QU AT R I ÉM E FA MI L L E
Cette famille a été élablie par Lamarck pour des Mollusques voisins des Huîtres, mais dont la coquille généralement régulière , d’un tissu compacte non feuilleté dans son épaisseur, est. garnie de stries ou côtes rayonnantes , et préseule le plus sotncnl une ou deux oreillettes au bord cardinal.
Ier GENRE, /joulelle. Pedum, Lamarck.
(Nom tiré de la forme de la coquille.)
Coquille inéqui valve , un peu auriculée et bâillante par sa valve inférieure. Crochets inégaux , écartés. Charnière sans dents. Ligament en partie extérieur,
inséré dans une fossette allongée et canaliforme, creusée sur la face interne des crochets.
Valve inférieure échancrée près de sa hase postérieure.
Le nom de Houlette a été donné à ces coquilles à cause de leur forme, qui rappelle celle (*u *er ^ unc houlette. Elles sont très-rares, et vivent enjjPfPp^ foncées dans les madrépores,
auxquels elles s’attachent à l’ai-
” d’un hyssus assez gros et
l ie. 7C9. Houlelte spondylulde Fig. 710. Sa charnière. SOyeUX. On tl'OUVe 1 es HoU-
letles dans la mer Rouge, l’Océan Indien et les mers de la Nouvelle-Hollande. L’animal des Houlettes est orné de couleurs assez vives ; les bords du manteau sont d un vert bleuâtre avec un liséré jaunâtre à l’extérieur; en dedans, ils sont d’un beau vert éclatant bordé de noir. Les cirres sont jaunes, avec une ligne brune sur
la longueur.
2e GENRE, j^uue- Lima , Bruguières.
(Nom tiré des aspérités de ces coquilles.)
Coquille subéquivalve, auriculée, un peu bâillante d’un côté entre les valves, à crochets écartés. Charnière sans dents. Fossette cardinale en partie extérieure, recevant le ligament.
Les Limes sont blanches ; leurs valves ont des côtes rayonnantes ou des écailles petites et rapprochées, qui rendent leur surface très-rugueuse.
Fig. 7 U. Sa charnière. Fig. 712. Lima subéquilatérale. Fig. 713. I.imc enllée.
L’animal n’est pas entièrement contenu dans sa coquille, qui, tou jours bâillante,
lui permet de faire sortir les appendices de son manteau, dont le pourtour est garni de cirres tentaculaires déliés , roses et blancs. Les Limes volent, pour ainsi dire , dans l’eau par les battements brusques et réitérés de leurs valves. MM. Quoy et Gaimard , qui firent partie de l’expédition autour du monde commandée par M. Dumont d’Urville, racontent qu’ils furent obligés de courir apres des Limes pour
s’en emparer.
Les Limes viennent des mers d’Amérique, de l’Océan Indien et de la iNouvelle- Hollande ; on en connaît un assez grand nombre d’espèces fossiles de I< rance et d’Angleterre.
S^l’a^iotdeme. Plagiostoma, Sowerby.
(nX».yto:, oblique ; areu, et., bouche.)
Coquille mince, oblique, subauriculée, inéqu fossette cardinale conique située au-dessous des crochets, souvent en dehors, et recevant le ligament.
ilatérale ; charnière sans dents ; une
Fig. 714. Sa charnière.
Fig. 715. Plagiostome sillonné.
Les Plagiostomes sont des coquilles qu’on ne connaît qu’à l’état fossile, et qui ont les plus grands rapports avec les Limes, dont elles diffèrent par l’absence d’un bâillement des valves pour le passage d’un byssus.
4e GENRE. SPeéc} ne. Pecten, Bruguières.
(Nom tire de la forme.)
Coquille inéquivalve, auriculée, à bord inférieur transverse, droit, et à crochets contigus. Charnière sans dents. Ligament intérieur, reçu dans une fossette trigone.
Fig. 716. Charnière du Peigne côles rendes. Fig. 717. Poigne opèreulaire.
Il yapeu de genres, parmi les Acéphales, qui soient plus nombreux queceluides Peignes, et qui renferment autant d’espèces remarquables par l’éclat, la variété
Il I S T 0 1 H lî NATURELLE.
Fig. 718. Peigne Manteau blanc. Fig. 719. Peigne Sole. Fio. 720. Peigne Manlclet.
longée, et se termine vers le sommet par une ligne droite dont les extrémités se prolongent de chaque côté delà charnière en deux appendices triangulaires, appelés les oreillettes. Ces deux pièces, tantôt égales, tan tôt inégales entreelles, fournissent deux divisions bien tranchées et utiles dans un genre aussi nombreux. Les valves sont régulières, quoique dissemblables entre elles ; dans quelques espèces, l’inférieure est plus ou moins convexe, et la supérieure plate : ces espèces ferment exactement. Dans d’autres, elles sont toutes deux convexes; mais on aperçoit une échancrure particulière sous l’une des deux oreillettes, ce qui établit une différence entre chaque valve”ot les rend un peu bâillantes dans cette partie. La surface de presque toüs les Peignes est garnie de côtes et de sillons longitudinaux qui partent du sommet et divergent en rayons vers la circonférence : ces côtes sont rarement lisses ; on y remarque le plus souvent une multitude de ciselures, de stries, d’éeailles variées à l’infini. Il n'y a point de dents à la charnière, et chaque valve ne présente qu’une fossette triangulaire dans laquelle se loge un ligament très-fort qu’on n’aperçoit point en dehors : quelques espèces ont à cet endroit deux ou trois petits tubercules obliques, assez sensibles, mais peu saillants. Les Peignes ne sont jamais adhérents, ni par une de leurs valves, ni par un byssus; ils sont entièrement libres, et ont la faculté de changer de place sans qu’ils aient un organe saillant bien prononcé qui puisse leur servir de pied. Ils peuvent se mouvoir avec agilité dans l’eau, et même, lorsqu’ils sont à sec, regagner le rivage; la prompte agitation de leurs valves est le moyen qu’ils emploient. Les pêcheurs attestent qu'ils s’échappent ainsi facilement de leurs mains et qu’ils s’élancent dans la mer. On prétend même que les Peignes viennent quelquefois à la surface, qu’ils entr'ouvrent alors leur coquille de manière à ce que la valve supérieure serve de voile tandis que l’autre fait l’office de nacelle [de Roissy).
Les Peignes sont très-délicats, et on les mange comme les Huîtres. Leur coquille figure parmi les plus belles de nos collections. On donne aux Peignes le nom de^èlerines , parce que les pèlerins qui visitent les lieux de dévotion dans le voisinage de la mer ont l’usage d’orner leurs habits et leurs chapeaux avec les valves de ces coquilles.
On trouve des Peignes dans toutes les mers, et les côtes de franco en fournissent de fort beaux. On en connaît aussi un grand nombre de fossiles.
>e GENRE, ./y mute-. Uinnites, Defrn
nce.
( llima , nmlc.)
Coquille ovale, irrégulière, adhérente par la valve droite, inéquivalve, subéquilatérale exactement fermée. Bord cardinal droit, sans dents, terminé de chaque
Fig. 721. Ilinnite irrégulière. Fig. 722.
côté par des oreillettes; ligament épais, contenu dans une gouttière étroite et trèsprofonde.
Le gpnre Hinnite a été établi par M. Defrance pour quelques coquilles dont les caractères ne s’accordent pas parfaitement avec ceux des Peignes , puisqu’elles sont adhérentes, mais qui ont avec eux les plus grands rapports.
(Ie GENRE. S?licaliiPe\ Plicatula, Lamarck.
( Plicatus , plissé.)
Coquille épaisse, adhérente, irrégulière, sans oreillettes, rétrécie au sommet, arrondie et plissée en arrière. Valve inférieure sans talon, mais avec une facette externe ; charnière formée de deux fortes dents formant une fossette intermédiaire pour le ligament. Une seule impression musculaire centrale.
Les Plicatules sont de petites coquilles dont les valves sont comme plissées ; elles sont toutes marines et viennent des mers d’Amérique. Les espèces fossiles se trouvent dans les couches antérieures à la craie, dans la craie et dans les couches pim nouvelles.
Fio. 723.
Sa charnière.
‘Fig. 724.
PI ica lu le en crcle.
HISTOIRE N ATI) ltKU.lv
7e GENRE. Q> pcnD"ylV. Spondylus, Linné.
(SjtcvS'uXc;, jeton de scrutin.)
Coquille inéquivalve, adhérente, auriculée, épineuse ou rude, à crochets inégaux, la valve inférieure offrant une facette cardinale externe ou talon aplati et divisé par un sillon, et grandissant avec l’âge. Charnière ayant deux fortes dents
sur chaque valve et une fossette intermédiaire pour le ligament, communiquant par sa base avec le sillon externe. Ligament intérieur, dont les restes anciens se montrent au dehors, dans le sillon.
Les Spondyles, aussi connus sous le nom d 'Huîtres épineuses, sont des coquilles très-recherchées dans les collections, à cause des longues épines qui les couvrent et de la variété de leurs couleurs.
Les Spondyles. vivent, comme les Huîtres et les Cames, fixés sur les rochers et les corps sous-marins; souvent ils sont groupés les uns sur les
Fig. 725. Charnière du Spondyle orange. ailtl’CS. Leur chair est moins bonne
que celle des Huîtres; cependant on les mange.
Les Spondyles sont des coquilles marines, qui ne se trouvent que dans les mers des pays chauds. La Méditerranée en fournit une fort belle espèce. Les Spondyles fossiles appartiennent aux couches plus nouvelles que la craie.
Fig. 726. Spondyle royal.
Il est difficile d’en trouver une collection plus complète que celle de M. Benjamin Dclesscrl ; aucun musée n’en présente un aussi grand nombre d espèces,
Il I ST 0 1 K E NATURELLE.
luplinns rm musées rovaux français et étrangers.
la proposition ci un iimiuianu ^ i 1
nu'on dit être de 5,000 à 6,000 fr. Le marché débattu et le prix convenu, il fallait
o • * i 1 . il- J/v 1« «
payer. Les économies en réserve ne faisaient qu’une faible partie de la somme, et le marchand ne voulait pas abandonner sa coquille sans en recevoir la valeur. M. R”*, consultant alors plus son désir de posséder une espèce unique encore que ses faibles ressources et l’étendue du sacrifice, lit seci élément un paquet de sa modeste argenterie, et alla la vendre pour compléter la valeur de son acquisition ; et, sans oser en parler à sa femme, il remplaça de suite son argenterie par des couverts d’étain, et courut chercher le malheureux Spondyle, qu’il nomma fastueusement Spondyle royal.
Mais l’heure du dîner arriva : on comprend aisément la stupéfaction de madame R"**, qui ne put expliquer de suite une telle métamorphose , et se livra à mille conjectures pénibles. M. R*'*, de son côté, revenait heureux chez lui, et sa coquille bien emballée dans une boîte placée dans la poche de sa capote; mais,. en approchant, il ralentit le pas, devint soucieux, songeant pour la première fois à la réception qui allait lui être faite. Les reproches qu’il attendait étaient bien un peu compensés par la jouissance du trésor qu’il rapportait. Enfin il arrive , et madame R*** fut d'une sévérité à laquelle le pauvre savant ne s’attendait peut-être pas ; aussi son courage l’abandonna: tout pénétré du chagrin qu’il causait à sa femme, il oublia sa coquille, et, se plaçant sans précaution sur une chaise, il eut la douleur d’être rappelé à son trésor en entendant le craquement de la boîte qui le protégeait. Heureusement le mal ne fut pas grand : deux épines seulement de la coquille furent cassées, et la peine qu’il en éprouva fit à son tour tant d’impression sur madame R***, qu’elle n’osa plus se plaindre, et ce fut encore M. R*** qui eut besoin de ses consolations.
Nous réunissons aux Spondyles trois genres établis par divers auteurs, sur des coquilles dont les caractères ont été mieux observés par M. Deshayes. Ce savant conchyliologiste a reconnu que les Pachytes de Cuvier, les Podopsides de Lamarck, et les Dianckores de Sowerby, avaient une charnière en tout semblable à celle des Spondyles, et que l’absence du talon s’expliquait par la dissolution de cette partie de la coquille; fait qui, s’il n’est pas encore expliqué d’une manière satisfaisante, n’est pas sans exemple dans les fossiles répandus dans les couches crayeuses. L’es pace triangulaire qu’on remarque au crochet de la grande valve de ces' coquilles, étant rempli par la couche interne, formait ce talon singulier que l’on ne voit que dans les Spondyles. On ne peut supposer aux Mollusques deux moyens de se fixer aux corps sous-marins. Il est certain, dit M. Deshayes, que dans les animaux mollusques actuellement connus, Lun de ces moyens d’attache exclut l’autre; les animaux qui se fixent, par la coquille n’ont point de byssus ou de tendon, et ceux qui se fixent par un tendon ou un byssus n’ont point d’adhérence immédiate. Les
Il I S T 0 1 H E1 NATURELLE.
(le changer le nom générique de chacune de ces espèces en celui de Spondyle.
CINQUIÈME FAMILLE
(Pdt/iceced.
Toutes les coquilles de cette famille ont le test feuilleté ou papyracé ; elles sont presque toutes irrégulières et n’ont jamais d’oreillettes. Les unes sont adhérentes aux corps sous-marins par leur valve inférieure, les autres sont libres. L’animal des Ostracés n’a point de pied, point de siphon saillant ni de bras.
cea, Lamarck.
(i Gryphile , nom ancien de ces coquilles.)
Coquille non adhérente, inéquivalve; valve inférieure grande, concave, terminée par un crochet saillant, recourbé ; la valve supérieure petite, presqueaplatieet oper-
Fio. 730. Grypliée arquée. Fig. 731. Gryphce anguleuse.
culaire. Charnière sans dents ; une fossette cardinale oblongue, arquée. Une impression musculaire sur chaque valve.
Les G ry pliées ont été pendant longtemps confondues avec les Huîtres, dont elles se distinguent facilement par le grand crochet recourbé de la valve intérieure. L on
Fig. 732. Charnière de Gryphée anguleuse. Fig. 733.
ne connaissait que des espèces fossiles très-communes d’ancienne formation , jusqu’au moment où M. Hwass, savant collecteur, communiqua à Lamarck la seule espèce vivante trouvée jusqu’à ce jour. Cette coquille reçut le nom de Gryphée anguleuse, et l’on ignora pendant longtemps ce qu’elle était devenue et quel était l’heureux collecteur qui la possédait. Cette même coquille est aujourd’hui dans la collection de M. Delessert (fig. 751).
2e GENRE.
Ostrea, Lamarck.
(Octt-jeov, huître.)
Coquille adhérente, inéquivalve, irrégulière. Charnière sans dents; une fossette cardinale oblongue, sillonnée en travers et donnant attache au ligament.
Fig. 734. Charnière de l’Huître <
Fig. 735. Huître commune.
Il n y a point de coquilles bivalves plus irrégulières et plus sujettes à varier de forme et de taille que les Huîtres. Tantôt elles sont parfaitement arrondies, tantôt
•ISS
IIISTOIIIE NATURELLE.
ovales ou très-allongées, ou anguleuses dans leurs contours ; leurs valves, d'une épaisseur plus ou moins considérable, sont aplaties ou bombées, souvent même contournées, et leur surface, quelquefois unie, est ordinairement rugueuse et comme composée de feuillets brisés. Il est rare de trouver deux individus parfaitement semblables, ce qui rend la détermination des espèces extrêmement difficile. La structure du test est lamelleuse; les lames, faiblement adhérentes les unes aux autres, se recouvrent et se débordent successivement, et, présentent à l’extérieur des feuillets plus ou moins frangés : ce sont ces lames, dont les accroissements sont trèsinégaux, qui modifient leur forme à l’infini. Cependant, en choisissant des individus qui n’aient été gênés dans leur développement par aucun obstacle ni par aucun accident , on peut en général reconnaître des types assez caractérisés pour établir des distinctions spécifiques réelles et constantes. Dans toutes les espèces, la valve inférieure est large, épaisse, et sa concavité est plus ou moins remarquable; la valve supérieure, plus petite, plus mince, est ordinairement plate, et quelquefois comme operculaire. 11 n’y a aucune dent à la charnière, mais seulement au sommet de chaque valve une cavité dans laquelle se loge le ligament. Cette partie, appelée le talon , est quelquefois très-allongée dans la valve inférieure ; elle doit son accroissement à des déplacements successifs du ligament , qui se recule ainsi que la valve supérieure dans le développement général , observation dont on trouve déjà un exemple dans le genre Spondyle. Ce ligament, qu’on ne voit point au dehors, mais qui n’est cependant pas tout à fait intérieur, est coriace, noirâtre et aplati; il a de l’élasticité tant qu’il conserve sa fraîcheur, et il devient fragile en se desséchant. Parmi les diverses espèces d’Huitres, on distingue deux formes principales que Lamarck a proposé de prendre pour base de deux divisions à faire dans ce genre : les
unes sont droites on à peu près, et à bords simples et unis; telle est l'Huître commune; d’autres sont plus ou moins arquées, et ont leurs bords plissés ou en forme de crête : ce sont celles qu’on nomme dans les collections Huîtres plissées. Les couleurs des Huîtres n’ont l ien de remarquable ; elles sont en général blanchâtres ou grisâtres , quelquefois lavées de roux ou présentant quelques lignes irrégulières d’une teinte plus foncée.
Ces coquillages sont toujours adhérents et se fixent dès leur naissance, non point par un byssus, mais par leur test même, qui se soude sur les rochers et les corps submergés. Le point d’attache est en général près du sommet de la valve inférieure, sous le talon. La plupart des espèces s’établissent sur les rochers et dans les fonds pierreux ; quelques-unes semblent s’attacher de préférence aux racines et aux branches des arbres qui garnissent le rivage et que la marée peut atteindre. A l’embouchure de plusieurs fleuves d’Amérique et des Grandes-Indes, on voit des groupes d’Huîtres suspendus et agités par le vent lorsque la mer se retire; on les désigne généralement sous le nom d Huîtres de Mangliers.
Les Huîtres se réunissent fréquemment sur d’autres coquilles, sur des madrépores; souvent même, lorsqu’elles manquent d une base solide pour se fixer, elle.'' s’entassent les unes sur les autres et forment des bancs d une longueur et d une épaisseur considérables. On voit sur certaines cotes sablonneuses de semblable.'
Fig. 736. Huître Crète-de-coq.
masses qui ont une étendue de plusieurs lieues, et dont l’aspect, la confusion et la solidité peuvent donner l’idée des bancs coquilliers qui se trouvent dans 1 intérieur de nos continents.
Les Huîtres, ainsi fixées par le talon de leur valve inférieure, passent toute leur vie sans se déplacer et sans pouvoir exécuter d’autre mouvement que celui de fermer et d’ouvrir leur coquille ; encore ce dernier n’exige-t-il aucun effort, puisqu'il leur suffit de relâcher le muscle intérieur qui les unit aux deux valves, pour que l’élasticité du ligament les fasse s’entr’ouvrir. Dans cet état, l’eau de la mer, chargée de molécules nutritives animales ou végétales, s’introduit dans la coquille et apporte à l’animal les aliments qu’il ne pourrait atteindre autrement. Des facultés aussi bornées semblent placer ces animaux au dernier degré de l’échelle des êtres, et feraient croire qu’ils sont entièrement privés d’intelligence. On prétend cependant qu'ils n’en sont pas tout à fait dépourvus : un fait assez curieux, observé sur les Huîtres du rivage, pourrait, s’il est bien constaté, en fournir la preuve. Ces Huîtres, exposées à l’alternative journalière des hautes et basses marées, semblent avoir appris qu’elles seront à sec pendant un certain temps, et conservent, dit-on, de l’eau dans leur coquille; cette particularité les rend plus transportables à de grandes distances que les Huîtres pêchées loin du rivage, et qui, manquant de celte expérience, rejettent toute l’eau qu’elles contenaient. Plusieurs observateursassurent aussi que les Huîtres ont dans certains cas la faculté de changer de place, et que, si elles se trouvent détachées par une cause quelconque, elles peuvent avancer en frappant l’eau vivement avec leurs valves, et plusieurs fois de suite.
Lorsque les valves sont entr’ouvertes , on aperçoit le manteau qui s’étend sur leurs bords sans pouvoir saillir en dehors; il est fort mince, divisé en deux lobes distincts dont chacun tapisse les parois intérieures de chaque valve. Le tour de ces deux lobes est garni d’un rang de cils ou filets simples , assez longs ët distribués également. Outre celte frange, on trouve à une petite distance, et parallèlement au contour du manteau, une sorte de bourrelet sillonné et relevé de petits tubercules arrondis. Pour séparer les deux valves, il faut rompre le muscle qui les attache au corps de l’animal, et qui laisse une seule impression sur chaque valve, vers le piilieu de la longueur. En écartant les lobes du manteau, on découvre quatre feuillets membraneux , demi-circulaires , qui sont les branchies, composées chacune d’un grand nombre de tubes très-déliés, joints parallèlement les uns aux autres ; elles s’étendent depuis la bouche jusque vers le tiers de la partie postérieure du corps; tous ces tubes aboutissent à un canal commun qui entoure les branchies postérieurement, et ce canal sert de communication entre l’organe respiratoire et le cœur : ce dernier , garni de deux oreillettes, est entouré d’une membrane contiguë au grand muscle qui retient les valves. Les pulsations sont très-sensibles à la vue simple; elles ne sont point isochrones, et il y a même des moments d’interruption totale, surtout lorsque l’animal est hors de son élément naturel. La bouche , située vers le sommet des valves, est une simple ouverture assez grande et entourée de quatre feuillets charnus qui sont probablement des organes particuliers du tact. Une petite valvule dentelée, placée dans l’œsophage, fait l’oflice de langue et doit servir à retenir les aliments. Viennent ensuite, à une très-petite distance, un premier estomac, dont la surface interne est ridée irrégulièrement, et un second estomac plus allongé, en forme de sac, d’où part un intestin qui, après avoir contourné le premier estomac et la masse du foie, vient. s,o terminer par un rectum qui flotte
sous le manteau à la partie postérieure du corps. Ce rectum ne traverse pas le cœur, comme dans le plus grand nombre des Acéphales. L’extrémité du corps près de la charnière renferme le foie, qui enveloppe le premier estomac. La couleur générale du manteau est le blanc sale; ses bords frangés sont noirâtres. Le corps ne peut faire saillir au dehors aucune de ses parties, et n’est point muni de cet organe linguiforme servant de pied dans un grand nombre de Bivalves libres ; la constante immobilité des Huîtres rendrait inutile cemoyen de locomotion. Toutesles coquilles adhérentes par une de leurs valves, comme les Spondyles, les Cames et d’autres, et non par un byssus, comme les Moules et les Jambonneaux, paraissent avoirdans les principaux points de leur sjstèmc une organisation semblable à celle des Huîtres.
Les Huîtres pondent au commencement du printemps le frai qu’elles ont ellesmêmes fécondé, et qui s'attache à tous les corps environnants. Ce frai ressemble à une gelée blanche dans laquelle on aperçoit, à l’aide d’une loupe, une multitude de petites Huîtres déjà toutes formées et munies de leurs valves ; et l'on prétend, à tort, je crois, que, quatre mois après leur naissance, elles sont en état de se reproduire.
Les Huîtres fournissent, sur un grand nombre de côtes, une nourriture extrêmement abondante, très-saine et généralement recherchée ; cet aliment est d’une facile digestion, peu nourrissant, et semble plutôt exciter l'appétit que le satisfaire. Ces coquillages s’expédient à l’intérieur, souvent à des distances considérables; pour satisfaire à l’énorme consommation qu’on en fait dans tous les pays, et ajouter encore à leur saveur, on est parvenu à les rassembler, à les faire multiplier dans des parcs et à les soumettre à certaines dispositions qui les rendent plus délicates. Cet art n’était pas inconnu aux anciens ; on sait qu’Apicius avait un moyen pour les engraisser et les conserver pendant fort longtemps ; il en envoya d’Italie à Trajan, jusque dans le pays des Parthes. On trouve dans les anciens auteurs plusieurs passages qui prouvent jusqu’à quel point elles étaient estimées et combien on prenait de soin pour les élever.
Les Huîtres d’Abydos dans le détroit des Dardanelles, celles du lac Lucrin, chanté par Horace, et celles de la côte de Brindes, étaient les plus renommées. De nos jours, ce sont les Huîtres d’Angleterre et de Hollande qui passent pour les meilleures de l’Europe ; on en pêche aussi d'excellentes et en très-grande abondance sur les côtes de France , particulièrement dans les départements de l’ouest. Celles qu’on mange à Paris viennent pour la plupart des rochers de Cancale, dans le golfe de Saint-Malo et des environs.
On distingue dans le commerce, relativement à la qualité, trois sortes d'Huitres, fournies par l’espèce commune : 1° les Huîtres de drague , ainsi nommées de l’instrument avec lequel on les arrache. Elles vivent à une certaine distance de la
côte, et ont pris un plus grand accroissement que celles des rivages. Elles ne sont généralement pas expédiées au loin, et sont peu estimées. 2° Les Huîtres communes, qui sont celles dont nous avons parlé plus haut; elles supportent plus facilement le transport, parce que, forcées de rester souvent à sec sur les rochers de la côte, elles sont habituées, dit-on, à conserver de l'eau dans leurs valves pendant l’intervalle d’une marée à l’autre, ce que ne font pas celles qui habitent la pleine mer. Leur grosseur est moyenne. On préfère avec raison celles qui ont été pêchées dans les fonds non vaseux età l’embouchure des rivières. 5° Les Huîtres parquées ou Huîtres vertes; c’est principalement à Marennes, petite ville maritime du département de la Charente- Inférieure, à Étretat , à l’ile d’Oleron, à Conrseulles, près Caen, au
Havre, à Dieppe, au Tréport, etc., qu’on leur donne celte couleur par un procédé particulier. Ces Huîtres sont pêchées sur les côtes voisines et sont jetées ensuite dans des parcs inondés, appelés clai'eres ; ce sont des étangs que la mer remplit pendant les fortes marées. On a soin de séparer toutes celles qui sont réunies en groupes, et on les dispose de manière qu’elles ne se nuisent pas mutuellement. La stagnation do l’eau permet à un grand nombre de plantes marines d’y croître , de s’y multiplier et de lui donner une teinte verdâtre. Les Huîtres qui séjournent dans ces parcs y trouvent une plus grande abondance de particules nutritives en suspension dans l’eau, acquièrent un goût plus agréable, et prennentaussi à la longue une teinte verdâtre; elles sont dans cet état beaucoup plus recherchées que les Huîtres communes. C’est surtout en automne et en hiver qu’on mange les Huîtres; les règlements défendent, dit-on, de les pêcher au printemps, lorsqu’elles frayent, époque pendant laquelle on prétend même qu’elles sont malsaines, ainsi que pendant les chaleurs de l’été.
LesIIuitres, ne présentant ni forme ni couleurs agréables, sont peu recherchées dans les collections ordinaires ; mais elles sont d’un grand intérêt pour les vrais naturalistes , parce qu’elles fournissent une branche importante de commerce , et que ce sont les Mollusques les plus utiles. On devrait s’occuper d’en garnir certaines plages qui en sont totalement dépourvues : plusieurs faits prouvent déjà qu’on peut transporter et naturaliser les Huîtres sur des rivages qui n’en possédaient pas auparavant. Il y a plus de cent ans qu’un propriétaire en Angleterre en fit jeter une certaine quantité à l’embouchure de la Mène ; elles s’y sont multipliées, dit-on, en si grande abondance, que le lit de cette rivière est maintenant couvert d’excellentes Huîtres, et qu’elles sont devenues une source de revenu (de Roissy).
Les journaux ont parlé, il y a quelque temps, d’un procédé nouveau pour obtenir l’établissement de bancs d’Huîtres : nous reproduisons ici ce qu’en dit l’auteur, M. Carbonne! :
«Quelques journaux ont bien voulu parler de moi et de ma découverte en termes très-obligeants , et annoncer que j'avais cédé, pour la somme de cent mille francs, à une compagnie de parqueurs, mon brevet d’invention pour la reproduction des Huîtres par la formation de bancs artificiels dans la Manche et dans l’Océan. Voici en quoi consiste mon système, aussi simple que rationnel. On appell e Huîtres iwurrices celles qui, parvenues à l’âge de trois ans, cessent d’être convenables à la consommation interrompue pendant les mois dans lesquels les gastronomes ont remarqué l’absence de la lettre R. De ces Huîtres s’échappe une humeur blanchâtre, qui contient des germes reproducteurs dont le nombre est incalculable. Quand la viscosité dans laquelle ces myriades de corpuscules sont tenus eu suspension fixe ceux-ci sur la coquille maternelle, ou bien à la surface de quelque rocher, ils 11e tardent pas à s y développer, mais ne deviennent des Huîtres mangeables qu’à l’âge de trois ans environ. En considérant combien il se perdait de germes reproducteurs par suite de mille accidents divers, j’ai eu la pensée de l’établissement de bancs artificiels, où rien ne s égarât, et dans lesquels la reproduction, en quelque sorte régularisée dans une captivité salutaire, me permît (si je puis m'exprimer ainsi) de la mettre^, en coupe réglée. Je n’ai pas la prétention, comme on voit, de créer artificiellement des Huîtres, selon l’expression de certaines personnes qui ont accueilli tout d abord ma découverte avec une prévention irréfléchie; mais j’établis des bancs là où il n y en a pas, et, par mes procédés, je remédie aux imperfections de
la nature. Le problème à résoudre était celui-ci : l’Huître sc reproduit partout où elle peut vivre ; elle vil là oii la nature ou des travaux d’art sagement entendus la mettent à l’abri de tout accident. Ce problème, je l’ai victorieusement résolu par des expériences dont l’Institut a pu apprécier l’exactitude, et qui ont paru si concluantes à des gens du métier, qu'ils n’ont pas hésité à faire l’acquisition de mon brevet. »
La nature de la coquille des Huîtres, dit M. Desbayes, est telle qu’elle a pu, en devenant fossile, résister à presque toutes les causes de destruction et de dissolution. On trouve en effet ces coquilles entières là où tous les autres tests de Mollusques ont été dissous. Dans la craie, où ce phénomène se présente si fréquemment, les Huîtres ont résisté à toute action de destruction. On ne connaît d’autre exception que dans certaines couches de la craie des Pyrénées.
Lorsque, dans les couches de la terre, on vient à rencontrer une masse considérable d’Huîtres dont la plupart sont encore fixées, soit entre elles, soit aux corps sur lesquels elles ont vécu , on peut être assuré qu’elles sont encore en place, et que le fond de la mer où elles étaient, naturellement desséché, n’a pas subi de très-grands changements. 11 est peu de Mollusques dont les dépouilles soient plus généralement répandues dans les couches de la terre que celles des Huîtres; aussi leurs espèces sont-elles très-nombreuses : on les rencontre dans presque toutes les couches de sédiment , et elles y sont distribuées d’une manière fort régulière. Elles deviendront, lorsqu’elles seront mieux connues, d’un très-grand secours à la géologie pour caractériser les formations. Les terrains tertiaires de l’Europe contiennent un nombre considérable d’espèces d’Huîtres.
5e GENRE. Vulsella , Lamarck.
(Nom employé par Linné.)
Coquille longitudinale, subéquivalve, assez irrégulière, un peu nacrée intérieurement. Charnière ayant sur chaque
valve une callosité saillante, déprimée, et une fossette conique obliquement arquée pour le ligament.
Les Vulselles se rapprochent des Marteaux par leur charnière et leur forme constamment longitudinale; il est probable qu’elles ont un byssus, au moins pendant le jeune âge.
On les trouve, comme les Crénatules, dans les éponges de l’Océan Indien et des mers de la Nouvelle-Hollande.
On en connaît de fossiles dans le
calcaire grossier.
Fig. 737. Charnière de lu VuUelle lingiilèe.
Fig. 738. Vulselle iingtiloe.
4e GENRE. S^l’acuiie'. Placuna, Lamarck.
(nXax.ou;, plat.)
Coquille mince, très-irrégulière, très-aplatie. Charnière offrant sur une valve deux dents tranchantes, divergentes du sommet, comme un V renversé, et sur l’autre valve deux dépressions correspondantes servant à l’insertion du ligament.
Fig. 739.
Charnière de la Placune vitrée.
Fig. 740.
Les Placunessont des coquilles très-distinctes et très-remarquables par leur aspect général, leur forme, leur aplatissement et leur transparence.
Les Chinois emploient les valves de Placunes pour vitrer leurs fenêtres, comme on se sert dans quelques pays de lames de talc.
L’espèce la plus singulière par sa forme est connue sous le nom de Placune selle ou Selle polonaise. Ces coquilles viennent de l’Océan Indien ; onen trouve
une espèce fossile en Égypte. Fig. 741. riaenne selle polonaise.
5e GENRE.
cAd
Duoime'. Anomia , Linné.
(A privatif; vou.t&r, normal.)
Coquille mince, méquivalve, très-irrégulière, adhérente. Valve inférieure percée à son crochet d’un trou ou d’une échancrure qui se ferme par un petit opercule osseux fixé sur des corps étrangers, et auquel s’attache le.
muscle intérieur de l’animal.
Aalvc supérieure concave et non percée. Charnière sans dents et maintenue par un ligament intérieur. La valve percée se termine par deux branches qui se FiO- 742, Anomie pelure d’oignon. Fig. 743. Anomie ambrée, '■approchent au crochet. L’une de ces branches est mince; l’autre s’épaissit et forme '* 25
HISTOIRE NAT l! U ELLE.
une callosité qui pénètre dans la fossette cardinale de la valve supérieure et s'y trouve fixée par le ligament.
Fio. 744. Charnière d’Anomic. FiG. 745.
Le moyen particulier qu’emploient les Anomies pour se fixer sur les corps étrangers présente une modification singulière. Elles vivent et périssent à l’endroit où leur œuf est éclos. La valve inférieure est adhérente aux corps sous-marins, dont elle prend le plus souvent la forme. Ainsi, on en voit qui sont exactement moulées sur des Peignes, dont elles prennent parfaitement l’empreinte, que reproduit aussi la valve supérieure non adhérente. On comprend que l'animal contenu dans une coquille aussi mince doit se mouler lui-même sur les inégalités de sa valve inférieure, et qu’il n’est pas assez épais pour que la forme d’un lobe du manteau n’influe pas sur celle de l’autre lobe en contact immédiatavec la valve supérieure.
On mange les Anomies comme les Huîtres sur plusieurs côtes de France , et on les dit fort délicates. Ces coquilles sont très-communes dans la Méditerranée et dans la Manche. La valve supérieure se détache facilement, et c'est elle qu’on trouve en grand nombre sur les rivages ; la forme très-irrégulière, la couleur et la transparence de l’espèce la plus commune lui ont fait donner le nom d’ Anomie pelure d'oignon. On trouve des Anomies dans toutes les mers, et on en connaît de fossiles en France, en Angleterre et en Belgique.