J0GA8TB
Ib nc'aotit point éteints y vous êtes mon ëpoux.
Des figu/res propres ava& pa4siofi$,
O. Qa elles sont les figures propres aux passions ?
R. Ce sont : VHypotypose^ XApoHrophe^ VExciamation^ VIrrésoiutionsVInterrO' galion , la Répétition ^ ï imprécation , la Réticence^la Suspension f la Déprécation^ la Gradation , et la Prosopopée.
D. Qu'est-ce que THypotypose ?
R. C'est une description vive et frappant/», qui affecte en quelque sorte plus les yeux que les oreilles. On trouve une hypoty-
Eose sublime dans le tableau que nous fait acine, dans Athalie, de la manière dont ^ Josabet sauva Joas du carnage. Elle s'exprime ainsi :
Hëlas ! l'état horrible où le ciel me Tofirit , Revieut à UxoS momens effirayer mon esprit.
SC% tJL âHÉTORIQUE. 8i
De|irinoes ëgor§^ la chraibre était remplie :. Un poignara a la main , Timplacable ÂlnaKe, ÂQ carnage animait ses barbares soldats , £t poorsmvaii le cours de aes assassinats* Joas laissé pour mort lirappa soudain ma vue. Je me figure encor sa nourrice éperdue ; bai devant les bourreaux s'était jetée en Tarn | Et iaible le tenait renversé sur son sein ; Je le pris tout sanglant 5 en baignant son Visage ; Mes pleurs du sentiment lui rendirent l'usage. Et, soit fir^eur encor, ou pour me caresser , De ses bras iimocens je me sentb presser.
D. Qu'est-ce que l'Apostrophe?
R. C'est une figure par laquelle on eoupa tout-à-coup son discours pour Tadresscr è quelque personne présente ou absente^ ylvauteou morte, ouà quelque objet animé ou inanimé. C'est ainsi que Voltaire fait parler Zaïre à sa confidente :
Fatime, l'offre k Dieu mes blessures cruelles ;
Je mouille devant lui de larmes criminelles
Ces lieux où tu m'as dit ou'il choisit son séjour ;
Je lui crie en pleurant : Ote-moi mon amour ; ^
Ârrache-moi mes vœux, remplis-moi de toi-même j
Mais , Fatime , k l'instant , les traits de ce que j'aime.
Ces traits cher^ et charmans que toujours je revoi ,
Se montrent dans mon ame , entre le ciel et moi.
Hé bien ! race des rois dont le ciel me fit naître ,
Père et mère chrétiens, vous, mon Dieu» vous, mon maître^
Vous qui de mon amant me privez aujourd'hui ,
Terminez donc mes jours qui ne sont plus pour lui }
Que j'expire innocente , et qu'upe main si chère
De ces yeux qu'il aimait ferme au moins la paupière.
.* Tel est cet autre exempledans Mariamnct
Mânes sacres , chère ombm , épouse que j'adore , Reste pâle et sanglant de Fobjei le plus beau ,
8ft LIÇONS- ÉLÉltENTAIRES
Je te suivrai du moins dans la nuit du tombeau ! Quoi! vous me retenez 7 Quoi! citoyens perfides , Vous arrachez ce fer k mes mains parricides:
Ma chère Mariamne I arme-toi , punîs^mot ) Viens déchirer ce cœur qui brûle encor pour toi.
L'apostrophe, comme on voit , est ui mouvement violent et imprévu, qui frappe] qui saisit, qui étonne, et qui convient très bien auxpasstonsardentes.ct tumultueuses toujours impatientes d'éclater tout-à*cou| par un impétueux transport
D. Qu-est-ce que l'Exclamation ?
R. C'est une figure assez semblable l'apostrophe. Elle a la mémo vivacité, même véhémence. On élève tout-à-coup voix par un mouvement imprévu et sui prenant, propre à exprimer rétonnementj la douleur» l'indignation, la colère. Tellj est cette exclamation d'OEoone, quan^ JPhèdre lui a avoué sa passion pour Hipj polyte :
Juste ciel !t6ut mon sang dans mes veines se glace : O désespoir ! ô crime lô déplorable racé !
Voyage ihforttmë , rivage malheureux , Faltaii— il approcher de tes bords dangereux 7
D. Qu'est-ce que l'Irrésolution ou Dubi* tation?
R. C'est une figure qui exprime l'incertitude de ceux qui se livrent à leurs passions, qui veulent et ne veulent pas, qui prennent un dessein , puis le quittent. Tel
sua Lk aHJÈTORIQUE. 83
)t, dans Andromaque, ce discours d'Herione, lorsqu'elle commande à Oreste laftsassiner Pyrrhus.
suisse? qu'al-je feit? que dois- je faire encore? el transport me saisit ? cpiel chagrin me dévore ? ante et sans dessein , je cours dans ce palais. • ! ue puis-je savoir si j'aime ou si je hais ?
tremble au seul petiser du coup (|oi le menace , ^rôte à me venger , déjà je lui fais grâce :
n ! ne révoquons point l'arrêt de mon courroux : ;'il périsse,
meure , puisqn'enfin il a dû le prévoir , ptti5qu*il m a forcée enfin a le vouloir.
l'è vouloir 1.... Eh quoi! c'est donc moi qui l'ordonne 7 mort sera l'effet de l'amour d'Hermione.
n'ai donc traversé tant de mers , tant d'états . te pour venir si loin préparer son trépas , ^ issassiner, le perdre! ah! devant qu il expire
Tel est encore ce monologue de Venime» dans Adélaïde du Guesclin:
vais donc k la fin iouir de ma vengeance !
[obras vulgaire et sur va punir mon rival ; levais être servi; j'attends l'heureux signal. I liemours> tu vas périr : mon bonheur se prépare ••• ^Un frère assassiné! quel bonheur! ah ! barbare^ fTil est doux d'accabler ses cruels ennemis j Si ton cœur est content , d'où vient que tu frémis 7 AUons.... Mais quelle voix gémissante et sévère Crie au fond de ton cœur: arrête , il est ton frère ! Âh ! prince infortuné , dans ta hain^ affermi , Songe k des droits plus saints: Nemours fut ton ami. ô jour de notre entance ! d tendresses passées ! n l'ut le confident de toutes mes pensées.
Avec quelle ionocence et quels épanchemens Nos coeurs se sont appris leurs premiers sentimens.!
84 tËÇOm iLÉHENTAIRÊS
Que de fqiB , partageant m%s nalssanteâ alarmes 9
D'une main fraternelle essuya-t-il mes larmes 1
Et c'est moi qui l'immole! et cette niéme maiti
D'un frère que f aimai déchirerait le sein 1 ^
O passion funeste 1 à douleur aui m'dgarc !
^fon , je n'étais point né pour devenir narbare :
Je sens curabieu le crime est ua fardeau cruel.
Mais qu^e dis-je? JNemours est le seul criminel.
Mais lui-mâme il m'attaqiie • il brave ma colère' ,
Il me trompe , il me hait, ^'importe; il est aion frère t
11 ne périra point. Mature , je me rendis; Zv
Je ne veux pas marcher sur les pas des tyrans. ^
Je n'ai point entendu le signal homicide ) ^ ^
L'organe des forfaits, la voix du parricide. /St
On voit que cette figure a beaucoupjdi|^ ressemblance avec la correction. L'une lautre expriment noblement le choc ^^ passions tumultueuses qui déchirent l'ami divisée contre elle même, et la font volef i rapidement de parti en parti , de pensée en pensée , de sentiment en sentiment.
D. Qu'est-ce que TlnteArogalion ?r R, C'est une figure par laquelle uouf faisons diverses questions à notre adver« saire, ou à celui que nous voulons persud^.^ der , moins pour nous informer de ce qui" fait l'objet de ces questions, que pour k presser, le convaincre et le confondre* C est ainsi que Clytemnestre parle à Aga^ memnon :
Barbare ! c'est donc Ih cet heureux sacrifice Que vos soins préparaient avec tant d'artifice 7 Qvoi ! Fhorreur de souscrire a cet ordre inhumain ^'a pas^ eu le traçant, arrêté votre main?
I SVR 14 RHÉTOUTQrK. 85
IPoiirquoi feuidre à nos yeux une fausse tristesse? IPeosez-vous, par des pleurs, prouver votre tendresse? |0à sont-ils ces combats que vous avez rendus ?
Quels flots de sang pour elle avez-vous répandus ?
Quel débris parle ici de votre résistance 7
?ael champ couvert de morts me condamne au silence ? oOk par quels témoins il fallait me prouver , Cruel y que votre amour a voulu la sauver.
Un oracle fatal ordonne qu'elle expire :
Ua oracle dit-il tout ce qu'il semble dire ?
Le cîel , le juste ciel par le meutre honnoré , Dq sang de l'innocence esi-4l donc altéré ?
& du crime d'Hélène on punit sa famille ^ Faites diercher k Sparte Herimone sa fille^ Laissez k Ménélas racheter d'un tel prix
coupable moitié dont fl est trop épris.
's vous y quelles fureurs vous rendent sa victime ?
rquoi vous imposer la peine de son crime ?
irquoi moi-même enfin , me déchirant le flanc |
er sa folle ardeur du plus pur de mon sang ?
D. Qu'est-ce que la Répétition R. La répétition conrsiste à répéter plu* sieurs fois les mêmes termes avec grâce et dignité. Tel est ce passage de Roméo et Juliette, où Montaigu engageant son fils Bornéo â se défaire des Capulets, s'appuie sur ces rnots^ ce quHs ont fait I
.... Grand Dieu! ce qu'ils ont iait I perfide ! Et c'est Ik ta réponse au transport qui me guide ! Du bourreau de mes fils , j'y vois le SKmg aSreux ; Et c'est ton lâche cœur qui s'attendrit pour eux ! Ce qu'ils ont fait! demande aux tigres en furie, Lorsqu'un dard dans leurs flancs accroît leur barbarie , S'ils sauraient inventé ces monstrueux tourmens , De faire aux yetix d'un pèie expirer ses enfans ! Ce qu'ils ont fait! demande a tes malheureux frères, Quand la faim par degrés éteignait leurs pdupière$
86 LEÇONS £L£BI£KTAIRES
Bans ce cachot de moi t, s^iU ont dû soupçonner Qu*uii iour aux Capulets jp pourrais pardonner ? Ce qulls ont fait! dis, traître, et quels étaient leurs[ crimes Quaud fixant h mes pieds de si chères victimes, Je les vis fout en pleurs pour moi seul s'attendrir ,^ £l tn'diirant, a genoux, leur sang pour me nourrir! Ce qu'ils ont fait ! Barbare! ah! le ciel en colère M'a privé du seul bien qui flattait ma misère : C'eût éié sur un monstre , au gré de mes désirs^ D'asiouvir ma vengeance en comptant ses soupirs ; D'observer ses douleurs ; de suivre k cet indice La lenteur du trépas, et l'horreur du supplice 1
D. Qu'est-ce que Hm précation?
R. C'est ntie figure par laquelle on in-| voque ou une divinité, ou une personiMl supérieure, pour le malheur de celui qut en est l'objet. Telle est Timprécation d^ Palniyre contre Mahomet :
Monstre dont les fureurs et les complots perfides i
De deux cœurs innocens ont fait deux parricides ; > ;
De ma faible jeunesse infâme séducteur ,
Tout souillé de mon sang tu prétends à noon cœur !
Mais tu n'as pas encore assuré ta conquête^
Le voile est oéchiré, la vengeance s'apprête.
£ntendâ*tu ces clameurs I Ëntends-tu ceséckts!
Mon père te poursuit des ombres du trépas.
Le peuple se scolève et s'arme en ma défense*
Leurs bras vont k ta rage aiTacher l'innocence,. !
Puissé-je de mes mains te déchirer le flanc , i
Voir moudr tous les tiens et nager dans leur sanç ! '
Pui^nt la Mecque ensemble, etMédine et l'Asie
Punir tant de fureur et tant d'hypocrisie !
Que le monde, par toi séduit et ravagé,
Bougisse de ses fers , les brise et soit vengé !
Que ta religion , que fonda l'imposture ,
Soit l'étemel mépris de la race future!
Qye l'enfer dont tes cris menaçaient tant de fois
Quiconque osait douter de tes indignes lois ;
StTA^LA RHETOfilQUE. 87
oe rEufer , qtie ces lieux de douleur et de rage, Pour toi seul préparé soit ton juste partage ! Yoîlk les sentimens qii'oo doit k tes ijieuiaits , 'ïsbommsLge , les aermeos , et les vœiu que je lais.
Quelquefois TiinprécatioD n'est que lex* pression de la colèf e et. de la fureur* Ainsi les iihpréealioDStl'Hérode contre la Judée , contre Jéiiusateiii , et cantre lui-même , fout voir Tétat violent où la mort de Marianne avoit plongé son amc.
Infidèles Hébreux ! tous ne la venges pas!
Çieux y qui la possédez ^ tonnez sur ces ingrats.
Ûeox teints de ce beau sang que Ton vient de répandre ,
Ifiira que j'ai relevés , palais , tombez en cendre ^
Cachez sous les débris de vos superbes tours ,
1â place où Marianne a vu trancner ses jours !
Temple ! que pour jamais tes voûtes se renversent I
Que d'Israël détruit les enfaus se dispersent !
Que sans iemple et sans rois , errans , persécutés ,
Fugi^ en tous lieux, et par-*tout détesta? ,
Sur leur fronts ;ésarés portant dans leur misère
Des vengeances ae Dieu l'effi^yant carraetère..
Ce peuple aux nations transmette avec terreur ,
Et Fhorreur de mon nom , et la honte du leur I
Telle est encore pelle de Camille dans les Horaces : . ,
Rome, l'unique objet de mon ressentinient!
Rome k qui vient ton bras d'im moler mon amant ! Rome , qui t'a vu naître , et que ton cœur adore ; Rome etiÔQ que je hais, pafcequ'eUe t'honore ; Puissent tous ses voisins ensemble conjurés Saper ses<Amdemeos encore mal assurés !
Et si ce n'est assez détente lltalie , Que l'Orient cpiltreelle k l'Occident s'alfie! Que cent peup\s unis des boùt^^ l'univers Passent pour la détuire et les monts et les mers !
Qu'elle-même sur soi renverse ses muraiUes^ Et de ses propres mains dëcbire ses entrailles ! , Que le courrou:p du ciel allumé par mes vœux Fasse pleuvw sur elle un déluge de feux! , Puiasé-je de mes yeux y voir tomber la" foudre 9 Voir tes maisons en cendre et tes lauriers en poudre! Voir le dei*nier Romain k son dernier soupir , . «
Moi seule en être cause et mourir de plaisir.
D. Qu'est-ce que la Réticence?
R. Cest une figure mystérieuse, qui, par un silence affecté , en dit plus que les discours les plus énergiques, C'est ainsi qu'Âricie, par une réticence adroite , em->' barrasse Thésée qui s'était laissé prévenir contre Hippolyte par les calomnies d'OË« none :
Prenez garde, Seigneur : vos invincibles mains - Ont de monstres sans nombre affrancbiles humains ; Mais tout n'est pas détruit, et vous en laissez viyre { Un.... votre fils , seigneur , me défend de poursuivre | Instruite du respect qu'il veut vous conserver , Je Taffligerais trop si j'osais acherer. J'imite sa pudeur, et luis votre présence , Pour n'être pas forcée k rompre le sOencé.
Athalie, parlant à Joad , se sert aussi de cette figure :
Te voilk , séducteur,
De liçues , de complots , pernicieux auteur j Qui dans le trouble seul as mis tes e8péran(9Mi;
Etemel ennemi des suprêmes puissances , En l'appui de ton Dieu tu t'étais reposé; De ton espoir frivole es» tu désabu3é ?^ Il laisse en mon pouvmr et tan temple It t
ttft vié*
e devrais sur l'autel , où ta main sacrifie , >..«.maîs dfu prix qu'on m'offre il faut me couteuter.
D. Qacst-ce que Tlnterruption ?
R. C'est une figure qui ue convient guère qu à certaines situations dramatiques , à I etonnement» à la surprisé, à la douleur.
Tel est rembarras de Zaïre, lorsqu'elle est reconnue pour fille de Lusignan , et qu'0«« . Fosmane, qui ne sait rien de cet important secret, vient la presser de lui donner la main.
ZAÏaE.
Seigneur > si vous m'aimiez, si je vous étais chère. . . .