PREFACE
A. l'époque de la renaissance des lettres et de l'enthousiasme qu'elles inspirèrent , tous les avantages des connaissances historiques , furent non- seulement célébrés, mais même un peu exagérés. Les savans cherchant à faire passer dans l'ame de leurs lecteurs . les sentimens d'admiration qu'ils éprouvaient pour les objets particuliers de leurs études , écrivaient à l'envi de doctes traités j pour les relever et les exalter. C'est encore ainsi que, dans le dix-septième siècle, Spanheim recommandait l'étude des médailles, et cherchait à faire ressortir toute son importance. Maintenant que les travaux de nos devanciers ont recueilH et classé tout ce que les anciens nous ont laissé de plus intéressant ; maintenant que nous ne pouvons plus que glaner dans des champs déjà moissonnés , il n'est que trop viai que nos recherches historiques ne sont plus aussi utiles, ni aussi curieuses. Cependant , et quoique nous soyons bien loin de nous exagérer l'importance actuelle de la numis-
iiiatique , il nous semble que ceux que leur goût porte à ce genre d'études ou de délassement , ne doivent point craindre de }>ublier les fruits de leurs recherches , alin de le;? sauver peut être ainsi , d'une destruction qui n'est que trop commune. D'ailleurs la production la moins intéressante, peut en Diire naître d'autres qui lui seront ii}fîniment supérieures. Le goût des connaissances histoiiques est loin de pouvoir devenir dangereux : heureuse même la société s'il redevenait plus général!
Au reste, les médailles romaines recherchées et recueillies depuis plusieurs siècles , plus faciles à expliquer et moins variées que les grecques (qui ayant été frappées par une multitude de peuples et de villes indépendantes, doivent naturellement olfrir une diversité infinie ) , les médailles romaines, nous l'avouons, sont généralement beaucoup plus connues ; et ce sujet de recherches est à peu près épuisé. Les grandes collections des souverains , formées peu à peu de la réunion des plus belles collections particulières , ont été publiées. De plus , des antiquaires ont entrepris des vovages afin de connaître le peu de choses curieuses qui pourraient se trouver encore éparses dans les provinces. Grâces à tous ces soins, rien n'est plus rare maintenant que l'apparition d'une médaille lomaine inédite.
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Toutefois , on pourra , dans notre catalogue , en remarquer quelques-unes offrant des types nouveaux et historiques , et d'une autlienticité incontestable.
Nous sentons bien que ces médailles inédites ont seules des droits à l'intérêt des curieux. Mais n'étant pas assez nombreuses pour être publiées séparément, elles inspireront d'autant plus de confiance sur leur authenticité, à ceux qui ne peuvent la vérifier par eux-mêmes, qu'on les verra comprises dans une suite rassemblée avec quelque soin, et qui cependant, offrant beaucoup de lacunes, prouvera le scrupule apporté à sa formation , car il eût été facile de remplir ces lacunes avec des médailles douteuses (i).
D'ailleurs , une description exacte et littérale de quelques médaille^ de chaque règne, accompagnée de courtes explications , peut offrir une
(i) Qu il nous soit permis de démontrer d'une manière plus directe rauthenticité de nos médailles; toutes celles que leur rareté ou luie raison quelconque pouvaient faire suspecter, ont été successivement soumises à lexamen de MM. Gosselin et Mionnet (conservateurs des médailles du cabinet du Roi), dont Tobligeance et la politesse égalent l habileté dans la science numismatique,et nous ne nous permettous de décrire que celles qui ont reçu une approbation expresse de ces savaus.
sorte d'intérêt et de secours, à ceux qui sonl encore peu familiarisés avec celte étude, et qui n'ont pas entre les mains les ouvrages classique.*» de numismatique.
Cette description exacte et littérale n'est point aussi commune qu'on devrait le supposer : elle a été souvent dédaignée, surtout relativement à la légende des têtes , par des auteurs habiles et justement estimés. Cependant elle est bien essentielle pour la solution de divers problèmes historiques, el une légère inexactitude ou omission , a souvent induit en erreur dans leurs conjectures , les hommes les plus doctes.
Nous espérons donc que ce catalogue ne sera pas dépourvu de toute espèce d'intérêt . pour les amateurs, à la vérité bien peu nombreux , de la numismatique. Mais pour ne pas abuser de leur patience , nous ne décrirons de nos médailles que les plus intéressantes, ou celles strictement nécessaires pour faire suite ; et pour diminuer l'aridité de cette descriplioji , nous l'accompagnerons de quelques remarques, et la ferons précéder de quelques notions préliminaires, toutes puisées dans les meilleurs auteurs, principalement dans Eckhel , et qui pourront peut-être intéresser quelques lecteurs, et leur faciliter la première étude des médaille.^ romaines.
NOTIOJNS PRELIMINAIRES
Jndocti discant , et amène meminisse periCi.
De tous les monumens antiques dont l'étude peut être utile à l'histoire , les médailles ou monnaies des anciens , tiennent en quelque sorte le premier rang , parce que , émanées de l'autorité publique , leur témoignage en acquiert une authenticité presque incontestable.
Les médailles impériales romaines, cntr'autres, offrent un tableau complet de l'histoire de l'empire romain, et parmi ces médailles, celles de bronze qui furent battues à Rome , et par l'autorité du sénat, donnent encore des témoignages plus positifs, que celles d'or ou d'argent qui se fabriquaient sous l'autorité du prince , quelquefois dans les provinces, à la suite et au milieu du mouvement des armées, par conséquent avec moins de soin, et qui d'ailleurs ayant été souvent contrefaites par des faux mou-
iioyeurs , présenlent alors fréquemment des types et des légendes qui ne conservent plus la même exactitude historique. Par exemple, les médailles d'argent appeléesyb^rree^ , fabriquées furtivement à l'imi talion des véritables , par ces faux monnoyeurs anciens, avec une//we de fer ou de cuivre, revêtue de feuilles d'argent fort minces , ne peuvent jamais faire autorité dans une discussion historique, parce que leur légende est souvent inexacte.
Le partage de la fabrication des monn aies en- Jre les empereurs et le sénat, sans être textuellement énoncé par les historiens , paraît prouvé par une foule de circonstances, par les médailles elles-mêmes , et par diverses inscriptions antiques, de sorte qu'il est généralement admis par les savans que , depuis le commencement de l'empire, la fabrication des monnaies d'or et d'argent appartint au prince , tandis que celle des monnaies ordinaires et usuelles de cuivre , conlinue à dépendre du sénat, et que c'est ce qu'indiquent les lettres SC. (abréviation de senatusconsulto) qui se font presque toujours remarquer sur ces dernières.
iHais ce partage n'eut lieu que relativement
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aux monnaies réellement romaines , puisque les monnaies particulières des provinces, ou fies villes grecques, leur avaient été conservées par «les traités, ou avaient été autorisées ainsi que celles des colonies, par des concessions des empereurs ou du sénat, selon les temps, les lieux et les circonstances.
Cependant il faut avouer que les avantai^es que nous venons de reconnaître aux médailles de bronze, quanta l'autorité de leur témoignage dans les discussions historiques ; il faut avouer, disons-nous, que ces avantages durèrent à peine trois siècles ; parce que après les règnes de Gailien et de Posthume, au milieu des malheurs de l'empire, le sénat perdit sa prérogative, et les monnaies de bronze fabriquées ensuite avec les autres, furent même plus négligées qnn celles des métaux précieux.
Les monnaies romaines de bronze des anciens temps^ telles que les premiers AS, avaient été coulées : dans la suite, les monnaies furent fabriquées avec des flaons de métal coulés dans
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des moules d'argile: ces fiaons rougis au feu, étaient mis avec des pinces entre les deux coins, mais sans viroles, et fiappës avec le marteau, et peut-être mémo quelquefois avec le mouton. Les coins paraissent avoir été d'un cuivre durci par quelque alliage, gravés au touret à la manière des piei'res dures , et avoir été dans l'opération du monnoyage , emmanchés dans un mandrin de métal .
Cette composition des coins antiques , nécessairement plus fragiles que ceux des modernes, et qu'il fallait donc fréquemment renouveler, est sans doute une des causes de l'étonnante variété des types des monnaies romaines, variété que nous ferons remarquer plus bas.
Malgré l'imperfection du mécanisme de leur fabrication, les médailles romaines, surtoutceîles des premiers empereurs, sont souvent remarquables par la beauté du dessin , et par le relief de leurs types. Mais elles ne pouvaient jamais être d'une exacte régularité , ni dans leur grandeur, ni dans leur forme, ni dans leur poids.
Cependant les médailles de bronze se divisent
ordinairement suivant leur grandeur , en médaillons, grand bronze, moyen bronze et petit bronze. Mais cette classitication introduite par les curieux est à peu près ar})itraire , ou du moins de convention , plutôt que parfaitement exacte. Faute d'autre, on est cependant obligé de s'en servir.
Les médaillons dont la ])lupart ne portent point la marque de l'autorité du sénat (^S C ) , et dont la grandeur et le poids diffèrent sensiblement entr'eux, paraissent avoir été, non des monnaies usuelles, mais des pièces fabriquées par l'ordre seul des empereurs , pour être distribuées en libéralités , lors de quelques circonstances ou événemens mémorables. Cependant , ceux de ces médaillons qui sont un multiple exact des médailles ordinaires , et qui portent d'ailleurs la marque sénatoriale, sont considérés comme de véritables, quoique plus grosses monnaies , et appelés par les Italiens doublesmédailles et non pas de vrais médaillons.
Quant aux médailles appeléesde grand, moyen et petit bronze , elles ont été incontestablement les monnaies les plus usuelles. Aussi ce sont elles que l'on trouve le plus fréquemment, tandis que les médaillons sont en général fort rares.
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Mais il n'est point facile de fixer les valeurs de ces diverses médailles ou monnaies impériales de bronze, par rapport au sesterce, monnaie de compte ordinaire des romains ; ni celle du sesterce en monnaie de nos jours. En un mot, il n'est point facile de déterminer d'une manière certaine les noms et la valeur que les Romains eux-mêmes donnaient à leurs monnaies de bronze.
Des auteurs modernes désignent souvent les médailles impériales de grand bronze sous le nom d'AS. Mais nous croyons cette dénomination erronée.
Cherchons donc quelle était réellement , sous les premiers empereiu's , la valeur et la dénomination de ces monnaies. Mais, pour y parvenir, récapitulons brièvement ce que nous pouvons savoir sur l'histoire de toutes les monnaies romaines, et quand nous ne pourrons pas trouver la '■ertitude, nons choisirons du moins l'opinion la plus vraisemblable, en nous appuyant le plus possible sur l'autorité des médailles mêmes , parce que, quoiqu'en dise un économiste moderne , il vant mieux faire l'histoire avec des monumens , que de la faire avec des systèmes.
(în savant mémoire do M. T.etronne avec le-
quel nous avons eu quelquefois le bonheur de nous rencontrer , et qui , d'autres fois , nous a servi à rectifier notre opinion, nous engage à pre'senter avec un peu plus de confiance tout ce qui a rapport à la fixation de la valeur du sesterce.
Ce qui laissera toujours des doutes, c'est que les auteurs anciens ne parlent guère que incidemment de leurs monnaies , et paraissent souvent se contredire , soit que leurs textes aient ële' alte'rés, soit que nous n'entendions pas suffisamment quelques-unes de leurs locutions. De plus, uniquement occupes des résultats importans de l'histoire, ils ont souvent dédaigné , dans le récit des détails, l'exactitude géométrique si chère aux modernes.
Celui de tous les auteurs qui s'est explique avec le plus de clarté et de soins, Pline , n'est pas exempt de difficultés ( Vide lib. XXXII 1 ).
Il rapporte que, lorsque Seivius Tullius , sixième roi de Rome , fit fabriquer les premières monnaies, (car jusqu'alors les Romains ne s'étaient servis que de lingots bruts, ou de mon-