‹ Leçons élémentaires sur la rhétorique, la littérature et la versification française, précédées dChapitre 17 sur 34 · MÉROPE · texte numérisé non relu

MÉROPE

Te le dîrai-je? hëlas! taudis qu'il m'a parlé, Sa voix m'attendrissait , tout mon cœur s'est trouble. Cresfoute... ô ciei«.» j'ai cru que;., j'en rougis de boote. Oui 5 j'ai cru démêler quelques traits de Cresfonle» Jeux cruels du hasard , en qui me moncrez-votis Une si fausse image, et des rapports si doux? Aâreux ressouvenir ! quel vain songe m'abnse? *

SIÉROPE lui demande ensuite :

En quel lieu le ciel vous fit-il naître?

EGISTE

En Ëlide.

MÉROPB. - '

Qù'entends-je ! en Ëlide? ah I peut-être...!

L'Elide.... répondez. ... P^arbas vous est connu; -

Le nom d'Ëgiste , au moîtiél , jusqu'à vous est venu* , Quel étoit votre état , votre rcipg , votre pèi^?

Tout ce désorde exprime bien les mpys^ vetnens que la nature excitait dans rame de cette tendre mère^ "^ • ' '%

D, Qxi est-ce que la Suspension ? ' { j R. C'est une figure par laquelle on cotiti, mence un discours de telle sorte que Tau?^ diteur ne sait pas ëe que va dire celui ^p parle. C'est ainsi que Brébœnf s'entretiffit solitaii'ement en parlant à Dieu '

Les ombres de la nuit, k la clarté du jdur , «

Les transports de la rage , aux douceurs de l'amour, . ' A.l'étioile a:mtié , la discorde' et Penvie ,

sua LA RHETQAJQVK^ Ql

Le plus brillant orage , an ddme le plu* doux ;

La dbuleur au plaÛBr , le trëpasa la yîe ,

Sont bien moioâ opposés que le pécheur k tous.

D. Qu'e8t<-ce que la Déffrécatioft ou Ohsécration ?

R. C est une figure par laquelle on demande une grâce avec un empréssenietrt plein d'ardeur. L art consiste à présenter à ceux qu'on veut fléchir tous les objets les plus capables de les émouvoir et de les at* ; tendrir. Telles sont les instances que fait Eleetre à Oreste sob frère , déguisé sous le nom de Tidée. Le faux Tidée lui dit :

Vous le save2 , Qreste a vu les sombres bords ^ £t l'on ne revient point'de TEmpire des morts.

JBLEGTBE.

Et n'avez- vous pas cru y Seigneur 9 qu'avec Oreste |

Palamëde avait vu cet empire funeste ?

n avait cependant la clarté qui nous luit :

Mon frère est-il le seul que le destin poursuit !

Voos-iâêmies, sans espoir de revoir le rivage ,

19e trouvâtes-vous pas un port dans le naufrage?

-Oreste, comme vous, peut en être échappé.

H n'est point mort , Seigneur , vous vous êtes trompé. |-Tai vu dans ce palais une marque assurée ^ Que ces Heux ont revu le petit- fils d'Atrée j 'Le tombeau de mon père encor mouillé de pleurs ;

•Qui les aluraît versés ! qui l'eût couvert de fleurs? h Qui Veux orné d'un fec r quel autre que mou frèr-^ : L'eût osé consacrer aux mânes de mon père?

Mais qix>i ! vous vous troublez : ah ! mon frère est ici. ^ Hélas 1 qui mieux que vous en doit être éclaircil I Ne mêle cachez point 9 Oreste vit encore.

' Pourquoi me fuir ? pourquoi votfloir que je l'igiioreT ! J'aime Oreste , Seigneur ; un malheureux amow I ^*a pu de rooB esprit le jaunir un seul. jour.

Rien n'égale l'ardear <fcà pour lui m'intéresse. Si vous sayiez pour lui iusqu'où ya ma tendresse , * Votre cœur frémirait de Tétat où je suis , Et yous termineriez mon trouble et mes ennuis. Hélas \ depuis viogt ans ^e j'ai perdu mon pèi\p>* N'ai-je donc pas assez éprouvé de misère ?

Esdave dans les lieux <roù le plus grand des rois A l'Univers entier semblait donner des lois , Qu'a fait aux Dienx cmels sa malheureuse fiBe !

8uel crime contre Electre arme enfin sa famille ? ne mère en fureur la hait et la poursuit , Ou son frère n^'est plus , ou le cruel la fuit : Ah l donnez- moi la mort , ou me rendez Oreste ; ^ Bendez-scuoi par pitié le seul bien qui me reste.

O&ESTB*

Eh Inen f il vil encore , il est même en ces lienar ; Gard^-yous cependant*. ».

EtEcrns.

Qu'il paraisse à mes yeux.

Oreste 9 se peut-il qu'Electre te revoie ?

Mofitrez-le moi , dussé-je en expirer de jqie. Mais^ hélas ! n'est-ce point lui-même que je voi , C'est Oreste, c'est lui, c'est mon frère et mon Roi: . Au transport qu'en mon cœur sa présence a faitnaltrç» £h! cpmment si long-temps Tai-je pu méconnaître? Je te revois enfin ^ cher objet de mes vœux ! Moment tant sonhaîté ! ô jour trois fois heureux ! Vous vous attendrissez; je vois cmiler vos larmes;- Ah ! Seigneur , que ces pleurs pou^ Electre ont dé charmes Que ces trais, ces regards pour elle ont de douceur l C'est donc vous que f embrasse , ô mon frère l

Oreste ne peut résister à des tratisport^ si doux et si pressans : il laisse échapper son secret et il s'écrie :

Ah ! ma sœur !

Mon «tt$ldé trahit un important m^tère :

Mais i hélas ! que ne peut JËleçtre siu: son frère t

S0& I.A RHéTORIQtE. g3

La bedutéde ce merceau nous a engagés â le rapporter ici tout entier , quoiqu'il n appartienne pas entièrement à la dépré* cation t cependant cette figure y domine; c'est elle qui anime tes transports d'JSleçtre, et qui attendrit Oreste.

D. Qu'est-ce que la Gradation?

R. C'est une figure par laquelle on s'é- \è^e^ comme par degrés, de pensées en pensées qui vont toujours en augmentant^ jusqu'à ce qu on soit parvenu au degré d'élévation ou Ton veut parvenir. Tels sont les mouvemens de rage qui saisissent le cœur du barbare Atrée, lorsqu'il reconnaît son frère :

Quel son de voix. a frappé mon oreille l

Quel transport tout-k-coup dans mon cœur se réveilie !

D'où naissent a-la-fors des troubles si puissans !

Quelle soudaine horreur s'empare de mes sens !

Toi crai poursuis le crime avec un soin extrême ,

Dieu ! rends vrais mes soupçons'^ et qtie ce soit lui-içlme .

Je ne me trompe point , j'ai reconnu sa voix f

Voîlk ses traits encqu^e , ah ! c'est lui aue je vois ,

'jt >ut son déguisement n'est qu'une aaresse vaine.

Je ie reconnaîtrais seulement a ma haine ;

D fait pour se cacher des efibrts superflus :

C'est Thicste lui-même, et je n'en dout;e plus.

Qu'est-ce que la Prosopopée ?

R. C'est une figure qui consiste à faire parler les absens , comme s'ils étaient pré- Séns, les morts comme s'ils étaient vivans, et les choses inanimées comme si elles étaient animées/

Cette figure» consacrée au style élevé, est une des plus brillances parures de rélaquence. C'est ainsi que le comte de Ck>m^.

mînges s'exprime, lorsqu'il croit entendre l'ombre de Rancé lui faisant ces reproches :

Du fond de ce sëpulcre une lugubre voix \

Il s'ouvre... quel objet. ••• - /

Lui oui vient me couvrir du feu de sacol^''^-***

Il s'élève arrêtez.... arrêtez, ô mon pè**—

n parle..» malheureux ! où vas-tu t'égarer ?

Des bras , du sein d'un Dieu tu veux te retirer ! j

Tu veux rompre ces nœuds don» lui-même t'attache ?

A tes yeux aveuglés ton jugement, se cache ! ^

A ton oreiDeen vain ton arrêt retentit !

Le ciel l'a rejeté.... tremble.... FEnfer rugit ,

U demande sa proie«... et déj& la dévore.

D. Quel est l'usage ordinaire de cette figure?

R. Son usage est réservé aux Tragédies , aux Sermons, aux Oraisons Funèbre^s en un mot aux grands ouvrages ou l'Éloquence peut déployer fout ce qu^ellé ^ d^ mouvemens touchans y pathétiques et terribles, i

Des Figures de pur ornement,

D. Quelles sont les principales figures d'ornement?

R. Les principales de ces figures sont :

YÉihopée , la Prosograpiùe , la Chranoiû' gie^ la Tapographie^ V Ironie ^ VAntir thèse et le Parallèle, ^ ^

D. Qu'est-ce que l'Éthqpée ?

5TJR LA RnirORIQUE. gS

R.L'ÉthopéeeslIa peinture du caractère et des mœurs d une personne. Tel est ce portrait du Dua de Guise, dit le Balafré, par Voltaire.

On vit parrître Gcrîse, et le peuple inconstant Toama d'abord ses yeux vers cet astre ëdataot : Sa valeur , ses exploits , la gloire de son père , Sa iprâee , sa beauté^ cet heurenx don de plaire , Qui mieux que la vertu , fait régner sur les cœurs , Attiraient tous les yeux par leurs charmes vainqueurs. P^ul sur ses passions n'eut jamais plus d'empire , Et ne sut mieux cacher sous des dehors trompeurs , Des plus vastes desseins les sombres profondeurs. Impérieux et doux , cruel et populaire , Des peuples en public il plaignait la misère, Détestait des impôts le fardeau rigoureux:

Le pauvre allait le voir- et revenait heureux ; - Souvent il prévenait la. timide indigence^ Ses bienfaits dans Paris annonçaient sa présence ; n savait captiver les grands qu'il haïssait ^ Tei*rible et sans retour alors qu'il offensait j Téméraire en ses vœux , souple eu ses artifices ^ Bnllant par ses vertus et même par ses vices ! Connaissant les périls , et ne redoutant rieii ; Heureux guerrier, grand prince , et mauvais citoyen.

Tel est encore ce portrait du grand-prêtre

Oroès, dans Sémiramis.

.' Obscur et solitaire ,

Renfermé dans les soins de son saint ministère , Sans vaine ambition , sans crainte , sans détours > On le voit dans son teniple, et jamais k la Cour, li n'a point afiècté Torgueil du rang suprême , ISi placé sa tiare auprès du diadème ; Moms il veut être grand , plus il est révéré*

D. Qu est-ce que la Prosographîe ?

R. C'est la pdntOFe d'un objet consi-» déré par rapport â ses qualités- e:itériejLires.

96 LEÇONS ÉLEIIENTAIIIES

Tel «st ce portrait de rEnnui, par Voltaire s

C'est un gros dieu lourd et pesant , D'un enUeiiea froid et glaçant , Qui ne rit jamais, toujours bâille , Et qui depuis cinq ou sirans, Dans la ibule des courtisans , Se trouvait toujours k VersaîHe.

Tel e8t encore le portrait de l'Envie par Rousseau :

Au pied du mont où le fils de Latone

Tient son empire , et du haut de son Irène ,^

Dicte k ses sœurs les savantes leçons

Qui de leurs voix régissent tous les sons^

La main du temps creusa les voûtes sombres

D'un antre noir, séjour des tristes Ombres

Où l'œil du monde est sans cesse édipsë , '

Et que les vents n'ont jamais caressé :

Lk, de serpens nourrie et dévorée,

Veille l'Envie honteuse et retirée,

Monstre ennemi des mortels et du jour ,

gui de soi-même est l'étemel vautour , t qui , traînant une vie abattue , Me se nourrit que du fiel qui la tue :

Ses veux caves , troubles et cHgnotans »

De /eux obscurs sont chargés en tout temps , Au lieu de sang, dans ses veines circule Un noir poison qui les gèle et les brûle ; Et qui de là porté dans tout son corps , En fait mouvoir les horibles ressorts :

Sou front jalota et ses lèvres déteintes.

Sont le séjour des soucis et des craintes:

Sur son visage habite la pâleur, Et dans son sein triomphe la douleur , Qui, sans relâche , k son ame infectée Fait éprouver le sort de Prométhée.

D. Qu*e8t-ce que la Topographie ?

R. La topographie est la description

^ SUJEl tX RHETORIQUE, 97

d!uQ lieu particulier , comme d'un paysage, d'uQ bois, d'une ville, d'un port. Telle est cette description de Boileau» de la campagne où il Tivoit :

Oui, Lamoîgnon , je fuis les chagrins de la ville , Et contre eux la campagne est mon unique asile: Du lieu qui m'y retient, veux-tu voir le tableau? C'est un petit village, ou plutôt un hameau.

BAti sur le penchant d'un long rang de collines , D'où l'œil s'ëgare au loin dans les plaines voisines. ^La Seine au pied des monts que son flot vient laver , Toit du sein de ses eaux vingt iles s'élever , li , partageant son cours en diverses manières , une rivière seule y forment vingt rivières:

'ous ses bords sont couverts de saules non planta, i de noyers souvent de passant insultés, ^ village au-dessus forme un amphithéâtre :

'habitant ne connaît ni la chaux , ni le plâtre ; t dans le roc qui cède et se coupe aisément, Chacun sait de sa main creuser son logement.

maison du Seigneur, seule un peu plus omëé , présente au-denors de murs environnée 5 soleil en naissant la regarde d'abord, £t le mont la défend des outrages du Nord.

La description doit parler à Fimaginaion son véritable langage, et il faut éviter c soin l'excès des ornemens ; il faut oisir les traits qu'on emploie; il fdut les ssortir aux sujets; il faut peindre sans faire apercevoir le dessein de peindre. II y a certains objets si dégoûtans qu'il ne faut jamais les peindre; d'autres qui sont si

5 etits, si frivoles, qu'ils ne méritent point 'attirer les regards. Il ne faut jamais ' 5

qB leçons ÉLEIHENTAIRES I

perdre de vue ces préceptes de Boileau ;

^oyez riche et pompeux daQs voà descriptioDS , C'est la qu'il faut des vers étaler l^^lég&nce : h' y présentez jamais de basse eirconstacce.

ri'imitez pas ce fou qui , décrivant les mers , £t peignant au milieu de leurs flots entrouverts, L'Ilébrëu salivé du joug de ses injustes maîtres, Met, pour les voir passer, les poissons aux fenêtres; Peint le petit enfai^t qui va, saute, revient, £t joyeux , à sa mère , oOire un caillou au'il tient : Sur de trop vains objets c'est arrêter la vue.

D. Qu est-ce que la Chronôgraphîe? ^ R. La Chronographk est la peinture dm

temps. Telle est cette description de râgf

d*ot , pai? Boîleau :

Hclas! avant le jour qui perdit ûos rteveux , '

Tous les plaisirs couraient au devant de ses tûeux ; La faim aux aninraux n(e feisrait poitit la guefi^e ; Le bled , pour ^e donber, sans peine omTant îa terre, îS'atlendait pas qu'un boeuf, prtSSë par raiguillon , Traçât d'un pas tardif tin pémbie sillon. !

La vigne oflroit par-tout des grappes tdtijbCirt pleines, £t des ruisseaux de lait serpentaient dans nds plaines.

D. Qu est-ce qtie llirotiie ?

R. C'est tiûe figure piquante, pleîûte sel 9 toiiveïit txètùe de fiel , qui , sbu^ paroles équîtoques , cache titi sens opp< au Bêns naturel que ces paroles etprimecif.

D. Combien y a-t-îl d'espèces d'ironî(

R. Il y en a de deux espèces. L*une, baj dîne et enjouée, raille avec art, sans aigteiâ{ d'uùemanièreméniefltitttti^e;râutre,inol!

danle et envenimée, assaisonne ses railh

I SCE tÀ, RHETORIQUE. QC)

I ries du fiel lé plus aiaier. Cette dernière se I nomme autrement Sarcasme. Telle est, du I premier genre, cett^ réponse de Serto^ riusà Pompée qull avait l>altu, et quil louait dé son expérience militaire :

Quant à l'heureux Sylla , je n'ai rien a vous dire ; 3e vous ai montré T^att d'aoattre sou empire 5 Et, si \e puis jamais y joindre des leçpns Dignes de toi» apprendre à repaser les monts , Je suivrai d'assez près votre illustre retraite. Pour parler 'de Sylla sans besoin d'interprète.

D. Dans quels ouvrages la seconde es- . pèce d'ironie règne-t-^Ue le plus ?

R. Dans la plupart de nos' épigrammes, daus quelques morceaux de nos comédies et de nos tragédies. Cette espèce d'ironie règne dans ce dis.cours d'Hermione a Pyrrhus :

£st-il juste, après tout, ou'im oonquérant s'abaisse ^otts la servile loi de garder sa promesse ?

JVouy, non , la perfidie a de quoi vous tenter , £t vous ne me cherchez que pour vous en vanter.

I JDu vieux père d'Hector la valeur abattue , « L Aux pieds de sa famille^ expirante à sa vue , f Tandis que dans son sein votre bras enfoncé , P'^Ohei'dhe un reste de sang que l'âge avait glacé ^ - 'Dans des ruisseaux de sang Troie ariientepiongëei I *De votre propre main Potixène égorgée ,

Ânx yeux de tous les Grçcs indignés contre vous, : ' Que peut-on refoser k ces génâ:eux coups?

D. Qu'est-ce qiie TAntithèse?

R. L antithèse est une figure qui con

JOO LEÇONS ÉtÉMENTAïRES 1

siste dans un combat dç pensées el de paroles opposas les unesauxautre«, qui forment un effet frappant. Toi est ce passage du poème de la Religion :

Ver impur de la lerf e et roi de runitrers , Riche et vide de biens, libre et charge de fers , Je ne sais que mensonge , erreur , incertitude , Et de la vérité je fais ma seule étude :

Tantôt le monde entier m'annonce à haute voix; Le maître que je cherche , et déjà je le vois ; Tantôt le monde entier, dans un profond silence , A mes regards errans n'est plus qu'un vide immense.

Que d'oreueil! c'est ainsi qu'à moi-même contraires , BÏonstie de vanité , prodige de misère , Je ne suis à la fois que néant et grandeur»

Voici une antithèse bien soutenue dans le caractère d uii homme bizarre et capricieux.

II veut , il ne veut pas; il accorde , il refuse; Il écoute la haine , il consulte l'amour ; Il promet, il rétracte ; il condamne , il excuse; Le même objet lui plaît , et déplaît tour-à-tour.

D. Peut-on user souvent de cette figure?

11. Non : comme elle est extrêmement brillafite, et que Tari s'y manifeste d'uae manière fort sensible, on ne doit en user qu'avec quelques ménagemens. Quelques, censeurs ont poussé trpp loin leur aversion pour cette figure; ils la regardent comme un vice en elle-même; cependant elîea ses agrémens comme toute autre figure^ pourvu qu'on ne l'emploie pas siins réserve.

En efiet , l'antithèse ne se trouve^l-elle pas j

sua LA RHETORIQLE. lOt

par-tout dans la nature, soit dans rordre physique, soit dans Tordre moral? Tout n'y esl-îl pas. contraste? et les arts n emploient-ils pas même de la nature la loi du contraste ?

D. Qu'est-ce que la figure appelée Parallèle ?

R. C est une figure par laquelle on pèse deux objets dans une juste balance, dont on apprécie la vrfleur relative , dont oa examine tous les rapports et toutes les contrariétés. Tel est ce parallèle de Turenne et d'Auinale :

D'Aumale est plus ardent, plus fort, plus furieux : Turenne est plus adroit et moins impétueux ; Maître de tous ses sens ^ animé sans colère , D songe à fatiguer son terrible adversaire.

D'Aumale en vains efiforts épuise sa vigueur 5 Bientôt son bras lassé ne sert plus sa valeur : Turenne , qui l'observe , appercoit sa faiblesse ; H se ranime alors, il le poussé , il le presse , Enfin , d'un coup mortel u lui perce le flanc. D'Aumale est renversé dans les flots de son sang , U tombe, et de l'enfer tous les monstres frémirent. Ces funèbres accens dans les airs s'entendirent : « De la Ligue k jamais le Trône est renversé; » Tu l'emportes , Bourbon , notre règne est passé.

Tel est encore cet autre parallèle du Cardinal de Richelieu avec le Cardinal Mazarin :

Richelieu , Mazarin , ministres immortels .

Jusqu'au trône élevés de Tombre des autels;

Eufans de la fortune et de la politique , *

Marcheront a grand pas au pouvoir despotique. j

102 LEÇONS EIEMEiyTAniES

Hichelieu , grand , sublime , implacable etmemi i Mazarin, souple , adroit, et dangereux ami:

L'un fuyant avec ait , et cédant à Torage j L'autre aux flots irrites opposant son courage; Des princes de mon san^ ennemis déclarés , Tous deux haïs du peuple, et tous deux admiré» ; Enfin par leurs eiSbrts , ou par leur industrie , Utiles a Itiurs rois , cruels k la patrie.

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