GENRE. CatêtV Catil/us, Brongniart
( Catillus , petite écuclle.)
Fig. 699. Catille striée.
Coquille tantôt aplatie, allongée ou suborbiculaire, tantôt bombée, cordiforme, subéquivalve, inéquilatérale, à crochets plus ou moins saillants. Charnière droite,
peu oblique ou perpendiculaire à l’axe longitudinal ; son bord garni d’une série de petites cavités très-courtes, graduellement croissantes. Test fibreux.
Les Ca tilles ont quelquefois soixante centimètres de longueur ; mais quelques espèces sontbeaucoup plus petites. Quelques-unes sont cordiformes ; on ne les trouve qu’à l’état fossile, dans la craie blanche, en France et en Angleterre.
Fin. 700.
5e GENRE. Uiiocetainy. Inocet'amus, Sowerby.
(iç, tvoç, fibre; JcspajAs;, argile.)
Coquille gryphoïde, inéquivalve, irrégulière, subéquilatérale, à crochets fortement recourbés et pointus. Charnière courte, droite, étroite, formant un angle droit avec l’axe longitudinal et présentant une série de crénelures graduellement plus petites, pour recevoir un ligament multiple. Test lame! leux.
Ce genre est confondu avec le précédent. Un n’en trouve que des débris, dont la contexture lamelleuse est analogue à celle des Pernes. Ces coquilles, fossiles de la craie, ont été brisées avant ou pendant le dépôt de la craie; car leurs débris sont presque tous isolés, et la craie les enveloppe complètement.
Fig. 701. Inoccramc sillonné.
6» GENRE. oWbwtleau/. Maliens, Lamarck.
( Malleus , marteau.)
Coquille irrégulière, un peu bâillante près des crochets et se fixant par un bys-
sus ; charnière sans dents et formée d’une fossette allongée, conique, située obliquement sous les crochets au bord de chaque
Fig. 702. Marteau commun.
valve, et séparée de l’ouverture qui donne passage au byssus. Les Marteaux ressemblent à l’outil dont ils prennent le nom ; leurs valves sont irrégulières dans leur surface et leur contour; à l’intérieur, ces valves sont souvent brillantes et nacrées dans la partie qu’occupe l’animal. Quelques espèces présentent de chaque côté de la fossette cardinale un prolongement singulier; fig. 703. charnière de la même. d’autres n’ont de prolongement que d’un
côté, et chez d’autres enfin ce prolongement n’est en quelque sorte qu’indiqué.
Les Marteaux se trouvent dans l’Océan des Grandes-Indes, les mers de la Nouvelle-Hollande; quelques espèces sont rares encore.
7e GENRE. cüfKMcufec
Avicula , Lamarck.
( Avicula , petit oiseau.)
Coquille inéquivalve, fragile ; charnière droite unidentée ; bord cardinal droit et formant un prolongement caudiforme ; facette du ligament longue, étroite, en canal et non traversée par le byssus.
Si la forme générale des Marteaux est singulière, dit Lamarck, celle des Àvicules ne l’est pas moins, quoique celle-ci soit dessinée sur un autre modèle. En effet, sur une base transverse, longue et droite, la principale partie de la coquille s’élève oblique-
Fio.70-l. Charnière de l'Avicule.
Fie.. 705. A vieille liétéroplère.
HISTOIRE NATHREEEE.
ment, sous une forme qui approche de celle d’une aile d'oiseau, et les deux extrémités de cette base se trouvent souvent prolongées, mais inégales, de manière que l’une d’elles semble représenter une queue. Il en résulte qu’en ouvrant les valves sans les écarter, la coquille olfrc une ressemblance grossière avec un oiseau volant; et c’est cette considération qui a fait donner le nom d’Avicule à ce genre. Le byssus des Àvicules sort par une échancrure qu’on ne trouve que sur la valve gauche.
Les Avicules sont de fort jolies coquilles marines; elles sont minces, très-fragiles, et agréablement nacrées à l’intérieur. On les trouve dans toutes les mers, mais principalement dans l’Océan Indien. On en connaît quelques espèces fossiles des environs de Paris, d’Angleterre et d’Allemagne.
8e GENRE, i utadi-vw. Meleagrina , Lamarck. ( Meleagris , Pintade.)
Coquille subéquivalve, arrondie, écailleuse en dehors, surtout pendant le jeune âge, nacrée à l’intérieur, à bord cardinal droit, présentant à son extrémité sur
chaque valve une échancrure calleuse pour le passage du byssus; charnière sans dents; facette du ligament
Fig. 706. Fintadinc Mère-Perle.
Fig. 707. La même jeune. Fig. 708. Charnière de la meme.
marginale, allongée, presque extérieure, et dilatée dans sa partie moyenne.
Le genre Pintadine est peu nombreux en espèces ; la plus remarquable est connue sous le nom d’Huître perlière ou de Mère-Perle. Cette coquille, dit M. de Roissy, produit les véritables perles Unes, aussi estimées que les diamants chez presque tous les peuples, et que le luxe met au rang des ornements les plus précieux.
Ces perles sont des excroissances nacrées, accidentelles, qui se trouvent quelquefois dans l’intérieur des valves, où elles sont rarement libres et où le plus souvent même elles adhèrent à la substance même de la coquille. La cause de ces protubérances n’a pas été bien déterminée jusqu’à présent; on croit qu elles sont dues à une maladie particulière de l’animal, qui, en occasionnant une grande surabon-
dance de la matière nacrée, ne lui permet plus de s appliquer par couches au fond des valves, mais la fait couler en gouttes qui se coagulent plus ou moins régulièrement. Quelques naturalistes prétendent que l’animal accumule cette substance pour donner plus de force et plus d’épaisseur à sa coquille lorsqu elle a été percée extérieurement par des vers marins, ou qu’elle a été fracturée par un accident quelconque.
Les qualités essentielles qui constituent une belle perle sont d’être grosse, parfaitement régulière dans sa forme, soit ronde, ovale ou en poire, d’être vivante, et d’avoir une belle eau, c'est-à-dire d’être extraite de l’animal et d’avoir une teinte blanche à reflets brillants, semblables à ceux de l’opale. S’il est rare de rencontrer toutes ces conditions réunies, il l’est encore plus de rassembler un assez grand nombre de perles toutes du même volume , également belles et bien assorties. Le plus souvent on ne trouve que des perles imparfaites , irrégulières, appelées perles baroques, ou de petits grains de différentes tailles , appelés semences de perles, ou même des concrétions irrégulières et trop fortement attachées au test pour en être séparées. Ce sont la forme particulière, la grosseur et la rareté, plutôt que la substance et l’éclat même des perles, qui leur donnent une grande valeur ; car les valves larges et épaisses de la coquille Mère-Perle sont infiniment moins recherchées, quoiqu’elles soient absolument formées de la même matière et qu’elles présentent intérieurement les mêmes reflets chatoyants. On en retire la nacre de perle du commerce, dont on fait des bijoux, des garnitures, et qu’on emploie dans divers ornements.
Il y a plusieurs autres genres de coquilles marines dont l’intérieur nacré peut produire, dans certains cas, des excroissances semblables aux perles : telles sont les Moules, les Huîtres, les Pernes, etc., etc. Quelques coquilles fluviatiles du genre Muletle fournissent aussi des perles, mais ces perles sont d’une teinte laiteuse, sans éclat et peu recherchées. La Pintadine Mère-Perle, celle qui renferme les véritables perles orientales, se rencontre dans différents pays ; on en trouve dans le golfe Persique, sur les côtes de l’Arabie Heureuse, sur celles du Japon ; mais c’est surtout dans le golfe de Manaar, île de Ceylan, qu'est établie la pèche de perles la plus célèbre et la plus productive. Nous entrerons dans quelques détails à ce sujet, d après les relations authentiques de plusieurs voyageurs modernes. Le rendezvous le plus considérable des barques occupées à la pêche des perles est à la baie de Condatchy, à environ douze milles de Manaar. Les bancs formés par les Pinladines sont au fond de la mer, a une certaine distance du rivage, sur des rochers, où elles se tiennent attachées par leur byssus. Le plus considérable de ces bancs occupe en mer un espace de vingt milles vis-à-vis de Condatchy. Avant de commencer la pêche, on reconnaît la richesse des bancs, et, s’ils sont en état d’être exploités, on les met à 1 enchère ; quelquefois aussi le gouvernement trouve plus avantageux de faire la pêche à ses frais et d’en vendre ensuite les produits aux marchands. Pour ne pas dépouiller tous les bancs à la fois, on les a divisés en plusieuir> poi lions très-distinctes, qu on exploite successivement; ce qui laisse aux coqmlles le temps de grossir et permet d’nn faire une récolte à peu près tous les ans. Elles atteignent en sept ans la taille convenable, et on assure que si on les laisse p us longtemps, les perles non adhérentes augmentent de volume et deviennent in-r commodes à 1 animal, qui les rejette alors de sa coquille.
La peche commence au mois de février et doit être finie au commencement d’a^
vnl. Les pêcheurs qui passent pour les meilleurs de tous sont ceux de Colangsur la côte de Malabar. Au signal donné par un coup de canon, toutes les barques partent ensemble à dix heures du soir; elles approchent des bancs à la pointe du joui et commencent la poche, qui se continue jusqu a midi. Un second coup de canon leur indique alors de revenir à la baie, où les propriétaires les attendent ; on tiavaille aussitôt a les décharger, car il faut qu elles soient entièrement vides avant la nuit. Il y a vingt hommes sur chaque barque et un patron ; dix d’entre eux rament et remontent les plongeurs, les dix autres descendent à la mer, cinq à la fois; ce qui fait que, se reposant et plongeant ainsi alternativement, ils conservent des forces jusqu à la fin. Il y a dans la barque plusieurs cordes liées à des pierres, dont les plongeurs se servent pour descendre plus rapidement au fond de
I eau. Quand 1 un d eux s apprête à plonger, il prend dans les doigts du pied droit une corde à pierre, et à l’autre pied est attaché un filet en forme de sac ; il tient une seconde corde de la main droite, se bouche les narines avec la main gauche, et arrive rapidement au fond. Là il remplit son filet avec une grande adresse, car il ne peut employer à ce travail qu’environ deux minutes, seul temps qu’il puisse passer sous l’eau. 11 avertit qu’on le retire en tirant la corde qu’il tient de la main droite. Comme ces plongeurs sont accoutumés à ce travail depuis leur enfance, ils ne craignent point de descendre jusqu’à la profondeur de cinq à dix brasses et de répéter plusieurs fois ce pénible exercice. Cependant ils font quelquefois des efforts si douloureux que, revenus dans la barque, ils rendent souvent le sang par la bouche, le nez et les oreilles. Ils plongent jusqu’à cinquante fois dans la matinée, et rapportent chaque fois une centaine de coquilles. Quoiqu’ils ne restent , ordinairement que deux minutes sous l'eau, il y en a quelques-uns qui y demeurent quatre et cinq minutes. Au moment de la pêche, il se trouve toujours sur le rivage des devins et des prêtres de chaque caste, qui emploient différents exorcismes pour préserver les plongeurs de la voracité des requins. Ces animaux inspirent une grande frayeur aux pêcheurs, mais leur confiance dans les talismans et dans les prières des devinsest telle qu’ils négligent de prendre des précautions plus sûres; autrement aucun Indien ne consentirait à descendre ; souvent même la pèche est entièrement interrompue lorsqu’il arrive quelque accident.
On fait différents marchés avec les plongeurs et avec ceux qui louent les barques ; quelquefois on les paye en argent, on bien on leur accorde un certain nombre de Pintadines encore fermées, en proportion de la quantité qui a été pêchée.
II faut surveiller de très-près ceux qu’on emploie à ce travail, car ils se permettent tous un grand nombre d’infidélités ; souvent ils avalent les perles qu’ilsont pu saisir, même au fond de la mer, en visitant les coquilles entr’ouvertes ; mais elles n’échappent pas pour cela aux recherches très-minutieuses des marchands.
Arrivées à terre, les Pintadines sont emportées par les propriétaires et déposées sur des nattes , dans des espaces carrés, entourés de palissades, chaque marchand ayant une enceinte particulière. Elles y restent jusqu’à ce que les animaux soient morts; on peut alors ouvrir aisément les coquilles, ce qu’on ne pourrait faire sans de grandes difficultés pendant la vie de l’animal. Le Mollusque étant séparé, on l’examine attentivement ; souvent même on le- fait bouillir, parce que les perles non adhérentes se trouvent quelquefois dans l’intérieur du corps et sous les lobes du manteau. Lorsque la recherche des perles libres et adhérentes est achevée, on choisit les valves qui, par leur dimension, leur épaisseur et leur
Il l ST 01 H E NATURELLE.
éclat, sont destinées à fournir la nacre du commerce. Le reste est entièrement abandonné, et ces amoncellements considérables de Mollusques répandent pendant quelque temps des exhalaisons funestes pour les environs. Malgré cette odeur infecte et dangereuse, beaucoup d’indiens viennent, plusieurs mois après la pèche, examiner les lieux où elle s’est faite, avec l’espoir d’y trouver encore quelques peiles oubliées.
Les perles sont toujours perforées et enfilées dans le pays même, et les ouvriers noirs qui sont chargés de ce travail l’exécutent avec une adresse et une promptitude remarquables. Ce sont eux aussi qui détachent les perles adhérentes; ils se servent, pour les nettoyer, les arrondir et leur donner le poli, d’une poudre obtenue en écrasant des perles. La pêche des perles de Ceylan n’est plus aussi productive qu'autrefois, parce que le gouvernement hollandais a épuisé les bancs en les faisant pêcher trop fréquemment. Cependant le revenu qu’en retirent actuellement les Anglais est encore très-considérable, et ce commerce avec celui de la cannelle sont les plus importants de l’ile.
Les mers de l’Inde ne sont cependant pas les seules qui fournissent des perles : on en pêche dans plusieurs autres parties du monde , particulièrement en Amérique. Celles qui viennent de la Californie et de l’île d’Otahiti sont jusqu’à présent assez rares dans le commerce, et n’ont ni la régularité ni l’éclat des pertes d’Orient.
On raconte que Cléopâtre, pour surpasser Antoine en magnificence, prit une des grosses perles qu’elle avait aux oreilles, la mit dans du vinaigre pour la dissoudre, et l’avala. Cette anecdote, racontée par les historiens du temps, ne peut être vraie ; car si les perles sont décomposées par les acides, ce n’est qu’après un temps encore assez long, et le vinaigre n’est pas assez fort pour les dissoudre. Les perles néanmoins s'altèrent avec le temps; elles perdent de leur éclat lorsqu’elles sont portées par des personnes dont la respiration est âcre, et l’on a remarqué qu’elles se ternissaient aussi à la longue lorsqu’elles n’étaient pas souvent portées.
Il y a des perles de diverses nuances; le plus généralement elles sont blanches et nacrées; on en a vu de jaunes, de verdâtres et de noires. La différence de ces couleurs tient sans doute à la nature du sol sur lequel vivait la coquille, ou à ce que ces perles n’ont été enlevées que longtemps après la mort du Mollusque, dont la décomposition a nuancé la perle.