ARTICLE VII
Des médailles fourrées , et de celles qui sont incuses.
. Les médailles d'or et d'argent qu'on appelle fourrées paraissent devoir être hors de toute suspicion. Ce sont des pièces de fausse monnaie que l'on contrefaisait chez les anciens, et qu'on faisait passer pour de la monnaie légitime. On n'aura pas de peine à croire qu'il y a eu des faux monnayeurs aussitôt qu'on a établi chez les peuples policés l'usage de la monnaie d'or et d'argent. Cette fourberie s'est perpétué jusqu'à notre temps , et ne finira vraisemblabler. 1
ment qu'avec le monde ; mais il faut convenir que chez les Romains les faux monnayeurs étaient d'habiles fourbes , et surtout d'excellens graveurs. Comme les monnaies de l'empire, soit d'or, soit d'argent, étaient d'une fabrique parfaite, il fallait de nécessité les imiter pour faire passer dans le public les pièces contrefaites : aussi le sont-elles à un point que nous sommes obligés de les piquer quand elles ne sont poin; entamées, pour reconnaître si elles sont fourrées , c'est - à - dire si elles sont de cuivre en dedans.
La fabrique des médailles contrefaites était extrêmement difficile à pi^atiquer ; il ne s'agissait pas , comme aujourd'hui, d'allier un peu d'or avec du cuivre, ou de blanchir simplement une pièce de billon. Les faux monnayeurs romains couvraient leurs pièces d'une feuille d'or ou d'argent pur , assez épaisse pour ne se découvrir qu'après un long usage dans le commerce, et qui se comprimait tellement avec le cuivre du dedans , quand on les fabriquait, qu'il étoit impossible de les apercevoir , à moins de les entamer avec un burin ou un autre instrument.
Cette cii"constance nous fait bien connaître que l'argent était rare dans l'empire romain , puisque un ouvrier risquait d'être puni , pour contrefaire une médaille d'argent, qui vaut à peine aujourd'hui quinze sols , et qui était alors d'un bien plus bas prix.
On doit donc être assuré qu'une médaille est in-
tlubitablement antique et frappée , dès qu'elle est fourrée. Gomme ces pièces se fabriquaient à la hâte, et toujours dans des lieux souterrains, elles sont sujettes à avoir des défauts dans les légendes, qui les rendent, pour la plupart, singulières, soit parla transposition des lettres, ou par d'autres défauts. Il faut les examiner avec attention , et l'on en trouvera peu , surtout en argent , qui n'entrent dans une suite.
L'épaisseur et le relief des médailles d'or et d'argent, ayant donné lieu aux faux monnayeurs de les fourrer plus aisément, il s'en trouva à la fin un si grand nombre , que , lorsqu'on rétablit , sous le règne des enfans de Constantin , une fabrique de monnaie d'argent pur ( qui n'avait été presque que de billon , depuis le règne de Caracalla), on prit, pour la sûreté publique, le parti de la diminuer de la moitié ou environ du poids , et de la faire si mince, qu'il ne fut plus possible de la falsifier ; c'est ce qu'on jugea de plus efficace pour empêcher la fourbe. J'ai cependant vu un Valentinien d'or fourré dans le cabinet de feu M. Mabudel; c'était le seul antiquaire que j'aie connu en France, qui avait pris soin d'amasser toutes les singularités imaginables qui se trouvent sur les médailles antiques , tant pour leur fabrique, que pour l histoire , et dont il avait fait une collection unique.
Les médailles d'argent fourrées sont donc sûrement antiques ; on ne peut en refaire les lettres , comme sur celles qui sont de bon aloi , parce que
ia médaille n'étant couverte que d'une teuille d ar- <^ent, elle ne peut soutenir d'être travaillée; on s'est cependant encore avisé , pour pousser le déguisement jusqu'au point où il pouvait aller, de percer des médailles d'argent fausses , mais bien contrefaites, avec une aiguille de fer rougie , et dont le feu noircit et rougit la médaille en dedans, et la faire croire fourrée à ceux, qui n'examinent pas la chose de près. Il faut, quand on voit ces sortes de médailles , ainsi percées et qu'on croit fourrées , si on n'est pas assez habile pour reconnaître la fausseté de la médaille , la piquer , ou dans le champ , on aux rebords, et s'assurer par là si elle est effeclivement fourrée, et- par conséquent antique.
Les médailles incuses n'ont , je crois , jamais été contrefaites , et on peut les regarder toutes comme des pièces sûrement antiques. Celles que nous appelons ainsi , sont des médailles qui ont , des deux côtés la même tête , en relief d'une part , et en creux de l'autre ; ce défaut provient de la précipitation du monnayeur , qui , avant que de retirer la médaille qu'on venait de frapper , remettait un nouveau flan, qui , trouvant en dessus le carré , et en dessous la médaille qu'on n'avait pas retirée, marquait, des deux côtés , la même tête en relief et en creux; mais toujours frappée plus imparfaitement du côté du creux , l'effort étant beaucoup plus faible du côté de la médaille, que de celui du carré. Ces médailles, qui sont rares, ne servent, dans les cabinets, que pour la curiosité ; il y en a d'or , d'argent , et quel-
ques-unes de bronze , surtout en moyen : je ne me souviens point d'en avoir vu en grand. On trouve quelquefois des têtes rares de cette façon j tel est un Pertinax d'argent , que j'ai vu autrefois dans le cabinet de feu M. de Pont-Caré , premier président du parlement de Normandie. Ce cabinet a passé dans celui de M. d'Ennery.