‹ Leçons élémentaires sur la rhétorique, la littérature et la versification française, précédées dChapitre 18 sur 34 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De VÉioquence , du Geste et de ia Voiac.

D. Peut- on donner des régie» certaines sur la manière dont un orateur doit prononcer, et comment il doit composer son geste?

R, On ne peut donner arur cette partie de réloqucncé que des préceptes éloignés et généraux, dont lappiication à chaque sujet n'est pas facile. Ce qu'il y a de certain , c'est que l'art est nécessaire pour corriger et perfectionner la iKiture. Nous en avons deux grands exemples dans les deux plus fameux orateurs de Fltalie et de la Grèce, je yeux dire Cicéron et Démosthènes» qui n'ont rien épargné pour acquérir une prononciation agréable et un geste bien réglé. Le premier fut loué et admiré comme un fort bel esprit dès le commencement; mais sa prononciation déplut , parce qu'il n'y ga^rdait^ni règle, ni mesure, et qu'il avait une voix désagréable :

I SUE LÀ RHËXOSLIQUE. lOO

I il corrigea ce défaut, et alors il fut préféré aux plus célèbres orateurs de son temps.

Le second fut sifflé les deux premières fois qull plaida dans Athènes, parce qu'il prononça ses discours d'une toîx simple et sans art. I) est vrai qu'une difficulté de prononcer très- remarquable et une poitrine trè« faible, étaient de puissians obstacles é ses progrès; mais ilvint à bout de leSTaincre» en mettant dans sa bouche de petits cailloux, et en déclamant ainsi plusieurs vers de suite, et à haute voix, sans s'interrompre, même dans les promenades les plus rudes et les plus escarpées. Pour donner encore plus de force à sa voix., il allait sur le bo^d de la mer, dans ]es temps que les flots étaient le plus violemment agités, et y prononçait des harangues. Il fit plus, il s'enfermait des mois entiers dans un cabinet souterrain, se faisaat raser la Hioitiéde la tète, pour se mettre hors d'état de sortir. Ayant ainsi perfectionné sa voix , il étudia les régies du geste, et s'exerça devant uç miroir j jusqu'à ce qu'il eût acquis l'air et les manières d'un excellent orateur.

lo4 LEÇOICS itÉMENTÂiaES

AETICLB PREMIER.

D. Quelles sont donc les qualités de la prononciation ?

R» Il faut que la prononciation soit nl^tte, agréable^ harmonieuse et Tariée. Je disL tariée , parceque » non seulement chaque genre d'éloquence a un ton qui lui est propre , maïs encore chaque sujet. Un orateur, par exemple , ne doit pas prononcer Toraison funèbre d'un prince destiné à monter sur le trône, et à être 1 amour de ses sujets y comme Téloge funèbre d'un académicien : s'il peint les œuvres de la nature, une voix nette et articulée suiBt :

s'il veut faire admirer le Créateur dans ses ouvrages , il faut alors une voix grave , un ton d admiration : une voix claire» un ton ému, une prononciation vive « conviennent à un sujet qui respire la foie ; une voix basse, un ton plaintif et languissant, con* viennent dans un sujet triste.

D. Chaque passion n a-t-elle pas aussi un ton qui lui est propre ?

R. Oui, sans doute; car si le prédica-* teur, par exemple, est pénétré de la grandeur de Dieu, et de la justice de ses com* mandemens; s'il a un véritable amour pour la vertu , et une véritable haine pour le vice; s'il a une grande tendresse de cœur

SUR LA RHÉTORIQUE. 1 o5

pour les pauvres , et un ardent désir du salut de ses auditeurs , rémotioadesoo ame paroitradaos sa prononciation, et excitera les mêmes mouvemens dans le cœur de ceux qui l'entendent. Si un Avocat est persuadé du droit de sa partie ; s'il est ému de son malheur, et s'il a conçu de TindignatîQp contre ceux qui en sont la cause » alors sa prononciation est animée et véhémente, et les affections qu'il sent passent aisément dans 1 esprit des juges.

L'orateur montrera son amour par une voix douce, agréable; et sa haine par une voix âpre et sévère. Il fera voir sa joie par une voix pleine et coulante , et sa tristesse par une voix languissante, craintive et souvent interrompue par des soupirs et par desgémissemens. Sa crainte se manifestera paruncToix tremblante, et quelquefois par un éclat qui marque la surprise. Sa colère sera accompagnée d'une voix aiguë, impétueuse, violente, et de fréquentes reprises d'haleine; sa compassion, d'une voix adoucie , plaintive et pleine de tendresse. Enfin, la passion que l'orateur aura excitée en luimême le fera parler d'un air passionné et d'un ton de voix d'autant plus efficace qu'il sera naturel.

D. Les Figures n'ont-elles pas aussi un ton particulier et qui est à elles?

R. Oui : V Antithèse f par exemple , de-

mande deux différences de ton dont Vun soit plu& élevé que lautre.

Le Ion de Vjéposiropke doit être plus élevé et plus animé que Tordinaire; mais il n^est pas nécessaire de hausser la roix jusqu'à crier à pleine tête, qtiand niéme on feroit une apostrophe au ciel.

Ulnterroffation doit se prononcer ci*on tan doux, fier, ou ferme et élevé, seïîon la différence des personnes à qui on la fait. Dans la Subjection^ il faut donner un ton à chaque interrogation et autre à nn chaque réponse; et ordinairement celui de la demande est plus haut que celui de la réponse.

Dans la Prosopopée, l'orateur doit changer de voix, afin qu^il paraisse que ce n est pas lui qui parle, mais la personne qu*il introduit, et la varier selon la diversité des personnes que l'on fait parler , et la nature des passions qu'elles font paraître.

h' Exhortation demande une voix (ortç, véhémente et animée, pour seconder les pensées pathétiques qu elle coniient.

Dans 4*0é$éeratien , la voix doit être animée, maifi tendre et touchante.

La Suspension se prononce d une voix ferme pour exciter l'attention.

h'Optatiofif ou Souhmt porte d'eHemême à une proaon dation forte et éclatante.

En prononçant X ImprécaHon , \\ faut que la voix soit véhémente et animée, avec un ton de colère et d'ind^nation.

V^ehniratian demande une voix forte et élevée , avec un ton de surprise et d*étonncment»

L' Eûoctamation veut un ton éievé» ferme et véhément

Dans la Crvadaiion, 1 élévation de la toix doit croître par les ménies degrés en pesant sur le premier mot principal de chaque membre.

J)8knshi Répéiitioihfle9 mots répétés doivent être prononcés avec plus de force que les autres, soit que la répétition se fasse au commencement, au milieu, ou à la fin.

EnRn.Y Ironie demandeune voîxferme , avec un ton de mépris et de raillerie.

D. N*avcz-vous rien à ajouter à ces règles générales ?

R. On peut encore en a'ionter une autre qui regarde la prononciation des parties [^ du discours.

Le ton de VExorde, excepté dans quelques circonstances as®ez rares, doit être bas; celui de la Narration, bien articulé; celui de la Confirmation , énergique et TÎgoureux ; celui , enfin , de la Péroraison, fort et véhément, tendre et affectueux.

AKTIGLE II.

Du Geste.

D. Combien les rhéteurs distioguenNik de sortes de gestes?

R. Ils en distinguent troi» : savoir , le , geste imitatif; le geste indicatifs et le \ geste affectif. Le premier contrefait le geste j d'une personne; le second n'exprime que { la pensée, c'est-à-dire qu'il montre seule- \ ment l'objet sur lequel le spectateur doit i porter son attention ; le troisième est ie J tableau de l'âme, la vie du discours, et, j seul , fait triompher l'éloquence et déve- , loppe la nature tout entière.

D. Que dites-vous du geste du visage et | des yeux?

R. Je dis que les yeux sont le miroir de ; l'âme : ils ont leur langage ; ils doivent !

donc avoir leur déclamation. Le front est le siège de toutes les passions ; il ne peut ^ donc être muet.

Ainsi, dès le début , il faut que l'on entrevoie dans les yeux et sur le front de l'orateur la passfon qui règne dans son discours. Le langage des yeux a ses tons, et ce 8ont, comme ceux de la voix, les tons de Tânie. Il faut que le feu y paraisse dans la colère ;l$i douceur, dans les témoignages

SUn tA RUETORIQtE. IO9

ie tendresse ; les larmes , dans une douleur sensible...

Ce que nous disons en particulier du langage des yeux, doit s'entendre de celui du visage en général. C'est la j^rtie la plus exposée en vuer et sur laquelle tous les auditeurs ont presque toujours les yeux. C'est pourquoi il en faut régler l'air et les changemens, suivant les sujets et . les passions.

Quant à la bouche , elle doit s'ouvrir et «é fermer avec grâce,

La tête ne doit être ni trop élevée ni trop avancée , mais droite et modestement tournée vers l'auditoire.

D. Que dites • vous de l'action des bras

et des mains? .

R. Elle est si essentiellement liée à celle des yeux et du visage, et doit être si inséparable de la prononciation, que*noti8 lui avons comme consacré le nom de geste^ et en cela nous ne faisons que suivre les ancien s«

Ce mouvement des bras et des mains doit être naturel, grave et noble; il faut le puiser dans la qualité des choses que l'on dit, ou dans la nature des circonstances ; ce qui montre qu'il ne doit s'ap*ptiquer qu'au fond des cnoses. Les mains ne doivent point être, oisives ; il ne faut

no LEÇONS ELEMENTAIRES

cepemclant point quelles agissent sans^ lâche. Le bras doit toujours ^e dëployd se dessiner avec grâce , mais sans affect tion, et la mais doit être noble sans ox* gut'il 9 gracieuse «ans minauderie.

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