‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 109 sur 914 · LA REQUESTE QUE VILLON BAILLA À MONSEIGNEUR DE BOURBON · texte numérisé non relu

LA REQUESTE QUE VILLON BAILLA À MONSEIGNEUR DE BOURBON

Le mien seigneur et prince redoubté, Cela piéçà il mist en nourriture ;

Fleuron de [ys, royalle géniture, Tout payera ensemble , c'est droicture, Françoys Villon, que travail a dompté, Mais ce sera legièrement et prest,

À coups orbes, par force de batture, Car si du gland rencontre la forest

Vous supplie, par ceste humble escriture, D'entour Patay où chastaignes ont vente, Que lui faciez quelque gracieux prest. Payé vous tiens , sans délay ny arrest ;

De s’obliger en toutes cours est prest , Vous n'y perdrez seulement que l'attente.

Si ne doubtez que bien ne vous contente Sans y avoir dommage ne interest ;

; Si je peusse vendre de ma santé Vous n'y perdrez seulement que l'attente.

À ung Lombard, usurier par nature,

Faulte d'argent m'a si fort enchanté

A prince n’a ung denier emprunté

Fors à vous seul, vostre humble créature, * On lisait sur le frontispice du temple de Delphes : « Cou- De six escuz, que lui avez presté, nais-toi toi-méine. »

EH

FRERE

Que j'en prendrois, ce croi-je , l'adventure ; Argent ne pend à gippon, ne ceincture ; Beau sire Dieux , je me esbahyz que c'est, Car devant moy croix ne se comparoist Sinon de boys, ou pierre (que ne mente ); Mais se une fois la vraye me apparoist, Vous n'y perdrez seulement que l'attente.

Prince du lys, qui à tout bien complaist Que cuydez-vous, comment il me desplaist Quand je ne puis venir à mon entente ?

M. Villemain a dit, dans une de ses admirables leçons, que si Boileau avait connu Charles d'Orléans, il lui eüt appliqué l'éloge qu'il a fait de Villon :

Villon sut le premier, dans ces siècles grossiers, Débrouiller l’art confus de nos vieux romonciers.

J'ose ne pas partager l'opinion de M. Villemain. Villon est le vrai novateur. Charles d'Orléans, quoique ne manquant pas de quelque grâce, s€ traine encore sur les traces des rieur romanciers. Villon innove dans les idées et dans Ja forme. Ce n'est plus le Roman de la Rose; plus, ou du moins très-peu d'allégories, point de métaphysique, point de fadeurs , mais des idées originales , personnelles, qui n'apparliennent qu'au poéte. Presque tous les vers de Vil- Jon roulent sur lui , sur sa vie, sur ses malheurs , sur ses amours , sur ses vices, il faut bien le dire, sur les chätiments auxquels il s'est exposé, sur Îles dangers de mort qu'il a courus. Nous sortons de la poésie bel - esprit pour entrer dans la poésie de l'esprit français : Villon est du peuple. Voilà un poëte qui n'est à personne, qui ne fait pas de vers pour un prince lettré, qui n’a pas des amours imaginaires, qui n’aspire pas à des faveurs qu'il ne peut obtenir , qui ne parle pas une langue convenue ; voilà uu poëte qui prendses images , non dans les livres à la mode, mais dans les mœurs de Paris, dont il est un joyeux enfant ; dans les échopes, dans la rue; voilà un amant qui n’a rien à déméler avec Daugier et Faux-Semblant, qui sait se passer de Bel-Accueil . et qui trouve dans ses inspirations de bas lieu, dans ses amours de bas élage, des accents de gaieté franche , des instincts de mélancolie gracieuse et des traits de verve inconnus jusqu’à lui. Enfant de Paris, Villon chante sa ville , ses rues , 868 carrefours , ses halles, la vieille Cité, le Châtelet, la fontaine Maubuée, le cimetière et le charnier des Inuocents, où voici des lites, dit-il, qui, au temps de leur vie, s’inclinaient l’une vers l'autre, les unes maitres, les autres valets. Les mœurs des mauvais sujets de Paris, entre autres, l’art de vivre aux dépens d'autrui, et de voler son déjeuner quand on ne peut pss le payer, art où le pauvre Villon était passé maitre, voilà les sujets qu'il traite. Moitié par ignorance, moitié par instinct, il secoue l'imitation , et il fait sortir une première et forte ébauche de poésie nationale du s0l mème de la patrie, du centre de cette nationalité dont l’œuvre se faisait si rapidement sous Louis XI, sans que Villon en eût connaissance, je le veux bien, mais non sans que celte puissance agit forte-

+ Gippon, jupon.

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CRLERSILESESELEE EL ELLARA,

Bien entendez , aidez-moy, s'il vous plaist, Vous n'y perdrez seulement que l'attente.

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