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ESSENCE DE TÉRÉBENTHINE ET ISOMÈRES

On connaît un très grand nombre de carbures d'hydrogène qui possèdent la composition C*"!!'^. Les uns sont des produits naturels iqui constituent, en totalité ou en partie, les nombreuses huiles ressentielles. D'autres sont des produits de l'art.

Parmi les premiers nous citerons les essences de térébenthine, [de citron, d'orange, de bergamote, de néroli ou de fleurs d'oran- Iger, de genièvre, de sabine, de lavande, de cubèbe, de copahu, d'élémi, de poivre, de girofle, etc.

j Ces essences sont liquides. Quelques-unes d'entre elles sont jmélangées avec des corps oxygénés solides qui s'y déposent à la longue et qu'on désignait autrefois sous le nom de stéaroplènes.

On les obtient en distillant avec de l'eau les produits végétaux iqui les renferment. Bien que le point d'ébullition de ces essences soit compris entre 150 et 200% elles passent à la distillation avec les vapeurs aqueuses qui les entraînent et se rassemblent, sous forme d'une couche à la surface de l'eau condensée.

Le procédé le plus ordinaire consiste à soumettre les plantes ou parties végétales aromatiques à un courant de vapeur d'eau. (Pour cela on les place sur un diaphragme M (fig. 129) qu'on lixe

dans le baiii-marie d'un alambic ordinaire. On couvre le bainmarie de son cliapileau, on adapte le serpentin, et l'on procède à la dislillation en faisant arriver dans le bain-marie un courant de vapeur d'eau par un tube TS'T", qui y pénétre. La vapeur d'eau

Fi<r. 12».

entraîne la vapeur de l'huile essentielle qui s'y répand en raison de la tension qu'elle possède à ^00^ Les vapeurs mélangées s'élèvent dans le chapiteau et se condensent dans le serpentin. L'eau condensée, ordinairement troublée par les gouttelettes de l'huile essentielle, est reçue dans un récipient particulier qu'on nomme récipient florcnlin. 11 présente la forme d'une carafe ordinaire {fig. 150), au fond de laquelle vient s'adapter une tubulure qui remoiile le long de la carafe et se recourbe en col de cygne, de telle sorte que la tangente à la courbure supérieure rencontre la carafe à quelque distance au-dessous du goulot. On comprend le but de cette ingénieuse disposition. L'eau et l'essence se rassemblent dans la carafe ; l'essence, plus légère, surnage. A mesure que la distillation marche, le niveau du liquide s'élève non-seulement dans la carafe, mais dans la branche latérale, jusqu'au moment où l'eau, qui arrive en grand excès, déborde par le col de cygne et s'écoule seule, l'essence plus légère s'accumuiant dans la carafe.

Parmi les huiles essentielles dont la composition est représentée par la formule C*"!!'*, la plus importante est l'essence de lérébo;illiine, qu'on obtient en distillant avec de l'eau la térébenthine du

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commerce. La térébenthine est un mélange de résine et d'essence qui s'écoule le long d'entailles qu'on pratique aux troncs d'arbres appartenant au.\ genres Pinus, Abies, Picea, Larix.

Lorsqu'on soumet ce produit résineux à la distillation avec de l'eau, l'essence passe, la résine reste : cette dernière est la colophane.

Térébenthëne. — La térébenthine de Bordeaux, qui provient du Pinns maritima [Pinus Pinaster), fournit par distillation avec de l'eau une huile essentielle qui bout à 156° et qui dévie le plan de polarisation à gauche. Densité à 0*=: 0,877.

AuNtralène. — L'essence de térébenthine anglaise, qui provient du Pinus australis, possède le même point d'ébuUilion que la précédente, mais dévie le plan de polarisation à droite. Densité à 16' = 0,804. (Herthelot.)

Métamorphoses de V essence de lirchcnthine. — 1° Lorsqu'on dirige l'essence de térébenthine en vapeur à travers un tube de porcelaine chauffé au rouge, elle fournit de la benzine, du toluène, du xyiène et des carbures supérieurs.

2' Lorsqu'on l'abandonne à l'air, l'essence de térébenthine absorba peu à peu l'oxygène, jaunit et se résinifie en partie Cette oxydation lente donne lieu à une production d'ozone dont l'essence se chnrge (page 57). Elle possède alors des propriétés oxydantes. Il se forme en même temps des acides formique et acétique et une p;'lite quantité de cymène C'oH".

0" L'acide azotique concentré oxyde l'essence de térébenthine avec une énergie telle que le mélange peut s'enflammer. Lorsqu'on la soumet à l'ébullition avec de l'acide azotique étendu, il se forme

de l'acide téréphtalique C®U\pQjj.,un des isomères de l'acide phla-

lique. (Cailliot.)

4° Lorsqu'on abandonne pendant quelque temps à lui-même un mélange d'alcool, d'acide azotique et d'essence de térébenthine, celle-ci fixe 5 molécules d'eau et se convertit en un corps solide et cristallisé C'oU-oO-+lI-0, qui eslVhtjdrate de terpine. Chiaffé à 100% cet hydrate part de l'eau et se convertit en une masse cristalline fusible à 105° et qui est la (erpine, C'oH-oO*.

5° Lorsqu'on mélange l'essence de térébenthine avec ^ de son poids d'acide sulfurique concentré et qu'on agite le mélange, elle se convertit en un carbure isnmérique, I2 iércbène, qui bout

à 156°, et en un carbure polymérique, le colophène o\x ditéréhène C-oH^S qui bout entre 310 et 315°. (H. Deville.) Par suite d'une action réductrice que l'essence de térébenthine exerce sur l'acide sulfurique et qui donne naissance à de l'acide sulfureux et à de l'eau, deux atomes dhydrogène sont enlevés à la molécule CoB'^î, et il se forme, indépendamment du térébène,une certaine quantité de cymène C'^II''» (Riban) :

C»oH'6 -f SOMP = C'oiI»4 + SO-^ h 211-0.

Cette transformation de l'essence de térébenthine en cymène, qui est relativement facile, rattache le térébenlliène à ce dernier carbure et par conséquent à la série aromatique.

6° L'essence de térébenthine s'unit au brome à — 20° de façon à former un dibromure C^Il^^Br*. Chauffé avec de l'aniline, ce dernier corps perd 2HBr et se convertit en cymène C'oil'*. (Oppenheim.) Le même bromure se forme par l'action du brome sur l'hydrate de terpine.

7° Les hydracides se combinent avec l'essence de térébenthine. On connaît trois combinaisons de térèbenlhène et d'acide chlorhydrique. Un chlorhydrate solide, C*''H»'5,IICI, se dépose de l'essence de térébenthine refroidie et saturée de gaz chlorhydrique. C'est ce qu'on nomme le camphre artificiel. Il est lévogyre ou dextrogyre, suivant qu'il a été obtenu avec le térébenthéne ou l'australène.

Les cristaux se déposent au milieu d'un liquide coloré et trèsacide qui renferme une combinaison liquide de térébenthéne et d'acide chlorhydrique.

Lorsqu'on abandonne l'essence de térébenthine pendant un mois avec de l'acide chlorhydrique très-concentré, il se forme un bichlorhydrate C'0U'^,2I1CI. Ce corps est solide. 11 est identique ou isomérique avec le camphre artificiel d'essence de citron, qu'o i obtient en dirigeant du gaz chlorhydrique dans de l'essence do citron.

8° Le protochlorure d'antimoine transforme l'essence de térébenthine en un polymère solide, le tétratérébenthéne.

Térébènc. — Le térébéne, que nous avons mentionné plus haut, bout à 156°, comme son isomère le térébenthéne. Il en diffère par l'absence du pouvoir rot;itoire; il ne forme pas d'hy-

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drate cristallin correspondant à la ferpine; il ne fournit jamais de bichlorhydrate. Comme le térébenlhène, il donne un monochlorhydrate cristallin lorsqu'on le soumet à l'action du gaz chlorliydrique. (Riban.)

Camphénes. — Lorsqu'on cliaufTe le camphre artifîciel droit ou sauche, de 200° à 220°, avec du stéarate de sodium, on lui enlève ilCI et on le transforme en un carbure solide et cristallisablo, fusible à 45°, bouillant à 160°. C'est le camphéne actif de nit-me sens que le chlorhydrate dont il dérive.

Le stéarate de sodium agit ici comme alcali faible. Lorsqu'on le remplace par du benzoate de sodium, c'est du camphéne inaciif qui est mis en liberté. Les camphénes ne donnent que des monochlorhydrates sous l'influence du gaz chlorhydrique. (Berthelot.)

Les chlorhydrates de térébenthéne, de térébéne et de camphéne sont isomériques : le premier est presque indécomposable par l'eau à 100°; le deuxième perd tout son acide chlorhydrique par l'action de l'eau bouillante ; il en est de même du troisième, seulement ce dernier régénère du camphéne solide. (Riban.)

Isotérébenthène. — L'essence de térébenthine chauffée à 500' se transforme en un nouvel isomère actif et lévogyre, l'isotérében- Ihène, bouillant vers 176°. Densité à 0° =0,859. En même temps que l'isotérébenthène, il se forme, par l'action de la chaleur sur le térébenthéne, dumétatérébenthène C-^H^- bouillant à 360°.

Terpilène. — C'est encore un isomère du térébenthéne bouillant à la même température. On l'obtient en enlevant au bichlorhydrate Cioni6 2HCl la totalité de son acide chlorhydrique, soit par l'action du sodium (Berthelot), soit par celle de l'aniline. (Lauth et Oppenheim.)

Il est caractérisé par ce fait, qu'il fournit d'emblée un bichlorhydrate sous l'influence de l'acide chlorhydrique gazeux et qu'il ne forme pas de monociilorhydrate.

Citrène, C'oll*^. — C'est le carbure d'hydrogène contenu dans l'essence de citron en même temps qu'un corps oxygéné. C'est un liquide incolore doué d'une odeur agréable. Point d'ébuliition: 173 à 174°. Densité à 15°= 0,85. '

Le citrène s'unit aisément à l'acide chlorhydrique, en donnant un bichlorhydrate de cilrène C"'H'6,211C1 cristallin, fusible 44*.

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