‹ Leçons élémentaires sur la rhétorique, la littérature et la versification française, précédées dChapitre 21 sur 34 · ARTICLE VII · texte numérisé non relu

ARTICLE VII

Des Otwrages de (a Chaire.

D. Qu appelle -t- on ouvrages de' la Chaire?

R. II y en a de trois sortes « le Sormon , le Panégyrique et l'Oraison funèbre.

D. Qu'est-ce que le Sermon }

R. C'est un discours dans lequel on ex-* plique les dogmes et la morale de la religion, c est-à-dire, toutes les vérités spéculatives que nous devons croire, et toutes les vérités de pratique qui doivent régler iiotre conduite. L'orateur 's'attache en outre à combattre les erreurs opposées aux points de doctrine que l'Eglise enseigne, et à déraciner les vices contraires aux verlus chrétiennes. Âiusi, d'après saint-Augustin, la prédication a trois fins; que la vérité soit connue, qu'elle soit écoulée avec plaisir, et qu'elle touche les cœurs.

D. Qu'est-ce que le Panégyrique?

R. C'est, en général, un discours à la louange d'un personnage illustre, dont o« préconise les éminentes qualités ou les grandes actions. Il est triste que l'adulntion et la flatterie, aient souvent corrompu ces éloges publics , qui ne devraient êlré consacrés que par la vérité. Le panégy-

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riqiic chrétien est uniquement résenré à la gloire des saints. L'orateur s!y propose de les honorer , par l'éloge de leurs vertus, et de nous engager à les imiter.

D. Qu'est-ce que rOruîson funèbre?

R. Dans l'oraison funèbre^ on loue les morts qui ont été illustres par leur naissance» leur rang, leurs vertus et leurs actions. Ce discours demande beaucoup d'élévation; il n'est permis d'y rien dire de conimtin et de médiocre. Gomme l'orateur est dans cette occasion l'organe de la ' douleur publique, qu'il adresse en quel* que sorte la parole à un peuple cous-' teroé ou à une multitude affligée , son ianf;age doit être plein de dignité et de force. La singularité de l'action, la sainteté du lieu, le choii: de l'auditoire, tout ce con»

cotir» ^^e du grand et du sublime. Les eicpreMms de l'Écriture servent beaucoup pour donner de l'élévation; mais il convient de les employer avec art, sans profusion et surtout sans recherche, tellement 3u*il semble qu'elles se sont présentées elles-mêmes à Torateur, et qu'il ne pouvait en trouver de plus justes ni de plus propres, pour exprimer ce qu'il voulait dire.

D. Quel style doit-on employer pour ces différons genres?

R. Le dogme fournit-il la matière du

l5o lEÇOnS ixÉMËNTAIRES

sermon? que le style soit simple et clair, et que du reste Torateur 9*appuye de la force du raisonnement. Traite*t-il de la morale? c'est alors qu'il peut tonner contre les vices du siècle, et son discours en recevra plus de véhémence, plus de mou*?

veinent et d'images. Ces dernières qualités conviennent parfaitement au panégyrique, mais c'est surtout dans l'oraison funèbre qu'elles doivent éminemment briller.

D. Quels auteurs se sont distingués dans ces trois genres?

R. L'éloquence de la chaire s'est long' temps ressentie en France, du mauvais goût que des siècles de barbarie et d'ignorance avaient répandu partout en Occident. Une érudition mal dirigée, des citations déplacées « une indécente liberté, un style lâche,[diffus, incorrect, ci||gNusu> défiguraient la religion^ ridicule^Qlt enseignée dans les temples., Nulgoùt, nul art, nulle mélbode ne se faisaient remarquer dans les discours des prédicateurs. Ils désignaient souvent, par une licence scandaleuse, ceux dont ils attaquaient les vice.

Par un mélange bizarre du sacré et du profane, ils citaient Homère et Virgile, à côté, de ^inPAuguslin , de Saint-Jérôme, ctc»

Jean de Lin^endes^ évéque de Mâcon.

aujourd'hui inconnu, parce qu'il ne fit pas imprimer ses ouvrages, fut le premier

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orateur qui parla a^eo une espèce de goût.

Ses sermons et ses oraisons funèbres »

quoique tachés encore de la rouille de son temps, furent le modèle des orateurs qui le suivirent et le surpassèrent. Son oraison funèbre de Charles Emmanuel^ duc de Savoie, qu'il prononça en i63o, était pleine de si beaux traits d'éloquence^ que Fléchier, long-temps après, en prit Vexorde tout eniier, aussi-bien que le teite et plusieurs passages considérables, pour en orner sa fameuse oraison funèbre, du vicomte de Tu renne.

Le père Bourdaloue créa, pour ainsi dire, le vrai goût de la chaire , en introduisant cette éloquence noble , majestueuse, véhémente et sublime qui convient à la grandeur de la religion, à la profondeur de ses mystères, à la pureté de sa morale.

MassUlofij logicien exact , mais moins profond que lui, raisonne avec justesse et avec méthode, et il possède de plus Tart de tourner ses preuves en sentiment. Son éloquence vive , ornée, pathétique , frappe Tesprît, pénètre le cœur et captive lame.

Le triomphe de ce grand orateur est de persuader.

Tels sont les deux plus parfaits modèles que Ton puisse proposer a ceux qui $G destinent à la chaire.

iSt ttCONS étÉMESTAIREà

Les autres prédicateurs, qui se sont le plus distingués après eux, sont les P. Che* ruinais de <a Colombine ^ Giroust^ de la Rue, Griffet, Soaneu, de Neuville, Elisée, elc... On ne fait pas mention ici des sermons de Tillustrc Fénélon^ ouvrages de sa jeunesse, et les premières fleurs des fruits mûrs qu'il donna ensuite.

Il prêchait souvent dans son diocèse , mais ne le faisant que d abondance du coeur» il u*û rien laissé en ce genre, qu'on puisse placer au premier rang. La môîne raison nous a privés de plusieurs sermons de Boê^ suet, qui, comme larphevêque de Gam«' brai, avait le talent d'improviser en chaire.

C'est encore à Bourdaloue et à MassiUon ) qu on est redevable des meilleurs panégyriques. Dans le Jésuite, il y a plus de gravité, plus de morale, un plus grand fond d'instruction. Ceux de rÉvêque de Clermont offrent plus d'agrémens dans le fîtyle et la narration, plus d'art dans Tenchainement des faits à la morale.

Les autres panégyristes dont les noms raérîlent d'élre cités , sont Fléohier , l'abbé de LatovAT du Pim et Séguy. On doit à ce dernier le meilleur panégyrique de Saint- Louis, qui ait été pronoi)cé dans TAcadémie française.

S'il est un champ fertile où Torateor

SUE LA EB£TORI<^. l35

chrétien puisse semer des fleurs, c'est surtout dans les oraisons funèbres. Tei est le grand talent qu'on i possédé Bossuet et F4ê»

chier. Le style de Fiéchiei* est fleuri , har* monieux, périodique ; celui de Bossuet est nerveux, mâle et sublime. L'un n'a pas assez caché l'art qui chez lui dirige la nature; l'autre s'est montré moins occupé des mots que des choses ; son unique objet est de rendre le vrai sensible, et dans cette vue il le présente par tous les côtés qui peuvent le faire coonaitre et aimer. Les discours de Bossuet , dit le père de la Rue, éUiient médités» plutôt qu'étudiés et polis.

Sa plume et sa mémoire y avaient moins de part4|ue son cœur; et comme il avait le cœur pénétré des grandes vérités dont son esprit était plein ^ labondance et ki variété ne lui manquaient jamais; mais on lui désirait quelquefois la justesse et la propriété de l'expression.

Peu d'hommes destinés à parler en public , ont reçu de la nature des dispositions aussi favorables que Maêcaron, évéque d'Agen ; port majestueux , son de voix agréable, geste naturel et régl4 II joignait à ses beaux dehors une éloquence forte et vive. Quoique moins orné que Fléchier, moins sublime que Bossuet, moins ton-* dhant que Massillon, il tiendra toujours un ran^ distingué parmji nos orateurs. On

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n*a de lui que cinq oraisons funèbres. La plus parfaite est celle de Turenne.

Les pères de la Rue et de Neuville, labbéde Boismont, etc... ont obtenu aussi des succès mérités dans ce même genre.

A&TicLE vin.

Des Discours du Barreau.

D.Qu*appelle*t*on discours du Barreau.^ R. Défendre» soit par le talent de la parole, soit par édrit, les biens, Thonneur, la vie même des citoyens contre les fraudes de la mauvaise foi, les artifices de rimposlure et les attentats de la calomnie; soustraire Thomme faible, indigent et ver* tueux à Toppression et souvent à la rapacité de rhomme injuste, riche et puissant, tel est lobjet important des discours que Tavocat se charge de prononcer au barreau. Sa principale science doit être une profonde connaissance des lois, des différentes coutumes, delà jurisprudence ancienne et nouvelle. Une certaine teinture des bëlles^Iettres lui est aussi nécessaire pour orner des sujets qui nofireot souvent par eux-mêmes aucun agrément , et pour faire naître des fleurs dans un tcrrein'^qui cl'abord parait aride et secpê d'épines.

SOE tA RHiTOKIQUE. l35

Toutes les affaires litigieuses, qui sont de nature a être discutées devant les tribunaux de ia justice, deviennent la matière des différentes espèces de discours du barreau, qu'on réduit ordinairement aut plaidoyers et aux consultations, aux mémoires imprimés et aux rapports des procès,

D. Quel style doit-on employer dans ce genre?

R. Rien ne gâte tant Téloquence du barreau que cet embaTras de lieux communs, dont on charge quelquefoisi les plaidoyers. Un style serré et concis excite et entretient mieux lattention des juges.

S*il s agit de mémoires imprimés, l'avocat do^ se souvenir que sa diction a besoin d*étre plus travaillée et plus polie. Les consultations qui sont de simples avis par écrit, ne veulent que de l'exactitude, de la clarté et de la précision ; quant aux rap« ports des procès, qui regardent les juges, comme il leur est commandé d être ^ans passion , ils doivent s'y interdire les grands mouvemens de l'éloquence.

D. Quels orateurs se sont distingués dans cette carrière?

R. Ce fut vers le milieu du siècle de Louis XIV, que l'éloquence du barreau, trop long « temps en proie à une gros*- ; slèreté tudesque, commença à jeter une

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vive lumière. Les Patru , les le Maître, la tirèrent de cet état déplorable. Elle parut alors pour la première fois avec la noblesse, la décence, la dignité convenables t et elle reçut le plus grand éclat de ces orateurs célèbres. Gautier , leur contemporain» sut balancer leur réputation; il excellait dans la réplique , et son éloquence j vive et bouillante Tavait rendu redoutable. | Ces plaidoyers parurent en 1698. Quelques j éloges qu on leur ait donnés , il y q plus i des prit, de délicatesse, d éloquence et de ' pureté dans ceux d'Erard ; il appartenait ' au célèbre Cochin de les éclipser tous.

Les œuvres de cet illustre avocat, contenant ses tnémoires et consullalions,, ont été publiées à Paris, en 6 vol. iu-4**; c'est une excellente lecture pour former des élèves au barreau. Un des recueils qui peuvent le plus servir à un avocat, est ce* lui des œuvres de ôiAguesseau. Toutes les matières de jurisprudence y sont traitées avec cette supériorité qui était propre à ce grand magistrat.

La véritable éloquence du barreau a aussi fleuri tout-àrcoup dans plusieurs autres villes ; témoins les discours sortis du parquet ou de l'assemblée des chambres de quelques parlemens. tels que ceux de MM. de Montelar^ de la Chaiotais, de Servan , etc..

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