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GÉLATINE

Les os renferment une matière cartilagineuse qu'on peut isoler en épuisant par l'acide chlorhydrique les sels minéraux qu'ils renferment, c'est-à-dire le phosphate et le carbonate calciques. Il reste une matière demi-transparente, élastique, qui présente la forme de l'os lui-même. Cette matière, qu'on a nommée osséine ou coUa(jéne, est insoluble dans l'eau froide, mais par une longue ébuliilion, ou, plus rapidement, par digestion avec de l'eau ciiauffée à quelques degrés au-dessus de 100% elle se dissout et forme une solution qui se prend par le refroidissement en une gelée transparente. Le corps qui résulte de cette transformation se dissout en petite quantité dans l'eau froide, en abondance dans l'eau bouillante, et la solution faite à chaud se prend en gelée par le refroidissement. De là le nom de gélatine.

D'autres tissus de l'économie animale pcssèdent la propriété de se convertir en gélatine par l'ébullition avec l'eau. Il en est ainsi du tissu cellulaire, de la peau, des écailles et de la vessie natatoire des poissons. La vessie natatoire des esturgeons, qui arrive dans le commerce sous le nom de colle de poisson, fournit par rébuilition avec l'eau une gélatine très pure.

Les matières qui se convertissent en gélatine possèdent à peu de ^liose près la même composition que la gélatine elle-même. On ne sait donc rien de précis sur le changement que l'eau bouillante leur fiiit éprouver.

La géaline sèche se présente soi's forme de plaques transpa-

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rentes, sonores, jaunâtres, ou plus ou moins colorées en brun, suivant leur épaisseur et leur pureté.

La solution aqueuse est précipitée par l'alcool en flocons blancs. Les acides ne la précipitent point, à l'exception de l'acide tannique, qui y forme un coagulum épais, combinaison de tannin et de gélatine. L'action du tannin sur les matières gélatineuses est mise à profit dans la fabrication du cuir que l'on obtient en laissant en conlact les peaux vertes ou fraîches, préalablement gonflées, avec le tan, c'est-à-dire avec de l'écorce de chêne grossièrement pulvérisée, qui renferme, comme on sait, de l'acide tannique.

Lorsqu'on ajoute une solution de chlore à une solution de gélatine, il se forme un trouble blanc, qui se convertit, en présence d'un excès de chlore, en un précipité floconneux.

Les solutions de gélatine sont précipitées par le chlorure de platine et par le sublimé corrosif, mais non par l'alun, les sels de plomb, de cuivre, d'argent, etc. Soumise à l'ébullition avec de l'acide sulfurique étendu, la gélatine se convertit en leucine (p. 027) et en une substance que Braconnot a nommée sucre de gélatine, et qui est le glycocoUe (page 624).

Chondrine. -- Les cartilages des fausses côtes, soumis à une ébullitiou très prolongée avec de l'eau, se dissolvent en formant une liqueur qui se prend en gelée par le refroidissement. Cette matière gélatineuse est la chondrine. Elle se distingue de la gélatine par la propriété que possède sa solution aqueuse de donner des précipités avec tous les acides, et avec un très grand nombre de sels métalliques. L'alun y forme un précipité floconneux abondant.

PRODUITS DE DÉSASSlMILi^TION.

Les substances que nous venons de décrire très sommairement, et d'autres qui font partie des humeurs et des tissus de l'économie animale, subissent dans l'organisme des transformations diverses. Elles tirent leur origine du règne végétal, qui seul peut élaborer des matières aussi complexes. Avec les aliments elles passent dans l'organisme des anmiaux qui les assimilent, et ce travail dassimilation ne fait éprouver à ces matières azotées que des modidcations peu profondes. Mais une fois fixées dans les tissus, elles n'v demeurent point indéliuimenl, car tout ciiange et se renouvelle

incessamment dans l'économie. Devenues impropres à la vie, elles disparaissent à leur tour, emportées par ce grand mouvement d'oxydation qui fait de l'économie un foyer permanent de combustion lente. Une partie notable de l'oxygène qui arrive dans les poumons, à chaque inspiration, pénètre dans le sang, et se convertit dans le système capillaire et dans l'intimité des tissus en gaz carbonique. Ce gaz qui revient au poumon dans le sang veineux, est exhalé dans chaque exoiration. L'air expiré en renferme de 4 à 5 pour 100.

Le gaz carbonique emporte la plus grande partie du carbone qui entrait dans la composition des corps organiques brûlés pendant les phénomènes de la respiration. L'hydrogène de ces corps est éliminé sous forme d'eau. Mais que devient leur azote? Chez l'homme et chez un grand nombre d'animaux supérieurs, l'azole est éliminé par l'urée que renferment les urines. Telle est, dans ses traits principaux, cette grande fonction de la respiration, source de la chaleur chez tous les animaux.

Mais comment s'accompHt cette oxydation lente, qui constitue l'essence des phénomènes de la respiration, ainsi que Lavoisier l'a démontré le premier? Les matières organiques propres à être oxydées sont-elles brûlées du premier coup, ou cette oxydation parcourt-elle des phases successives, de telle sorte qu'entre les produits complexes qui doivent disparaître et les derniers termes de leur oxydation, il existe un certain nombre de termes intermédiaires? Tout porte à penser que cette dernière opinion est la vraie . On a rencontré, en effet, dans les tissus et dans les humeurs de l'économie, un grand nombre de corps qui possèdent une composition plus ou moins complexe, et qui sont les produits, et comme les témoins, de ce travail de simplification successive, de désassi^ milalion, comme on dit.

11 ne faudrait pas croire, d'un autre côté, que toutes les réactions chimiques qui se passent dans l'économie sont des phénomènes d'oxydation. Avant de s'oxyder définitivement et d'être i ojelées de l'économie, les matières organiques ingérées ou celles qui font partie de nos tissus et de nos humeurs, peuvent subir des transformations diverses, principalement des dédoublements par hydratation, quelquefois même des complications moléculaires. On connaît à cet égard la célèbre expérience de F. Woehler qui, ayant administré à des chiens de l'acide benzoïque, a retrouvé dans leur

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urine de l'acide hippurique. L'analyse a signalé dans l'économie la présence d'une foule de matières organiques plus ou moins complexes, à composition déûnie, azotées ou non azotées, et qui sont les produits de ces réactions variées. De telles réactions s'accomplissent et dans le sang et dans les tissus, principalement dans les organes glandulaires, tels que le foie. Dans l'impossibilité où nous sommes de décrire tous ces produits de désassimilation, nous nous bc ruons à mentionner brièvement les plus importants.

LÉOTHISE.

C*«e"AiPhO»

M. Gobley a donné ce nom à une matière grasse, phosphorée, autrefois signalée dans le cerveau par Vauquelin. Elle existe dans le cerveau et dans les nerfs. Ce corps ou un corps très voisin de lui a été décrit récemment par M. Liebreich, sous le nom de protagon.

M. Gobley a retiré la lécithine du jaune d'œuf. Pour cela on épuise des jaunes d'œuf par un mélange d'alcool et d'éther. On ajoute à la solution alcoolique et éthérée une solution alcoolique de chlorure de cadmium : il se forme un précipité blanc floconneux qu'on purifie par des lavages à l'alcool et à l'èlher. Ce précipité est une combinaison de chlorure de cadmium et de chlorhydrate de lécithine. On le délaye dans l'éther et on le décompose par l'hydrogène sulfuré : il se précipite du sulfiu-e de cadmium, et du chlorhydrate de lécithine reste en solution et peut être obtenu par évaporation, sous forme d'une masse analogue à la cire. La solution alcoolique de ce chlorhydi-ate étant décomposée par l'oxyde d'argent, la lécithine est mise en liberté et reste, après l'évaporation, sous forme d'une masse homogène translucide. On peut aussi précipiter la lécithine par le chlorure de platine, au lieu de chlorure de cadmium. (Slrecker.)

La lécithine est très altérable, ainsi que toutes ses combinaisons. Elle se décompose rapidement lorsqu'on fait bouillir la solution alcoolique du chlorhydrate avec de l'eau de baryte : il se précipite de l'oléate et du palmitate de baryum, il se forme du phosphoglycérate de baryum, et il reste en dissolution unp bisf organique qui a été désignée sous le nom de névrine. (Liebreich.)

Slrecker représente ce dédoublement intéressant par l'équation suivante :

C**ll»'AzPliO» + 5H*0 = C'n»PhO« + C^H'^AzO* + C'»H'*0» + C'IP'O» Lécithini. Acide Névrine. Acide Acide

phosphoglycérique. oléique. palraitiquo.

La névrine est une base oxygénée dont la constitution est connue. C'est l'hydrate de triméthyl-hydroxéthyléne-ammoniuin :

(C=^H*.OH)'(. .„ (CH^>)5JAz.0H

Le chlorure de cette base ammoniée se forme, par synthèse, lorsqu'on fait réagir le glycol chlorhydrique sur la triméthylamine (A. Wurlz) :

c^n<of + (CHT'Az = (^^cn'rîj^^ci

Chlorure de triméthylhydroxéthylène-aminonium.

La névrine est identique avec une base que Strecker avait retirée de la bile et désignée sous le nom de choline.

CHOLESTERINK.

Ce corps est très répandu dans l'organisme. On le trouve dans la bile ; il est l'élément principal de la plupart des calculs biliaires. On le rencontre, en outre, en petite quantité, dans le sérum du sang, dans le cerveau, dans le jaune dœuf, dans le pus, dans le liquide des hydrocèles, etc.

Sa solubilité dans l'alcool et surtout dans l'élher, et la facilité avec laquelle il cristallise de ses solutions permettent de l'isoler lacileraent. La cliolestérine se dépose ordinairement en lames rhomboidales minces et brillantes. Elle fond à 145° et peut être sublimée, à Tabri du contact de l'air, à 550°.

La cholostérino peut former avec les acides des combinaisons neutres, analogues aux étiiers : elle parait jouer le rôle d'un alcool monoatomique.

ACIDE GLYCOCHOLIQUE. 815

Les principaux éléments organiques de la bile sont deux acides complexes, tous deux azotés, et dont l'un renferme, en outre, du soufre : ce sont les acides glycocholique et taurocholique. Ces acides ne sont pas contenus dans la bile de tous les animaux. On les a surtout retirés de la bile de bœuf. Ils entrent aussi dans la composition de la bile humaine. La bile renferme, en outre, des matières colorantes dont la plus importante est la bilirubine. Nous allons décrire sommairement tous ces corps.

ACIDE GLYCOCHOLIQUE.

Il est contenu dans la bile sous forme de glycocliolate de sodium. On peut obtenir ce sel, à l'état cristallisé, avec la bile de bœuf. Pour cela, on décolore cette dernière avec le charbon animal, on filtre, on évapore le liquide et, après avoir desséché parfaitement le résidu, on le fait dissoudre dans l'alcool absolu ; on introduit la solution dans un flacon, et l'on ajoute, avec précaution, de l'éther, de manière à former deux couches. Celles-ci se mêlent lentement et le glycocholate de sodium se dépose en cristaux. (Plattner.)

La solution de ce sel, additionnée d'acide sulfurique étendu, se trouble et laisse bientôt déposer l'acide glycocholique sous forme d'aiguilles fines.

Cet acide est peu soluble dans l'eau et dans l'éther. Il se dissout dans l'alcool. Il exerce le pouvoir rota toire à droite. (lloppe-Seyler.) Sous l'influence de l'acide chlorhydrique, il se dédouble en acide cholalique et en glycocolle (page 624) (Strecker) :

G26H*''Az06 + H^O = C**H*o05 + C^HSAzO*

Acide glycocholique. Acide cholalique. Glycocolle.

Aeide cholalique. — Il existe à l'état amorphe et à l'état cristallisé. lise dépose de sa solution éfhéréeen prismes à 4 pans terminés en biseaux et renfermant deux molécules d'eau de cristaUisation. Par une longue ébuUition avec les acides, il se convertit en un corps résineux que Berzelius a nommé dyslijsine:

Dyslysioe.

ACIDE TAUROCHOLIQUE.

C"H»»AkSO'

Cet acide reste à l'état de sel de sodium, dans la solution éthérée qui a laissé déposer du glycocliolate de sodium. On ne l'a pas encore obtenu à l'état cristallisé. Il exerce le pouvoir rotatoire à droite.

Soumis à l'ébullition avec des acides étendus ou avec des alcalis, i 1 se dédouble en acide cholalique et en taurine (Strecker) :

C26fl*5AzS0T + H^O =z C2*H*oO* + C^H^AzSOî

Acide taurocholique. Acide cholalique. Taurine.

La taurine, découverte par Léopold Gmelin, a été décrite page 605.

BILIRUBINE.

C*«H'»Az*0»

Cette matière existe dans la bile et dans les calculs biliaires de l'homme. Pour la retirer de ces derniers, qui la renferment à l'état de pigment calcaire, on les broie, et on les épuise successivement par l'éther, qui enlève la cholestérine, puis par l'eau bouillante et par le chloroforme. La matière colorante reste dans le résidu à l'état de combinaison calcaire : pour la décomposer on ajoute de l'acide chlorhydrique, on desséche le tout, et l'on épuise la matière sèche par le chloroforme. La solution chloroformique laisse après l'évaporation un résidu qui renferme, indépendamment de la bilirubine, trois autres pigments biliaires que nous ne ferons que mentionner : la biliprasine, la bilifuscine et la bilihumine. L'alcool extrait de ce résidu la bilifuscine. Le nouveau résidu, repris parle chloroforme, lui cède la bilirubine, que l'alcool précipite en floconsorangés de la solution chloroformique.

La bilirubine s'obtient, en petits cristaux d'un rouge foncé, par l'évaporation de sa solution dans le chloroforme. Elle estinsoinble dans l'eau, très peu soluble dans l'éther et dans l'alcool. Elle se dissout dans le chloroforme, la benzine, le sulfure de carbone. Elle est très soluble dans les alcalis, en formant une solution rouge

BILIVERDINE. 817

orangé qui devient d'un jaune pur par l'addition d'eau. L'acide chlorhydrique en précipite la bilirubine. La solution ammoniacale de bilirubine donne des précipités avec les chlorures de calcium et de baryum et avec l'acétate de plomb.

BILIVERDINE.

Lorsqu'on agite au contact de l'air une solution de bilirubine dans la soude, elle verdit en attirant l'oxygène. L'acide chlorhydrique précipite la biliverdine de la solution.

C'est une poudre d'un vert vif, insoluble dans l'eau, l'éther et le chloroforme, soluble dans l'alcool. Elle renferme un atome d'oxygène de plus que la bilirubine.

Ajoutons qu'on a encore signalé dans la bile la présence d'autres matières colorantes, la bilifuscine, G*8H*°Az*0*, la biliprasine, Ci6H**Az«0«, et la bilihumine.

Parmi les produits de désassimllation, nous citerons encore :

La leucine, C^H'^AzO*, qui appartient à la série homologue du gly cocolle (p. ôST), et qu'on a rencontrée dans un grand nombre d'organes, surtout dans le pancréas, les glandes sahvaires., la rate, le foie.

La tyrosine, C^H^AzOs, corps cristallisableen aiguilles fines, qu'on a extrait du pancréas et de la rote (page 754).

On sait d'ailleurs que la leucine et la tyrosine ont été obtenues directement par l'action des alcalis sur fes matières azotées complexes (p. 803).

Wacidc hippurique, C^H^AzO*, dont nous avons indiqué l'origine page 791 .

L'acide urique, G*iI*Az*05, qui existe en petite quantité dans l'urine humaine, et qui constitue, en grande partie, l'urine des oiseaux et des reptiles (page 646).

L'allanloïne, C*H''Az*03, produit d'oxydation de l'acide urique, que Yauquelin et Duniva ont extrait autrefois des e*ux de l'amiiios wuni£. 40

de la vache et qu'on a aussi rencontré dans l'urine des jeunes veaux (voy. page 651).

Divers autres produits se rattachent à l'acide urique. Ce sont : La xanthine, C^ll^kz'^O^, matière jaune que Proust a découverte dans certains calculs rares (calculs xanthiques) et qu'on rencontre aussi en petite quantité dans les muscles, dans le pancréas, d;uis le foie, dans l'urine.

Vhypoxanthine ou sarcine, CHl*A.z*0, corps blanc amorphe que Scherer a retiré de la rate, et dont Strecker a signalé l'existence dans le tissu musculaire. L'hypoxanthine forme avec l'acide chlorhydrique une combinaison cristallisable. Elle offre des rapports de composition intéressants avec la xanthine et l'acide urique :

Acide urique, C'>H*Az*0»

Xanthine, C">H*Az*0»

flypoxanthine, C»H*Az*0

Lorsqu'on fait bouillir l'hypoxanthine avec l'acide azotique, elle se convertit en un corps nitrogéné. Sous l'influence des agents réducteurs, tels que le sulfate ferreux, ce corps nitrogéné se convertit en Qunnine, C^H^Az^O. Ce dernier corps a été d'abord retiré du gu:iuo. On l'a rencontré dans le tissu du pancréas.

TABLE DES MATIÈRES

i RTBODCCTIOS

PbOPORTIOSS DÉriXIES, ÉQC1VALE5TS.

PbOPORTIOSS MCtTIPLES

DTrOTHÈSE DES ATOMES

Lois DE Gat-Lcssac. Théorie ato-

MIQl'E ....

Loi DES CIIALEDRS SPÉCIFIOCES.

Isomorphisme

N0)IE.\CLATURK ET NOTATION CHIMI- QUES

Corps oxygénés binaires ....

Acides hydratés et hydrates métalliques

Sels

Nomenclature des composés non oxygénés

Alliages et amalgames

QïBROGÈ.NE ....

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