‹ Leçons élémentaires de numismatique romaineChapitre 4 sur 70 · XXI Y · texte numérisé non relu

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Les monnaies d'argent, après Gallien, finissent par tellement s'avilir, qu'il est presque impos-

siblede deviner quel pouvait être le rapport de celte espèce de billon avec la monnaie ordinaire de cuivre : elles disparaissent même pendant un certain temps , pour ne reparaître que sous Z^ioclétien, Mais nous ne nous occupons que du haut-empire, et les remarques ci-dessus sont suffisantes pour la recherche de l'évaluation du sesterce^ sous les premiers empereurs, et d'après la base des monnaies d'argent.

Jusqu'à présent nous n'avons point parlé des monnaies d'or, pour ne pas compliquer les questions, et ne pas multiplier les rapports qui auraient résulté de leur comparaison successive avec les variations de l'argent et du cuivre. Il est cependant nécessaire d'en dire un mot , sans dépasser les bornes de cette esquisse.

Les premières monnaies romaines, d'or, furent battues , dit-on , l'an de Rome 547- Mais il nous en reste si peu , et celles que l'on croit de cette classe sont si peu uniformes dans leur poids, leur type, et leur fabrique , que la comparaison des unes aux autres semble augmenter nos incertitudes.

Il paraîtrait cependant d'après le texte de Pline que ces anciennes monnaies d'or furent

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d'abord des multiples du scripule ( vingt-quatrième partie de l'once) et d'une valeur de 'vingt sesterces ou cinq deniers pour chaque scripule (for, ce qui donnait un assez fort béne'fice de fabrication.

Mais dans les derniers temps de la république et surtout sous les premiers empereurs, les monnaies d'or deviennent très-abondantes, et tant par leur comparaison que par les textes des historiens , il est clairement démontre' qu'elles furent d'abord taillées de quarante à la livre, ensuite de quarante-cinq , et c[ue leur poids diminua peu à peu , au fur et mesure que s'affaiblissiaent les monnaies d'argent , mais de manière à ce que Vaureus ou denier d'or valût toujours vingt-cinq deniers d'argent ou cent sesterces.

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Dans la suite , le poids des monnaies d'or diminua beaucoup, et parut suivre d'autres proportions, tellement que, vers le temps de Constantin , les pièces d'or appelées alors solidus , furent taillées de soixante-douze à la livre, mais leur titre fut toujours très-bon , parce que les empereurs percevant les tributs en monnaies à'or, tandis qu'une partie de leur dépense se

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taisait en monnaie d'argent et de cuivre, ils étaient intéressés à ne pas altérer la valeur de Vor, quoique induits par la nécessité ou un intérêt mal-entendu , à diminuer, comme nous l'avons dit plus haut, le titre ou le poids des autres monnaies , dont ils achetaient la matière en grosses masses, et sur la fabrication desquelles ils gagnaient par conséquent beaucoup.

Le peu de mots qu'on vient de lire sur les monnaies d'or, peut suffire cependant à établir un nouveau calcul sur la valeur du sesterce.

En effet Vaureus des premiers empereurs équivalant dans le temps à vingt-cinq deniers ou à cent sesterces, et ayant actuellement une valeur intrinsèque de 26 francs environ , il en résulte évidemment que le sesterce vaudrait 26 centimes , en en calculant la valeur d'après la base des monnaies d'or.

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Si enfin c'étaient les monnaies de cuivre que nous prissions pour base de l'évaluation du sesterce , à chaque époque où 1'^^ changea de poids, le sesterce changerait aussi de valeur, et

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les résultats seraient encore difFërens de ceux ci-dessus obtenus.

En effet il est naturel que les métaux monnoyés changent de valeur les uns par rapport aux autres, parce que leur plus ou moins d'abondance, et leur emploi dans les arts , les rend marchandise dans le commerce , tandis que la loi voudrait les rendre monnaie , ou moyen fixe d'échange. A la longue le besoin du commerce l'emporte sur la loi qui est alors forcément modifiée.

Mais pour en revenir à la question qui nous occupe , dans celte variation continuelle de valeurs des différens métaux, il paraît naturel de prendre, pour base des calculs, le métal dont la monnaie semble avoir été la plus ancienne , la plus usuelle, et avoir le moins varié ( je ne dirai pas dans son prix, puisqu'il n'est que relatif) mais dans sa forme , dans son poids , et dans sa dénomination.

A ces divers titres, et malgré ses variations , le denier nous offrira donc encore le terme de comparaison le plus simple , pour l'évaluation du sesterce dans les derniers temps de la république et le commencement de l'empire.

Aussi c'est sur cette base que la plupart des antiquaires ont établi leurs calculs.

Obsei'vons au reste que, pour bien apprécier l'importance réelle de certaines sommes relatées dans l'histoire, il ne suffit pas de trouver le rapport intrinsèque des monnaies anciennes aux nôtres; il faudrait encore connaître et comparer le prix des denrées de première nécessité à ces diverses époques. Mais les historiens ne nous ont fourni que rarement les détails nécessaires pour calculer cette nouvelle valeur relative des monnaies de chaque siècle.

Qu'il nous soit permis en finissant ce sujet de faire une dernière observation sur les rapports de la livre romaine aux poids modernes.

Différens auteurs qui ont cherché à les éta blir d'une manière rigoureuse, partant toujours de bases différentes , ont dû arriver à des résultats différens.

Ceux qui ont pris pour base les monnaies d'or romaines nous paraissent devoir être plus prèsde la vérité^ que ceux qui ont établi leurs calculs

sur les poids ou monnaies des autres métaux. 1° Parceque le prix de l'or a dû faire apporter plus d'exactitvide dans le poids des monnaies d'un métal si précieux ; 2° parceque les espèces d'or ont pu conserver, dans le sein de la terre d'où le hasard les retire, leur poids primitif , tandis que l'argent et surtout le cuivre s'oxidant facilement , les monnaies de ces derniers métaux ont dii s'altérer d'une manière sensible.

Mais quand il s'agit du poids des monnaies romaines , il faut se garder de faire servir à ces calculs, les monnaies qui ont pu être battues dans les provinces; i° par les peuples alliés qui par sujettion inscrivaient le nom de Rome sur leurs monnaies propres ( tels par exemple que plusieurs petits peuples de la grande Grèce. ) 2° Par les proconsuls ou chefs de parti , qui en faisant battre monnaie , adoptaient souvent pour le poids des espèces, les règles ou coutumes des pays où ils se trouvaient.

Cependant malgré toutes ces précautions , les diverses évaluations des savans ne s'accordent pas parfaitement , soit que les monnaies d'or romaines se ressentant de l'imperfection du monnoyage , ne soient pas d'un poids toujours égal et proportionnel entr'elles , ou qu'elles aient été rognées et altérées par une cause quelconque ; soit qu'une variation momentanée, légale peut-

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être, mais inconnue à nous, ait pu faire fabriquer des espèces plus pesantes ou plus légères.

Au reste il nous semble qu'on doit choisir, comme la plus vraisemblable, l'évaluation donnée par M. Letronne dans un savant mémoire ; et qui ayant été le résultat et la moferiîie en quelque sorte, d'une multitude d'observations dirigées par la plus saine critique, porte la livre TonxsLmclxsioc mille, cent-soixante grains , c'està-dire à dix onces, cinq gros, quarante grains poids de marc.

Après avoir recherché la valeur des monnaies chez les Romains , on trouvera sans doute nécessaire de jeter au moins un coup-dœil sur leur manière de compter.

Leur numération était beaucoup moins simple que la nôtre , et cependant la très-modique valeur du sesterce ( leur unique monnaie de compte ) exigeait de grands nombres pour exprimer des sommes, même médiocres. De là des abréviations fréquentes, des distinctions presque subtiles , et par conséquent de la difficulté et de la confusion , dans l'expression des sommes considérables.

Quand les Romains usaient du mot sestertius

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au masculin j ils sous-entendaient en mêmetemps nummus , et alors on doit comprendre autant de sesterces qu'indiquent les noms de nombre , ou les chiffres. Par exemple trecenti sestertu ou CCC. SESTERTIl signifient simplement trois cents sesterces.

Mais quand ce même nom était au pluriel neutre, le nombre mille était sous-entendu ; trecenta sestertiaou CCC. SESTERTIA s\^mfient trois cent mille sesterces.

Enfin quand le mot était au neutre singulier ou génitif pluriel , et accompagné d'un nombre adverbe finissant en ies , alors le nombre cent mille était sous-entendu et l'expression :

Trecenties sestertium doit être expliqué par trente millions de sesterces.

Lorsqu'il s'agissait d'écrire ces valeurs en abréviation on le faisait ainsi :

HS. Trecenti.

HS. Trecenta. HS. Trecenties.

Mais quand, pour abréger encore davantage, on ne se servait que de chiffres , il devient alors très-difficile de deviner le nombre qu'on a voulu exprimer , et la vraie leçon ne peut se déterminer que par diverses circonstances.

Si , par exemple , il était simplement écrit :

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HS. D. on pourrait interpréter la somme de trois manières bien différentes.

Sesteî'tii quingenti ou cinq cents sesterces ,

Sestertia quingena ou cinq cent mille sesterces.

Sestertiûm quingentiès ou cinquante millions.

Tibère usa de cette équivoque pour frauder Galba du riche legs qui lui était fait par Livie. Le testament portait HS. D. L'intention était visiblement HS. quingenties. Tibère eut l'avarice d'interpréter HS. Quingena,

Il y a encore beaucoup d'autres abréviations ou formules à connaître, principalement dans les inscriptions. Le chiffre couvert d'une ligne horizontale doit être multiplié par m///e. X signifie decem millia, etc.

Mais il nous est interdit par notre plan d'entrer dans plus de détails.

Après cette digression, trop longue peut-être, sur les monnaies romaines considérées dans leur valeur pécuniaire , passant maintenant à l'examen de leurs types , il faut d'abord remarquer que les Romains ne regardaient point comme l'apanage exclusif de la souveraineté le

droit de figurer sur la monnaie, et d'y graver un nom , une effigie ou un symbole.

Dès le sixième siècle de Rome , et à une époque où les Romains étaient le plus jaloux de leur liberté, les magistrats chargés da soin des finances de la république , furent souvent autorisés à inscrire sur les monnaies frappées pendant leur administration , leurs noms ou leurs monogrammes, tout en conservant les anciens types qui jusqu'alors avaient été uniformes.

Ensuite , et à ce qu'il paraît vers le commencement du septième siècle , ces mêmes magistrats purent (du moins sur la monnaie d'argent) faire graver l'efligie ou les symboles de ceux de leurs ancêtres qui s'étaient illustrés, ou des emblèmes rappelant leur origine, ou leurs noms. 11 en résulte une variété infinie de types, de légendes, d'abréviations; variété qui rend l'explication de ces monnaies non seulement très-difîicile , mais encore, dans tous les cas, plus liypotiiètique que positive : elles n'otfrent d'ailleurs aucunes dates ; et l'on est réduit à les ranger selon l'ordre alphabétique du nom des familles.

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Cependant aux mêmes époques, l'on continuait aussi à frapper des monnaies aux anciens

types. Des circonstances qui nous sont inconnues décidaient sans doute du mode de fabrication. Mais il est certain que non seulement des deniers d'argent, mais des as de même fabrique et de même poids (et que par conséquent nous devons croire contemporains) tantôt portent , et tantôt ne portent point des noms ou monogrames de familles.

Les curieux appellent ordinairement monnaies des familles romaines, toutes celles des temps de la république, et, parmi celles-ci, monnaies desfamilles incertaines , toutes celles qui ne portent aucune indication de noms particuliers , même celles qui n'offrent purement que les anciens types. Mais il semblerait plus exact d'appeler ces dernières monnaies consulaires y ou monnaies ordinaires de la république.

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Les triumvii's monétaires, dont l'établissement remonte selon quelques auteurs vers l'aa de Rome 465 , mais selon d'autres beaucoup moins haut , et dont il est encore fait mention sur les monnaies des premières années du règne d'Auguste, étaient ordinairement et spécialement chargés ù Rome , du soin de présider à la fabrication des monnaies; (mais vraisembla-

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blemcnt sous l'inspection des magistrats supérieurs), de même cpe dans les provinces les questeurs remplissaient les mêmes fonctions , sous Va.uior'ité des pro-consuls ou des préteurs. Ces triumvirs surtout dans les derniers temps inscrivirent aussi sur la monnaie , leurs noms et leurs fonctions désignées par les lettres IJI. yiR. A. A. A. F. F. qui sont les abréviations des mois triiim VIR. Auro. Argento. Aère. Flando. Feriundo. Leurs noms s'y trouvent souvent seuls , et d'autres fois accompagnés de €eux des autres magistrats.

Quand Jules-César , après son troisième consulat, eût acquis une puissance illimitée, sans défendre aux magistrats ordinaires de continuer à inscrire leurs noms sur la monnaie, il fit mettre ouvertement sur celle d'or et d'argent, sa propre effigie , ce qui ne s'était point encore vu d'homme vivant. Il fut ensuite imité par les compétiteurs qui se disputèrent le pouvoir jusqu'à l'avènement d'Auguste.

Sous celui-ci , la prérogative usitée des magistrats disparut peu à peu; mais l'empereur ne s'empara pas exclusivement des types de la monnaie : il y admit ou l'effigie , ou les noms

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des princes et princesses de sa famille ; et l'on voit , par exemple , son gendre Agrippa et ses petits fils y paraître fréquemment. Quant aux princesses il semble qu'elles ne furent admises à cet honneur qu'avec certains ménagemens. Leur effigie figure sur les médailles frappées dans les provinces , avant de paraître sur celles frappées à Rome même , et ne parut ensuite sur ces dernières , que sous le symbole de quelques divinités ou vertus.

Mais l'usage introduit par Auguste se perpc'tua , et presque tous ses successeurs , firent ou laissèrent figurer leurs épouses et leurs enfans sur une partie des monnaies. Quand on ne les trouve pas sur les me'dailles romaines proprement dites, on les voit presque toujours sur celles de quelque ville de l'empire.

Ces médailles d'impératrices ou de jeunes princes qui n'ont point régné, sont en général moins abondantes que celles des princes qui ont tenu réellement le sceptre : et quoique recherchées des curieux pour cette raison, et pour la généalogie des familles impériales, s'il est permis de s'exprimer ainsi, elles sont ordinairement moins intéressantes sous le point de

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vue de la chronologie et des ëvénemens nationaux qu'elles retracent rarement comme les médailles des empereurs.

Passons à celles-ci, et à ce que leurs légendes et leurs types présentent ordinairement de plus intéressant. Commençons par les noms, les dignités et les litres du prince.

On sait que Jules-César acheva de détruire la république , en obtenant par la force des armes un pouvoir illimité. Octave son fils adoptif, héritant suivant la coutume romaine , de son nom , de ses richesses et de sa puissance , finit par fonder et établir le gouvernement de l'empire. Le nom d^ Auguste qui lui fut accordé par le sénat et le peuple , devint ensuite, avec celui de CeV/r l'apanage et le titre, non seulement de tous ses successeurs légitimes, mais de ceux mêmes qui , dans la suite , se saisirent violemment du souverain pouvoir. Les princesses des familles impériales admises au partage de cette espèce d'héritage , furent aussi appel 1 ées Augus ta .

Mais le litre à' Auguste n'appartint qu'aux princes réellement revêtus de la souveraineté; leurs iils naturels ou adoptifs , avant d'être as-

sociés à la souveraine puissance , étaient appellés seulement César , et ce dernier nom, (nom propre dans son origine) devenu une dignité, désignait les héritiers présomptifs de l'empire. Au loste le système d'adoption se conserva toujours, et conformément à l'usage , le prince adopté prenait , avec les titres , les prénoms , noms et surnoms de son bienfaiteur , et les joignait aux siens; nous en verrons de fréquens exemples.

La puissance tribunitienne était en quelque sorte la base de l'inviolabilité et de la puissance illimitée des empereurs (qui étaient censés avoir succédé aux droits des anciens tribuns du peuple et les avaient accrus). Cette puissance ou dignité était le titre dont ils négligeaient ordinairement le moins de faire mention , mais comme elle était censée renouvelée chaque année , c'était par elle qu'ils comptaient presque toujours les années de leurs règnes , et c'est elle qui offre ainsi le plus de secours aux recherches chronologiques. Malheureusement pour ces recherches, le quantième de la puissance tribunitienne n'est pas toujours exprimé sur les médailles.

Il paraît que jusqu'à Antonin-Pie, ce renouvellement fictif de la puissance tribunitienne , avait lieu chaque année au jour même où elle avait ëié accordée pour la première fois : mais que depuis la huitième année du règne de cet empereur jusques à Gallien , elle fut censée reviouvelée annuellement aux kalendes de janvier, quel que fût le jour où le prince en avait été d'abord revêtu.

Cette dernière opinion n'est point incontestable , il est vrai ; elle ne se prête pas à l'explication de toutes les combinaisons de dates offertes par les médailles , sans exception ; mais elle parait plus probable que toute autre. (Voyez Eckhel ; t. viii, p, 091 etsuiv.)

Dans le bas empire, l'usage de mentionner la puissance tribunitienne et de compter son renouvellement , devint d'abord moins fréquent et finit ensuite par cesser entièrement.

Souvent les empereurs avaient été consuls avant d'être élevés à la souveraine puissance. Par respect pour les anciens usages, loin de dédaigner et d'omettre ce titre, ils se faisaient encore revêtir de temps en temps du consulat , et ils en rappelaient le nombre dans l'énuméra-

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tiou de leurs dignite's. Toutefois ils mettaient peu d'importance à raccroîlre; et dans l'intervalle de leurs consulats , ils conservaient le titre du dernier.

Maigre ce désavantage , la comparaison des consulats du prince ( toujours insérés d'ailleurs dans les fastes consulaires ), leur comparaison, dis-je, avec les puissances tribunitiennes , et avec les autres titres , et enfin avec les types des médailles, offre de fréquents secours pour la chronologie.

Mais dans les calculs chronologiques des consulats , il faut se rappeler qu'indépendamment des consuls ordinaires, les empereurs, pour multiplier leursfaveurs, avaient abusé de l'usage des consuls subrogés , consules suffecti, pour établir sous le même nom, des espèces de consuls honoraires, dont le nombre n'était point déterminé , et dont la dignité comptait cependant dans rénumération des consulats : or comme plusieurs princes , avant de parvenir à l'empire avaient été ainsi consuls subrogés , ou ne dédaignèrent point de le devenir , depuis leur avènement , il faut alors avoir égard à cette circonstance , pour concilier des contradictions

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apparentes qui peuvent quelquefois ressortir de la comparaison des consulats avec les puissances tribunitiennes.

D'autres fois des consulats simplement promis ou désignés , paraissent avoir été confondus avec des consulats réellement acquis, ou du moins le mot DESignatus a été omis. Mais les cas en sont fort rares , et il y a même ajjparence que la plupart des médailles alléguées en exemple , ont été mal lues : erreur causée sans doute , parceque les nombres exprimés auront été altérés par le laps du temps, ou quelque frottement.

De tout ceci il résulte , que la chronologie des médailles a souvent besoin d'être éclaircie par la comparaison des historiens , comme en revanche elle confirme souvent ou rectifie les assertions de ceux-ci ; mais , dans ce dernier cas , il faut pouvoir s'étayer sur plus d'un exemple. Il faut d'ailleurs se rappeler que la date d'une médaille s'applique à la médaille elle-même , et non à l'événement que relate son revers, événement , qui peut quelquefois être antérieur de plusieurs années.

Au reste quoique le consulat ait subsisté

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jusqu'au régne de Justinien qui réunit cette dignité à la couronne impériale, cependant longtemps avant cette époque , et dès le commencement du bas-empire, les empereurs négligèrent le plus souvent de la mentionner sur la monnaie, où elle ne paraît qu'à de longs intervalles. ' '

Dans l'origine le titre d'empereur ( imperator) était donné, comme l'on sait, par les soldats à leur général victorieux, et renouvelé à chaque victoire éclatante. Depuis l'établissement de l'empire , le prince étant le généralissime de toutes les armées romaines , s'attribuait le mérite de toutes les victoires obtenues ; soit qu'il eût commandé lui-même les armées , soit que, sans y paraître, il n'eût fait la guerre que par ses lieutenans. C'est ainsi que l'on voit souvent le prince se déclarer empereur pour la quinzième ou vingtième fois , et se donner en même-temps pour surnoms, des titres forgés avec les noms des peuples vaincus. Quelquefois même , par une démence presque inconcevable , on vit tel empereur prétendre triompher des peuples qui avaient battu ses armées et se parer impudemment du titre de leur vainqueur.

Au reste ce titre d'imperator devint bientôt un des attributs de la souveraineté. Car on le voit porte' par des princes dès les premiers jours de leur règne, et sans qu'aucune victoire, sans qu'aucune guerre y eiit donné lieu. Mais alors (c'est-à-dire lorsqu'il est un attribut de souveraineté) il précède tous les noms et titres, même celui de César y et n'est suivi d'aucun nombre. Quand au contraire il désigne les victoires , il est rapporté après le nom , et souvent même à la fm de tous les autres titres.

Cbez les Romains le sacerdoce avait été presque constamment uni aux fonctions civiles et politiques. A la léte du collège des prêtres se trouvait le grand pontife, choisi par eux ou par le peuple, selon les révolutions de la république.

Depuis qu'Auguste eut été revêtu du grand pontificat et en eut accru l'autorité , cette dignité ( qui de tout temps était accordée pour la vie, et n'avait pas besoin d'être renouvelée) fut toujours attachée à la personne du prince, et lui était déférée par le sénat, selon ce qu'avait réglé Tibère.

Jusqu'au régne de Balbin et de Pupien qui furent élus simultanément , le grand-pontificat

n'appartint qu'au souverain principal, et non , pas à ses collègues , quand il avait jugé à propos i de s'en adjoindre. Mais ceux-ci pouvaient être simplement pontifes et en prenaient souvent le titre.

Depuis Balbin etPupien le grand pontificat paraît avoir c'té le partage de tous les collègues ^ à l'empire, qui finirent par se l'arroger eux- ; mêmes , ei sans recourir au séna' dont toutes les , prérogatives disparaissaient peu à peu.

Au reste, après l'ctablissenient complet du christianisme, ces dignités sacerdotales durent naturellement être abandonnées par les empereurs. Si des princes chrétiens les retinrent encore pendant quelque-temps , ce fut pour profiter du pouvoir politique et des richesses qui y étaient attachées. On fixe assez généralement ^'abandon définitif et entier du grand pontificat au règne de Gratien.

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Toutes les autres dignités importantes connues du temps de la république , étant souvent cumulées par les empereurs ou leurs enfans, les titres de ces dignités , cntr'autres ceux de censeur y à' augure , de prince de la jeunesse , se ; rencontrent encore sur les médailles. Mais il. suffit de quelque connaissance de l'histoire ro-

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maine , et de l'analogie , pour en avoir l'explication.

Mais outre ces titres exprimant ou rappelant les anciennes magistratures , des titres ou surnoms purement honorifiques, tels que ceux de père de la patrie , de très-bon , de pieux, A' heureux , furent décernes aux princes parla reconnaissance publique , plus souvent encore par un excès de flatterie dont le sénat était ordinairement l'oigane. Cet usage devint même si commun , qu'une fois accordés à un prince , ces titres ou surnoms d'honneur passaient presque toujours en héritage à ses successeurs. Dans le bas-empire on vit encore des titres nouveaux , tels que ceux de dominus ou de maître, de senioî^ , etc.

Au reste dans la suite du catalogue nous ferons remarquer l'origine de ces surnoms, ou du moins l'époque où ils paraissent pour la première fois.

Les noms et surnoms des princes et leurs dignités^ sont ordinairement gravés sur les médailles du côté de la tète ; et ce côté seul serait déjà assez intéressant pour donner de l'importance à leur étude : car indépendamment de la

xlvij légende qui contient souvent, et les élémens nécessaires pour calculer les dates, et des surnoms i^lorieux dont la mention relate déjà en quelque sorte l'événement qui y avait donné lieu, les tètes elles-mêmes nous donnent des portraits authentiques d'une multitude de personnages illustres , dont nous ignorerions la ressemblance sans leur secours : elles nous donnent encore , avec l'histoire de l'art du dessin dans chaque siècle ( dont la gravure des médailles porte pour ainsi dire le cachet) , l'Iiistoire particulière du costume et des coëffures. Enfin sans elles, il aurait été impossible de reconnaître et de classer cette immensité de statues , de bas-reliefs , de monumens de toute espèce , que l'antiquité nous a légués.

Mais les dignités et les surnoms ne sont pas toujours entièrement écrits du côté de la tète : ils occupent souvent en partie la légende des revers et les types de ceux-ci sont une des principales causes de l'intérêt et de l'utilité historique des médailles.

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Nos monnaies modernes calquées les unes sur les autres, présentent ordinairement pendant chaque règne, ou même pendant plusieurs

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règnes de suite, un revers uniforme qui, le plus souvent n'est qu'un écusson des armoiries du prince. Mais les médailles impériales romaines , changeaient continuellement de revers, et les types de ceux-ci accompagnés d'une légende appropriée, retraçaient presque toujours les événemens dont on voulait conserver la mémoire. Il est vrai que la flatterie déguisait souvent la vérité, ou entassait des éloges vagues et peu mérités; que quelquefois elle célébrait bien à tort de prétendues vertus d'un prince réellement odieux par les vices opposés! Mais aussi combien ne voit-on pas, sur ces revers , d'événemens importans retracés avec fidélité , et avec une noble concision 1 Combien de détails omis par les historiens, n'y sont-ils pas découverts chaque jour ! Enfin de même , et plus encore que dans l'examen des létes , sous le rapport de la chronologie et de l'art, que de choses à y étudier '

Les légendes soit des têtes, soit des revers sont souvent écrites avec des abréviations : celles des têtes, ou plus généralement encore celles des noms et des titres , sont plus faciles à expliquer, attendu qu'elles sont moins variées , et que

les médailles comparées les unes aux autres s'expliquent mutuellement. JMais les autres abréviations des revers sont quekjuef'ois trèsdifficiles à deviner : elles exigent une connaissance approfondie , non-seulement des locutions latines , mais aussi de l'histoire : la comparaison de toutes les médailles et inscriptions antiques du même genre qu'on peut se procurer ; et enfin un esprit assez sage pour éviter les systèmes uniquement ingénieux , qu'il est si facile de créer, mais qu'il est plus facile encore à la saine critique de détruire.

Au reste il est presque impossible de donner sur ce sujet des règles générales , et ce n'est qu'en examinant attentivement, et beaucoup de médailles, et les explications qu'en ont donné les antiquaires les plus habiles , qu'on pourra acquérir les moyens d'expliquer les abréviations des légendes nouvelles qui viendraient à se présenter, (i)

( I ) Il est peut-être bon de remarquer ici que beaucoup d'antiquaires , principalement dans le seizième et le dix-septième siècles , bien que très-savans d'ailleurs, se sont livrés à une infinité de conjectures plus ou moiiis ingénieuses, mais généralement rejetées aujourd'hui j et qu'en conséquence , ils ne sont point des guides sûrs dans celte étude.

Cependant quelque discernement que l'on apporte, l'on trouve souvent des ahiéviations inexplicables : telles sont entre autres celles à Veocergue des nie'dailles du bas-empire. Soit que les lettres dont elles sont composées, indiquent le lieu de fabrication et la marque des monétaires, ou aient rapport à la valeur numéraire de la monnaie, il est de fait que les plus savans ont clierché Vainement des explications qui s'appliquassent ù tous les cas qui se présentaient. Nous n'en citerons qu'un seul exemple.

Rien n'est plus commun que les lettres ou le mot CONOB à l'exergue des médailles du basempire , principalement de celles d'or. Les uns ont imaginé qu'il fallait lire CONstantinopoli OBsignatum , c'est-à-dire , que la médaille avait été frappée à Gonstantinople. Mais on a bien vite objecté que ces mêmes lettres se retrouvaient quelquefois sur les monnaies de certains empereurs, ou princes d'occident en guerre, et

non reconnus par ceux de Gonstantinople

Et cette seule objection a suffi pour détruire l'explication proposée.

D'autres antiquaires ont pensé que ces lettres étaient l'abréviation de CONJlatum OBrisum , et signifiaient que la monnaie était d'or fin.

Mais coniino elles se voient aussi sur des monnaies de cuivre, il a l'alhi renoncer également à cette seconde leçon.

D'autres hypothèses moins plausibles encore, ont été énoncées ; mais ce n'est pas ici le lieu de les discuter , et il nous suffira de conclure qu'il est des choses qu'il faut savoir ignorer jusqu'à ce qu'un heureux hasard nous les apprenne. Peutêtre qu'un jour nous apprendrons le mot de l'énigme, par la découverte de quelque médaille qui nous donnera la phrase en entier , ou de quelque auteur ancien qui nous expliquera ce qu'on n'a pu deviner jusqu'à présent. ; . .

Mais il est encore d'autres légendes, réellement et pour toujours inexplicables, et il est bon d'en prévenir les curieux pour qu'on ne s'y obstine pas inutilement. Bien des médailles antiques sont défectueuses par la faute des monétaires qui les ont confectionnées. Tantôt les monétaires en confondant les coins, ont joint à une tête un revers qui ne devait point lui appartenir : tantôt (ce qui est plus extraordinaire) la précipitation avec laquelle il fallait graver les coins entraînait des transpositions de lettres si «ssentielles , que la légende en devenait bar-

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bare , ou toute autre de ce qu'elle devait être naturellement. D'autres fois enfin , le coin en ressautant sous l'effort du marteau , produisait une double empreinte de nature à rendre la médaille plus ou moins méconnaissable. Dans ce Catalogue même, on trouvera des exemples de ces trois sortes de défectuosités.

Les médailles romaines présentent, sur toutes celles des autres peuples, une particularité qu'il est bon de faire remarqtier, mais qu'il est difficile d'expliquer d'une manière satisfaisante. Plusieurs empereurs ont fait restituer les monnaies de quelques-uns de leurs prédécesseurs , c'est-à-dire qu'ils ont fait frapper des pièces qui reproduisaient les types et les légendes de ces monnaies plus anciennes avec l'addition du nom de l'empereur régnant , et du mot REST {ITV^IT) qu'on a interprété fort diversement. Des savans ont pensé que ce mot avait rapport aux vertus des prédécesseurs , que le prince régnant faisait revivre : d'autres qu'il faisait allusion à la restauration des anciens monumens publics, fondés par ceux dont les noms étaient inscrits sur ces monnaies : d'autres enfin ont cru que ce rétablissement d'anciennes monnaies avait lieu simplement par vénération pour la

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mémoire des siècles précédens, et c'est ainsi qu'ils expliquent les restitutions faites par Trajan de beaucoup , peut-cire même de toutes les monnaies consulaires ou dites de familles. Mais quoique cette troisième version ne donne pas lieu à autant d'objections que les deux premières, il faut encore avouer que ces restitutions de monnaies consulaires exactement calquées sur des types primitifs , et de monnaies impériales qui no sont pas toutes aussi scrupuleusement imitées, il Îa\\i avouer, dis-je, que ces restitutions sont énigmatiques sous plus d'un rapport.

Observons en passant que les deniers de familles restitués par Trajan , tout en conservant soigneusement les anciens types , n'ont que le poids ordinaire des autres deniers du même prince ; ce qui prouve qu'ils étaient assimilés à la monnaie courante de son règne.

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