ACIDES OXYGÉNÉS DU BROME
On connaît trois acides du brome, savoir :
L'acide hypobromeux, BrOII ;
L'acide bromique, BrO^lI ;
L'acide perbromique, BrO*H.
Ils correspondent aux acides hypochloreux, chlorique et perchlorique. \
Acide hypobromeux, BrOH. — Lorsqu'on agite de l'oxyde de ! mercure avec une solution aqueuse de brome, on obtient un liquide ' jaunâtre qu'on peut distiller dans le vide et qui renierme de lacide hypobromeux. M. W. Dancer a obtenu cet acide en faisant réagir le brome sur l'oxyde d'argent délayé dans l'eau : il se forme du bromure d'argent et de l'acide hypobromeux.
2Br» -+- Ag^O H- U*0 = 2BrOH + S.AgBr
Uxydc Eau. Acide Bromure
d'argent. hypobromeux. d'argent.
Dans cette préparation, il est nécessaire d'opérer rapidement et d'éviter le contact d'un excès d'oxyde d'argent avec l'acide hypobro-
IODE. 133
meux. Ce dernier serait détruit par loxyde avec dégagement d'oxy- "éne.
^BrOH + Ag*0 ^ 2AgBr 4- H^O -+- 0»
La solution d'acide hypobromeux, qui est jaune, est douée de propriétés décolorantes analogues à celles de l'acide hvpocliloreux.
Acide bromique, BrO''H. — Par l'action du brome sur une solution concentrée de potasse, il se forme du bromure et du bromate' de potassium. (Balard.) Cette réaction est semblable à celle du chlore sur la pot as. e.
M. Kammerer recommande de préparer l'acide bromicpie en faisant réagir du chlore sur du brome en présence de l'eau.
5C1* -f Br» -H liU*0 = lOHGl + 2BrO"-ll
Acide Acide
chlorhyilriqu\ bromifjuc.
Parl'évaporation, l'acide chlorhydrique se dégage et l'acide bromique reste, sous forme d'un liquide qui ne peut être amené en consistance sirupeuse sans se décomposer partiellement.
Acide perbroiniqne, BrO*lI. — M. Kammerer a obtenu cet acide en décomposant l'acide perchlorique par le brome : il se dé^^a^e du chlore. Après concentration au bain-marie, l'acide perbromique reste sous forme d'un liquide oléagineux incolore. Il est relativement stable comme ses congénères les acides perchlorique et périodique. Comme eu.\, il résiste à l'action réductrice des acides sulfliydrique et sulfureux. (Kammerer.)
lODK
Densité de vapeur raiip-irtét; à l':i;r g,715
Densité de vapeur rapporlée a l'Iiydrogùuc 123.1 (soit 117)
Poids de l'atome 1 (poids de 1 volume; , 127
Poids de la molécule 11 (poids de S volumes] 25»
Découvert par Courtois en 1811, étudié par Oay Lussac de 1S15 à ISU.
État naturel. — L'iode est très-répandu dans la nature. Le régne minéral nous l'offre en combinaison avec divers métaux, tels que le potassium, le sodium, le calcium, le magnésium, r.irgent,le mercure. Les iodures alcalins existent, en petite qunntité, dans l'eau de la mer, dans un grand nombre de sources salées, dans certains sels gemmes. Le nitrate de sodium du Chili renferme des traces d'iodate de sodium. Djus les eaux -mères d'où le nitrate s'est dé-
ninz. t.
posé, cet iodate est assez abondant pour donner lieu à une exploitation fructueuse au point de vue de la préparation de l'iode. (Thiercelin.) Les cendres de certaines plantes marines, telles que les varechs, les fucus, constituent la source la plus abondante de l'iode.
Préparation. — On le retire de ces cendres en les lessivant avec de l'eau et en concentrant la solution . Celle-ci laisse déposer successivement divers sels, tels que les sulfates et chlorures de potassium et de sodium, le carbonate de sodium. L'iodure de potassium y existe en plus petite quantité que les sels précédents ; il se concentre donc dans les eaux qui les ont laissés déposer et qu'on nomme eaux-mères des soudes de varech.
On dirige dans ces eaux-méres un courant ménagé de chlore, tant que celui-ci met de l'iode en liberté. Ce corps se dépose sous forme d'un précipité pulvérulent noir. On évite avec soin un excès de chlore qui dissoudrait de nouveau une certaine quantité d'iode, à l'état de chlorure.
Un autre procédé consiste à mélanger les eaux-mères des soudes de varech avec de l'acide azotique ordinaire, et à chauffer légèrement la liqueur. L'iodure alcalin est décomposé par l'acide azotique : il se forme un azotate, il se dégage des vapeurs rougis et l'iode est mis en liberté.
4J^20MI + 2KI = '2AzO'^K 4- SAzO^ -f- 2H-0 + 1*
Acide lodiire Azotate Peroxyde
azotique. de potassium. de potassium. d'azote.
On recueille le précipité d'iode, on le laisse égoutler, puis on le dessèche et on le sublime dans des vases de grès.
On peut aussi appliquer à la préparation de l'iode le procédé qui sert à retirer le brome du bromure de potassium (p. 150). 11 consiste à traiter l'iodure de potassium par le peroxyde de manganèse et lacide sulfurique.
Propriétés de l'iode. — L'iode oblenu par sublimation se présente sous forme de paillettes ou de lames cristallines, à surface brillante, d'un bleu grisâtre foncé, d'une densité de 4,948 à 17°. On peut l'obtenir cristaUisé en octaèdres rhomboïdaux, en abandonnant à l'air une solution d'acide iodhydrique (p. 156).
L'iode fond à 107°. 11 bout à environ 175°; il se volatilise sensiblement à la température ordinaire. Sa vapeur présente une teinte violette riche et intense. Un litre de celte vapeur pèse 11 ",32.
L'iode est très-peu soluble :ians l'eau : celle-ci n'en prend qup
ACIDE lODIIYDRIQUE. 155
en se colorant en brun clair. L'alcool et l'éther dissolvent l'iode
plus abondiimmenl, en formant des solutions brun foncé. Le sulfure de carbone, la benzine, le chloroforme le dissolvent en prenant une belle couleur violette.
Expérience. J'introduis dans un tube fermé par un bout, une solution très-étendue diodure de potassium, puis j'ajoute quelques "oultes d'eau de chlore. Celui-ci déplace 1 iode et la liqueur se colore en jaune brun. Si je l'agite avec une petite quantité de chloroforme, ce liquide, enlevant l'iode à l'eau, se colorera en violet.
L'iode colore lamidon en bleu intense. C'est là une réaction des plus sensibles et qui permet de découvrir les plus légères traces d'iode.
Expérience. J'ajoute à une décoction filtrée d'amidon quelques gouttes d'une solution étendue diodure de potassium, j'y laisse tomber ensuite une goutte d'eau chlorée, et je vois apparaître une belle coloration bleu foncé. Un excès de chlore l'empêcherait de se produire ou la ferait disparaître.
.\CIDE leDHYDRIQUE.
Hl
Densité rapportée à l'air 4,ll5
Densité rapportée à l'hydrogèrK «l.l
Poidsde la molécule HI 128
Pour préparer l'acide iodhydrique, on fait réagir l'iode sur le phosphore en présence de l'eau ; il se forme de l'acide phosphoreux et de 1 acide iodhydrique.
Phl^ 4- {pjO' =^ \li\0^ -+■ 3UI
Triiodure 3 molécules Acide Acide
de phosphore. d'eau. phosphoreux, iodhydrique.
Dans une cornue tabulée, munie d'un bouchon de verre, et dont le col a été soudé à un tube de dégagement recourbé à angle droit, on introduit du phosphore amorphe en poudre {(ig. 49). On le recouvre d'une légère couche d'eau, puis on ajoute de l'iode. En <;hauffant doucement, on obtient un courant régulier de gaz iodhydrique, qu'on fait arriver dans des flacons parfaitement secs, comme sd s'agissait de préparer du chlore, (l'ersonue.)
Propriétés de l'acide iodhydriqtie. — L'acide iodhydrique est un gaz incolore qui répand à l'air dépaisses fumées blanches. Il n'est point permanent; sous une forte pression ou par l'action d'un froid intense, il se réduit en un liquide jaunâtre qui peut même se solidifier. L'oxygène sec le décompose à une température élevée, en formant de l'eau et en mettant de l'iode en liberté.
FiK. 49.
J'approche une bougie allumée d'une éprouvette renfermant un mélange de gaz iodhydrique et d'oxygène, et je vois apparaître immédiatement de belles vapeurs violettes d'iode.