‹ Leçons élémentaires de numismatique romaineChapitre 64 sur 70 · ARTICLE VIII · texte numérisé non relu

ARTICLE VIII

Des médailles moulées qui sont antiques , et des médaillons qui sont de plusieurs cuivres.

Quoique j'aie avancé que toutes les médailles antiques étaient frappées au marteau, et que celles qui sont moulées doivent être regardées comme des pièces fausses , fabriquées sur l'antique ou sur le moderne, il est cependant certain qu'il y a des médailles de bronze antiques qui ont été moulées. Je n'entends point parler ici de ces pièces d'un volume très- étendu, qui représentent la tête de Rome, et qui servaient de poids chez les Romains , ainsi que de celles à peu près d'un poids semblable , où on voit les têres des Ptolémées , rois d'Egypte , ^qui étaient destinées au même usage , et qui n'ont pu être fabriquées qu'à la faveur du moule ; mais je parle des médailles qu'on voit dans tous les cabinets, et qui ont été moulées : telles sont la plupart des médailles de btonze égyptiennes , ou les médaillons de Potin , de la même fabrique , qu'on a fliits sous les règnes des empereurs 5 d'autres qui sont grecques, de la

fabrique d'Antioche,ou de quelques autres colonies de la Grèce, sont aussi moulées, mais d'un moule et d'une fabrique si visiblement antiques, qu'il est impossible; de les méconnaître. Il est vrai qu'un nouveau curieux rejettera ces médailles; mais, quand on s'est formé un goût sûr de la fabrique des anciens , elles ne sont plus suspectes*

Je ne connais, dans les médailles latines, que celles de Postume ^ en grand et moyen bronze, parmi lesquelles on en trouve de moulées; en effet, la plupart des médailles de ce tyran le sont visiblement , mais avec ce goût de l'antique ^ qui rassure d'abord un curieux connaisseur. On ne manquait pourtant pas alors d'babiles graveurs dans les Gaules j témoin une bonne partie des médailles de bronze , du règne des Postwnes, et principalement celles d'or, de Postiiine, le père , qui sont d'un goût et d'une délicatesse dignes des plus beaux règnes de l'empire. 11 ne faut pas qu'un curieux rejette indistinctement toutes les médailles moulées, ou celles qui paraissent l'avoir été; il est bon d'observer quelaplupart des médailles quel'on trouve dansla terre, sont couvertes (quelque intrinsèquement qu'elles soient conservées ) d'une rouille épaisse qui en couvre toute la figure. Les artistes qui les achètent,les mettent au feu pour les découvrir; et comme il y a toujours de l'alliage, soit daiis l'argent, soit dans le bronze (comme , par exemple , de l'étaim ) , il arrive que le métal le plus tendre se fond et se dissipe en fumée , tandis que l'autre s'échauffe simplement sans s'ébranler; d où il résulte que le métal évaporé

laisse des cavités sur la surface de la médaille , ce qui la fait soupçonner d'être fondue , quoiqu'elle ne le soit pas, et qu'elle n'ait d'autre dé faut que d'avoir été mise au (eu pour être nettoyée. J ai fait làdessus beaucoup d'expériences auxquelles on peut ajouter foi, et je possède, dans ma suite de grand bronze, plusieurs médailles ainsi découvertes.

Les pièces les plus rares que nous possédons, eu fait de médailles antiques, sont celles que nous appelons médaillons , qui n'étaient point de la monnaie courante , comme toutes les autres espèces de médailles. On frappait les médaillons comme des monumens publics qu'on répandait parmi le peuple, dans les cérémonies des jeux ou des triomphes, ou qu'on donnait aux ambassadeurs et aux princes étrangers. Les Romains nommaient ces pièces Missilia^ et les Italiens les appellent aujourd'hui Médaglioni , nom que nous avons emprunté d'eux , pour indiquer les médailles du premier volume.

Il y a , comme je l'ai dit, une infinité de médaillons qui sont faux, soit qu'ils soient de coin- moderne, ou seulement moulés. Outre les règles que j'ai données ci-dessus pour les reconnaître siirement, on peut faire attention s'ils ne sont pas de plusieurs cuivres , et , en ce cas , ils sont antiques ; la fabrique de ces pièces est d'être de différens cuivres, qui ne sont point alliés , mais dont seulement l'un enchâsse l'autre, et qui sont frappés du même coin. On peut y remarquer que les caractères de la légende portent quelquefois sur les deux métauxj d'autres fois, ils ne

î>ont que sur les rebords du flan du médaillon , auquel le premier rebord , qui est d'un cuivre diffé- y rent , ne sert que de cercle. Ces pièces sont sûre- Tiient antiques et bors de tout soupçon , et je ne m'étendrai pas davantage sur leur article ; on a seulement le malheur d'en trouver très-peu.

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