‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 110 sur 914 · SUBSCRIPTION DE LADICTE REQUESTE · texte numérisé non relu

SUBSCRIPTION DE LADICTE REQUESTE

Allez , lettres, faictes un sault , Combien que n'ayez pied ne langue, Remonstrez en vostre harangue Que faulte d’argent si m'assault.

ment sur lui, à son insu... Novateur dans les idées, Vil-

lon ne l'est pas moins dans la forme; outre que l’un emporte l'autre, et que quiconque innove dans les idées, innove nécessairement dans le style. On admire dans Villon des expressions vives, pittoresques , trouvées ; un style en apparence plus difficile à comprendre , à une première lecture , que celui de Charles d'Orléans, parce qu'il est plus vrai, plus local, plus français. Charles d'Orléans écrit le français qui se parle dans tous les bons lieux, voire mème à la cour du roi anglais Henri V, où les courtisans affectent de ne parler que français, par prétention de seigneurs et maitres de la France. Villon écrit le français du peuple de Paris ; il prend la langue des lieux où il prend ses idées. Or c’est cet élément-là qui donnera à notre langue son originalité. Ne nous effarouchons pas de l'étrange berceau d'où elle sort; d'autres l'ennobliront, et assez tôt : l'important est qu’elle ait un caractère propre» qu'elle ne soit pas anglo-française , mais française seulement. . . . . - ne een Pere à

Ce qui distingue Îles poésies de Villon, c'est un mélange de gaieté folle, de nargue sardonique, d'espiéglerie, d'esprit, de saillie satirique et bouffonne et de gräce délicate, de mélancolie toujours touchante, parce qu'elle ne s'y montre, en quelque sorle, que par demi-nuance, et qu'elle n’est jamais attendue. Tout le monde connait ses vers si délicats sur les Dames du temps jadis, charmante ballade sur la fragilité de leurs destinées , dont le refrain est si touchant :

Mais où sont tes neiges d'antan ?

Je crois donc, malgré quelques jolis vers , d'une élégance précoce, de Charles d'Orléans, qu’il faut maintenir à Villon la première place daus l’origine de notre poésie, et qu'il ne serait pas convenable d’amender les vers de Boileau pour si peu. Villon est le premier qui se soit affranchi de limitation du Roman de la Rose; Villon est le premier qui sorte de la galanterie chevalercsque , des abstractions métaphysiques, de l'érudition confuse et inintelligente ; des fades allégories, de tout le langage bel-esprit: Villon est le premier qui lire Sa poésie de lui-même ; Villon est le premier qui ait l'expression vive, originale, française, et qui fasse sortir la poésie nationale de sa vraie source, qui est le peuple. Charles d'Orléans, c'est le poëte féodal , le poëte de cour, des grandes maisons, des hautes baronnies; il clôt la févdalilé. Villon , c'est le poëte bourgeois , c'est le poète du peuple , qui corminence sur les ruines de la féodalité qui finit. D. Nisai.

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