KO + KO,2S03 = 2R0,S
33o. Action des oxacides sur les sels. — Par suite des principes que nous avons précédemment posés, nous admettrons que lorsqu'un acide est mis en contact avec uh sel soluble, et en telle proportion qu'il puisse former avec la base, un sel chimiquement équivalent à celui sur lequel il agit, il expulsera entièrement l'acide, si son énergie est très-considérable par rapport à celle de l'autre acide ; ou bien encore, il n'exercera aucune action, si son énergie propre est très-faible.; enfin il s'emparera d'une portion de base, et il y aura ainsi un partage qui sera en raison de l'énergie respective des deux acides. Voilà le principe général : démontrons-le par quelques exemples.
Si l'on mêle deux dissolutions très-peu volumineuses, contenant, l'une de l'azotate de potasse, l'autre une quantité d'acide phosphorique suffisante pour former avec la base un phosphate ordinaire, on ne verra aucun phénomène qui indique une réaction quelconque. Verse- t-on sur ce mélange liquide une assez grande quantité d'alcool, il se formera un dépôt : qu'on le sépare par filtration, et qu'on cherche ensuite si le liquide filtré renferme de l'acide azotique, on n'en trouvera pas de trace appréciable; ce qui prouve que cet acide, beaucoup plus puissant que l'autre, n'a pas lâché prise. Voici pourquoi cette conclusion est juste. L'azotate et le phosphate de potasse sont insolubles dans l'alcool très-concentré. Si le premier de ces deux sels avait été décomposé par l'acide phosphorique, il aurait dû ëe former une quantité quelconque du second sel, et par contre,
506 XXYI* LEÇON. — OXACIDBS ET SELS.
une certaine portion d'acide azotique aurait dû devenir libre ; on aurait eu alors en dissolution dans l'eau :
io Azotate de potasse (sel insoluble dans l'alcool) ; 2o Phosphate de potasse (sel insoluble dans l'i^cool) ; 30 Acide azotique (acide soluble dans l'alcool) ; 40 Acide phosphorique (acide soluble dans l'alcool).
Les choses étant ainsi, l'alcool n'aurait dissous que les deux acides et aurait laissd déposer un mélange de deux sels.
Lorsque, dans une dissolution de borax (borate de soude), légèrement colorée par de la teinture de tournesol, on verse la quantité d'acide sulfurique rigoureusement nécessaire pour faire, avec toute la soude du borax, du sulfate de soude, la teinture de tournesol prend la couleur rouge vineux, couleur que les acides faibles communiquent à ce réactif. Cela prouve qu'il n'y a pas eu de partage de la base entre les deux acides ; car si la moindre partie d'acide sulfurique était restée libre, le tournesol serait devenu rouge pelure d'oignon * ; en effet, il sufQra d'introduire dans le liquide une petite quantité de cet acide pour que cette couleur paraisse.
Voilà donc deux cas opposés : dans l'un il y a résistance, dans l'autre expulsion de l'un des acides.
Il reste à démontrer le cas où l'acide d'un sel n'est expulsé qu'en partie par un autre acide.
On môle une dissolution d'azotate de potasse à une quantité équivalente d'acide sulfurique, ensuite on chaufle peu à peu le mélange jusqu'à 40° ou 50°, puis on le verse dans cent fois son poids d'alcool anhydre. 11 se forme un dépôt qu'on sépare par filtration. Que s'est-il passé ? Si l'on admet que l'azotate a été complètement décomposé, il se sera formé du sulfate de soude, et tout l'acide azotique sera devenu libre ; au contraire, si l'on admet un partage de la base entre les deux acides, il doit s'être formé une certaine quantité de sulfate de soude, de sorte que le mélange contiendra deux sels et deux acides. Dans le premier cas, l'alcool renfermera de l'acide azotique ; dans le second cas, de l'acide azotique et de l'acide sulfurique : quant aux deux sels, ils se trouveront dans le précipité, puisque l'alcool ne les dissout pas. Cela dit, iL sera aisé de prouver que, soit dans le dépôt, soit dans l'alcool, on trouve de l'acide
* Nétnmoina il pourrait y aroir une quantité si faible d'acid« sulfurique libre, que la teinture de tournesol ne pût pas tourner au rouge pelure d^oignoui