‹ Leçons élémentaires de numismatique romaineChapitre 66 sur 70 · ARTICLE X · texte numérisé non relu

ARTICLE X

Nous avons, parmi les médailles qui composent tous les cabinets, des pièces qui se trouvent antiques dans une sorte de métal, ou dans une grandeur, et qu'on ne trouve point dans les autres suites. On ne doit cependant pas conjecturer que, parce qu'on ne les a pas découvertes jusqu'à présent, on ne les trouvera jamais antiques ; la raison et l'expérience prouvent le contraire , puisqu'il est hors de doute que, dès qu'on a fabriqué des médailles, soit pour un empereur , ou pour quelque personne de sa famille, on peut en avoir frappé dans les trois métaux d'or, d'argent et de bronze, et même de différentes grandeurs, quoique, jusqu'à présent, il y ait des

suites où il manque plusieurs têtes. JNous n'avons point aVOtho/i fabriqué à Rome du consentement du sénat, par la raison que le sénat ne se déclara pas pour ce prince; il voulut, avant que de le reconnaître pour son maître , et faire en conséquence fabriquer de la monnaie de bronzeen son nom. voir terminerla guerre civile qui s'était élevée entre ce prince et Vitellius, son compétiteur à l'empire ; mais cette raison , qui subsiste pour les médailles de bronze à l'égard à'Otlion et de Pescennins Niger ^ ne peut avoir lieu pour les autres règnes, puisque, comme je viens de le dire, on ne fabriquait pas pour une seule sorte de médailles, et que, dès qu'on en a trouvé d'une espèce , on peut en découvrir de celles qui nous ont manqué jusqu'à présent.

La terre n'a pas encore rendu tous les trésors de médailles que les débris de tant de siècles lui ont confiés. On ne connoissait pas YÂnnii Faustina d'argent qu'on a heureusement trouvée , et qui a passé dans le cabinet du roi d'Espagne, et depuis deux siècles qu'on a commencé à former des cabinets de médailles, elle était échappée aux recherches des antiquaires. Il en est de même de YOrbiana d'or, et M. Vaillant avait assuré qu'elle ne se trouvait point; cependant il en a passé depuis ce temps une à fleur de coin dans le cabinet du Roi. On fait assez souvent de ces heureuses découvertes ; il y a peu de curieux passionnés qui ne rencontrent avec le temps des pièces singulières ou même uniques. J'ai trouvé, en mon particulier, un magnifique médaillon de

bronze à' Hadrien , au revers duquel est COS. III. , avec la louve et les deux enf'ans.

Cette pièce était inconnue. J'ai découvert une médaille encore plus singulière, c'est un SeperC" Alexandre de grand bronze, dont la légende du revers est POTESTAS. PEIIPETVA., avec le type de la Sécurité asiise. Elle n'est nullement équivoque ; c'est un titre qu'on n'avait point encore vu à aucun empereur romain ; il ne doit pourtant pas paraître étranger à ce prince, puisqu'on trouve au revers de ses médailles d'argent PERPETVITATI. AVG. , qu'on ne voit que sur ses médailles.

Ces médailles, ainsi que nombre d'autres que je pourrais citer , soit pour les tètes , soit pour les revers , ne resteront vraisemblablement point uniques , et l'on n'en a pas fabriqué un assez petit nombre pour désespérer de les voir multipliées. Il est vrai que leur degré de rareté subsiste jusqu'à de nouvelles découvertes. Ainsi , quoique nous n'ayons point encore vu de Gordiens d' Afrique ^ de Maxiimis et de Pauline d'or, etc. , il n'est pas impossible qu'on en découvre dans la suite, puisque, dès qu'on en a fabriqué en argent et en bronze, il est naturel de penser qu'on peut en avoir fait en même temps en or, et ainsi des autres.

Il y a des auteurs qui ont avancé qu'ils n'avaient

jamais trouvé deux médailles qui parussent avoir

été frappées dans le même coin , et qu'il n'était pour-

, tant pas croyable que l'on eût gravé un nouveau

coin pour chaque médaille. Cela ne peut être en

effet, car j'en ai vu plusieurs, et entre autres deux de Galba en grand bronze , parfaitement conservées, qu'. avaient été fabriquées dans le même coin; et on en trouverait beaucoup si les médailles de bronze nous étaient toutes parvenues à fleur de coin, mais on les trouve la plupart frustes, c'est-à dire usées et hors d'état, par conséquent, de pouvoir être comparées avec celles qui n'ont point de défauts.

Après l'exposition que j'ai faite du nombre prodigieux de médailles fausses de toutes espèces, qui sont répandues dans presque tous les cabinets de l'Europe , on aura peine à croire qu'il y en ait quelques-uns d'exempts d'une contagion aussi générale. 11 y a cependant de grands cabinets qui ont été formés par d'habiles connaisseurs qui ne sont composés que de médailles légitimes , et sur lesquelles les historiens et les autres savans peuvent travailler en sûreté; tel est, sur tous les cabinets du monde, celui du Roi. C'est un trésor précieux où se trouve rassemblé ce qu'il y a de plus rare et de mieux conservé dans les différens genres de la science numismatique. Point de collections plus nombreuses. Les suites des médailles grecques et romaines y sont aussi immenses que choisies , en sorte qu'il n'y a aucun cabinet qui puisse entrer en comparaison avec celui du Roi.

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