IX* LEÇON. — ACIDE SULFUREUX
sulfureux, gaz aussi anciennement connu que le soufre luimême. Cependant il n*a été considéré comme un corps particulier que depuis Stahal, et sa véritable composition a été déterminée par Gay-Lussac et Berzelius. L'odeur piquante que l'on appelle odeur de soufre provient de ce gaz. L'acide sulfureux soumis, directement ou indirectement, à certaines actions peut produire cinq acides différents. Peu de substances donnent autant d'acides que le soufre. On lui en connaît sept, dont voici la liste :
i t» Acide hyposulfureux S'0> 48
yo — hyposulfurique trisulfuré (pentathionique) . . . . S^O* 120
3o — — bisulfure (tétrathionique). .*... S^O» i04
4» — — monosulfuré (trithionique) .... S^O^ 88
r.o - sulfureux S 0* 32
6^ — hyposulfurique (dithionique) S*05 72
7o — sulfurique S 0» 40
Nous nous occuperons spécialement de deux : l'acide sulfureux et Xadde sulfurique. Ils sont les plus employés et les plus communs.
121. Préparation de Tacide sulfureux, gazeux, liquide et dissous dans Te au. — Rien ne paraît plus facile que la préparation de l'acide sulfureux, puisque, pour l'obtenir, il suffit de brûler du soufre; mais, préparé de cette manière, il renferme de l'air. On ne l'obtient dans un état de pureté qu'en chauffant du mercure et de l'acide sulfurique, contenus dans un ballon : le produit de la réaction est le gaz acide sulfureux, qui doit être recueilli sur le mercure dans des éprouvettes où il arrive au moyen d'un tube abducteur. On pourrait employer le cuivre au lieu du mercure qui est cher; mais, par ce procédé, on ne serait pas assez maître de l'opératiop, car, dès que le dégagement commence, il marche avec une grande rapidité, malgré l'empressement qu'on met à retirer le feu. L'acide sulfurique renferme trois équivalents d'oxygène, tandis que l'acide sulfureux n'en renferme que deux; si l'on enlève à l'acide sulfurique le tiers de son oxygène, on doit obtenir l'autre acide. C'est précisément ce que l'on fait en chauffant du mercure ou du cuivre avec l'acide sulfurique. Le métal enlève à cet acide un équivalent de son oxygène^ et devient oxyde; l'acide ainsi appauvri devient gaz acide sulfureux : l'oxyde métallique se combine avec une portion d'acide sulfurique non encore décomposé et produit un sulfate. D'après cela, il est aisé de voir
PRÉPARATION DE l'a. SULFUREUX. 169
que la réaction ne peut avoir lieu qu'entre un équivalent de métal et deux équivalents d'acide ; ce qui est exprimé par l'égalité suivante :
Hg + 2H0,S0» = HgO,SO» + 2H0 + SO*
Mercure. Acide suifurique. Sulfate de mercure. Eau. Acide sulfureux.
L'acide suifurique^ d'après la formule inscrite dans la liste des acides du soufre, est composé de \ équivalent de soufre et de 3 équivalents d'oxygène : pourquoi dans l'équation est-il associé aux éléments de l'eau? c'est que la formule représente l'acide suifurique tel qu'on le suppose exister dans les combinaisons, ou, en d'autres termes, elle l'exprime à l'état anhydre. Mais l'acide suifurique anhydre est un corps solide, peu commode à manier, et qui, dans le cas actuel, pourrait môme ne pas servir, à cause de la facilité avec laquelle il se transforme en vapeur. L'acide suifurique ordinaire renferme au contraire les éléments d'un équivalent d'eau ; pour la théorie, on aurait pu, à la vérité, ne pas en tenir compte, mais on évite de le faire pour ne pas soulever des incertitudes. Au surplus, si les égalités ou les équivalences doivent servir à exprimer théoriquement les réactions et à faire connaître les proportions pondérales des corps agissants, il est nécessidre de formuler ces corps tels qu'ils sont, et non pas tels que la théorie les imagine. Pour le cas actuel, on ne saurait nier qu'avec ie gaz acide sulfureux, il doit se dégager de l'eau, et que le gaz doit être humide. C'est ce qui aurait lieu en effet, si, pour le préparer, on ne faisait intervenir un excès d'acide suifurique qui dessèche le gaz à mesure qu'il se forme, en absorbant l'eau qui laccompagne .
Quand on veut de l'acide sulfureux dissous dans l'eau, on se sert d'un procédé moins dispendieux, qui consiste à substituer le charbon au métal, et à faire arriver le gaz dans un appareil de Woolf contenant de l'eau. Les phénomènes sont les mômes, à cela près que le produit de l'oxydation du charbon (l'acide carhoniquë) se dégage en môme temps que l'acide sulfureux. Mais comme ce dernier gaz est incomparablement plus soluble que l'acide carbonique, il en résulte que lui seul reste dissous.
Voici comment on explique la production de l'acide sulfureux par l'action réciproque de l'acide suifurique et du charbon :