‹ Leçons élémentaires de chimie moderneChapitre 366 sur 386 · MORPHINE · texte numérisé non relu

MORPHINE

morphine se précipite. On la purifie par crisfallisalion dans l'alcool. (Merck.)

2° On épuise par l'eau froide 1 kilogramme d'opium; on ajoute à la liqueur 100 grammes de marbre porphyrisé et on l'évaporé en consistance sirupeuse à la température de 65 à 75°. Après le refroidissement, on reprend la masse par 5 litres d'eau-, qui laisse du méconate de calcium qu'on sépare parle filtre. .\près avoir réduit la liqueur par l'évaporation au quart de son volume, on y ajoute, pendant qu'elle est encore chaude, 50 grammes de chlorure de calcium, dissous dans 100 grammes d'eau et 8 graunnes d'acide chlorhydrique.

On abandonne ce mélange à lui-même. Au bout de quinze jours il est pris en une masse de cristaux, imprégnés d'une eau mère colorée. Après avoir e.\primé le dépôt dans un linge, on le dissout dans l'eau bouillante, avec addition de charbon animal, puis on filtre. Par le refroidissement, la liqueur se prend en une masse cristalline, mélange de chlorhydrate de morphine et de chlorhydrate de codéine. Après les avoir exprimés, on dissout ces cristaux dans l'eau, on ajoute de l'ammoniaque qui précipite la plus gr<mJo partie de la morphine, tandis que la codéine reste en dissolution. On recueille le dépôt sur un filtre, et on le redissout dans l'alcool bouillant. La morphine cristallise par le refroidissement. (Robertson et Gregory.)

Propriétés. — Elle affecte la forme de petits prismes orthorhombiques, incolores, doués d'une saveur amère. Elle est insoluble dans l'éther, dans le chloroforme et dans la benzine. La solution alcoolique dévie le plan de polarisation à gauche. Les cristaux renferment une molécule d'eau qu'ils perdent à 100°. La morphine se dissout aisément dans la potasse; elle est très peu soluble dans l'ammoniaque.

Expériences. — 1° J'ajoute quelques gouttes d'une solution d'acide iodique à une solution alcoolique de morphine :1a liqueur se colore immédiatement en brun ou en jaune par l'iode mis en liberté.

L'acide iodique exeerce sur la morphine une action oxydante.

2' A une solution de chlorure ferrique j'ajoute une petite quantité de morphine en poudre : la liqueur se colore en bleu. Ce caractère rappelle une réaction analogue que donnent les phénols et peut faire supposer l'existence dans la morphine d'un oxhydryle phénolique. (Griraaux.)

3° J'arrose quelques cristaux de morphine avec de Tacide azotique ordinaire : ils prennent immédiatement une couleur rouge orangé, qu'ils communiquent à l'acide.

Ces deux dernières réactions sont caractéristiques.

Lorsqu'on chauffe la morpnine à 200° avec de la potasse, elle laisse dégager de la méthylamine.

Chauffée avec de la poudre de zinc, elle donne du phénanthrène (page 774) et diverses bases pyridiques et quinoléiques (von Gerichten et Schroetter).

iÇhlorhydrate de morphine. — Ce sel, dont nous avons indiqué la préparation, cristallise en aiguilles soyeuses, solubles dans une partie d'eau bouillante, dans 16 à 20 parties d'eau froide, et très solubles dans l'alcool.

Ces cristaux renferment C"H*9Az05,liCl + 3H*0.

Le chlorure de platine forme dans la solution aqueuse de chlorhydrate de morphine un précipité jaune d'un chlorure double :

(C»'H»9AzO^HCl)SPtCl*.

Le chlorhydrate de morphine est très employé en médecine.

Lorsqu'on chauffe à 60° une solution de cklorhydrate de morphine avec du nitrate d'argent, la base s'oxyde et se convertit en oxymorphine C'^H'^AzO*.

Lorsqu'on chauffe la morphine avec de l'acide chlorhydrique concentré, vers 140°, on la transforme en une base nouvelle, Vapomorphine C"H*^\zO*, qui résulte de la morphine par soustraction d'une molécule d'eau. (Matthiessen.) Celle base possède des propriétés thérapeutiques spéciales. Administrée en injection sous-cutanée, elle agit comme vomitif.

CODÉINE.

C«*H"AzO» -1- H*0

La codéine est la méthylmorphine. Parlant de cette idée que la morphine renferme un oxhydryle phénolique (page 779), M. Grimaux a pensé que la solution de morphine dans la potasse devait renfermer le composé (:»'H'8AzO-OR. Ayant fait réagir sur cette solution potassique de l'ioduic de mélhyle, il a obtenu en effet de la codéine :

C'Il'SAz'^O.OK + CIl-'I = C''II«8AzOMiCll-' + Kl

Nurplune potassique. Morpliiiic mélhyléc (codéine)»

NARCOTINE. 787

Ow retire la codéine des eaux mères ammoniacales qui ont laissé déposer la morphine, dans la préparation de ce corps par le procédé de Robertson et de Gregory (page 785). Pour cela, on concentre ces eaux mères, et l'on y ajoute de la potasse qui précipite la codéine. On la recueille, on la dissout dans l'acide chlorhydrique ; on décolore la solution du chlorhydrate par le charbon nnimal, et l'on précipite de nouveau la codéine par la potase. l'nfin, on dissout le précipité dans l'éther ordinaire du commerce, qui laisse déposer la codéine, par l'évaporation spontanée, en volumineux cristaux.

Ces cristaux sont des octaèdres orthorhombiques et renferment une molécule d'eau. L'étlfer anhydre laisse déposer des cristaux anhydres qui sont des octaèdres à base rectangle.

La codéine se disout dans 89 parties d'eau à 15°. Elle est plus soluble dans l'eau bouillante. L'alcool et l'éther la dissolvent aisément. La solution alcoolique dévie le plan de polarisation à gauche.

Expérience. — Je verse de l'eau bromée sur de la codéine en poudre fine. Celle-ci se dissout d'abord et se convertit en bromhydrate de codéine monobiomée. En continuant à ajouter de l'eau bromée, je vois se former un précipité jaune qui est un bromhydrate de codéine tribromée, c'est-à-dire d'une codéine dans laquelle 3 atomes d'hydrogène sont remplacés par 5 atomes de brome.

NARCOTINE.

On peut retirer la narcotine du marc d'opium qu'on a épuisé par l'eau. On le traite par l'acide chlorhydrique ; on filtre et l'on précipite la solution par le carbonate sodique. On reprend le précipité par l'alcool, on décolore la solution alcooUquepar le charbon animal et on la filtre bouillante. La narcotine cristallise par le refroidissement.

Elle forme des prismes brillants et incolores, qui appartiennent au type du prisme orthorhonihitiue.Elle fond à 176°. Elle est ïmoluble dans l'eau froide et exige pour se dissoudre 60 parties d'alcool absolu froid et 12 parties dalcoo! absolu bouillant. F.llu

ost. soluble dans l'éllier et se distingue par ce caractère de la morpliine. Ses solutions alcoolique et élhérée possèdent une saveur amèrc et dévient le plan de polarisation à gauche.

Expérience.— ie dépose quelques cristaux de narcotine dans un verre de montre, et je les arrose avec de l'acide sulfurique contenant quelques traces d'acide azotique : il se produit aussitôt une coloration rouge de sang intense.-

Sous l'influence de certains réactifs oxydants, la narcotine se dédouble en un nouvel alcaloïde, la cotamine, et en un acide qu'on a nommé opianique (Wœhler) :

G22H25AzO' -}- 0 = C'oil'003 ->r G»2Ui5AzO'

Narcotine. Acide opianique. • Cotaniine.

La colaruine cristallise en aiguilles incolores, soyeuses, groupées

en étoiles.

Chauffée avec de l'eau, la narcotine se dédouble en cotarnme

et en méconine :

C*«IP^VzO'' =- C'oll»oO'' -|- C*2H>^Vz05

Narcotine. Méconine. Cotarnine.

Soumise à l'action de l'acide iodhydrique, la narcotine perd successivement trois groupes méthyliques et fournit les iodhydrates de trois bases nouvelles. L'une d'elles renferme C'^H'^AzO', et a été désignée sous le nom de nomarcoline ou narcotine normale. Elle se produit d'après l'équation :

Page 1