‹ Leçons élémentaires sur la rhétorique, la littérature et la versification française, précédées dChapitre 22 sur 34 · ARTICLE IX · texte numérisé non relu

ARTICLE IX

De$ Discours académiques.

t). Qu appellez-Yous Discours académiques?

R. Us sont ainsi nommés, parce qu'on les prononce dans les académies , ce sont i l^ les mémoires sur les sciences, sur les arts, et sur tous les genres d*érudition; %\ les discours de réception ; 5°. les hafai^ues ou complimens â des puissances; et 4% les éloges des académiciens.

Les mémoires contiennent ordinairement des observations ou des découvertes qui ont été faites dans une science ou dans [un art; des points d'histoire, de chrono»

jlogie, de critique qu'on éclaircit, ou d*au [très objets qui y ont rapport.

I Les discours de réception sont spécia^ lement consacrés à l'éloge de l'académicieti décédé 5 que remplace le récipiendaire.

L'objet des deux autres articles est suf»

isamment indiqué par leurs titres.

D. Quel style doit-on employer dians ces f<?ivers genres?

R. Dans les mémoires relatifs aux scien-ces et aux arts , il suffit que le style soitclair, méthodique et précis ; on doit s'attacher principalement au fond des choses ^ et à la manière de les présenter. .

jr58 LEÇONS ELEMENTAIRES

Le discours de réception veut que rorateur étale les plus beau jt ornemens, les plus brillantes fleurs de rhétorique, pourvu qu*il le fasse sans affectation et avec goût.

Les harangues ou complimens de félicitation, de remercîmens, etc.* que les corps littéraires fout aux princes, sont dans le genre brillant et fleuri. La brièveté , Y& légance et la délicatesse surtout doivent les distinguer, parce que Téloge en fait ordinairement le fond.

Les éloges académiques sont aratoires^ ou historiques. Ceux que pronance dans ^académie française le récipiendaire et le directeur sont de la première espèce. Les orateurs n'entrent dans aucun détail de la vie d« Tacadémicien; ils se bornent à louer en général ses talens , san esprit et les qualités de son cœur. On sent que ces.

éloges doivent varier suivant le rang, les titres, les dignités, les ouvrages de la per* sonne qui en est Tobjet*

Les éloges prononcés dans racadémi des sciences et dans celle des belles^lettrcj^ sont historiques. Le secrétaire en est spë*1 cialement chargé. Il faut y rappeler les.

principales circonstances de la vie de ceux qu'on loue, les faire connaître par la peinture de leur caractère, de leurs sentimeDS> de leurs moeurs, de leur goût, de leurs talens. Le style de ces sortes d'éloges veut

SUR LA EUETOBIQUE. lùCf

être élégant, plein de noblesse, mais eu même temps simple » sans manquer de chaleur.

D. Quels académiciens se sont particu«lièrcment distingués?

R. Les éloges des membres de Tacademie des sciences ^ par FonteneUe, sont étincelans de beautés, tantôt fines, tantôt frappantes. On y trouve beaucoup de pensées neuves et ingénieuses. Le style en est orné et brillant, mais quelquefois trop re« cherçhé.-

Mairan, son successeur , loue avec beaucoup dé délicatesse, et trace des portraits tout-à-fait ressemUnus.

Boze, secrétaire de Tacadém ie des belleslettres» a fait les éloges des membres de cette compagnie. Il écrit naturellement, manie également bien tous les sujets qu'il traite, et peint de même les difTércus caractères qu'il veut représenter,

Freret , BovgainviUe et Leàean, qui Uui ont succédé tour-à-tour , ont publié bussi des éloges de leurs confrères , dans lesquels on remarque la correction et l'élégance du style.

On croit devoir parler ici des éjoges de nos grands hommes, que l'accadémie française a donnés depuis quelque temps, pour sujet du prix qu'elle distribue chaque année. L'orateur qui a été le plus souvent

lAo LEÇOA^S £l£ME5T AIRES

couronûé par cette compagaic , C8t Tho-mas j qui a successivement célèbre Daguesseauj Dugitay-Truoin y Sully , Descartes jC\c, Ce concours, si heureusement établi , a donné lessor à beaucoup de jeunes orateurs doués d un beau talent , et parnîi lesquels on distingue particulièrement M. yiUemainy auteur de\ Éloge de Moii^ taigne. Ce discours qui a remporté |e ])rix, décerné en 1812, par la classe de la langue et de la littérature françaises de Tinstitut, offre une nouvelle preuve de la justesse des réflexions de iMinolte^ lorsqu'il a dit : c Le plus sûr moyen de per- » fectionner les tSlens, est d'aspirer à un » prix que des juges éclairés dispensent, » et de le disputer à des concurrens qu'on » doit toujours supposer redoutables. Cette » double vue, de juges qu'il faut satisfaire » et de rivaux qu il faut surpasser, fnit » faire à Tcsprit tout l'effort dont il est » capable. Un auteur qui , sans concur- » rens, abandonne un ouvrage au public, » se contente d'ordinaire de le trouver » bon; celui qui dispute un prix, veut que H soD ouvrage soit meilleur. Son ambition » est un censeur qui ne pardonne rien; » elle étend ses lumières; elle soutient sa » vigilance; elle l'avertit sans cesse qu'il j» n'a pas assez bien fait s'il peut faire » mieux; et la crainte d'clre vaincu par

SLR LA RIIÉTOKIQUB. l4l

■ un «nutre, fait pour ainsi dire qu'il se » surpasse lui<niême.»

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