cet acide sera transformé par l'hydrogène comme il suit :
AsO' + 6H = 3H0 + AsH».
Acide arsénieux. Hydrogène arsénié.
Le nouveau gaz, môle à un excès d'hydrogène, arrive en m^ où il trouve une température élevée, se décompose en hydrogène qui passe outre et en arsenic élémentaire qui va se fixer un peu plus loin, sous forme d'un anneau noir miroitant ; et comme un peu de gaz arsenical peut échapper à la décomposition, on le saisit au passage pour ainsi dire, en enflammant l'hydrogène qui sort par l'extrémité effilée : l'hydrogène, en brûlant, permet au peu de gaz arsenical qui l'accompagne de se décomposer. L'arsenic qui provient de la décomposition passerait de nouveau à l'état d'acide arsénieux (en vertu de Faction que l'air exerce sur les parties externes de la flamme), si on ne le forçait pas à se déposer, sous la forme de taches noires et brillantes, à la surface d'un corps froid, tel qu'un tesson de porcelaine, dont on se servirait pour aplatir légèrement la flamme. Rieri n'est comparable à là sensibilité de l'appareil de Marsh ; entre les mains d'un chimiste habile il peut faire découvrir un
XY* LEÇON. — HYDROGÊNE ABSÉNIÉ. • 305
millionième d'arsenic ! (Voir le Rapport fait sur ce sujet, à l'Académie des Sciences, par M. Regnault, tome XII des Comptes Rendus des séances de l'Académie des sciences.)
Quand il s'agit de constater de très-faibles quantités d'arsenic à l'aide de cet appareil, plusieurs précautions sont nécessaires, dont les plus importantes, et souvent les plus négligées, sont de ne jamais introduire dans le flacon de l'acide sulfurique concentré, et d'empêcher que le liquide ne s'échauffe au delà de 64° ; car dans ces conditions l'hydrogène naissant réduit un peu d'acide sulfurique à l'état d'acide sulfureux et celui-ci à l'état d'hydrogène sulfuré. Ce composé attaque à son tour l'acide arsénieux, le transforme en sulfure d'arsenic, et le dérobe ainsi à l'action réductive de l'hydrogène et à la production des taches et de l'anneau.
Il importe aussi que l'acide sulfurique, ou les matières à examiner ne renferment pas trace de produits nitreux, car il se forme de l'hydrure d'arsenic As'H qui est insoluble, et dans ce cas, Farsenic toxique pourrait échapper. Cependant cet hydrure d'arsenic ne se forme pas en présence de madères organiques, à nàoins qu'elles ne soient nitreuses. Il peut donc arriver que de l'acide sulfurique arsenical et nitreux semble pur dans une expérience à blanc, et qu'introduit dans l'appareil de Marsh avec des substances organiques il donne des taches que l'on attribuerait malheureusement aux matières suspectes (M.Blondlot).
223. Préparation et propriétés de Fhydrogéne arsénié. — On n'obtient que difficilement de l'hydrogène arsénié pur : il est presque toujours mêlé à de l'hydrogène. Le procédé qui le fournit le moins impur consiste à traiter par l'acide chlorhydrique l'arséniure d'étain obtenu en fondant dans un creuset trois parties de ce métal et une d'arsenic.
L'hydrogène arsénié est un gaz incolore d'une odeur repoussante : il n'est pas permanent; brûle avec une flamme blafarde ; se décompose, sous l'influence de la chaleur, en hydrogène et en arsenic ; abandonne, sous celle de la lumière, une partie de son hydrogène, et se convertit en une matière noire connue sous le nom d'hydrure d*arsenic. Sa densité est 2,69, ce qui fait supposer qu'un volume de ce gaz renferme ;
I i volume d'hydrogène 0, 1 039
J volume de vapeur d'arsenic. . 2,5925
■-^vr